ACTE II, SCÈNE XIX
est-ce qui peut Têtre , quand ses amis ont des peines ?. . . Mais , comme je vous l'ai dit , j'espère quelque chose de la lettre que j'ai écrite à M. Stockwell ; je ne suis pas encore en âge de m'engager ni de disposer mon bien ; mais j'y vais être bientôt...
CHARLES
Chère et aimable Charlotte , mon père ne consentira pas que vous vous engagiez pour lui : quels droits ayonsnous à vos bienfaits ?
CHARLOTTE
Oh ! çà, Louisa , faites-moi le plaisir de faire entendre raison à votre frère ; il ne sait réellement ce qu'il dit ; j'ai vu le tems où il m'aimait !. . .
LOUISA
Et ce tems-là dure encore ; j'en réponds pour lui.
CHARLOTTE
Que sont devenus les droits de notre ancienne amitié? N'avons -nous pas été presque élevés ensemble? Mon père voyait avec plaisir les parens de sa femme ; il estimait votre père ; il vous aimait tous deux : pourquoi l'ai-je perdu ? Ma belle-mère a £ait tout ce qu'elle a pu pour nous séparer ; mais elle n'y parviendra pas : n'est-ce pas , Louisa? n'est-ce pas , Charles ?..«
CHARLES
miss Charlotte !. . . s'il m'était permis. . .
CHARLOTTE
Pourquoi toujours miss Charlotte ?. •> Vous me don-
8o LE JEUNE CRÉOLE.
niez autrefois un nom plus doux; ne suis^je plus votre sœur?
O chère sœur !. • . A généreuse amie !. • . Âh ! si jamais la fortune me devenait moins cruelle !. . . Si j'avais à vous offrir un sort digne de vous ! . . .
CHARLOTTE
Je serais moins fière que vous , et je consentirais à vous avoir obligation. Mais il y a long-tems que je suis sortie ; il fànt que je retourne auprès de ma belle-mère , qui va me parler de son major irlandais , à qui elle trouve bien du mérite , parce qu'il lui fait la cour... Tout cela
est d'un ennui ! Venez, Charles. Adieu, chère
Louisa.
LOUISA
Adieu , Charlotte ; au revoir.