SCÈNE PREMIÈRE
FULMER, M" FULMER.
FULMER.
Il s^appelle Belcour ; il arrive aujourd'hui même de la Jamaïque, son pays natal ; il loge chez M. Stockwell, son correspondant; il est immensément riche... c'est tout ce que. j'ai pu savoir*
M"» FULMER.
C'est assez. Il ne m'a pas été difficile de juger par moi-même qu'il est fort libéral , fort amoureux , forjt disposé à la confiance et à croire ce qui flattera son amour; mets tout cela ensemble, et dis-moi si le hasard ne nous a pas fait faire une rencontre assez heureuse.
Très-heureuse , et qui peut nous devenir très-utile ; i\ ne s'agit que de savoir en profiter. Spéculer sur les passions et les faiblesses des hommes , les flatter pour
en tirer parti , c^est ce que font nombre d'hennétes gens ; les avocats , les médecins , les charlatans et bien d'autres n'ont pas d'autre secret pour vivre, et ils vivent très-bien. Tu dis donc qu'il est amoureux de miss Louisa ?
M™» FULMER.
Comme un fou ; et s'il y avait moyen de nous entendre un peu avec elle , de la faire entrer dans nos vues , on pourrait mener le jeune homme bien loin , sur ma parole.
FULMER.
Du côté de miss Louisa, il n'y a rien à faire... Un mot que j'ai hasarde tantôt en parlant au capitaine a été assez mal reçu... Ces gens-là sont des provinciaux, de bonnes gens à vues étroites, à principes sévères , à vieux préjugés... Certaines propositions pourraient les effaroucher et les décider à quitter notre maison ; il faut y prendre garde.
M«« FULMER.
Tu as raison ; mais alors il nous sera difficile de mener l'affaire à bien. .
FULMER.
Sans la difficulté , où serait le mérite ? Et puis , en mettant en avant miss Louisa , nous nous réduirions à ne jouer que des confidens... des rôles subalternes... le bel honneur!... fi donc!... Il vaut bien mieux nous suffire à nous-mêmes, être les seuls entrepreneurs de l'affaire, pour en avoir seuls la gloire...