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DE LA PREMIÈRE ÉDITION DE L'ITINÉRAIRE

Si je disais que cet Itinéraire n'était point destiné à voir le jour, que je le donne au public à regret et comme malgré moi, je dirais la vérité, et vraisemblablement on ne me croirait pas.

Je n'ai point fait mon voyage pour l'écrire ; j'avais un autre dessein : ce dessein, je l'ai rempli dans les Martyrs. J'allais chercher des images ; voilà tout.

Je n'ai pu voir Sparte , Athènes , Jérusalem , sans faire quelques réflexions. Ces réflexions ne pouvaient entrer dans le sujet d'une épopée ; elles sont restées sur mon journal de route : je les publie aujourd'hui , dans ce que j'appelle Itinéraire de Paris à Jérusalem p faute d'avoir trouvé un titre plus convenable à mon sujet.

Je prie donc le lecteur de regarder cet Itinéraire moins comme un voyage que comme des Mémoires d'une année de ma vie. Je ne marche point sur les traces des Chardin, des Tavernier, des Chandler, des Mungo Parck, des Humboldt : je n'ai point la prétention d'avoir connu des peuples chez lesquels je n*ai fait que passer. Un moment suffit au peintre de paysage pour crayonner un arbre , prendre une vue, dessiner une ruine; mais des années entières sont trop courtes pour étudier les mœurs des hommes , et pour approfondir les sciences et les arts.

Toutefois je sais respecter le public, et l'on aurait tort de peu-; ser que Je livre au jour un ouvrage qui ne m'a coûté ni soins, ni recherches , ni travail : on verra que j'ai scrupuleusement rempli mes devoirs d'écrivain. Quand je n'aurais fait que donner une description détaillée des ruines de Lacédémone , découvrir un nouveau tombeau à Mycènes, indiquer les ports de Carthage, je mériterais encore la bienveillance des voyageurs.

J'avais commencé à mettre en latin les deux Mémoires de l'Introduction, destinés à une académie étrangère; il est juste que ma patrie ait la préférence.

. Cependant , je dois prévenir le lecteur que cette Introduction est d'une extrême aridité. Elle n'offre qu'une suite de dates et de faits dépouillés de tout ornement : on peut la passer sans inconvénient^

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pour éviter Pennui attaché à ces espèces de tables chronologiques*

Dans un ouvrage du genre de cet Itinéraire, j'ai dû souvent passer des réflexions les plus graves aux récits les plus familiers : tantôt m'abandonnant à mes rêveries sur les ruines de la Grèce, tantôt revenant aux soins du voyageur, mon style a suivi nécessairement le mouvement de ma pensée et de ma fortune. Tous les lecteurs ne s'attacheront donc pas aux mêmes endroits : les uns ne chercheront que mes sentiments, les autres n'aimeront que mes aventures ; ceux-ci me sauront gré des détails positifs que j'ai donnés sur beaucoup d'objets, ceux-là s'ennuieront de la critique des arts, de l'étude des monuments, des digressions historiques. Au reste, c'est l'homme, beaucoup plusque l'auteur, quel'on verra partout ; je parle éternellement de moi , et j'en parlais en sûreté , puisque je ne comptais point publier ces Mémoires. Mais , comme je n'ai rien dans le cœur que je craigne de montrer au dehors , je n'ai rien retranché de mes notes originales. Enfin , j'aurai atteint le but que je me propose , si l'on sent d'un bout à l'autre de cet ouvrage une parfaite sincérité. Un voyageur est une espèce d'historien : son devoir est de raconter fidèlement ce qu'il a vu ou ce qu'il a entendu dire ; il ne doit rien inventer, mais aussi il ne doit rien omettre; et, quelles que soient ses opinions particulières, elles ne doivent jamais l'aveugler au point de taire ou de dénaturer la vérité.

Je n'ai point chaîné cet Itinéraire de notes; j'ai seulement réuni , à la fin du troisième volume , trois opuscules qui éclaircissent mes propres travaux ' :

1<* L'Itinéraire latin de Bordeaux à Jérusalem : il trace le chemin que suivirent, depuis, les croisés; et c'est pour ainsi dire le premier pèlerinage à Jérusalem. Cet Itinéraire ne se trouvait jusqu'ici que dans les livres connus des seuls savants;

2® La dissertation de d'Anville sur l'ancienne Jérusalem : dissertation très-rare, et que le savant M. de Sainte-Croix regardait, «veo raison, comme le chef-d'œuvre de l'auteur;

3* Un Mémoire inédit sur Tunis.

J*ai reçu beaucoup de marques d'intérêt durant le cours de mon

* Dana la troisième édition , on a rejeté en notes, à la fin de chaque volume, les longues citations qui se trouvaient insérées dans le texte.

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voyage. U. legéDéral SébaitUni, HM. Tial, Faavel, DroTeUi, Saint-Harcel, Catfe, Deroîse, etc., troaveroat leurs Doms cit^ avec honneur daas c«t lîiturtàrt : rien n'est doux comme Je publier leï services qu'on i reçus.

La même rai:son m'engage à parier de quelques autres personnesii qui je dois aussi beaucoup de reconnaissauce.

H. Boissonade s'est condanmé, pour m'obliger, à b chose la plus ennuyeuse et la plus pénible qu'il y ait au inonde : il a revu les épreuves des Marlyn et de l'tlinéraiTt. Pai cédé à tontes ses observations, dictées par le goût le plus délicat, parla critique la plus éclairée et la plus saine. Si j'ai admiré sa rare ccmplaisaoce, il a pu coonaltre ma docilité.

M. Guizo[,qui possède aussi ces connaissaoces que l'on avait toujours autrefois avant d'oser prendre la plume , s'est empressé de me donner les renseignements qui pouvaient m'étre utUes. J'ai trouvé en lui cette politesse et cette Dd)lesse de caractère qui font aimer et respecter le talent.

EnHa , des savants distingués Mit bien voulu éciaircir mes doutes et me faire part de leurs lumières : j'ai consulté MH. Blalte- Brun et Langlès. Je ne pouvais mieux m'adresser pour tout ce qui concerne la géograpbie et les langues anciennes et modernes de rOrieul.

Comme mille raisons peuvent m'arréter dans la carrière littéraire au point où je suis parvenu, je veui payer ici toutes mes dettes. Des gens de lettres ont mis en vt-rs plusieurs morceaux de mes ouvrages ; j'avoue que je n'ai connu qu'assez lard le grand nombre d'obligations que j'avais aux Muses sous ce rapport. Je ne sais comment, par exemple, une pièce charmante, intitulée le Voyage da Poète, a pu si longtemps iii'éi'kiiiptT. L'auli'ur dt' pk petit poème, M. de Saint-Victor, a bi<' ri voulu embellir mes descriptions sauvages , et répéter sur sa lyre une partie do ma cbiUi- »on du désert. J'aurais dû l'en remercier plus toi. Si donc quK. quei écrivains ont été justement choqués de mon silence, f^Hof ils me taisaient l'honneur de perfectionner mes tbituches, il««p< roni ici la réparation de mes torts. Je n'ni jamais l'In' blesser perKnne,«ncore moins les hommes de tal'' font jouir d'une partie de lenr gloire rni emprunlanl i, mes écrits. Je ne veu» "''■' ■"• brciuillir nvc '

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même au moment où je les abandoDae. Eh ! comment n'aimerais-je

pas CCS nobles et géoëreuses immortelles l> Elles seules ne sont pas devenues mes ennemies lorsque j'ai obtenu quelques suecès } elles seules encore , sans s'étonner d'une vaine rumeur, ont opposé lenr opinion au déchaînement de la malTeillance. Si je ne puis faire vivre Cymodocêe , elle aura da moins la gloire d'avoir été chantée par un des phia grands poètes de nos jours, et par l'homme qui , de l'aveu de tous , juge et apprécie le mieux les ouvrages des autres'.

Quant aux censeurs qui, jusqu'à présent, ont parlé de mes ouvrages, plusieurs m'ont traité avec une indulgence dont je conserre la reconnaissance la pins vive : je tâcherai d'ailleurs , dans lousiescas el dans tous les temps, démériter les éloges, de profiter des critiques, et de pardonner anx injures.

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