‹ ŒuvresChapitre 21 sur 51 · V. 1260 G. P. V (avec Maro · texte numérisé non relu

V. 1260 G. P. V (avec Maro

74 Villon.

ex VII Item, j'ay sceu, en ce voyage,

Que mes trois povres orphelins 1275

Sont creuz et deviennent en aage.

Et n'ont pas testes de belins,

Et qu'enfans d'icy à Salins

N'a mieulx sachans leur tour d'escolle.

Or, par l'ordre des Mathelins, 1280

Telle jeunesse n'est pas folle.

CXVIII Si vueil qu'ilz voisent à l'estude; Où? sur maistre Pierre Richier. Le Donat est pour eulx trop rude:

Jà ne les y vueil empeschier. 1285

Ils sauront, je l'ayme pJus chier:

Ave salus, tibi decus, Sans plus grans lettres enserchier:

Tousjours n'ont pas clers l'au dessus.

ex IX Cecy estudient, et hol 1290

Plus procéder je leur deffens.

Quant d'entendre le grant Credo, Trop fort il est pour telz enfans.

Mon long tabart en deux je fens:

Si vueil que la moitié s'en vende, 1295

Pour leur en acheter des fiaons.

Car jeunesse est ung peu friande.

CXX Et vueil qu'ilz soient informez

En meurs, quoy que couste bature;

Chaperons auront enfourmez. 1300

Et les poulces sur la saincture;

Humbles à toute créature,

Disans: H an? Quoy? Il n'en est rien!

Si diront eens, par adventure:

,,Vecy enfans de lieu de bien!" 1305

V. 1300. L enfoncez. G. P. corr. — v. 1303. L. riens. G. P. corr.

Le Testament. 75

CXXI Item, et mes povres clergons, Auxquelz mes tiltres resigné, — Beaulx enfans et droiz comme jons Les voyant, m'en desaisiné, — Cens recevoir leur assigné, 1310

Seur comme qui l'auroit en paulme, A ung certain jour consigné, Sur l'ostel de Gueuldry Guillaume.

ex XII Quoy que jeunes et esbatans

Soient, en riens ne me desplaist; 1315

Dedens trente ans ou quarante ans

Bien autres seront, se Dieu plaist.

Il fait mal qui ne leur complaist.

Hz sont très beaulx enfans et gens;

Et qui les bat ne fîert, fol est, 1320

Car enfans si deviennent gens.

CXXIII Les bources des Dix et Huit Clers Auront; je m'y vueil travaillier:

Pas ilz ne dorment comme loirs, Qui trois mois sont sans resveillier. 1325

Au fort, triste est le sommeiller Qui fait aiser jeune en jeunesse.

Tant qu'en fin lui faille veiller.

Quant repeser deust en viellesse.

CXXIV Si en escrips au collateur 1330

Lettres semblables et pareilles:

Or prient pour leur bienfaiteur.

Ou qu'on leur tire les oreilles.

Aucunes gens ont grans merveilles.

Que tant m'encline envers ces deux; 1335 Mais, foy que doy festes et veilles, Oncques ne vy les mères d'eulxl

Villon.

ex XV Item, donne à Michault Cul-d'Oue Et à sire Chariot Taranne, Cent solz. S'ils demandent: ,,pnns où?" 1340 Ne leur chault; ils vendront de manne; Et unes houses de basanne, Autant empeigne que semelle; Pourveu qu'ils me salueront Jehanne, Et autant une autre comme elle. 1345

ex XVI Item, au seigneur de Grigny, Auquel jadis laissé Vicestre, Je donne la tour de Billy Pourveu, se huys y a ne fenestre Qui soit ne debout ne en astre, Qu'il mette très bien tout à point.

Face argent à destre, à senestre:

Il m'en fault, et il n'en a point.

CXXVII Item, à Thibault de la Garde:

Thibault? je mens, il a nom Jehan; Que luy donray je, que ne perde?

— Assez ay perdu tout cest an — Dieu y vueille pourveoir, amen . . ./ Le Barillet? par m'ame, voire I Genevoys est plus ancien Et a plus beau nez pour y boire.

CXXVIII Item, je donne à Basanier, Notaire et greffier criminel, De giroffle plain ung pannier, Prins sur maistre Jehan de Rueil.

Tant à Mautaint tant à Rosnel; Et, avec ce don de giroffle, Servir, de cuer gent et ysnel, Le seigneur qui sert saint Cristofle.

V. 1344. L ne s. J. — G. P. restitue la leçon primitive — V. 1366. ; après Mautaint

Le Testament. 77

CXXIX Auquel ceste ballade donne, 1370

Pour sa dame, qui tous biens a.

S' Amour ainsi tous ne guerdonne, Je ne m'esbays de cela; Car au Pas conquester l'ala Que tint Régnier, roy de Cecille, 1375

Où si bien fist et peu parla Qu'onques Hector fist ne TroïUe.

BALLADE

Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour l'envoyer à son espouse par luy conquise à l'espée. Ib^ u poind du jour, que Vesprevier se bat, ^ eu de plaisir et par noble coustume, Xx^roie mauluilz et de foye s'esbat, 1380

>3 eçoit son per et se joingt à sa plume: O îfrir vous vueil — à ce désir m'alume — -- oyeusement ce qu'aux amans bon semble, hachez qu'Amour Vescript en son volume.

\^t c'est la fin pour quoy sommes ensemble. 1385

t) ame serez de mon cuer sans débat, tn ntierement, jusques mort me consume. ^ orier souef qui pour mon droit combat, O livier franc, m'ostant toute amertume, ::o aison ne veult que je desacoustume, 1390

^t en ce vueil avec elle m'assemble De vous servir, mais que m'y acoustume; Et c'est la fin pour quoy sommes ensemble.

Et qui plus est, quant dueil sur moy s'embat. Par fortune qui souvent si se fume, 1395

Vostre doulx œil sa malice rabat.

Ne mais ne moins que le vent faict la plume. Si ne pers pas la graine que je sume En vostre champ, . quant le fruit me ressemble. Dieu m'ordonne que le fouysse et fume; 1400

Et c'est la fin pour quoy sommes ensemble.

78 Villon.

ENVOI

Princesse, oyez ce que cy vous résume:

Que le mien cuer du vostre desassemble Ja ne sera: tant de vous en présume; Et c^est la fin pour quoy sommes ensemble. 1405

CXXX Item, à sire Jehan Perdrier,

Riens, n'a Françoys, son second frère.

Si m'ont tousjours voulu aider,

Et de leurs biens faire confrère;

Combien que Françoys, mon compère, 1410

Langues cuisant, flambans et rouges,

My commandement my prière.

Me recommanda fort à Bourges.

CXXXI Si allé veoir en Taillevent.

Ou chappitre de fricassure, 1415

Tout au long, derrière et devant,

Lequel n'en parle jus ne sure.

Mais Macquaire, je vous asseure,

A tout le poil cuisant ung deable,

Affîn que sentist bon l'arsure, 1420

Ce recipe m'escript, sans fable.

BALLADE

En reagal, en arcenic rochier;

En orpiment, en salpestre et chaulx vive;

En plomb boullant, pour mieulx les esmorchier;

En suif et poix, destrempez de lessive 1425

Faicte d'estrons et de pissat de fuifve;

En lavaille de jambes à meseaulx;

En racleure de piez et vielz houseaulx;

En sang d'aspic et drogues venimeuses;

En fiel de loups, de regnars et blereaulx, 1430

Soient frittes ces langues envieuses/

str. CXXX d'après G. P. — v. 1422. sô. nous restituons les rimes en — ier

En cervelle de chat qui hayt peschier.

Noir, et si viel quil n'ait dent en gencive;

D'ung viel mastin, qui vault bien aussi chier,

Tout enragé, en sa bave et salive; 1435

En l'escume d'une mulle poussive,

Detrenchée menu à bons ciseaulx;

En eau où ratz plongent groings et museaulx,

Raines, crappaulx, telz testes dangereuses,

Serpens, lesars, et telz nobles oyseaulx, 1440

Soient frittes ces langues envieuses/

En sublimé, dangereux à touchier.

Et ou nombril d'une couleuvre vive;

Ou sang qu'on voit es paletes sechier.

Chez les barbiers, quant pleine lune arrive, 1445

Dont Vung est noir, Vautre plus vert que cive.

En chancre et fiz, et en ces ors cuveaulx

Où nourrisses essangent leurs drappeaulx;

En pet fiz baings de filles amoureuses

— Qui ne m'entent n'a suivy les bordeaulx — 1450

Soient frittes ces langues envieuses!

ENVOI Prince, passez tous ces frians morceaulx, S'estamine n'avez, sacs ne bluteaulx, Parmy le fons d'unes brayes breneuses; Mais, par avant, en estrons de pourceaulx 1455

Soient frittes ces langues envieuses/

CXXXII Item, à maistre Andry Courault,

Les Contreditz Franc Gontier mande:

Quant du Tirant séant en hault,

A cestuy là riens ne demande. 1460

Le Saige ne veult que contende

Contre puissant povre homme las,

Affin que ses filiez ne tende

Et que ne trébuche en ses las.

CXXXIII Gontier ne crains: il n'a nulz hommes 1465 Et mieulx que moy n'est hérité; Mais en ce débat cy nous sommes, Car il loue sa povreté, Estre povre, y ver et esté, Et à félicité repute 1470

Ce que tiens à maleureté.

Lequel a tort? Or en dispute.

BALLADE

Intitulée: Les Contrêditz dé Franc Gontier.

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine.

Lez ung brasier, en chambre bien natée,

A son costé gisant dame Sidoine, . 1475

Blanche, tendre, polie et attintée:

Boire ypocras, à jour et à nuytée,

Rire, jouer, mignonner et baiser.

Et nu à nu, pour mieulx des corps s'aiser,

Les vy tous deux, par ung trou de mortaise: 1480

Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Se Franc Gontier et sa compaigne Helaine

Eussent ceste doulce vie hantée,

D'ongnons, civoz, qui causent fort alaine, 1485

N'acontassent une bise tostée.

Tout leur mathon, ne toute leur potée,

Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.

S'ilz se vantent coucher soubz le rosier.

Lequel vault mieulx: lict costoyé de chaise? 1490

Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce musier ?

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

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