‹ Œuvres françoises de J. CalvinChapitre 24 sur 24 · CONFESSION DE FOI · texte numérisé non relu

CONFESSION DE FOI

Sire, nous ne doutons point que depuis ces troubles qui ont été émus au royaume de France, à notre grand regret, aucuns n'ayent tâché par tous moyens de rendre notre cause odieuse à Votre Majesté , et que vous aussi , très-illustres princes, n'ayez ouï beaucoup de rapports sinistres pour vous animer contre nous. Mais nous avons toujours espéré, et espérons plus que jamais, qu'ayant trouvé audience à faire nos excuses, elles seront reçues quand vous aurez simplement connu la vérité du fait.

Or est-il ainsi, que nous avons déjà par ci-devant publié beaucoup de déclarations par lesquelles toute la chrétienté doit être assez avertie de notre innocence et intégrité, et que tant s'en faut que nous ayons prétendu d'émouvoir quelque sédition contre le roi notre seul souvetain, prince et seigneur après Dieu, qu'au contraire nous exposons nos vies et nos biens en cette guerre, pour mainlenir la supériorité qui lui est due et l'autorité de ses édils. Comme de fait. Sa Majesté n'a point de plus loyaux, nii obéissants et paisibles sujets que nous lui sommes et voulons êtrejusques à la fin. Par quoi, sans s'arrêter à ces choses, qui ont été assez amplement déduites par ci-devant, il nous suffira de montrer à présent quelle est la religion pour l'exercice de laquelle avoué par les édits du roi notre souverain seigneur, nous avons été contraints de nous défendre avec les armes ; car nous entendons que les malveillants, qui n'ont autre matière de médire de nous, blâment faussement et à tort vers votre sacrée Majesté, Sire, et vers vos excellences, très-illustres princes, lu religion que nous suivons, et vous font accroire plusieurs choses pour vous en dégoûter; en sorte que, si nous n'étions reçus en nos défenses, notre cause seroit du tout opprimée par telles calomnies.

Vrai est que la confession de foi des églises de France, à laquelle nous adhérons, pouvoil aucunement remédier à ce mal; car, puisqu'elle a été deux fois solennellement présentée au roi notre souverain seigneur, on peut là voir clairement quel est le sommaire de notre foi. Et sans cela, nous n'eussions pas tant attendu à nous purger des fausses détractions qui nous sont mises sus ; non pas que jamais la bouche des médisants puisse être close, mais d'autant que notre devoir eslde mettre peine ettoute diligence à ce que notre intégrité soit connue, pour n'être point en scandale ; ains, par plus forte raison, que la pure simplicité de notre foi soit connue, afin que les malins n'aient la bouche ouverte pour blasphémer contre la vérité de l'Évangile. Par quoi nous avons avisé, Sire, d'adresser ce bref sommaire à Votre Majesté, et à vos excellences, très-illustres princes, afin que la foi que nous tenons soit lestifiée par la signature de nos propres mains; et comme nous désirons d'être en bonne réputation vers votre Majesté, Sire, pour la révérence que nous lui portons, et aussi envers vous , très-illustres princes, nous supplions humblement et prions que cette confession ait accès pour être ouïe et entendue bénignement.

En premier lieu , nous protestons qu'en tous les articles qui ont été décidés par les conciles anciens, touchant l'essence infinie spirituelle de Dieu, et la distinction des trois personnes, et l'union des deux natures en notre Seigneur Jésus-Christ, nous recevons et accordons ce qui en a été là résolu, comme étant tiré de l'Écriture sainte, sur laquelle seule notre foi doit être fondée, comme il n'y a nul autre témoin propre et idoine pour nous résoudre quelle est la majesté de Dieu, que lui-même.

Mais comme nous tenons le vieil et le nouveau Testament pour la seule règle de notre foi, aussi nous acceptons tout ce qui y est conforme, comme de croire qu'il y a trois personnes distinctes en la seule essence de Dieu, et que noire Seigneur Jésus, étant vrai Dieu et vrai homme, a tellement uni les deux natures eu soi, qu'elles ne sont point confuses. Sur quoi nous détestons toutes les hérésies qui ont été jadis condamnées, tant des Ariens, Sabelliens, Eunomiens, et leurs semblables, que des Nestoriens etEutychiens. Et jà Dieu ne plaise que nous soyons entachés de

ces rêveries, lesquelles ont troublé l'Église catholique du temps qu'elle éloil en sa pureté.

Par quoi tous les différends que nous avons sont sur quoi doit être appuyée la fiance de notre salut, comment nous devons invoquer Dieu, et quelle est la façon de le bien et dûment servir. Il y a puis après les dépendances, à savoir, quel est le vrai état de l'Église, l'office des prélats et pasteurs, la nature, vertu et usage des sacrements.

Pour bien connoître en quoi consiste le vrai salut des hommes, il faut savoir quel est leur état et condition. Or, nous tenons ce que l'Écriture enseigne, que tout le genre humain a tellement été corrompu par la chute d'Adam, que de nature nous sommes tous damnés et perdus, non pas seulement par la coulpe d'autrui, mais pource que , dès le ventre de la mère , nous sommes pécheurs, et que Dieu nous peut justement condamner, encore qu'il n'y ait point d'acte apparent par lequel nous ayons desservi condamnation.

Davantage, nous tenons que le péché originel est une corruption répandue par nos sens et affections , en sorte que la droite intelligence et raison est pervertie en nous, et sommes comme pauvres aveugles en ténèbres, et la volonté est sujette à toutes mauvaises cupidités, pleine tle rébellion et adonnée à mal ; bref, que nous sommes pauvres captifs détenus sous la tyrannie de péché : non pas qu'en malfaisant nous ne soyons poussés par notre volonté propre, tellement que nous ne saurions rejeter ailleurs la faute de tous nos vices ; mais pource qu'étant issus de la race maudite d'Adam, nous n'avons pas une seule goutte de vertu à bien faire, et toutes nos facultés sont vicieuses.

De là nous concluons que la source et origine de notre salut est la pure miséricorde de Dieu, car il ne se trouvera eu nous aucune dignité dont il soit induit à nous aimer. Nous aussi étant mauvais arbres ne pouvons porter aucun bon fruit, et par ce moyen ne pouvons prévenir Dieu pour acquérir ou mériter grâce envers liù; mais il nous regarde en pitié pour nous faire merci, et n'a autre occasion d'exercer sa miséricorde en nous, que nos misères. Même nous tenons que cette bonté, laquelle il déploie envers nous, procède de ce qu'il nous a élus devant la création du

monde, ne cherchant point la cause de ce faire hors soi-même et son bon plaisir. Et voilà notre premier fondement que nous sommes agréaliles à Dieu, d'autant qu'il lui a plu nous adopicr pour ses enfants devant que nous fussions nés; et par ce moyen , il nous a retirés, par privilège singulier, de la malédiction générale en laquelle tous hommes sont plongés.

Mais pource que le conseil de Dieu est incompréhensible, nous confessons que, pour obtenir salut, il nous faut venir au moyen que Dieu a ordonné; car nous ne sommes point du nombre des fantastiques qui, sous ombre de la prédcslinalion éternelle de Dieu, ne tiennent compte de parvenir par le droit chemin à la vie qui nous est promise; mais plutôt nous tenons que, pour être avoués enfants de- Dieu et en avoir droite certitude, il nous faut croire en Jésus-Christ, d'autant que c'est en lui seul qu'il nous faut chercher toute la matière de notre salut.

Et premièrement, nous croyons que sa mort a été le sacrifice unique et perpétuel pour nous réconcilier à Dieu , qu'en icelle nous avons pleine satisfaction de toutes nos offenses , par son sang nous sommes lavés de toutes nos ordures, et par ce moyen , nous appuyons toute notre fiance sur la rémission de nos péchés qu'il nous a acquise, et non pas seulement pour une fois, mais pour tout le temps de notre vie, pour laquelle raison aussi il est appelé notre justice. Et tant s'en faut que nous présumions de nos mérites, que nous confessons eu toute humilité que si Dieu regarde ce qui est en nous , il ne trouvera qu'à nous condamner. Ainsi nous n'avons autre refuge, pour être assurés de sa grâce, que sa pure miséricorde , en tant qu'il nous reçoit au nom de son Fils bien-aimé.

Mais d'autant que nos péchés ne nous sont point pardonnes pour nous donner licence de malfaire, mais plutôt, comme il est dit au psaume , « Dieu nous est propice afin que nous soyons induits à le craindre et révérer » ; nous tenons aussi que la grâce qui nous est apparue en Jésus-Christ se doit rapporter à la fin que dit saint Paul, c'est que, « renonçant à toute impiété et désir de ce monde , nous cheminions en sainteté de vie, aspirant à l'espérance du royaume des cieux. » Par quoi le sang de Jésus-Christ n'est point notre lavement afin de nous faire croupir en nos souil-

lures, mais plutôt pour nous attirer à vraie pureté. En somme, étant enfants de Dieu, il faut que nous soyons régénérés par son Esprit. Et voilà pourquoi il est dit que notre Seigneur Jésus est venu pour détruire le royaume du diable, qui est le royaume d'iniquité, d'autant qu'il ne nous est pas seulement donné pour médiateur afin de nous faire obtenir pardon de nos péchés , mais aussi pour nous sanctifier ; qui vaut autant à dire comme nous dédier au service de Dieu , nous retirant des pollutions de ce monde. Ainsi nous ne pouvons être chrétiens que nous ne soyons nouvelles créatures formées à bonnes œuvres , lesquelles Dieu a préparées afin que nous cheminions en icelles; voire pource que de nous-mêmes nous n'y serions pas disposés, mais que le vouloir et exécution nous sont donnés de Dieu, et toute notre suffisance est de lui; et pour cette cause notre Seigneur Jésus a reçu toute plénitude de grâces, afin que nous puisions de lui. Ainsi nous ne présumons de notre franc arbitre, ni de toute notre vertu et faculté, mais plutôt confessons que nos bonnes œuvres ne sont que purs dons de Dieu.

Or, nous entendons que nous sommes faits participants de tous ces biens par le moyen de la foi; car c'est celle qui nous fait communiquer à Jésus-Christ, afin qu'il habite en nous, que nous soyons entés en lui comme notre racine, que nous soyons membres de son corps, que nous vivions en lui et lui en nous, et que nous le possédions avec tous ses biens. Et afin qu'il ne soit trouvé étrange que nous attribuons telle vertu à la foi , nous ne la prenons pas pour une opinion volage , mais pour une certitude que nous avons des promesses de Dieu, auxquelles tous ces biens sont contenus, afin d'embrasser notre Seigneur Jésus comme le gage de tout notre salut, et appliquer à notre usage ce qu'il a reçu de Dieu son père pour nous départir ; et même nous connoissons que nous ne la pouvons avoir si elle ne nous est donnée d'en haut, et, comme l'Écriture le témoigne , quand nous sommes illuminés par le Saint-Esprit pour comprendre ce qui est par-dessus tout sens humain, et qu'il scelle en nos cœurs ce qu'il nous faut croire.

Or, combien qu'étant appelés à faire bonnes œuvres, nous produisions les fruits de notre vocation, comme il est dit que nous

sommes rachetés à fin de servir Dieu en sainteté et justice ; toutefois, nous sommes toujours enveloppés de beaucoui) d'infirmités cependant que nous vivons en ce monde. Qui plus est, . toutes nos pensées et aflections sont tellement entachées de vices , qu'il ne sauroit procéder de nous quelque œuvre digne d'être acceptée de Dieu. Ainsi, tant s'en faut qu'en nous efforçant à bien faire nous puissions rien mériter, que nous serons toujours redevables ; car Dieu trouvera à bon droit à redire en tout ce que nous ferons, et il ne promet loyer, sinon à ceux qui ont accompli sa loi, dont nous sommes bien loin. Voyez donc comment nous connoissons que tous mérites sont abattus, c'est que non-seulement nous défaillons en l'accomplissement parfait de la loi, mais aussi qu'en chacun acte il y a quelque mauvaise tache et vicieuse. Nous savons bien qu'on a enseigné communément de réparer les fautes qu'on aura commises par satisfaction, mais pource que l'Écrilure nous enseigne que notre Seigneur Jésus-Christ a satisfait pour nous, nous ne pouvons pas nous reposer ailleurs qu'au sacrifice de sa mort, par lequel l'ire de Dieu est apaisée, laquelle mille créatures ne sauroient soutenir. Et c'est pourquoi nous tenons que nous sommes justifiés par la seule foi, d'autant qu'il nous faut emprunter d'ailleurs, à savoir, de notre Seigneur Jésus-Christ, la justice qui nous défaut, et non pas en partie, mais du tout.

C'est ce qui nous donne la hardiesse d'invoquer Dieu ; car sans cela nous n'y aurions nul accès , selon que l'Écriture enseigne, que nous ne serions jamais exaucés en mquiétude ou en trouble. Et pourtant nous tenons que c'est notre souverain bien et repos, que d'être assurés de la rémission des péchés par la foi que nous avons en Jésus-Christ, vu que c'est la clef qui nous ouvre la porte pour venir à Dieu. Or, il est dit que quiconque invoquera le nom de Dieu sera sauvé. Cependant, selon que l'Écriture nous enseigne, nous adressons nos prières à Dieu , au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, lequel s'est fait noire avocat, pource que sans lui nous ne serions pas dignes d'avoir accès. Et ce que nous ne prions pas les saints et saintes à la façon commune ne nous doit pas être imputé à vice ; car, puisqu'en tous nos actes il nous est recommandé d'avoir notre conscience ré-

solue, nous ne saurions garder trop grande sobriété en oraison. Nous suivons aussi la règle qui nous est donnée, que sans lavoir connu , et que sa parole nous ait été prèchée pour avoir témoignage de sa volonté, nous ne le pouvons invoquer. Or, toute rÉcriture nous renvoie à lui seul pour le prier. Qui plus est, il estime nos oraisons, le principal et souverain sacrifice par lequel nous faisons hommage à sa majesté, selon qu'il le proteste au psaume 50. Et ainsi, d'adresser nos prières aux créatures, et vaguer çà et là, il ne nous est pas licite, de peur que nous ne soyons coupables de sacrilège. De chercher autres patrons ou avocats que notre Seigneur Jésus-Christ , nous n'estimons pas qu'il soit en notre choix ou liberté. Vrai est que nous devons prier les uns pour les autres |)endant que nous conversons ici-bas ; mais de recourir aux trépassés, puisque TÉcrilure ne le montre point, nous ne le voulons attenter, de peur d'être coupables de présomption. Même les abus si énormes qui ont eu la vogue et ont encore, nous avertissent de nous contenir en telle simplicité , comme en des bornes que Dieu a mises pour réprimer toutes curiosités et audace ; car il s'est forgé beaucoup de prières pleines de blasphèmes horribles, comme de requérir à la vierge Marie qu'elle commande à son Fils et exerce empire pardessus lui; de la nommer le port dej salut, vie et espérance de ceux qui se confient en elle.

Ce que nous ne prions point pour les trépassés, non-seulement ne dépend point de cette raison, mais aussi pource que cela tire plus longue queue, c'est qu'on a présupposé qu'il y a un purgatoire où les âmes sont punies pour les fautes qu'elles ont commises. Or, par ce moyen la rédemption faite par Jésus-Christ ne seroit point plcnière, et seroit autant dérogué à la mort qu'il a soufferte, comme s'il ne^nous avoit acquittés qu'à demi ; ce qui ne se peut dire sans blasphème. Ainsi, croyant que le pauvre monde a été abusé en cet endroit, nous ne voulons rien imaginer contre les principes de notre foi chrétienne, et môme il nous suffit de nous tenir à la pure doctrine de l'Écriture sainte, laquelle ne fait nulle mention de tout cela. Quoi qu'il en soit, nous tenons que c'est une superstition controuvée en la fantaisie des hommes ; et outre ce qu'il ne nous est pas permis de prier Dieu

à l'aventure, nous ne voulons pas être si outrecuidés d'usurper l'office de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a pleinement acquittés de toutes nos offenses.

Le second point principal auquel nous sommes différents d'avec la coutume et opinion reçue par le monde, c'est de la façon de servir Dieu. Or, de notre côté, suivant ce qu'il prononce, qu'obéissance vaut mieux que tous sacrifices, et que partout il enjoint d'écouter ce qu'il commande, si on lui veut rendre un service bien réglé et qu'il approuve , nous tenons que ce n'est point à nous d'inventer ce que bon nous semble, ou de suivre ce qui aura crû au cerveau des hommes, mais de nous tenir simplement à la pureté de TÉcriture. Par quoi nous croyons que tout ce qui n'en est point tiré, mais a été commandé par l'autorité des hommes , ne doit point être tenu pour service de Dieu. Et en ceci, nous avons deux articles comme pour maximes : l'un est que les hommes ne peuvent obliger la conscience sur peine de péché mortel ; car ce n'est pas en vain que Dieu veut être tenu pour seul législateur, disant que c'est à lui de condamner et absoudre; comme aussi il ne réitère point en vain tant de fois qu'on n'ajoute point à ses ordonnances, ce qui ne se peut faire, à la vérité, sans le taxer de n'avoir point connu tout ce qui étoit utile, mais avoir oublié ceci ou cela par inadvertance. Le second est que, quand nous cuidons servir Dieu à notre dévotion, il réprouve tout cela comme un mélange de corruption. Et voilà pourquoi il crie par son prophète Isaïe, qu'on a perverti toute vraie religion en gardant les commandements des hommes ; et notre Seigneur Jésus conferme le même, que c'est en vain qu'on veut honorer Dieu par traditions humaines. C'est donc bien raison que la supériorité spirituelle sur nos âmes lui demeure inviolable, et c'est pour le moins que sa volonté soit une bride pour dominer sur toutes nos dévotions.

Nous avons en cet endroit des avertissements si notables par l'expérience commune, que nous sommes tant plus confermés à ne point passer les bornes de l'Écriture. Car, depuis qu'on a commencé à faire des lois pour régler le service de Dieu et assujettir les consciences, il n'y a eu ni fin ni mesure; et, d'autre part, Dieu a puni une telle témérité, aveuglant les hommes de

telles rêveries, que c'est une horreur. Quand on regardera de près quelles sont les traditions humaines, on y trouvera un abîme, car le nombre en est infini. Cependant il y a des abus si lourds et si énormes, que c'est merveille qu'on ait été si slupides, sinon d'autant que Dieu a exercé la vengeance qu'il prononce contre son peuple par le prophète Isaïe, d'aveugler et abrutir les sages qui le veulent honorer en observant les commandements humains. Depuis qu'on s'est détourné de la pure et sainte obéissance de Dieu , ou a cuidé que la bonne intention suffîsoit pour approuver tout, qui a été pour ouvrir la porte à toutes superstitions. C'a été l'origine d'adorer les images, d'acheter des messes, remplir les temples de beaucoup de pompes et parades, courir en pèlerinage faire des vœux chacun à sa poste. Mais c'est un abîme si profond , que ce nous est bien assez d'en avoir touché quelques exemples. Tant y a que, s'il étoit permis d'honorer Dieu par inventions humaines, qu'il n'y auroit ni fermeté ni certitude, ni fond ni rive en la religion , mais que tout iroit pêle-mêle, et la chrétienté ne différeroit en rien d'avec les idolâtries des païens. 11 y a aussi l'autre mal que nous avons allégué , à savoir, la tyrannie par laquelle les pauvres âmes sont opprimées, comme quand il est commandé de confesser une fois l'an ses péchés à un prêtre. C'est pour mettre tout le monde en désespoir; car, si un homme ne peut venir à compte de ses fautes depuis le soir jusquesau matin, qui est-^ce qui les pourra toutes ramasser jusques au bout de l'an? Et toutefois le décret prononce qu'on ne peut autrement obtenir pardon. Cela est fermer la porte de paradis à tout le monde. Mais encore, quand l'observation des lois humaines ne seroit point impossible, il y a toujours sacrilège d'usurper sur la juridiction de Dieu, comme de dire que les péchés ne seront jamais pardonnes, si on ne les confesse en l'oreille d'un prêtre. Or, c'est apposer une condition à la promesse de Dieu, comme pour la rendre fausse ou vaine. Autant en est-il de la défense de manger chair en certains jours, sur peine de péché mortel. Nous confessons bien que jeûne et abstinence est vertu louable; mais telle défense est pour retrancher une partie de l'autorité de Dieu. La défense de mariage, tant aux prêtres qu'aux moines et nonnains, comprend en soi les deux vices; car

il ii'apparlenoit point aux créatures mortelles de prohiber ce que Dieu a permis. Puis, de contraindre ceux qui n'ont point le don de continence à s'abstenir du remède, c'est comme les fourrer en abîme. Et de fait, on voilles fruits qui en sont advenus, et n'est jà besoin de dire ce que nous avons honte de penser.

Cependant nous n'entendons point d'anéantir l'autorité de l'Église, ni des prélats et pasteurs auxquels la superintendance est donnée pour la gouverner. Nous confessons donc que les évêques et pasteurs doivent être ouïs en révérence en tant qu'ils font leur office d'annoncer la parole de Dieu; et outre cela, que toutes Églises et chacune pour soi ont puissance de faire lois et statuts pour la police commune ; comme il faut que tout se conduise par ordre et avec honnêteté , et qu'on doit obéir à tels statuts , moyennant qu'ils n'astreignent point les consciences , et qu'on n'y établisse point de superstitions ; et tenons pour fantastiques et mutins ceux qui ne s'y voudroient point conformer. Mais nous ne dissimulons point qu'il faut discerner les vrais pasteurs et légitimes d'avec ceux qui n'ent ont qu'un titre frivole. Car de fait , l'abus est par trop notoire , que ceux qui se nomment prélats et veulent être reconnus pour tels, ne font aucun semblant de s'acquitter de leur devoir. Mais le pis est de ce que, sous ombre de leur état et dignité , ils mènent les pauvres âmes à perdition , les détournant de la vérité de Dieu à leurs mensonges. Et ainsi , encore qu'au reste ils fussent à tolérer quand ils nous veulent abreuver de fausses doctrines et erreurs, nous avons à pratiquer la réponse de saint Pierre, « qu'il vaut mieux obéira Dieu qu'aux hommes. »

Au reste, nous tenons que le primat que le pape s'attribue est une usurpation par trop énorme ; car encore qu'on accorde qu'il est expédient d'avoir quelque chef en l'Eglise (ce qui toutefois est pleinement répugnant à la parole de Dieu), tant y a que c'est une absurdité trop lourde que celui qui doit être chef sur les évêques ne soit point évèque lui-même. Et quand ou épluchera tout ce qu'ils disent de leur hiérarchie , on trouvera qu'il n'y a nulle conformité à ce que notre Seigneur Jésus et ses apôtres nous ont laissé; plutôt, que c'est une corruption pour renverser le droit régime de l'Eglise. Nous ne touchons point à toutes les dissolu-

lions et scandales, qui ne sont que par trop notoires; mais nous disons que tous chrétiens, pour n'être point rebelles à Dieu, doivent rejeter ce qu'ils connoissent être contraire à la pureté de son service. Car quand il est question de la jurisprudence spirituelle, laquelle Dieu se réserve, il n'y a nulle supériorité humaine qui ne doive être abattue. Les lois des princes terriens, quelque grièves et dures qu'elles soient, même qu'on les sentit iniques, ont néanmoins leur vigueur, tellement qu'il n'est point licite de les mépriser ; car les biens et les corps de ce monde ne sont point si précieux, que l'autorité que Dieuadonnéeà tous les rois , princes et supérieurs ne doive être préférée. Mais il y a bien diverse raison d'assujettir nos âmes à toutes lois tyranniques ou étranges et bâtardes, qui sont pour nous détourner de la subjection de Dieu. Cependant nous confessons que ce n'est pas aux personnes privées de corriger de tels abus pour les ôter du tout, mais qu'il suffit que tous les chrétiens s'en exemptent, se conservant impollus et entiers au service de Dieu.

Quant à tous pasteurs qui s'acquittent fidèlement en leur office, nous tenons qu'ils doivent être reçus comme représentant la personne de celui qui les a ordonnés , et que tous chrétiens se doivent ranger à l'ordre commun des fidèles pour ouïr la doctrine de salut , faire confession de leur foi , se tenir en l'union de l'Église, recevoir paisiblement censures et corrections, et tenir la main à empêcher qu'il ne se lève nulle secte ni tumulte. Ainsi nous réputons pour schismatiques tous ceux qui émeuvent trouble et confusion tendant à fin de dissiper l'Eglise, laquelle ne se peut garder en son état qu'étant gouvernée par ses pasteurs , puisqu'il l'a plu à Dieu ainsi , et qu'il commande à tous, depuis le plus grand jusqu'au plus petit , de se conformer à telle humilité ; en sorte que tous ceux qui se séparent et retranchent de leur bon gré de la compagnie des fidèles, se bannissent aussi du royaume des cieux. Mais aussi, que ceux qui veulent être écoutés au nom de Jésus-Christ, avisent de bien porter la doctrine qui leur est commise.

Il reste à déclarer quelle est notre foi touchant les sacrements; c'est que nous les tenons tant pour (émoignages de la grâce de Dieu afin de la ratifier en nous, que pour signes extérieurs par

lesquels nous protestons de notre chrétienté devant les hommes. Vrai est que la parole de Dieu nous devroilbien suffire pour nous assurer de notre salut; mais puisque Dieu a voulu, à cause de notre rudesse et fragilité, ajouter telles aides, c'est bien raison que nous les acceptions pour les appliquer à notre profil. Ainsi les sacrements sont comme signature pour sceller la grâce de Dieu en nos cœurs et la rendre plus authentique; pour laquelle raison ils peuvent être nommés doctrine visible. Or, nous croyons que tout ce qui est là figuré et démontré s'accomplit en nous. Car ce ne sont poin t figures vaines ou frustraloires, puisque Dieu, qui est la vérité infaillible, les nous donne pour confirmation de notre foi. Davantage, nous croyons, quelque indignité qu'il y ait au ministre , que le sacrement ne laisse point d'être bon et valable; car la vérité de Dieu ne change et ne varie point piir la malice des honmies , comme ce n'est point à eux de donner vertu ou effet à ce que Dieu a institué. Ainsi nous croyons que les sacrements, combien qu'ils soient administrés par gens méchants ou indignes, retiennent toujours leur nature, pour apporter et comnnmiquer vraiment à ceux qui les reçoivent ce qui est là signifié. Toutefois nous disons qu'ils ne sont utiles sinon là où Dieu les fait valoir, et y déploie la vertu de son Esprit comme par ses organes. Ainsi il faut que l'Esprit de Dieu y besogne pour nous en faire sentir l'efficace à notre salut. Nous confessons aussi que l'usage en est nécessaire, et que tous ceux qui n'en tiennent compte se déclarent contempteurs de la grâce de Dieu et sont aveuglés d'un orgueil diabolique , ne connaissant point leur infirmité , laquelle Dieu a voulu supporter par un tel moyen et remède. Davantage, i>uisque Dieu a mis les sacrements comme un dépôt en son Eglise , nous croyons que chacun n'en doit pas user à part , mais que l'usage en doit être commun en l'assemblée des fidèles, et qu'ils doivent être administrés par les pasteurs auxquels la charge et dispensation en est commise.

De ceci nous recueillons qu'il n'appartient qu'à Dieu seul d'ordonner les sacrements, vu qu'il n'y a que lui seul qui puisse être témoin de sa volonté , sceller ses promesses et représenter ses dons spirituels , et faire que les éléments terrestres nous soient comme arrhes, de notre salut. Et ainsi les cérémonies qui ont été

inlroduites par les hommes ne peuvent et ne doivent être tenues pour sacrements; et de leur attribuer ce titre et qualité, ce n'est que fallace. Par quoi nous confessons que le nombre des sept sacrements, qui est communément approuvé, n'est point reçu de nous, vu qu'il n'a aucune approbation de la parole de Dieu. Cependant, combien que nous jn'avouons pas le mariage être sacrement, ce n'est pas pour le mépriser; comme aussi nous n'entendons pas d'amoindrir la dignité des sacrements temporels qui ont servi du temps des miracles, combien que nous disons que l'usage n'en dure plus, comme l'onction des malades. Quoi qu'il en soit, c'est bien raison que les mystères qui sont procédés de Dieu soient discernés de ce qui a été introduit parles hommes.

Pour ce qu'il y a deux sacrements ordinaires pour l'usage commun de toute l'Eglise, à savoir, le baptême et la sainte cène, nous ferons brève confession de notre foi quant à l'un et à l'autre. Nous tenons donc que le baptême nous étant comme lavement spirituel et signe de noire régénération , nous sert de témoignage que Dieu nous introduit en son Eglise pour nous tenir comme ses enfants et héritiers , et ainsi que nous le devons appliquer tout le temps de notre vie, pour nous confermer aux promesses qui nous sont données tant de la rémission de nos péchés que de la conduite et assistance du Saint-Esprit ; et pour ce que ces deux grâces qui nous y sont signifiées nous sont données en Jésus-Christ et ne se peuvent trouver ailleurs, nous croyons que pour jouir du fruit de notre baptême , il nous le faut là rapporter comme à sadroilefin, c'est que nous sommes lavés par l'effusion du sang de Jésus-Christ , et en vertu de sa mort et résurrection nous mourons ù nous-mêmes et ressuscitons en nouveauté de vie ; et comme Jésus-Christ en est la substance , l'Ecriture dit que nous sommes proprement baptisés en son nom. Davantage, nous croyons, puisque le baptême est comme un trésor que Dieu a mis en son Eglise, que tous les membres d'icelle y doivent participer. Or, nous ne doutons point que les petits enfants nés des chrétiens ne soient de ce nombre , puisque Dieu les y a adoptés ainsi qu'il le déclare , tellement que ce seroit les frauder de leur droit si on les excluoit du signe qui n'est que pour ratifier le contenu de la promesse ; joint aussi que les petits enfants ne doivent

non plus être privés aujourd'hui du sacrement de leur salut, que les enfants des Juifs l'ont été anciennement, vu que la déclaration en doit être plus ample et liquide que sous la loi. Pourquoi nous réprouvons tous fantastiques (jui ne veulent pas que les petits enlanis soient baptisés.

Pour Lien déclarer ce que nous croyons de la Cène, nous sommes contraints de remontrer quelle diversité il y a d'icelle avec la messe ; car nous ne pouvons [)as dissimuler qu'il n'y a rien de commun entre les deux, ou conforme, ni même qui en approche. Nous n'ignorons point que cette confession est odieuse à beaucoup de gens, selon que la messe est en grande révérence etfestime. Et de fait, nous n'y avons pas eu moindre dévotion, jusques à ce que les abus nous en ont été remontrés. Mais nous espérons, quand nos raisons auront été patiemment ouïes et entendues, qu'on ne trouvera rien étrange en ce que nous en tenons. Tl est vrai que le mot de sacrifice a été attribué à la Cène déjà de longtemps ; mais il s'en faut beaucoup que les anciens docteurs l'aient pris comme on a fait depuis, à savoir, que ce soit une oblation méritoire pour obtenir pardon et grâce, tant aux vivants qu'aux trépassés. Or, combien qu'il y ait aujourd'hui des moyenneurs qui, pour colorer l'erreur général qui a régné dans le monde, font semblant de recevoir la doctrine des anciens docteurs ; toutefois, l'usage et la pratique démontrent que ce sont choses toutes contraires, ou pour le moins éloignées comme le ciel et la terre. Il est assez notoire qu'en l'Église ancienne il n'y a eu nulles messes privées, nulles fondations, mais qu'on usoit du sacrement pour y communiquer. Or, aujourd'hui on achète les messes, comme satisfactions pour s'acquitter envers Dieu, et chacun en a à part à sa volonté. Telle marchandise ne peut avoir couverture de l'usage ancien de l'Église. Il y a encore une autre profanation, c'est qu'au lieu que la sainte Cène ne doit porter que le nom de Jésus-Christ, on forge des messes à plaisir de saint Christophe, sainte Barbe, et de toute la kyrielle, comme on dit, lesquelles façons n'accordent non plus avec la nature du sacrement comme le feu avec l'eau.

Au reste, combien que nous honorons l'ancienneté, et ne rejetons pas volontiers ce qui a été approuvé des saints Pères,

toutefois c'est bien raison, ce nous semble, que l'institution de notre Jésus-Christ soit préférée à tout ce que les hommes ont mis en avant. Et même, il faut que toute autorité humaine cesse, quand il est question d'obéir à celui auquel seul toute maîtrise a été donnée. Notre Seigneur Jésus-Christ est auteur de la Cène, et non autre. Ce qu'il en a donc ordonné doit être tenu pour règle inviolable, pour l'observer sans contredit. Or, il a distribué le pain et le vin en disant : « Prenez, mangez, buvez; voici mon corps et mon sang.» Ainsi, d'offrir au lieu de recevoir, c'est contrevenir à l'ordonnance du Fils de Dieu. Quelques excuses qu'on prétende, en introduisant une espèce de sacrifice, on a transfiguré le sacrement et converti en une forme toute diverse. Voilà pourquoi nous ne pouvons recevoir qu'on use d'aucune façon de sacrifier au lieu de la Cène; car il ne nous est pas licite de nous détourner de ce que notre Seigneur Jésus-Christ nous a commandé, vu que le Père céleste a publié son arrêt, « Qu'on l'écoute. » Et de fait, saint Paul voulant réformer quelque abus qui étoit déjà survenu en l'Église de Corinthe, ramène là les fidèles, d'observer ce qu'ils ont reçu de notre Seigneur Jésus-Christ ; dont on voit qu'il n'y a nulle fermeté en tout le reste.

Nous tenons donc, puisque rÉcriture enseigne que notre Seigneur Jésus, par un seul sacrifice, nous a acquis rédemption perpétuelle, et que ce n'a été que pour un coup qu'il a offert sou corps pour le prix et satisfaction de nos péchés, qu'il n'est point licite de réitérer tel sacrifice ; et puisque le Père, en l'ordonnant seul et perpétuel sacrificateur selon l'ordre de Melchisédech, a confermé cela par serment solennel. Nous tenons aussi que c'est un blasphème dérogeant à sa dignité, qu'autres présument de l'offrir. Davantage, nous croyons que c'est un abus et corruption insupportable, d'avoir des messes auxquelles on ne communique point, vu que la Cène n'est autre chose qu'un sacrement par lequel tous chrétiens participent ensemble au corps et au sang de Jésus-Christ. Nous réprouvons aussi l'autre abus, qui est commun par tout le monde, que le peuple ne commimique qu'à la moitié de la Cène, et qu'il n'y ait qu'un seul prêtre qui reçoive le sacrement entier. Car notamment il dit : « Buvez tous de ce calice »; et ce que Dieu a conjoint, il n'est pas licite à

l'homme de le séparer. Même l'usage de l'Église ancienne a été conforme à rinsUlulion de notre Seigneur Jésus-Christ, et cette séparation d'ôter le calice au peuple a été nouvellement controuvée. Nous ne pouvons aussi consentir à un autre abus, qui est de célébrer le mystère en langage inconnu; car notre Seigneur Jésus a voulu être entendu de ses disciples en disant: « Prenez, mangez. Voici mon corps, etc. », et ces paroles s'adressent à l'Église. Par quoi c'est une moquerie du sacrement quand le prêtre murmure sur le pain et sur le calice, et qu'il n'y a nulle intelligence de ce qui s'y fait.

Quant à la Cène de notre Seigneur, nous avons à dire en premier lieu à quelle fin elle nous a été instituée; car par là il apperra quel en est l'usage, et quel fruit nous en revient. Le but donc auquel elle doit être rapportée, est de continuer en nous la grâce que nous avons reçue au baptême. Car, comme par le baptême Dieu nous régénère pour être ses enfants, et par telle naissance spirituelle, nous introduit en son Église pour nous tenir comme ses domestiques ; aussi en la Cène il nous déclare qu'il ne nous veut point laisser dépourvus, mais plutôt nous entretenir en la vie céleste, jusques à ce que nous soyons parvenus à la perfection d'icelle. Or, d'autant qu'il n'y a point autre nourriture de nos âmes que Jésus-Christ, c'est en lui seul qu'il nous faut chercher la vie. Mais à cause de notre infirmité et rudesse, la Cène nous est un signe visible et extérieur, pour nous teslifier qu'en participant au corps et au sang de Jésus-Çhrist, nous vivons spirituellement en lui. Car, comme il ne se présente pas vide à nous, aussi nous le recevons avec tous ses biens et dons, tellement qu'en le possédant, nous avons en lui tout ce qui appartient à notre salut.

Or, en disant que la Cène nous est un signe , nous n'entendons point que ce soit une simple figure ou remembrance, mais confessons que vraiment ce qui nous est là signifié y est quand et quand accompli par effet. Car puisque Dieu est la vérité infaillible, il est certain qu'il ne nous veut point amuser à quelque vaine apparence , mais que la substance de ce que les sacrements signifient y est conjointe.

Par quoi nous tenons que cette doctrine de notre Seigneur

Jésus-Christ , à savoir que son corps est vraiment viande et son sang breuvage, non-seulement est représentée et ratifiée en la Cène, mais aussi accomplie par effet. Car là, par les signes du pain et du vin , notre Seigneur Jésus nous présente son corps et son sang, et en sommes spirituellement repus, moyennant que nous ne fermions point la porte à sa grâce par notre incrédulité. Car comme un vaisseau, combien qu'il soit vide, ne peut recevoir quelque liqueur pendant qu'il est fermé et bouché , aussi faut-il que la foi fasse ouverture pour nous rendre capables des biens que Dieu nous offre, comme il est dit au psaume : « Ouvre la bouche, et je îa remplirai. » Non pas que notre incrédulité abolisse la vérité de Dieu , ou que notre malice empêche que ces sacrements ne retiennent leur vertu. Car, quels qtie nous soyons , Dieu demeure toujours semblable à soimême , et la vertu des sacrements ne dépend point de notre foi ; tellement que , par notre ingratitude, nous ne pouvons déroger à leur nature ou qualité. Par quoi la Cène est un certain témoignage qui s'adresse tant aux mauvais qu'aux bons, pour offrir Jésus-Christ indifféremment à tous ; mais ce n'est pas à dire que tous le reçoivent quand il leur est offert. Et de fait, il y auroit une absurdité trop lourde que Jésus-Christ fût reçu de ceux qui sont du tout étranges de lui, et que les méchants mangeassent son corps et bussent son sang, étant vides de son Esprit ; d'autant que par cemoyenil seroitmort, étant dépouillé de sa vertu , et seroit vide de tout bien , n'apportant rien avec soi.

Ce qu'on allègue, que les méchants sont coupables du corps et du sang de Jésus-Christ quand ils participent indignement à la Cène , ne prouve pas qu'ils y reçoivent autre chose que le signe ; car il n'est pas dit par saint Paul qu'ils soient condamnés pour avoir reçu le corps et le sang , mais pour ne les avoir point discernés d'avec les choses profanes. Leur offense donc est d'avoir rejeté Jésus-Christ quand il se présenloit à eux ; car un tel mépris emporte avec soi un sacrilège trop détestable. Nous confessons bien que par forme de parler, qu'on nomme sacramentale , les méchants reçoivent le corps et le sang de Jésus- Christ, et les anciens docteurs ont bien quelquefois usé de ce

langage ; mais ils se sont exposés en ajoutant que ce n'ctoit point réellement et de fait, mais en tant que le sacrement le porte; comme aussi nous ne pouvons avoir nulle part à Jésus- Christ que par foi, et il n'a nulle accointance avec nous si nous ne sommes ses membres.

Il reste de voir de la façon et manière par laquelle notre Seigneur Jésus se communique à nous en la Cène , dont plusieurs questions et disputes ont été émues de notre temps. Or , en premier lieu, nous rejetons non-seulement la rêverie commune , quant à la transsubstantiation qu'on appelle, mais aussi ce qui a été conclu au concile de Tours, qu'on mâche avec les dents le corps de Jésus-Christ, et qu'on l'avale. Car de dire que le pain soit changé , et qu'il n'y ait plus qu'une figure sans substance , cela répugne à la nature du sacrement, auquel il nous est montré que comme nous sommes substantés de pain et de vin , aussi nos âmes sont nourries de la chair et du sang de Jésus-Christ. Or, il faut qu'il y ait conformité entre la vérité spirituelle et le signe extérieur. S'il n'y avoit donc que la figure de pain , il n'y auroit aussi que figure quant au corps et au sang de Jésus- Christ. Nous concluons donc sans doute que le pain et le vin demeurent comme le signe et gage, pour nous testifier que la chau- de Jésus-Christ est notre pain céleste , et son sang notre vrai breuvage. Secondement, d'imaginer que nous avalions le corps de Jésus-Christ, et qu'il entre en nous comme du pain matériel, c'est une chose qui ne peut être reçue des chrétiens , et contrevient du tout à la révérence que nous devons porter à l'union sacrée que avons avec le Fils de Dieu.

Cependant nous confessons que vraiment nous sommes unis avec notre Seigneur Jésus , tellement qu'il nous vivifie de la propre substance de sou corps; non pas qu'il descende ici-bas, ni qu'il ait un corps infini pour remplir le ciel et la terre ; mais d'autant que cette grâce de nous unir avec lui et de vivre de sa substance est épandue partout par la vertu de son Esprit. Nous savons bien qu'aucuns disent qu'en un mystère si haut et profond , il n'est pas licite de s'enquérir comment; mais a|7i'ès avoir ainsi parlé, ils déterminent que le corps de Jésus-Christ est sous le pain, comme du vin seroit contenu en un pot. Par quoi, sous

ombre de sobriété , ils prennent licence de dire ce qui leur plaît. Or, de notre part nous confessons que la façon de communiquer à Jésus-Christ est miraculeuse et outrepasse tous nos sens , et n'avons point honte de nous écrier avec saint Paul , que c'est un grand secret, lequel nous doit ravir en étonnement. Mais cela n'empêche point que nous ne rejetions toutes absurdités contraires à l'Écriture sainte et aux articles de notre foi.

Or, nous tenons pour certain et infaillible, combien que la nature humaine de notre Seigneur Jésus soit conjointe avec sa divinité, pour établir en lui vraie union de personne ; toutefois, qu'icelle nature humaine relient sa qualité et condition, et ce qui lui est propre. Tout ainsi donc que notre Seigneur Jésus a pris un corps passible , aussi a-t-il eu sa grandeur et mesure, et n'a pas été infini. Nous confessons bien quand il a été glorifié, qu'il a changé de condition pour n'être plus sujet à nulle infirmité; mais si a-t-il retenu sa substance ; car autrement la promesse qui nous est donnée par la Ijouche de saint Paul seroit abolie, que les corps que nous avons maintenant corruptibles et caducs seront conformés au corps glorieux de Jésus - Christ. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons être repris de chercher Jésus-Christ en haut, selon que nous en sommes admonestés ; et même suivant la préface dont on a usé de tout temps en célébrant ce mystère, qu'on élevât les cœurs en haut. Ceux qui nous accusent que nous voulons déroger à la puissance de Dieu, nous font grand tort ; car il n'est pas ici question de ce que Dieu peut faire , mais de ce que sa parole porte, outre laquelle nous ne devons point spéculer, pour deviner ni ceci ni cela. Et de fait, nous n'entrons point en cette dispute, si Dieu peut faire que le corps de Jésus- Christ soit partout ou non ; mais, avec toute modestie, nous demeurons en la doctrine de l'Écriture comme en nos bornes, laquelle porte que notre Seigneur Jésus a vêtu un corps semblable au nôtre en tout et partout, qu'il a conversé ici-bas au monde, et est monté au ciel pour descendre et apparoître de là au dernier jour, comme il est notamment exprimé qu'il faut que les cieux le comprennent jusqu'à ce que de là il apparoisse. Et ce que l'ange dit aux disciples doit être bien retenu : « Jésus qui a été retiré d'avec vous au ciel, viendra ainsi que vous l'avez vu mon-

ter. » Cependant nous magnifions la puissance de Dieu plus que ne font ceux qui nous veulent diffamer de tels reproches; car nous confessons, ijuelque distance de lieu qu'il y ait enire Jésus- Christ et nous, qu'il ne laisse pas de nous vivifier en soi , d'habiter en nous, voire et nous faire participants de la substance de son corps et de son sang, par la vertu incompréhensible de son Esprit : dont il appert que le blasphème qu'aucuns nous mettent sus, n'est que calomnie; c'est que nous mesurons la puissance de Dieu selon notre sens, à la façon des philosophes ; car toute notre philosophie est de recevoir en simplicité ce que l'Écriture nous montre. Ceux aussi qui font accroire que nous n'ajoutons point foi à la parole de notre Seigneur Jésus-Christ : « Voici mon corps, voici mon sang », devroient avoir honte de nous injurier ainsi faussement. Jà à Dieu ne plaise que seulement il nous vienne de répliquer contre celui qui est la vérité immuable; tant s'en faut que nous soyons si débordés que de vouloir dégorger un tel blasphème. Nous acceptons donc ce qui est prononcé par notre Jésus-Christ; seulement, nous requérons que le sens naturel des mots soit bien entendu. Or, nous n'en cherchons point l'exposition en nos cerveaux, mais la tirons de l'usage perpétuel de l'Écriture et du style commun du Saint-Esprit. Si nous amenions quelque nouveauté, elle pourroit être odieuse ou suspecte ; mais quand nous désirons qu'on se tienne à la façon propre à tous sacrements, il nous semble que cela doit bien être recevable ; et, pour le faire bref, nous protestons de ne sentir ni parler autrement que ce qui est exprimé de mot à mot par saint Augustin, à savoir, « que si les sacrements n'avoient quelque similitude avec les choses lesquelles ils signifient, qu'ils ne seroient point sacrements du tout, et que de là ils prennent les noms des choses mêmes»; et ainsi quepar modededire, le sacrement du corps de Jésus-Christ est le corps de Jésus-Christ, et le sacrement de son sang est son sang. Cependant nous conjoignons toujours la vérité avec la figure, tellement que ce mystère n'est point frustratoire.

Maintenant, Sire, votre sacrée Majesté impériale, et vos excellences, très-illustres princes, ont une déclaration de notre foi, en laquelle nous n'avons rien fardé ni déguisé, et par laquelle nous

désirons que notre cause soit jugée et décidée. Cependant nous supplions très-humblement votre Majesté, Sire, et vos excellences, très-illustres princes, qu'en telle révérence que nous avons procédé à testifier ce que nous croyons, qu'il leur plaise de considérer attentivement le contenu de ce Traité, et recevoir le tout en telle humanité, que la raison et équité domine seule ; toutes opinions humaines étant abattues, pour ne point apporter préjudice à la vérité.

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