‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustré d'un port. de LesageChapitre 13 sur 146 · VIII. — Histoire de don Roger de Rada · texte numérisé non relu

VIII. — Histoire de don Roger de Rada

Don Anastasio de Rada, gentilhomme grenadin, vivait heureux dans la ville d'Antequerre avec dona Estephania, son épouse, qui joignait à une vertu solide un esprit doux et une extrême beauté. Si elle aimait tendrement son mari, elle en était aimée éperdument. Il était de son naturel fort porté à la jalousie; et, quoiqu'il n'eût aucun sujet de douter de la fidélité de sa femme, il ne laissait pas d'avoir de l'inquiétude. Il appréhendait que quelque secret ennemi de son repos n'attentât à son honneur. Il se défiait de tous ses amis, excepté de don Huberto de Hordalès, qui venait librement dans sa maison en qualité de cousin d'Estéphanie, et qui était le seul homme dont il dût se défier.

Effectivement, don Huberto devint amoureux de sa cousine, et osa lui déclarer son amour, sans avoir égard au sang qui les unissait ni à l'amitié particulière que don Anastasio avait pour lui. La dame, qui était prudente, au lieu de faire un éclat qui aurait eu de fâcheuses suites, reprit son parent avec douceur, lui représenta jusqu'à quel point il était coupable de vouloir la séduire et déshonorer son mari, et lui dit fort sérieusement qu'il ne devait point se flatter de l'espérance d'y réussir.

Cette modération ne servit qu'à enflammer davantage le cavalier, qui, s'imaginant qu'il fallait pousser à bout une femme de ce caractère-là, commença d'avoir avec elle des manières peu /respectueuses, et eut l'audace un jour de la presser de satisfaire ses désirs. Elle le repoussa d'un air sévère, et le menaça de faire

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