‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustré d'un port. de LesageChapitre 69 sur 146 · Des orplielins. {Note de Losa^e · texte numérisé non relu

Des orplielins. {Note de Losa^e

service. Je n'avais point encore fait de si longs voyages. Il fallut m'arrêter pour me reposer. Je m'assis au pied d'un arbre qui bordait le grand chemin; là, pour m'amuser, je tirai mon rudiment, que j'avais dans ma poche, et le parcourus en badinant; puis, venant à me souvenir des férules et des coups de fouet qu'il m'avait fait recevoir, j'en déchirai les feuillets en disant avec colère : Ah! chien de livre, tu ne me feras plus répandit de pleurs! Tandis que j'assouvissais ma vengeance, en jonchant autour de moi la terre de déclinaisons et de conjugaisons, il passa par là un ermite à barbe blanche, qui portait de larges lunettes, et qui avait un air vénérable. Il s'approcha de moi; et, s'il me Considéra fort attentivement, je l'examinai bien aussi. Mon petit homme, me dit-il avec un souris, il me semble que nous venons tous deux de nous regarder bien tendrement, et que nous ne ferions point mal de demeurer ensemble dans mon ermitage, qui n'est qu'à deux cents pas d'ici. Je suis votre serviteur, lui répondis-je assez brusquement, je n'ai aucune envie d'être ermite. A cette réponse, le bon vieillard fit un éclat de rire, et me dit en m'embrassant : Il ne faut pas, mon fils, que que mon habit vous fasse peur; s'il n'est pas beau, il est utile; il me rend seigneur d'une retraite charmante et des villages voisins, dont les habitants m'aiment ou plutôt m'idolâtrent. Venez avec moi, ajouta-t-il, et ne craignez rien; je vous revêtirai d'une jaquette semblable à la mienne. Si vous vous en trouvez bien, vous partagerez avec moi les douceurs de la vie que je mène, et si vous ne vous en accommodez point, non seulement il vous sera permis de me quitter, mais vous pouvez même compter qu'en nous séparant je ne manquerai pas de vous faire du bien.

Je me laissai persuader, et je suivis le vieil ermite qui, chemin faisant, me fit plusieurs questions, auxquelles je répondis avec une ingénuité que je n'ai pas toujours eue dans la suite. En arrivant à l'ermitage, il me présenta quelques fruits que je dévorai, n'ayant rien mangé de toute la journée qu'un morceau de pain sec, dont j'avais déjeûné le matin à l'hôpital. Le solitaire, me voyant si bien jouer des mâchoires, me dit : Courage, mon enfant, ne ménage point mes fruits; j'en ai, grâce au ciel, une ample provision. Je ne t'ai pas amené ici pour te faire mourir de faim. Ce qui était très véritable, car une heure après notre arrivée il alluma du feu, embrocha un gigot de mouton; et, tandis que je tournais la broche, il dressa une petite table qu'il couvrit d'une serviette assez malpropre, et sur laquelle il mit deux couverts, l'un pour lui et l'autre pour moi. Quand la viande fut cuite, il la tira de la broche, et en coupa quelques pièces

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