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MONNAIES DR JEAN GALÉAZ, COMTE DE VERTUS

Vertus, chef-lieu de canton du département de la Marne, * est situé à 30 kilomètres au sud-ouest de Ghâlons, dans cette grande plaine crayeuse qui s'étend d'Épernay à Vitry-le-François. On n'a pas de renseignements sur l'origine de cette ville; son territoire est plus anciennement connu. Dans une charte de Louis le Débonnaire et Lothaire, donnée vers 825, le pagus Virtud^nsis est mentionné, et nous apprenons par un capitulaire de Charles le Chauve que le pagus Virtudisus était compris dans la missie dont Hincmar, évèque de Reims, fut chargé en 853. On voit apparaître la villa Virtudis dans Frodoard et le vicus Virtutis dans Raoul Glaber. La vie de saint Amoul, écrite au xn" siècle, fournit l'indication d'un castelhtm Tedbaldi comitis quod dicunt Virtutes, Henri le Libéral, comte de Champagne, a, en 1177 et 1179, daté des chartes de Vertus, Virtutum; c'est aussi l'orthographe adoptée par Aubry des Trois-Fontaines racontant comment, en 1230, le comte Philippe de Boulogne, à la tète d'autres seigneurs partisans du comte de Bar, incendia Épernay, Sézanne et Vertus. Quelques années plus tard (1239), à une lieue environ de cette dernière ville, le poète Thibaut IV, comte de Champagne, faisait, en présence de toute sa cour, brûler vifs cent quatrevingt-trois hérétiques albigeois. Le feu joue un grand rôle dans l'histoire de Vertus qui, déjà totalement incendié en 1167, fut encore livré aux flammes par le comte de Buckingham vers le milieu de l'année 1380 (1).

Il serait difficile de concevoir une idée exacte de l'état dans lequel pouvait être Vertus en 1360, lorsque le dauphin Charles fit ériger cette ville en comté pour doter sa sœur Isabelle, alors âgée de douze ans. Il fallait payer la rançon du roi Jean, faire face aux dépenses de toute sorte que la France épuisée par d'interminables guerres était impuissante à couvrir; Galéaz II, coseigneur de Milan, off'rait 600,000 florins d'or en

(!) Voy. Art de vérifier les dates, — Histor, de France, t. VI, p. 544; t. VllI, p. 156; t. X, p. 23; t. XIV, p. 57; t. XV, p. 338; r. XXI, p. 602. — P. Pithou, Mém, des comtes kéréd. de Champagne et Brie^ i572, p. 46, — Marlot, Hist. de Heims, — Chaletle, Précis de xtat, gén, du dép, de la Marne, 1845, vol. U, p. 132, etc.

* présent au roi pour se ménager Thonnour d'une alliance, el le prudent Charles obtint le consentement de son père. On avait d'abord assigné pour dot à Isabelle la ville de Sommières, en Languedoc (1), à laquelle on substitua presque aussitôt Vertus avec Rosnay et la Ferté-sur-Aube. Galéaz II n'était jamais venu dans notre pays et ne pouvait guère apprécier la valeur de la dotation, ou plutôt peu lui importait cptte valeur; ce qu'il lui fallait avant tout, c'était un titre français et une grande alliance pour son fils, âgé alors d'environ neuf ans. C'est ce jeune seigneur qui devint comte de Vertus du chef do sa femme. Quand Isabelle mourut, en 1372, Jean Galéaz avait environ vingt et un ans; et il était encore veuf, en 4378, quand il succéda à son père dans la seigneurie de Milan, qu^il partageait avec son oncle Bemabo Visconti comme l'avait fait son prédécesseur. Il y avait alors un siècle que l'archevêque Otton Visconti, en s'emparant de la seigneurie temporelle, avait fondé la fortune de sa famille néanmoins souvent traversée. Galéaz II contracta la première alliance considérable, épousant, en 1330, Blanche de Savoie, sœur du célèbre comte verd et mère de notre Jean Galéaz. Celui-ci, devenu gendre du roi de France, tint à rappeler sans cesse une circonstance si importante pour lui, et il ne se nomma plus que le comte de Vertus, Sur neuf des monnaies dont nous donnons plus loin la description (n*"* 1 k 6, 12 à 14), ce titre remplace les noms de Jean Galéaz. C'est une particularité bien curieuse assurément; mais on comprend que le seigneur de Milan se montrât soigneux de constater l'heurouse aventure grâce à laquelle il se trouvait beau-frère de Charles V, roi de France, de Louis d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, de Jean, duc de Berri, de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et comte de Flandre, de Jeanne, reine de Navarre et comtesse d'Evreux, de Marie, duchesse de Bar. Dans les longues né-

(1) Ce renseignement est consigné dans une requête du prince de Soubtii^e, dont je dois la communication à la parfaite obligeance de M. Hatat, archiviste du département de la Marne. Il n'existe plus dans le dépôt confié à ses soins aucune pièce émanant du comte de Vertus.

COMTE PE VliRTlS EN CHAMPAGNE. 109

gociations qui eurent lieu entre Charles VI et le pape Clément VII, pendant les années 1393 et 1394, au sujet de l'investiture du royaume de Sicile que le roi demandait pour son frère le duc d'Orléans, il est très fréquemment question in comte de Vertus, et ce prince n'est jamais désigné par son nom propre. De graves écrivains ont avancé que Jean Galéaz avait quitte le titre de comte de Vertus à la mort de son père, ou lorsqu'il fut seul seigneur de Milan après la ruine de Bernabo, ou eniin lorsqu'il devint duc ; les chartes au besoin prouveraient le contraire, mais les monnaies suffisent pour le démontrer. Jean Galéaz lit pJus : lorsqu'en 1380, il épousa sa cousine Calherine, septième fille de Bernabo, il lui donna le titre de comtesse de Vertus qu'elle continua de prendre dans ses actes particuliers (1), même après que Valentine, fille unique de Jean Galéaz et d'Isabelle de Valois eyit en 1389 apporté la comté de Vertus à son mari, Louis d'Orléans, avec une dot de 100,000 florins d'or et la ville d'Asti. Le comte de Vertus était un fin politique, un habile capitaine, un grand administrateur; soit par force, soit par des traités, soit moyennant finance, il réussit à s'emparer successivement de Parme, Crème, Brescia, Vérone, Vicence, Padoue, Pise, Sienne, Pérouse, Bologne.

En 1393, un présent de 100,000 florins d'or qu'il fit à Wen- , ceslas, roi des Romains, lui valut le titre de duc de Milan, accordé par un diplôme daté du 1" mai et qu'il transmit à sa postérité. C'est de lui que Louis XII le tenait, car le bon roi est Tarrière-petit-fils du comte de Vertus tout comme de Charles V.

Jean II le Hu.\.

J. Galéaz, Isabelle. Charles V.

Valemlne. Louis d'Ohlka.\s.

Charles d*Orleans.

Louis XI F.

(i) Comiuc daiue do Muuza. Voy. les aclce de 13}Jo, 1389, 1394, 1398, daus

Jean Galéaz mourut à Marignan le 3 septembre 1402.

Nous avons divisé les monnaies du comte de Vertus en quatre classes, comprenant : l"" les pièces frappées à Milan avec le titre de seigneur (1378-1395); 2** celles qui ont été fabriquées à Vérone dont il s*emparaen 1387 ; S"" la monnaie de Padouc; 4® enfin le teston sur lequel nous lisons le titre de duc.

Les auteurs du xviu*" siècle qui ont donné la description de monnaies du comte de Vertus avec des gravures très grossières pour la plupart (1), ne nous ont rien exposé de clair sur la valeur de ces monnaies, et nous en avons pu peser un trop petit nombre pour discuter la question.

Nous savons seulement, par une ordonnance en date du 2S janvier 1391, que Jean Galéaz avait eu la déplorable idée d'altérer le cours des monnaies. Le gros, qui valait 24 impériales, devait être reçu par le public pour 32. Le /^^^f07io était porté de 18 à 24 ; le sexino de 6 à 8 ; le quattrino de 4 à 6. En même temps, les agents du fisc étaient autorisés à n'accepter ces monnaies que sur l'ancien pied, c'est-à-dire à ne recevoir le gros que pour 24 impériales; et ainsi de suite. C'était une manière d'augmenter les impôts d'un quart ; mais le 15 février suivant Tordonnance fut rapportée. L'impériale est une petite monnaie de billon quç l'on trouvera dans nos planches, sous les n^ 10, 11, 20, 21, 22. Le groson ambrogiano est figuré sous les n« 1, 4, 5, 7, 12, 13. Il est à remarquer qu'on trouve des monnaies du comte de Vertus qui, avec un même type et un même module, offrent des différences de titre très considérables.

A. Fr. Frisi, Mernorie di Monza, t. II, p. 172 à 180. Ibid.t sept actes do comte de Vertus des années 1379, 1381, 1389, 1391, 1396.

(1) Muratori, De monetis Italtje, dans le recueil d'Argelati, 1750, t. I tab. XIV, no» 23 à 23; tab. XVII, n» 9; tab. LXXV, n» 7. — Excerpta ex museo Custodiano, Argelati, t. III^ tab. III, n»« 13 et 14. — Beliini, De monetis Italùe altéra dissertatio, 1767, p. 87, n« 9; p. 137, n»» 4 et 5. — Fr. Bellati, Disseriazione sopra varie monete, etc., 1775, p. 10, n«» 9 et 10. — G. Giulini, Continuaz, dette mem. spett. alla stor, di MitanOf parte III, pp. 89 et 90. — GradenîgOj Ind. (telle mon. d'Itatia, dans le recueil de Zanetti, 1779, t. II, p. 114. ~ Dionisi, Dette monete di Verona, dans Zauetti, 1786, t. IV, tav. V, no»-36 à 42. — Litta, Famigtie ceMri d'Italia^ 1828, fasc. IX, tav. XIX. Dans cet ouvrage généalogique, les dessius sont bien exécutés, mais le texte uc fournit aucuu reuseiguomcut numismatique.

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