FRAPPEE A GÈNES
(Extrait du tome X (nouvelle série) de la Bévue numixmattgue, 1tSG5,
pp. 478-181.)
En publiant; Tannée dernière, deux monnaies génoises de sa collection, M. le baron J. Pichon manifestait quelques scrupules au' sujet de la plus petite de ces pièces, qu'il attribue à Charles VU, à cause de la marque du monétaire A inscrite sur chaque face.
C'est en s'appuyant sur l'autorité de M. Luigi Franchini qu'il avait proposé cette classification, quoique le denier lui parut présenter un aspect bien plus gothique que celui du gros(i).
L'observation est juste sans doute ; mais nous n'en devons pas moins, comme l'a fait M. Pichon, nous conformer aux obligeantes indications de M. Franchini, qui a pour l'appréciation des monnaies de son pays des documents dont nous sommes privés.
Gènes cessa d'appartenir à la France de 1409 à 14S8, et pendant cet intervalle de quarante-neuf années le stj^e des monnaies aurait dû, à ce qu'il semble, subir une modification bien sensible. Cependant on va voir qu'une monnaie dont la marque, toujours d'après M. Franchini, appartient au règne de Charles YI, offre la plus grande analogie avec la petite pièce publiée par M. J. Pichon,
(1) Revue num., 1864, p. 204.
MONNAIE DE CHARLES Vï FRAPPEE A GÊNES. 25»
Cette monnaie fait partie de la belle collection de notre savant collaborateur M. de Kœhne. Elle a pour types, d'un côté :
+ K:R€X:F:D:|ANV€:V {Carolus rex Francorum dominus Janux). Écu parti de France et du portail génois, avec un B en pointe.
De l'autre :
+ CONRADVS:R€X:R:V (/îea: Romanornm). Croix pattée.
Or la marque V— B est, ainsi que M— L. R— S et B, un in-^ dice de monnayetur, appartenant à la première occupation de Gênes par les Français (1396-1409). Replaçons ici la figure de la pièce déjà publiée par M.J. Pichon, afin de faciliter la
comparaison des deux types, et reconnaissons que la différence de dessin est bien peu considérable. Cependant l'aspect de la légende est un peu plus moderne dans l'exemplaire attribué à Charles VII. Les caractères y paraissent plus contournés. En Italie, les lettres les plus anciennes sont celles qui se rapprochent le plus du type romain.
Je dois dire que j'ai examiné avec un grand soin le denier appartenant à M. J. Pichon, et que je puis affirmer qu'il ne porte pas d'autre différent monétaire que l'A placé à la fin de la légende, tant au droit qu'au revers. L'écu n'a jamais contenu aucun caractère, aussi la fleur de lis et le portail du Commun occupent-ils un espace plus considérable que sur le denier de Charles VI.
Un nouveau point de comparaison nous est fourni par un
denier que M. Maggiora Vergano a récemment publié dans la Rivista di numismatica (1). C'est une monnaie au nom de Charles d'Orléans, frappée à Asti pendant la première période du monnayage de ce prince, c'est-à-dire de 1408 à 1422. En voici la description :
+ Rose KAROLVS rose DVX, deux roses; écu d'Orléans, aux trois'fleurs de lis, chargé d'un lambel.
f^ -f Rose AVRELIENSIS rose Z rose C rose. Croix pattée. — Argent faible. Module, 17 millim.
Deux elemplaires de cette monnaie, que nous avons eu sous les yeux, grâce à Tobligeance de M. Maggiora Vergano, pèsent l'un 1^',08, l'autre 0ff%98; ils ont un peu frayé.
Ce denier, bien qu'on n'y lise pas le nom d'Asti, ne saurait être attribué à la France, comme l'écu d'or que nous avons publié (2), dont il diffère notablement sous le rapport du style. La forme des S de la monnaie d'argent est tout à fait italienne ; la formule et caetera est encore un indice auquel nous devons accorder attention. Or le savant Promis a fait observer qu'Asti est la seule ville d'Italie dans laquelle les ducs d'Orléans aient battu monnaie (3).
Le denier de Charles d'Orléans (1408-1422) offre, quant au style, beaucoup d'analogie avec le denier génois de Charles VI (1396-1409). Ce rapport a son utilité pour la classification des deux monnaies.
A propos du gros et du denier de Charles Vil publiés par M. J. Pichon, on nous a demandé si la légende D.IANVE ne pourrait pas être transcrite par Dux Januœ; mais il faut remarquer que les rois de France n'étaient pas des doges de Gênes. Le Blanc a déjà cité Tédit de Louis XII en date de 1507, par lequel ce prince ordonne : « Que doresenavant la monnoye seroit marquée aux armes du Roy et du Conmiun, et que le nom du Roy y seroit avec le titre de Seigneur de Gennes (4). »
(1) 1864, p. 191, pi. m, n« 6.
(2) Revtie num., 1861, p. 451. -— P. 188 du présent toIuibc .
(3) Monete délia zecca d'Asti. Turin, 1853, p. 25.
(4) Traité hist. des monn.f éd. de 1692, p. 262.