BIS DENI DEERANT DE CHRISTI MILLE DVCENTIS
La restauration de la cathédrale de Palerme (il 85) par Tarchevèque Gautier, est ainsi datée :
SI TER QVINQVE MINVS NVMERENT DE MILLE DVCENTIS
et dans Téglise Saint-Clément de Rome, la mosaïque exécutée au xni* siècle présente ce vers :
EX ANNIS DOMINI PROLAPSIS MILLE DVCENTIS
Nous comparerons aussi le vers : Christi cote culttim, etc., ai vers :
Christi cote plebi presens pia pabula Christi, extrait d'un quatrain écrit au bas de la page 142 d'un Rituale
DU Xrie SIÈCLE. 265
ecclesùe Nivememis, manuscrit du xf siècle longtemps conservé dans la bibliothèque d'Alexandre Vattemare.
De même qu'on pourrait encore rapprocher du vers : Clariis stirpe satis, etc., cet autre, qui nous a été conservé par Oderic Vital :
Clara stirpp sattis, sed ChriM liimfnr rafima (4).
àSi les inscriptions du moyen âge étaient réunies en corpiiSj on aurait certainement l'occasion de constater beaucoup d'autres exemples de cette nature, à l'aide desquels on pourrait, en quelque sorte, retrouver les traces des rapports qui ont existé entre les poètes de cette période.
Qu'on nous permette d'entrer dans quelques détails à Tappui de cette observation.
On sait qu'au xii" siècle on composa, pour la célèbre Rosemonde, maîtresse du roi Henri II d'Angleterre, cette épitaphe, qui était gravée à Godes towe, près d'Oxford (2) :
HIC lACET IN TVMBA ROSA MVNDi NON ROSA MVNDA NON REDOLET SED OLET QVOD REDOLERE SOLET
Or, au musée de Toulouse, on conserve l'inscription funéraire d'un prêtre du xiv° siècle, Vit^l d'Ardengost, texte ainsi conçu :
« Anno Domini aicccxxxvm, xvn kalendas Januarii obiit Vital de Ardengost, clericus et presbiter hujus ecclesiae, eujus anima requiescat inpace. » Puis, au-dessous :
HIC lACET IN TVMBA. ROZA MVNDI NON ROZA MVNDA NON REDOLET SED OLET QVOD REDOLERE SOLET
reproduction assurément bien inattendue et bien singulière.
Guillaume des Barres, chevalier, seigneur d'Oissery, près
Meaux ,. mourut en 1233. Des prières furent dites dans un
grand nombre d'églises pour le repos de son âme, et ces obits
(1) Ecoles, hist.f lib. V, c. 42, édit. Oachesne, p. 57 i.
(2) Scrip/or, anglicans htst., London, 1652, t. U, p. 2396.
2Cfi INSCRIPTION MÉTRIQUE
furent attestés par une série de certificats qui remplissent un grand manuscrit en forme de rouleau (1). En tête de co manuscrit, une belle vignette représente le chevalier étendu sur son lit funéraire, et au-desàous de cette peinture on lit :
QVI TVMVLVM CERNIT CVR NON MORTALIA SPERNIT TALI NAMQVE DOMO FVNGITVR OMNIS HOMO
Or,' dans Téglise Saint- Aphrodise de Bezîers on remarque Tépitaphe de Fabbé Pierre de Vezian, mort en 4287^ cinquante-quatre ans après Guillaume des Barres, épitaphe à la fin de laquelle sont tracés ces vers :
QVI TVMVLVM CERNIS CVR NON MORTALIA SPERNIS TALI NAMQVE DOMO CLAVDITVR OMNIS HOMO
Et dans Téglise de Saint-Bertrand de Comminges (Haulo- (laronne), on retrouve à la fin de Tépitaphe de Géraud do . Bageran, sacristain et chanoine, mort le 14* jour avant los kalendes d'avril (19 mars) 1300, ces mêmes vers, que les dixsept années écoulées depuis la mort de Tabbé Pierre de Vezian n'ont pas modifiés :
QVI TVMVLVM CERNIS CVR NON MORTALIA SPERNIS TALI NAMQVE DOMO CLAVDITVR OMNIS HOMO
On voit que, sauf l'emploi de la seconde personne au lieu de la troisième, dans le premier vers; sauf la substitution de claiiditur à fungitur dans le second, les vers de Beziers et do Saint-Bertrand de Comminges sont identiques à ceux qu'avait inspirés la mort du seigneur d'Oisser}\
Ce n'est pas tout; près du portail de Tantiquc église de Saint-Just de Valcabrère, on lit encore Fépitaphe du prêtre Jean Fabre datée du xvni'' [sic) jour avant les kalendes d'août
(1) Le manuscrit, qui a longtemps appartenu au monastère de Fontaine, vient d'être publié avec beaucoup de soin par M. Eugène Grésy, membre de la Société des antiquaires de France, sous le titre de : Étude historique et pa" léographique sur te rouleau mortuaire de Guillaume des Barres. Meaux, 1863. in-fol.
DL: XII* SIKCLF. 207
(16 juillet) 4312 (1), ot à la suite de laquelle reparaissent ces deux lignes :
QVI TVMVLVM CERNIS CVR NON MORTALIA SPERNIS TALI NAMQVE DOMO CLAVDITVR OMNIS HOMO
Cette* sentence, partie pour le midi de la France au xnf siècle, n'y demeure cepondeuit pas si bien domiciliée qu*on ne la revoie plus dans nos contrées septentrionales. .En 1432, elle reparaît avec une légère variante sur la tombe de Geoffroi Pellegay, vingt-huitième abbé de Saint-Victor de Paris (2) :
CVM TVMVLVM CERNIS CVR NON MORTALIA SPERNIS TALI NAMQVE DOMO CLAVDITVR OMNIS HOMO
Si Ton continuait (avec les développements qu'il comporte tels que les autoriserait certainement le dépouillement méthodique do tous les recueils de vers léonins conservés manuscrits) le relèvement des inscriptions tumulaires qui existent encore dans nos églises et dans nos musées, on pourrait, en tenant compte de Tordre chronologique de ces productions plus ou moins poétiques, découvrir par quelle voie elles ont pu passer d'une contrée h une autre.
Qu'une pensée philosophique ou chrétienne soit venue en des lieux différents à l'esprit de plusieurs écrivains qui, contraints par la forme du vers, l'auront exprimée d'une façon analogue, il n'y a pas lieu de s'en étonner.
Mais, en dehors des exemples de reproduction identique comme ceux que nous avons rapportés, il règne dans les poésies en vers léonins une inspiration générale, une communauté de tours et d'épithètes qui ne peuvent provenir que d'un enseignement. Des moines voyageurs ont-ils recueilli dans leur carnet des vers qu'ils lisaient sur les tombes et dont la
(1) Voy., pour cette notation, Tinscription gravéo (pi. II, n" 3), à la suite du mémoire de M. de Castellane, înscripl. du A7ï'« siècle dans les Mém, de In Soc, arch. du Midi, 1837, t. III.
(2) GaU, christ., t. VII. col. 685.