‹ Œuvres historiques inédites. 2Chapitre 27 sur 44 · Hartwig 14 de Bruchkirch · texte numérisé non relu

Hartwig 14 de Bruchkirch

Tel était l'état du chapitre de Strasbourg, lorsque Baudouin , son cvêque , mourut au commencement du mois d'octobre H 00. L'empereur Henri IV fit élire , pour son

* Adalbert dans le catalogue, ibid., tit. 522.

* Otto dans le catalogue.

» Otto second du nom , dans le catalogue. Il est nommé Otto dans une charte de U16, ibid. tit. 57*.

* Cuono dans le catalogue. C'est le même qui devint évèque. 1 Durkart dans le catalogue.

* Brunon île Hohcnberg, comme le nomme Pétri in Suevia eeclesiastico, /*. 238. Succéda en H 05 a Burcbard dans la Piévoté.

1 Wotwerat dans le catalogue. Wohveradus Chorepiscopus dans la charte de M 09, ibid., tit. 55 1.

* Vodalrich dans le catalogue.

Burkart dans le catalogue. Burckardus Chorepiscopus dans la charte de 1109. 10 Bertolt ou Berhdott dans les chartes de 1116 et 1119. ibid., M. 573, et 582. " Eberhurt dans le «atalogue. Eberhardus Chorepiscopus dans la charte de 1109. " Heinrich dans le catalogue.

" Cuonrat dans le catalogue. Cunrat dans la charte de 1116, ibid., tit. 573. 14 Hartwig est rappelé dans une chai te d'Otlon de Bruchkirch, son père, de 1116. Le Nécrologe de la cathédrale le nomme Hartwic Acolitu».

successeur, un noble clerc1, nommé Cunon*, ouConon3. Il était alors chanoine des cathédrales de Strasbourg et de Spire4, et prévôt de l'église impériale de Goslar8. Les historiens ne nous disent rien de sa famille : elle nous serait même inconnue sans un diplôme de Henri , donné en \m\ Werinhmd, père de Cunon, était un seigneur puissant dans l'Ufgau7, où il bâtit, près de Rothenfeld, le château de Michelbach8. Après sa mort, Cunon le rétablit de concert avec Eberhard et Werinhard, ses deux frères : il n'a d'autre qualité, dans les diplômes, que celle d'évéque désigné de Strasbourg9. Une charte de l'abbaye d'Altorff,

• . Cuno nobilis clericus ecclesine Argentinensis anno 1100 à Rcge pneficitur, » d.t VMmphelingue , pag. 47. . Oeatus et ipse episcopus Argentinensis ab Hein- - r.co IV, . d.t Cuilliman, page il 7. „ Postant, génère nalus , - dit Bucelin , Germaniœ sacrœ , pari. 1 , pag, 8.

■ Henri IV dans 90,, diplôme de 1103. et Henri V dans celui de 1 1 1 1 le nomment Cuno. Il est appelé de môme dans le Fragment historique d'Urstisius, dans la chronique de Codefroi d'Ensmingen, dans le Nécrologe de Spire et dans de. charte, de 1104, 1U6, 1U8, lus et 1153. Il se IIOmme lui-même Cuono dans une charte originale de 1120. et dans d'autre, de 1105. Le diplôme autographe de Henri IV de 1102, les différents diplômes de ce prince de 1 1 02 , 1 1 1 1 et 1114 , I acte original d'Heilwige de 1118 , la chronique d'Ebermiinster, le catalogue des chanoine, de la calludrule, la charte de l'évoque Cebehard de 1133, etc. , lui donnent le môme nom. Il est appelé Chuono dans une de ses propres chartes de H09 . et Kuono dans les diplômes de Henri V de 1107 , 1112 et 1113.

L'annaliste saxon , le moine de Hammcrslcben , Adelbert , archevêque de Mayence, etc., le nomment Co„„. Henri V, dans son diplôme de 1114 Chono.

Le catalogue des chanoines de la cathédrale de Strasbourg et le Nécrologe de celle de Spire comptent Cunon dans le nombre des frères de ces deux églises

Co»«eJe remarque le moine de Hammersleben dans sa description de réfliie

*»Tp2 .T1" ^ DaSiUCa °°SlarienSi aPUd UibniiiiH,n ' '<"»' rfr' *- ^ Pièces justi.icatives , ,/,.,. *Als. ton*. „, /„. 532 , pag. cxxxvi.

Aujotird hui le margraviat de Bade proprement dit Jeisolf de Mayenheim vendit en 1321 le village de Michelbach à Frédéric , margrave de Bade. ,chœPftin,n , hM. Zaringo-Badentu , ton, 5, pag. 394. « Cuno des.gnatus Ar^nlinensin episcopus. .

de 1 1 03 , ne le nomme que évêque élu , et non encore sacré1. Il paraît même que Cunon ne reçut jamais la consécration épiscopale. L'annaliste saxon , en parlant de lui , dit qu'il n était évêque que de nom *. Quelques écrivains l'accusent même d'avoir dissipé les biens de son évêché et ceux des monastères de son diocèse 3.

Cunon s'attacha d'abord à Henri IV, auquel il était redevable de son élévation. Il assista , avec les autres princes de l'Empire, aux assemblées de Mayence et de Spire, et il souscrivit au diplôme, que cet empereur accorda à Etienne, abbé de Wissembourg , en renouvelant les privilèges de cette abbaye. L'acte est daté de Spire, 11 février 1102*. Ce fut dans la même ville , et le 15 février suivant , que Cunon et ses deux frères renoncèrent aux biens qu'ils possédaient près de Rothenfels , en faveur de l'empereur, qui les céda aussitôt aux chanoines de l'église de Spire 5. Biunon , avoué de celle de Strasbourg , fit la renonciation au nom de son évêque. Celui - ci sollicita la confirmation de son élection auprès de Pascal II , qui avait succédé, en 1099, à Urbain II, dans le siège de Rome. Ce pape, dans un concile , tenu dans l'église de Latran , le 3 avril H026, avait renouvelé l'excommunication, prononcée par ses prédécesseurs , contre Henri. Ainsi , il regarda Cunon comme un intrus , et il ne voulut pas approuver l'élection

' • Cunone Pontifice electo, nondum consecrato.» V. //. a" A., t. n, tit. 538, p. «ci.

* ■ Episcopus solo nomine. • C'est aussi la plainte que porta contre lui une partie du clergé de Strasbourg dans une lettre écrite au pape Pascal H. « Noster « episcopus , dit-il , nomen quidem dignitatis habet , sed officium minime. » Celte lettru est de la fin de l'année 1116. V. Mit. d'Als., tom. u, tit. 575, p. ccixvm.

5 Cuilliman , de episcopis Argentinensibus , pag. 217.

* Pièces justificatives. Mit. d'Ali, tom., H, tit. 531, pag. clxxxv. 1 Ibidem, tit. 532, pag clxxvi.

a Labbeus, Conciliorum tom. 10, pag. 617 ; Hurduinus, Concil., tom. « part, i, pag. 1759 , et Mansi , tom. 20 , pag. 1147.

306 niSTOIRE de l'église

d'un évéque , qui communiquait avec l'empereur, et avait reçu de lui l'investiture par l'anneau et la crosse l. Henri était encore, au commencement de l'année il 03, à Spire, où il approuva , le 4 mars , la fondation du monastère d'Abrinsberg, faite par Anselme , abbé de Laurisheim. Le diplôme fut donné à la demande de Cunon , évéque de Strasbourg , qui y est qualifié du titre de prince *. Ce prélat confirma , quelque temps après , la donation de dix mas de terres dans le ban de Hartausen , et de l'église de ce nom, faite par un prêtre , nommé Hartman , aux frères de Ste-Marie, desservant la cathédrale. La charte de confirmation fut donnée , à Strasbourg , en 1105 3. Elle fait voir que l'évêque Cunon restait alors encore attaché à Henri IV. Mais, comme cet évéque inconstant était moins touché des intérêts de ce prince que de sa propre fortune, il ne tarda pas de l'abandonner dans les malheurs qui l'accablèrent sur la fin de ses jours. Le terme marqué aux excès de cet empereur n'était pas éloigné. Pour lui rendre le châtiment plus sensible, le ciel permit que son fils, de même nom que lui, en devint le fatal instrument. Son excommunication fut le prétexte de la révolte de son fils, révolte d'autant plus odieuse, que, dès l'année 1099, son père l'avait fait élire roi. Ce jeune prince , excité par les conseils de plusieurs seigneurs , qui se plaisaient dans les troubles d'une guerre civile , animé par les lettres ambitieuses du pape Pascal , qui l'exhortait à soutenir l'église opprimée4, s'ennuya de porter le titre de roi, sans en

' • Per Dei gratiam neque elcctioni ncque consécration! illius inlrusi assensum « dedimus, » dit le pape Pascal dans sa lettre an clergé de Strasbourg. — Voyei Hitt. d'Ali., tom. n, tit. 476, pag. ccxxix.

* Pièces justificatives , Hitt. d'Als., tom. n, tit. 534, pag. clxxxjx. ' Ibidem, tit. 547, pag. ccm.

* Herman, Narrât. S. Martinii Tornacensis, apud Dachery tpicilegii tom. 12 » pag U6, et tom. î, nova- e.lit. pag. 914, n« 83.

avoir l'autorité. Il fît arrêter son père, et l'obligea même de renoncer au trône \ et, comme il sentit que l'unique moyen de justifier son attentat était d'intéresser, pour lui, les ministres de la religion, il commença par s'attacher les évêques. Celui de Strasbourg suivit le torrent, abandonna son bienfaiteur avec la fortune, et ne balança pas à se déclarer pour son fils dénaturé, qui prit le nom de Henri V. Cunon assista à toutes les assemblées, où l'on délibérait sur la déposition de l'empereur : il y conclut lui-même, avec les autres partisans du perfide Henri , dans la diète tenue en 1106, à Mayence9, où il fut couronné pour une seconde fois. Le nouveau roi sortit ensuite de cette ville et se rendit en Alsace, accompagné de l'évêque Cunon. II vint à Rouffach. Cet endroit appartenait, depuis plusieurs siècles, à 1 evêché de Strasbourg \ auquel il avait été accordé, avec le Haut-Mundat, par Dagobert , roi d'Austrasie 4. Ce n était alors qu'un village , comme le remarque un auteur contemporain , mais un gros village , qui se distinguait

' L'objet de cet ouvrage ne nous permet pas d'entrer dans un plus grand détail, qu'on pourra trouver facilement dans les historiens d'Allemagne , et surtout dans le P. Barre, tom. 4 . pag. 362 et suiv.

' Guillimannus, de episc Argent., pag. 217.

3 Salomon , évéque de Constance, dit «t vicus vestrœ polestatis Ruvacha, . dans une lettre adressée vers l'an 886 à Reginhard de Strasbourg. Pièces justificatives , l. i.num. 154, p. cclxxx. Les actes de Mûri, écrites vers l'an 1 142, apud Hergott, pag 335, et apud Kopp, pag. 91, parlent ainsi de Ruuffach : « Vicus, qui vocatti

• Rufach in Alsatta , totus pertinet ad sanctam Mariam in Argentina civitate, sicut

• pene et omnis ipsa regio. »

4 Ce n'était alors qu'un village. Voyez le tome premier de cette histoire, liv. 2, poy. 208 et seq. Burrhard de Muntzenhcim et Hazicha sa femme donnèrent vers l'an 1098 à l'abbaye de Rheichenau en Suisse et dans le diocèse de Constance tous les biens qu'ils possédaient à Rouflach , in Rubiaco , et à Heringheim. Pièces justificatives, Hist. d'Ain., tom. u, tit. 518, pag. cixxn.

1 « Villa Rufach , quœ multitudine pra valet et armis , » dit l'auteur anonyme et contemporain de la vie de l'empereur Henri IV , qui nous fournit le détail de ce

dans la province autant par le nombre et la valeur de ses habitants, que par la richesse et la fertilité de son sol. Les soldats de la garde du roi prirent querelle avec quelques bourgeois de Rouffach. Henri, au lieu d appaiser le tumulte, ne fit qu'animer la fureur de ses gens. Alors , tout le village prit les armes : les femmes même grossirent le nombre des combattants. La révolte devint si violente et si générale, que le roi, craignant pour sa vie, prit la fuite avec ses courtisans , et abandonna même les ornements royaux , qui devinrent la proie et le jouet de la populace. On fut obligé, pour les retirer, de promettre aux habitants que le roi oublierait l'affront qu'il avait reçu. Le prince ne tint pas parole : car, dès qu'il eût assemblé quelques troupes , il vint fondre sur Rouffach et l'abandonna à ses soldats, qui y mirent le feu après l'avoir pillé, et passé au fil de l'épée la plus grande partie des habitants '. Cunon

fait apud Urstisiwn , Scriplor. rer. Germanie, tom. 1 , pag. 389. La notice de l'abbaye d'Eschau écrite vers l'an 1066. pièces justificatives , voy. Hisl. d'Als. tom, n, tit. 436, pag. lxxy, remarque que Rnuffach, villa Rubeaca était alors et dès le huitième siècle renommée « propter opulentiam ville et decimarum. ■

1 Voyei Beatus Rhenanus, rerum Germanie, lib. 3, pag. Î82. On lit dans les annales de l'Empire par M. de Voltaire, sous l'année H06, pag. 184. • Le nouvel

* élu alla deman der en Alsace le serment de fidélité, et les Alsaciens , pour

> tout hommage, battirent les troupes qui l'accompagnaient , et le contraignirent - de prendre la fuite. » Voilà un de ces faits, qui n'a d'autre fondement que l'autorité d'un écrivain systématique, qui altère l'histoire suivant son intérêt ou son caprice, et qui est si bien dépeint dans ces vers de M. Dorât :

• Plus piquant que fidèle , agréable et trompeur, « Par ses jolis romans l'histoire est embellie , « Bien loin de se montrer scrupuleux narrateur

« Des sottises qu'il apprécie - Toujours en philosophe il ment à son lecteur. »

M. de Voltaire confond ici les Alsaciens qui reconnurent aussitôt Henri V pour leur roi, avec les habitants de RoufTach, dont nous venons de raconter la révolte. le* annales de l'Empire découvrent presque à chaque page des erreurs sur l'his-

ne vit qu'avec douleur ce malheur, arrivé à un des endroits les plus considérables de son évêché : mais Kouffach répara ses pertes peu de temps après, puisqu'il était, dès l'an H 39, élevé au titre de ville

Henri IV n'était plus. Ce prince qui , par sa naissance, ses forces et son génie , paraissait destiné à faire plier, sous sa loi , l'Allemagne et l'Italie , mourut à Liège , au milieu de sa carrière, le 7 d'aoust H 06, de misère et de douleur. Avec un. courage à toute épreuve, une valeur qui l'égalait aux guerriers les plus illustres , une patience invincible dans les plus grands revers, un génie fécond en ressources et en expédients, une âme forte et capable des actions les plus héroïques, Henri pouvait être le monarque de l'Europe le plus renommé. Mais , pour n'avoir pas pu résister à ses penchants , pour s'être livré à des conseils pernicieux , il devint le tyran de l'Empire , le scandale de la religion , l'auteur des plus grands troubles qui eussent encore éclaté dans l'Eglise , et l'artisan de ses propres infortunes. Abandonné de tout le monde, sollicitant, pour vivre, une prébende laïque dans l'église de Spire, qui lui

toire d'Allemagne. « Clitarchi probatur ingenium , ftdes infaraatur, - disait Quintilien d'un historien grec. * (Annales de l'Empire) ouvrage dans lequel on cherche « vainement la vigueur de son pinceau (de M. de Voltaire) et la fraîcheur de son • coloris. » De Luchet , Histoire littéraire de M. de Voltaire , tom. 4 » pag. î6 , édit. de Cassel , et dans lequel, comme l'observe le même M. de Luchet, pag. S7, ' il a oie quelquefois des nuances à la vérité. • et pag. 34 : • qui manque de

chaleur et d'intérêt , dont le style est inégal et négligé. •

Le récit des miracles de S. Pierre r archevêque de Tarentaise , écrit sur la Un du douzième siècle apud Uenschenium , in Actis SS. tom. 2 maii , fait mention des miracles que ce Saint , mort en 1 175 , opéra de son vivant • apud Rufejacum, " villam celebrem et magnam in Alsatià. »

' On verra ci-après qu'en 1139 « universitas Nobilium etcivium utriusque sexus « oppidi Rubeaci . fit un vœu à l'église dcThierbach. Pièces justificatives. Wùrdt- «Min, nov. subs. diplom. tom. 7 , pag. 11*. - Cette pièce se trouve aussi d<*s Martène. Thet., Anecd., t. \, p. 393. EUoy est datée de l'année llll. (N. del'ed.)

fut refusée, poursuivi, enfin, jusqu'au-delà du tombeau, par celui qui lavait chassé du trône, il n'obtint pas même les honneurs de la sépulture chrétienne1. Henri, son fils, commença son règne sous des auspices, qui n'annonçaient pas à l'Eglise plus de repos qu'elle n'en avait goûté sous le règne précédent. La révolte ne l'eût pas plutôt affermi sur le trône impérial, qu'il se fit un devoir de soutenir les investitures, à l'e emple de son malheureux père. La querelle se ralluma et devint môme plus vive qu'elle n'avait encore été. Pascal , à l'exemple de Grégoire VII , crut l'honneur du sacerdoce et les droits sacrés de l'autorité spirituelle blessés par la tradition du bâton pastoral et de l'anneau donné aux évêques par un prince séculier. 11 déploya toute l'autorité de son zèle et tout l'appareil des censures ecclésiastiques pour forcer Henri à renoncer à des prétentions , qu'il paraissait plus jaloux de soutenir et de conserver qu'aucun de ses prédécesseurs. Le pape tint d'abord, en il 07, un concile à Troyes, où il renouvela les décrets de ses prédécesseurs pour maintenir la liberté des élections , et pour empêcher les laïcs de conférer les dignités ecclésiastiques ». L'empereur protesta contre ce règlement dans un synode qu'il fit assembler à Mayence. Cunon, évêque de Strasbourg, se trouvait alors dans cette ville , comme il paraît , par le diplôme que Henri V v fit expédier, à sa prière, le 2 mars i 107, en faveur de l'abbaye de S. Maximin de Trêves3- Cunon assista aussi à l'assem-

' Le cardinal Baronius justifie la conduite de Henri V à l'égard de son père par un dtscours bien étrange: Annal, eccles. tom. 12 , ad an. 1106, g 14 , pag. 60 : « Qui* negare poterit summum fuisse hoc (in fllio) pietatis genus in patrem fuisse « crudclem ! ,mmo ex eo quod non firmioribus vinculis strinserit donec curarctur, • ne in malum suum et aliorum eflTugerct dcliquissc. .

• Labbeus, Concil. tom. 10, pag. 75i ; Mansi , Concilier, tom. 20, pap. 1117. P.èce,,«stiûcative8| llist. d'AU., tom. l, tit. 53*, pag. cc«.

blée que ce prince tint à Spire , le 19 mars 4108 *. Il fit aussi placer, par ordre de cet empereur, Conrad , moine de Clingenmunster, sur le siège abbatial d'Ebersmûnster*. Ceci arriva en H 10. Cunon était retourné dans son diocèse dès l'année précédente. Un solitaire, nommé Erkenbald, qui s'était retiré dans les forêts de Bersch , aidé des libéralités de Burchard , grand-échanson de l'évéque , et de plusieurs nobles du voisinage, venait de bâtir, près de l'abbaye de Hohenbourg , une église en l'honneur de saint Léonard. Cet établissement s'accrut, et devint bientôt un monastère , que Burchard , possesseur du terrain , soumit à l'évéché de Strasbourg. L'église de saint Léonard fut dédiée par Hezilon, évêque de Havelberg. La cérémonie se fit le 21 septembre 1109 3. Le même jour, Cunon de Strasbourg confirma la fondation de ce nouveau monastère, y nomma Megingold pour le premier abbé , exempta ses moines des dîmes de toutes les terres qu'ils avaient défrichées , et leur accorda d'autres privilèges 4. La charte de confirmation fut souscrite par Brunon, grand-prévôt, par Burcard, Eberhard, Woiverad et Budeger, qui y sont appelés chanoines et chorévêques de la grande- église. C'est le nom qu'on donnait alors aux archidiacres de la cathédrale. Sigebcrt, comte de Werd, Anselme, avoué, Diebald , vicedomne , et plusieurs autres citoyens de Strasbourg, signèrent aussi cet acte. Nous détaillerons, autre part , la fondation et les révolutions de l'abbaye de Saint-Léonard. Elle fut sécularisée en 1235 , et changée en une collégiale, qui existe encore de nos jours.

' Guillimanus, pag. 217 et 218.

* Chronicon Jiovientensc , g xxvui.

1 Notice de la fondation de l'abbaye de S. Léonard , écrite vers l'an 1200. Pièces justificatives , Hitt. d'Al*. , tom. u , tit. 610 , pag- cclxvii. 1 Pièces justificatives , Hitt, d'Ali. , ton. n , tit. 554 , pag. ccx.

L'empereur, dont les différends avec la cour de Rome duraient toujours, passa en Italie, et se mit en chemin, au mois d'aoust 1110, à la tête de la plus nombreuse et de la plus florissante armée , qu'on eût vue depuis longtemps en Germanie1. La plupart des princes de l'Empire l'y accompagnèrent. On y comptait, entr'autres , Cunon, évéque de Strasbourg8, Bertold II, duc de Zehringen, et Frédéric de Hohenstauffen, duc de Souabe. Berthold, qui y alla avec son fils , du môme nom , mourut peu après le 12 avril 111 1 s. Son corps fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Pierre, en la Forêt -Noire, qu'il avait fondée en 1093*. Cette abbaye, qui existe encore aujourd'hui, devint la sépulture des ducs de Zehringen5. Berthold avait épousé, en 1077, Agnès, comtesse de Rheinfelden *, dont il eut sept enfants, quatre fils et trois filles. Les principaux

• Dodechinus et Annalista Hildesheimensis ad annum 1110.

• Comme le remarque Guilliman, de ephc, pag. 218.

* Chronicon Constanticnse apud Pistorium , tom. 3 , pag. 742 , et Schannat in Vindemiit Htterariis, colleci. 1 , pag. 160.

* Bertholdus Constantiensis ad an. 1093 et Schannat , Vindem. litterariœ, collent. 1 , pag. 162. Voyez YAuslria sacra du P. Mairan, tom. 1 , pag. 172 et uq. et partis prima, tomo 2, pag. 214-230.

* Ulrich Biirgi , abbé de S. Pierre . qui fit rebâtir l'église abbatiale , y plaça en 1727 les os de ce duc et de neuf autres princes de la maison de Zehringen, auxquels Philippe-Jacques Steyrer, qui en est aujourd'hui abbé, fit élever en 1768 dan» le chœur, un double monument en marbre aux deux côtés du grand autel. Celui de Berthold II et d'Agnès sa femme se trouve du côté de l'évangile. Voici l'épilaphe , q.,i lui rut consacrée , et que nous avons copiée sur les lieux le 21 septembre 1784.

• Sta , viator, et lege , qutc legissc non paenitebit. In hujus mûri fori.ice conditi

• quiescunt Monaslerii S. Pétri in Nigra Silva fumtatores et dotatores Bcrloldusll,

• dux Zaringiœ , filius Bertoldi I , Irater Hermanni I , satoris Marchionum Baden- ■ ftum, et Cebhardilll, episcopi Constantiensis, hic Monaslerium istud à pâtre suo

Wilhelmc in Wirtcinbergia ad radiées Teccii montis anno mlxxiii conditum an « «xciii hue translulit, fundavit, dotavil : obiit pridie Idus Aprilis anno MCXI.

• Agnès ejusdem Bertholdi II conjux , filia Rudolphi suevi© ducis el comitis - Rheinfeldensis , obiit xim Calcnd. Januani ejusdem anni. »

M. Schœpûïn place la mort d'Agnes avant l'an 1109. Mais il a contre lui le

furent BertholdlII et Conrad, qui devinrent successivement ducs de Zehringen !. M. Schœpflin ne donne à Bertholdll qu'une fille, nommée Agnès, mariée à Etienne II, comte de Bourgogne, surnommé Tête hardie. Nous avons découvert deux autres de ses filles. L'une est Petrissée , première femme de Frédéric Ier, comte de Ferretle *, dont il est fait mention dans les actes de l'abbaye de S. Pierre ». L'autre est Luitgarde \ épouse de Godefroi, comte palatin de Calb \

Nécrologe de l'abbaye de S. Pierre , où elle fut enterrée , et suivant lequel elle survécut à «on mari , étant décodée le 19 décembre 11 H.

' Les deux autres 01s Beithold et Rodolphe , raorU «lans leur bas âge , et également enterrés dans l'abbaye de S. Pierre.

■ Ce Frédéric mourut après l'an H 44.

» Le Rotulus de Saint-Pierre nous la fait ainsi connaître : « Notum sit Christi

• fidelibus tam fuluris, quam presentibus, quod Domina Petrissa, lllia Ducis Ber- ■ tholdi, taie predium, quale apud Volpach visa est habere, cum manu viri sui « comitis scilicet Friderici de Phirrith sancto Petro apostolo patrono nostro pro

• redemptione anime suc , omniumque parentum suorum devota delegavit. » Ce Frédéric, comte de Ferrelte, qualifié aussi comte de Montbéliard, est le môme que t Fridericus cornes de Mumpligart. » nommé dans le même Rotulus entre les témoins de plusieurs donations faites à la dite abbaye de Saint-Pierre, après la mort du duc, son fondateur. - Quoiqu'en dise Crandidier, SchœpAïn a connu Petrissa, Aile de Bertold II de Zamringcn et femme de Frédéric V. Voyer Als. Hlus., tom. u, Tabul. Geneal. de la page 609. (Note de l'éditeur.)

* Guillimannus, de rébus Helveticis , lib. 2, cap. 14 , et Hiibner, Cenealogtsche Tabellen, tom. 1, lab. 200.

s . Gotfridus , filins Adclberti comitis de Castello Calb . est rappelé dans le diplôme de l'empereur Henri IV pour l'abbaye de Hirsauge de 1075. Trithenttus, Annal. Hirsaug., tom. 1, pag. 2S9. Celui de Henri V pour le monastère de Saint-George, dans la Forêt-Noire de 1112, apud Schcepflmum , Alsat. diplotn., tom. 1 , p- 189, fut donné . ob inlervcnti.m comitis Godefridi de Calwen. » Gebhard. évèque de Constance, consacra en 1093 l'église de Saint-Pierre ■ présente Gotfrido comité de Kalw, suivant l'ancien livre des fondateurs et bienfaiteurs de cette maison, apud Narian-Auslrm sacrœ, tom. 2, pag. «15. Godefroi, sur la fin de ses jours, se retira dans l'abbaye de Hirsauge, où il prit l'habit monastique et où il mourut en 1148. Selon Trilhème, lib. cit., tom. l,p<rç.418, il eut de Luitgarde de Zehr.ngen une fille, nommée Utha, que nous ferons connaître plus particulièrement, lorsque nous parlerons du monastère de la Toussaint, situé dans le diocèse de Strasbourg,

Frédéric, connu dans l'histoire par son surnom de borgne, neveu d'Otton, évéque de Strasbourg, l'était aussi de Henri V, qu'il accompagna en Italie1, par sa mère Agnès, sœur de ce prince. Il n'était âgé que de quinze ans, lorsqu'il succéda, dans le duché de Souabe et d'Alsace, à son père, nommé également Frédéric, mort en H052. Ce jeune duc contribua beaucoup, par sa sagesse, sa valeur et son habileté , au bien de ces deux provinces. Sa naissance, ses manières affables , son esprit et ses discours, prévenaient les peuples en sa faveur : il était si libéral, que les soldats accouraient de toutes parts pour s'engager à son service3. Frédéric s'attacha surtout à maintenir, dans l'obéissance de l'empereur, la partie de la Gaule germanique. Cette partie touchait le Rhin, et comprenait l'Alsace avec tout le pays, qui s'étend le long de ce fleuve, depuis Basle jusqu'à Mayence 4. Comme c'était dans cette province que se trouvait réunie toute la force de l'Empire, il s'y fortifia, en élevant des châteaux dans les lieux qu'il

cette dernière fut la fondatrice sur la fin du douzième siècle. Cette llha » Welfon , duc de Spoléle. De là Conradut dhx de Zahringen est nommé avunculus uxoris Guelfonix par l'auteur de la chronique de Weingarlen, écrite au douzième siècle, dans le texte rapporté et corrigé par dom Hess, in Scriploribtu rerum Cuelficarum, pag. 27. Ce texte prouve que Luitgarde était sœur de Conrad, duc de Zeringen et fille de Berthold 11, puisque ce Conrad est nommé oncle maternel d'Utha, qui était fille de Welfon et de Luitgarde, sa femme. | Baronius, Annal, ecclesiasi., tom. 1S, ad. ann. 1111, g 4, pag. 93. - Suivant Olhon de Frisingen et Conrad d'Ursperg. L'Annaliste saxon place son décès à l'an 1106.

« Erat in bel lis fortis , in negociis ingeniosus, vultu et animo serenus, in ser- • mone urbanus, denique tam largus ut ob hoc multiludo maxima militum ad eum « confluer*, seque ad serviendum illi ultro offerct. . dit Olhon de Frisingue, in Vita Frtdena primi imperaloris, lib. 1. cap. 12, pag, 414.

1 « Ipse (Fridericus) de Alemania in Calliam. transmise Rheno se recipiens tula.n ■ provincam a Basilea usque Moguntiam, ubi maxima vis regni esse noscitur, Pau- - latim ad suam inclinavit voluntatem, . dit le même Otton.

croyait les plus propres pour sa défense. 11 en fit construire un si grand nombre, qu'on disait de lui qu'il traînait toujours un château à la queue de son cheval K Celui de Haguenau, surtout, lui doit son origine2. Il l'établit dans un canton de la Forêt- Sainte 3, qui faisait alors partie du duché d'Alsace , et qui était déjà connu plusieurs siècles auparavant , sous la dénomination de pagus Hagenowe *. Ce nom désignait une forêt entourée d'eaux 5, et il lui avait d'autant plus de rapport, qu'elle est arrosée par les rivières de la Sorr, de la Motter, qui traverse Haguenau , et de la Zinzel , qui se jette dans cette dernière à deux mille pas au-dessus de cette ville. Celle - ci tira donc son nom du pagus même , qui existait avant elle. Ce n'est point dans des ouvrages fabuleux , tels que sont ceux qui ont servi à quelques auteurs modernes6, qu'il faut chercher l'antiquité de Haguenau. Ces écrivains crurent l'illustrer par une

' « 01 de ipso in proverbio diceretur : Dux Fridericus in cauda equi sui semper

• trahit caslrum. »

'Comme le remarque l'empereur Frédéric 1", son Dis, dans le diplôme accordé, en 1164, à la ville de Haguenau, où on lit: « Villa, que dicitur Hagenowe, in

• episcopalu Argenlinensi , à nostro quendam pâtre duce Frederico, sub , Henrico « romanorum imperatore fundata , jureque suo fulcita. »

s Dite Heiligen-Forst. ou Foresta-Sancta , que nous avons fait connaRre dans le

premier tome de cet ouvrage, livre 2, pag- «W- u Vic de Mint Dié» p°bliée pM> dom Mabillon, in Actis SS. Ord. Dened. sœculi 3, part. f. p. 425, et la chronique de Senones , lib. 1, cap. S, l'appellent : » quondam locum, qui teotonico idiomate Heligvortt, latine Sancta Silva vocilatur. » 4 Voyet Alsatia illustr., de M. Schœpflin, /. 1, pag. 613.

* Hag signifie, selon les glossaires de Wachter et de Scherz, tom. i , pag. 589, une haie, une enceinte de forêts fermée, etc. Ouwe ou Au désigne une Ile, ou un canton arrosé par des eaux. Scion Moreri, tom. *, pag. 7, et le P. Barre . Hittoire d'Allemagne, tom. pag. 572, Haguenau veut dire la haie des bruyères.

* Bartholin, Austriados, lib 9, versu 5S3, apud Reuber, Scriptor, rer. Germanicarum, p. 1J57, et Reusner, de Urbibus imperiolibus, pag. 62.

brillante et haute origine, en lui donnant, pour fondateur, Agenor, père de ce fameux Cadmus, qui construisit la ville de Thèbes '. Ce trait est bon pour ceux qui aiment encore les contes. Ce fut Frédéric, duc d'Alsace, qui bâtit, vers l'an 1H5, le château et le bourg de Haguenau*, auquel il donna le nom de la forêt , dans laquelle il avait coutume de chasser. L'empereur Frédéric, son fils, l'environna de murailles , et lui donna le titre de cité impériale. Il lui accorda , en H643, plusieurs privilèges, qui rendirent Haguenau la première ville d'Alsace après Strasbourg A.

Le duc Frédéric , son fondateur, soutint toujours les intérêts de Henri V, son oncle, avec une intrépidité qui le rendit redoutable dans tout l'Empire. Henri ne le fut pas moins en Italie : il fit, le li février J1H, son entrée solennelle dans Rome, s'y fit couronner, le 13 d'avril, par le pape Pascal, et força ce pontife de lui confirmer le privilège tant contesté des investitures 8. L'empereur quitta

* Dont ils ont fait Agenorisora, Agenoia et IJagenovio.

* Comme le remarque Jérôme Cuebwiller dans i'épître dedicatoire au magistrat de Haguenau, qui se trouve à la tête d'un petit livre imprimé dans la même ville, en 1528, sous le titre de Gravissima sacrilegii ultione. Cuebwiller a été suivi par Munster, Comogr., lib. 3, Cflp. 145, Herlzog, in Chronicon, Abat., lib. 9, Crusms, Annal. Suevic., lib. x,, cap. 2, pag. 443. et SchœpOin, Alsat. illustr., t. 1. pag. 353.

» Ces privilèges sont détaillés dans le diplôme de l'emprreur Frédéric, donné, in Piano juxfa montem malum, le 15 juin 1164, qui se trouve en orignal dans les arch.ves de la ville de Haguenau, et qui a été publié par M. Schœpflin, Alsatia atpiom., tom. 1, num. 310, pag. 255.

Haguenau tenait, après Strasbourg, la première place dans les assemblées provincia es d'Alsace. Elle siégeait aux diètes de l'empire après Francfort dans le banc es villes du Rh.n. Un ancien auteur, publié par Goldart. Comtilvt. impérial, pag.

, la compte avec Bamb-rg, ll|ra et Sélesladt dans les quatre pagi ou bourde i empire.

* Mansi, Con«7,or«m„ tom. 21, w. 42. Le lecteur trouvera le détail de cette

Rome aussitôt après son couronnement et se rendit à Spire, où il convoqua les évêques et les autres princes de l'Empire. 11 y fit faire, le 13 aoust, des obsèques magnifiques à Henri, son père, qui, depuis cinq ans, n'avait pas encore été enterré K Le pape avait levé l'excommunication qu'il avait encourue ; formalité d'absoudre aussi ridicule en elle-même que injurieuse à sa mémoire : son fils crut par là réparer tous les outrages qu'il lui avait faits pendant sa vie. Cunon, évêque de Strasbourg, assista, comme prince d'Empire , à l'assemblée de Spire. Cet fut à sa prière et par ses conseils que Henri V renouvela , le 8 aoust \ \ii , les droits de l'abbave de Wissembourg*, et, le 14 suivant, les privilèges de la Ville de Spire *. L'empereur alla ensuite visiter les provinces du Rhin et s'arrêta à Strasbourg, ou il vint sur la fin du mois de septembre \ Plusieurs princes l'y accompagnèrent : on y vit , outre Cunon , évêque de cette ville, Albert de Mayence, Brunon de Trêves Conrad de Saltzbourg, Burchard de Munster, Brunon de Sp.re Alberon de Metz, Richard de Verdun, Eberhard d Eichstett, Ulric de Constance, Rodolphe de Basle, Frédéric, duc de

grande afraire dans Flcury, M** eccl» £ «. «■ ^ £

Longue.,, «*. * ^.1^^ le P. Barre, tfiil, d- Allemagne, t. 4, p. 468-44/, et VHitt. de France, t. 15, p. 200-Ï20.

' Lehmann. in CAroH.ro Spirens,, lib. 4, cap. 43, p. w •

• Pièces justificatives. Voy. ilist. d'Aïs-, ton, ... W. «6, pag. canr.

* Ibidem, fil. 557, pag. ccxv. //i,/o»re

Lorraine , fom. 4 , prewei , col. 5i8 , pn» ■ ^ ^ Comme ce

«rfifoni*. est daté de Strasbourg, Argentin*, au , ^ ^ d.6vêqUes,

diplôme fut donné en présence d'un grand nombre mandemen. dom Barthélemi Chaudon , prieur de . abbaye de Senonc, ^ dan donné en 1664. cité dans la b.bliothèque Lorra.ne de dom Calmet, p ge quaUûe celte assemblée de Cond* national de Strasbourg.

Souabe et d'Alsace , Herman , marquis de Bade , Frédéric de Calb et Frédéric de Zoken. Henri y reçut les plaintes de l'abbé et des religieux d'Ettenheimmûnster sur les torts que quelques seigneurs avaient faits, en usurpant les terres de leur monastère. L'empereur les écouta favorablement, ordonna qu'on les leur rendit, et publia, en même temps, un édit, par lequel il fit défense à tous de s'approprier les biens des chanoines et des moines1. Cette assemblée , que le P. Hartzheim 4 place dans le nombre des conciles d'Allemagne, se tint à Strasbourg, le 2 octobre il 11 3. Le même jour, l'empereur y confirma, en présence de 1 evêque Cunon , les biens et privilèges de l'abbaye d'Ensidlen 4. Cunon accompagna constamment Henri dans les différents voyages qu'il fit en Allemagne 5. Les deux diplômes de ce prince, pour l'abbaye de Saint- Maximin de Trêves, l'un daté de Spire, 8 aoust 1112, et l'autre, de Worms, le jour de Pâques, 6 avril 11 !36, ont été accordés aux prières de cet évéque. L'empereur revint à Strasbourg, au mois de mars 1114, avec un granr nombre de princes. Cunon y sollicita la confirmation des privilèges des abbayes de Moyenmoûtier et d'Etival, qui avaient plusieurs biens dans son diocèse. Henri se rendit à sa demande : il maintint Bertric, abbé de Moyenmoûtier, etTitimar, prévôt d'Etival, dans leur possession, par deux diplômes datés de Strasbourg, 18 mars 1114 7. L'année

' Wimphelingius, m. 48, et Guillimannus, png. 219.

* Conciliorum Germania?, tom. 3, pag. 266.

* Pièces justificatives, Hist. d'Als., tom. „, lit. 560, pag. ccxvi.

* Pièces justificatives, i&ïrfem, m. 559, pag. ccxvi.

* Barre, Hist. générale d'Allemagne, tom. 4, pag. 470.

* Pièces just. Hist. d'Als., tom. „, 568 et 563> pag cmn ^ ccxvn| P.èces justificatives, Histoire d'Als. , „. tit. 566 et 567 pag. ccxx et ccxx..

Par le prem.er Henri confirme l'abbaye de Moyenmoûtier dan. la possession de.

1116 est remarquable par donations, faites au chapitre de Strasbourg. Par la première , un noble, nommé Othon de Bruchkirch , accorda ses biens de Vendeheim aux frères de Sainte - Marie , en considération de son fils Hartwig, chanoine de la cathédrale ». Par la seconde, une femme, appelée Dieswibe , leur donna quelques terres, situées dans les bans de Dingsheim et Bischofsheim , pour le repos de son âme et de Benzelin , son époux a. L une et l'autre donation furent confirmées par l'évéque Cunon. Celle d'Othon de Bruchkirch fut faite en présence de Brunon , grand-prévot , et de plusieurs autres chanoines de la cathédrale. Brunon avait succédé, en H 05, à Burcard, dans la prévôté, et était, depuis Tan 1114, chancelier de l'empereur Henri. 11 fut aussi un des bienfaiteurs de l'église de Strasbourg. Il accorda, au frères de Sainte- Marie , tous les biens de l'église qu'il avait à Scherweiler. Cette donation de Brunon se fit en 1H83, en présence de l'cvêquc Cunon. Le grand-chapitre possède encore aujourd'hui un bien considérable à Scherweiler, et y jouit de la moitié des dîmes et du patronage alternatif de la cure. La même année 1118, Heilwige, fille et héritière de Gérard, comte d'Eguisheim , épouse de Gérard , premier comte de Vaudémont, donna, à l'église de Strasbourg, une de ses sujettes , nommée Berthe , avec tous les biens patrimoniaux, que celle-ci possédait avant son mariage*. Cette

terres de Feldkirch, Hindisheim, Diitlelnhcim et Tanvillers, et des églisesde Peldkirch , Krautergershcim , Hindisheim et Nider-Ehenheim. Par le second il renouvelle au monastère d'Etival les églises et les dîmes de Saint-André à Andlau, e Valff et de Sigolsheim avec les terres y appartenantes.

1 Pièces justificatives, Mit. d'Ah.. tom. 11, tit. 573, pag. ccxxv».

' Ibidem, lit. 574, pag. txxxvn.

1 Ibidem, Ht. 578, pag. ccxxxi.

* Ibidem, tit. 579, pag. ccxxxn.

concession se fit du consentement des deux fils de Heilwige, Hugues de Vaudémont et Ulric d'Egisheim, auxquels IVvêque Cunon accorda deux fiefs, stiués l'un à Sultz, dans les Vosges, et l'autre à Burcheim, près du Rhin. Elle a cela de particulier, que plusieurs auteurs1, trompés, sans doute , par une mauvaise copie de la charte , ont inféré de là, que la comtesse Heilwige avait fait présent à l'église cathédrale de Strasbourg de la ville de Bergheim, située en Haute -Alsace , avec tous les domaines qui en dépendaient. Mais les deux originaux de cet acte, qui se trouvent dans les archives de 1 evêché à Saverne, ainsi que les anciennes copies conservées dans celles de la ville et du grand - chapitre , ne font point mention de Bergheim, mais d une femme, nommée Berthe*. Il n'était pas rare de voir alors des donations d'hommes et de femmes , faites aux églises. C'étaient des serfs qui se vendaient ou se donnaient comme le reste des biens : nous en avons un autre exemple dans le don qu'un vassal de l'évêché de Strasbourg, nommé Cunon, et Judinta, son épouse, de Lupfstein , fit à l'autel de Sainte-Marie , d'une femme esclave, appelée Megniburge. Cunon, évêque de Strasbourg, accepta cette donation, en 1H9, au nom de son église, et déclara aussitôt cette femme et son fils libres de toute servitude 5. Nous avons rassemblé ici , sous un même article, ces différentes donations, pour ne pas interrompre

' Wimphelingius, de Episc. Argentin., pag. 47 ; Berler, in Chronico Rubeacenù, fol 868 a verso ; Schad , Munster-Buchlein, pag. 12, et Lagui.le, Histoire a" AU., tom. 1, hv. 16, pag. 190 etc.

' Le texte de l'original est dair : . Berhtam rum prediis hereditario jure ipsam • atUngenUbus ante maritalionem. „ On voit bien que la charte fait mention d une r< mme et non d'un nom de lieu.

• ™-e, jus.in«,iv«. ,«„. tAb.. >om. „, „„,. cclxm.

trop souvent le fil de l'histoire toujours liée avec celle de l'Eglise et de l'Empire.

La paix de l'Eglise avait été de peu de durée. Le pape Pascal, voyant Henri V de retour en Allemagne, et n'étant plus gêné par sa présence, assembla, le 28 de mars 1112, un concile dans l'église de Latran. 11 y fit casser et annuler le traité que l'empereur lui avait extorqué l'année précédente , et il y renouvela , en même temps , les décrets de ses prédécesseurs contre les investitures des bénéfices *. Ses légats, dispersés dans les Etats des princes chrétiens, convoquèrent , de leur côté , dans plusieurs endroits de l'Allemagne et de la France , et même jusque dans la Grèce et en Palestine , divers conciles , où ils excommunièrent Henri, et déclarèrent abusif le privilège qu'il avait reçu». Celui de Vienne, tenu le 16 septembre 1 M 2, poussa les choses si loin , qu'il déclara que c'était une hérésie de recevoir les investitures ecclésiastiques de la main des princes séculiers». Malgré ces anathèmes, Cunon, évêque de Strasbourg , et la plus grande partie de son chapitre , demeurèrent fidèles à l'empereur. Mais le reste du clergé de son diocèse, qui était attaché au saint-siége, et qui gémissait, depuis près de trente ans, sur les malheurs du schisme , écrivit, sur la fin de l'année H 16, au pape Pascal. 11 lui fit connaître, dans une lettre très-énergique, son oppression, les calamités et l'abandon où il était de tous les secours spirituels , par la négligence et l'intrusion des évêques Otton , Baudouin et Cunon : il s'exhala en

' Baronius, Annni. ecclesiast., t. 12, ad an. 1112, p H4e/ seq., Labbe, I. 10, p. 767 ; Hardouiri, Concil., t. 6, pari. 2, p. 1809, el Mami, /. 21 , />. 49 et - . • Labbeu», I. 10, p. 784 ; Harriuim» . I. cil., p. 1913, el Mans.,/. a|W\7^ ■ Conciles de Jérusalem (1112), Bcauvais (lili), Reims (1115}, Cologne (H 5), Châlons-sur-Marne (1 115}. Ils ont tous été présidés par le c ardinal Conon, dont ,1 e>l quesUon à la page suivante. V. sur les Concile, l'art de véri.W les dates. (A. de I «I. J

plaintes arriéres contre ce dernier, qui portait , depuis plusieurs années , le nom d'évéque , mais n'en faisait aucunes fonctions , dont la conduite n'était pas sans reproche , et qui était entré dans l'épiscopat par des voies contraires à l'esprit des saints canons Le pape , par sa réponse , adressée en . 1117, au clergé et au peuple de Strasbourg , compatit aux malheurs qu'ils souffraient , les exhorta de persévérer dans le bien et de résister vigoureusement aux efforts de leur évêque intrus et odieux à l'Eglise. Il finit par leur promettre , dans toutes les occasions, ses conseils et ses secours1. Pascal ne survécut pas longtemps à la date de cette lettre. Il mourut le 21 janvier 1118 , et eut pour successeur Gelase II , qui n'occupa le saint-siége que pendant une année, et Calixte II, qui fut élu le 1er février 1119.

Le cardinal Conon , évêque de Préneste que Pascal et Gelase avaient envoyé légat en Germanie , et qui , à la mort de Gelase , avait refusé la papauté 3, lança de nouveau une sentence d'excommunication contre Henri dans deux conciles qu'il tint, en 1118, à Cologne et à Fritzlar4. Les évéques et les princes , qui assistèrent à cette dernière assemblée , convinrent de convoquer, à Wurtzbourg , une diète générale de tout l'Empire , à laquelle l'empereur serait cité , et qu'en cas qu'il refusât de se rendre, on le déposerait. Ce prince, alarmé de cette résolution, consentit à prendre, enfin, des voies propres pour rendre la paix à l'Empire, et faire cesser

• Pièces justificatives, llist. d'Alt.. lom. 11, Ut. 575, pag. ccxvni.

• Ibidem, Ut. 576, pag. ccxxix.

x Scion Sulgcr, in Annal. Monasterii Zwifaliensi*, part. 1, pag. 53. U cardinal Conon était fils d'Egenon II, comte d'Urach.

Labbeus, tom. 10, pag. 833 et 884 ; Harduinus, Concil., loi». 6, part. ï. pag. 1947, etMansi, tom. Si, pag. 175 et 177.

les guerres civiles de la nation Germanique. 11 assembla, en IH9, une diète à Tribur, près de Mayence, où il reconnut Calixte pour vrai pape, et où il promit dese rendre au concile que ce pontife avait indiqué à Rheims pour la réunion de l'Eglise universelle. Henri quitta ensuite Tribur, et se rendit à Strasbourg, accompagné de Cunon, évêque de cette ville, Ulrich d'Eichstett, Rodolphe de Basle, Landolfe de Cume et Gérard de Mersebourg, par Frédéric, duc d'Alsace et de Souabe, Conrad, duc de Franconie, son frère, etGodefroi, comte palatin. Ces prélats et seigneurs signèrent le diplôme par lequel l'empereur confirma l'ordonnance que l'évêque Otton, un des prédécesseurs de Cunon, avait publiée, touchant le banvin en faveur des habitants de sa ville épiscopale*. Ce diplôme fut expédié, en 1H9«, par Brunon, chancelier de Henri , et grand -prévôt de Strasbourg , qui y est aussi rappelé comme témoin avec quelques autres chanoines dignitaires de la cathédrale.

On était déjà sur la fin du mois de septembre 1H9, lorsqu'on sut en France que l'empereur s'était mis en chemin pour venir au concile. Le pape Calixte et le roi Louis - le - Gros jugèrent à propos de lui envoyer des députés sous prétexte de lui faire honnenr, mais dans le fond pour convenir des conditions de la paix qui devait se traiter entre l'Eglise et l'Empire. Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons, disciple du fameux Alsacien Manegold, dont nous avons eu occasion de parler, et Ponce, abbé de Cluni, furent choisis pour cette négociation. Ils trouvèrent Henri à Strasbourg , et en furent bien reçus s. Ils le com-

1 Voyez ci-dessus page 174-

« Pièces justificatives, Hi*t. d'Ah., lom. n, fil. 582, pog. r.cxxxiv. • Hessonis Sco.astici eomn.enUri.lu. de .ractatu pacU inter CaU.xtum secundun, et nenricum quintum , apud Grelurum operum , lom. 6, nov. tdtt., pag.

324 HISTOIRE DE l/ÉGLISE

plimentèrent de la part du roi de France, leur maître, et lui témoignèrent combien il était sensible à l'honneur qu'il lui faisait de venir dans ses Etats. Ces deux prélats agirent auprès de lui avec tant de succès , qu'on crut que Strasbourg aurait le bonheur de voir naître, dans ses murs, la paix désirée depuis si longtemps. L'évêque de Châlons fit, en effet, comprendre à Henri, qu'elle ne tenait qu'à un point qui ne pouvait en rien donner atteinte aux droits de sa couronne ; que tout consistait à renoncer au privilège des investitures par la crosse et l'anneau ; et que le pape, de son côté , ne voulait en aucune façon empêcher les évôques et les abbés de s'acquitter des devoirs , auxquels ils étaient tenus envers l'empereur pour le temporel. Henri agréa ces conditions, et il jura de les observer. Les évêques et les princes, qui étaient avec lui à Strasbourg, firent le même serment. L'empereur partit ensuite pour se rendre à Rheims. 11 trouva en chemin, entre Metz et Verdun, les mêmes députés du pape , avec deux cardinaux, qui l'assurèrent que Calixte était prêt de le recevoir dans le sein de l'Eglise, aux conditions qui avaient été concertées à Strasbourg. Henri y renouvella sa promesse '. Tout paraissait conclu. Ce prince vint même jusqu'à Troyes, et le pape arriva, le 23 d'octobre, à Mouzon, qui était le lieu destiné pour les conférences : mais Henri, entraîné par son inconstance, bien loin de s'y rendre, désavoua tout ce qui avait ete conclu à Strasbourg, prétendant qu'il avait été surpris, et alléguant, pour prétexte, qu'il ne pouvait rien terminer,

HarMeim Coruiliorum Germaniœ, tom. 3, pog. 27S, et Mansi, tom. il, p. Î44 : • venerunt ad Regem apud Argentinam epùcopus Catalaunensis et abbas Clunia- - cenU. acturi cum eo de pace et concordi. inter rcgnum et sacerdot.um. .

, ,!/ *eX' quod Prius aP«d Argentinam in manu pramuminatomm firmaverat. •terum ,n,b,... propria manu firmavit, . dit le môme He».on.

dans une affaire de cette importance , sans le concours d'une assemblée générale de tout l'Empire1. Calixte, informé de ces sentiments, retourna à Rheims, où le concile s'était assemblé dès le \0 octobre. La dernière séance se tint le 30 du même mois. On y apporta quatre cent vingt-sept cierges allumés, qui furent distribués à un pareil nombre d'évéques et d'abbés qui étaient dans le concile. Ils se tinrent tous debout, tandis que le pape, en présence du roi de France , fulmina la sentence d'excommunication contre l'empereur Henri et ses adhérents. En même temps, tous ces prélats éteignirent leurs cierges, selon la coutume *.

Quinze archevêques, plus de deux cents évêques, et autant d'abbés des différentes églises d'Occident, se trouvèrent au concile de Rheims. Anseric, archevêque de Besançon, s'y trouva avec un de ses suffragants. Adelbert de Mayence y vint avec cinq évêques allemands , et avec une escorte de cinq cents cavaliers. Cet archevêque , que Calixte avait nommé son légat, fit connaître les décrets du concile à l'évéque de Strasbourg et à son chapitre. 11 leur écrivit , en même temps , pour tacher de les faire rentrer sous l'obéissance du saint-siége. Les chanoines de la cathédrale demeurèrent dans leur obstination , et refusèrent même d'ouvrir et de lire les lettres du pape.

Voyez Fleury, Histoire ecclésiastique, iom. 14, lit: 67, pag. 267-Î83 , Longueval, Histoire de l'Eglise ijallicane, lom. 8, liv. î3. p. 366-580, et le P. Barre, Hist. d'Allemagne, tom. 4, pag. S01-S13.

« Baronius. Annal, ecclesiàst., tom. 12, ad an. 1119, pag. 169 etsea. Ubbeus. Concil., tom. 10, pag. 862 ; Harduinus , Concil., tom. 6 , part. 1 , pag. 1983 , el Mansi, iom. 21, pag. î55. Ce môme jour, 30 octobre 1119, le pape Calixte II confirma et renouvela, à Rheims, en faveur de Gerung, prévôt de Marbach, les privilèges de son monastère. Pièces justitlcatives, voy. Hist. d'Alsace , tom. 2, tit. 583, page ccxxxvi.

326 HISTOIRE de l'église

Cunon qui , jusqu'alors , avait été un des plus assidus courtisans de l'empereur Henri, et un de ses partisans les plus zélés, se laissa ébranler par les fréquents avis de son métropolitain. Il se soumit au saint-siége aussitôt après la tenue du concile de Rheims , et reçut l'absolution des mains du cardinal Conon de Préneste Cet exemple fit ouvrir les yeux à l'empereur : il comprit enfin combien il était intéressant pour lui de se réconcilier avec le pape. Voyant que l'anathème, dont il avait été frappé, avait soulevé, contre lui, une partie des évéques et des seigneurs d'Allemagne , et qu'il faisait le même personnage qui lui avait servi de prétexte pour détrôner son père , Henri songea plus sérieusement aux moyens de rendre la tranquillité à l'Empire et à l'Eglise. Ce prince sentit que le seul moyen d'y parvenir était de renoncer au privilège des investitures, qui, depuis plus de quarante ans, avait causé tant de troubles, de crimes et de séditions. Il ne s'agissait donc que de s'entendre et de s'expliquer sur un terme et sur un signe équivoque , qu'il était facile d'éclaircir. Car c'était là, au fond, l'objet de cette dispute, qui avait rendu les hommes malheureux pendant la moitié d'un siècle. Henri convoqua, pour le 8 de septembre H22, une diète générale à Worms, où, après des conférences, qui durèrent plus d'une semaine , le traité fut heureusement conclu le 23 suivant. Henri s'engagea à laisser la liberté des élections canoniques aux chapitres et aux monastères dans toutes les églises de l'Empire, rendit à celle de Home toutes les terres , qui lui avaient été enlevées depuis le commencement du schisme, et promit de ne plus investir les évéques et les abbés de leurs bénéfices , par la crosse et l'anneau. Le pape, de son côté, consentit que les élections des pré-

' Pièces justificative,, //,„. tew. „, 598, ^ CCXLVm.

lais se fissent , désormais , en présence de l'empereur, mais sans simonie et sans violence, et l'autorisa démettre les élus en possession des droits et fiefs régaliens par le sceptre». L'un et l'autre traité, ayant été échangé, celui de l'empereur fut porté à Rome par Brunon , évêque de Spire , et par Arnoul, abbé de Fulde : car c'était alors la forme de tous les contrats synallagmatiques. Les légats du pape donnèrent l'absolution à l'empereur et à tous ceux qui avaient eu part au schisme *. Cet heureux accord fut reçu , dans tout l'Empire, avec une joie générale. 11 releva, surtout, l'honneur du pontificat de Calixte, qui finit ainsi une querelle funeste et scandaleuse , si longtemps et si opiniâtrement défendue. Par ce traité, l'empereur conserva tous ses droits, hors la vaine cérémonie de la crosse, à laquelle on substitua le sceptre ; et l'Eglise, en les avouant, ne sacrifia rien de tout ce qui lui appartenait légitimement. Ce traité prouvera, aux yeux du philosophe chrétien, combien il est important, dans toutes les affaires, et principalement dans celle de religion , d'éclaircir avant tout les idées , et de définir les mots , et montrera que les erreurs les plus dangereuses ne sont souvent que l'abus des vérités les

plus précieuses.

Henri quitta Worms, sur la fin de l'année 1122, et vint passer quelques jours à Strasbourg. 11 V accorda et confirma , aux officiers et domestiques des frères de Sainte- Marie de la cathédrale , les mômes privilèges , dont jouis-

' *.U Calixti *cundi pap*, opu.l Muratorium in Scriplor. rer. Italie, lom. J, pag -HO

« Baronius, Annal, ecclésia.l., lom. 1». ad annum P*9- **7f*%

Labbeus, Coneil., tom. 10t pag. 889; thnsi, Concilier., lom. J , P*b • Leibnilz, in Codiee diplomatico. lom. /, pag. *. etc. Voye» Fleur,, II» * " < Clique, tom. U.liv. 67, pag. 323-3*7, et le P. Barre. Hi^re d Mlemag , lom. 4, pag. 518-5i4.

saient, dans la ville, ceux de l'évéque. Les uns et les autres furent déclarés, comme autrefois, exempts des droits fiscaux et des charges publiques, sans être soumis à aucuns règlements municipaux. Le diplôme de confirmation fut accordé, en il22, en présence de Frédéric, duc de Souabe et d'Alsace , de Godefroi , comte de Metz et du Nordgau , de Sigebert, comte de Werd, et de Brunon, grand-prévôt de Strasbourg et chancelier de l'empereur K

L'évéque de Strasbourg, sur qui paraissaient tomber les effets heureux du traite de Worms, ne jouit pas longtemps de ses douceurs. Peu aimé du pape , qui ne pouvait approuver la manière dont il avait obtenu l'épiscopat, odieux aux chanoines de sa cathédrale, mécontents de son gouvernement, Cunon avait, de plus, encouru l'indignation de l'Empereur par son ingratitude, qui lui avait fait, en H 19, abandonner son parti. C'est ce que nous apprend Adelbert, archevêque de Mayence, dans une lettre écrite, en i 123, au pape Calixte, en faveur de Cunon*. Ce prélat devint ainsi la victime de son inconstance. Le clergé de Strasbourg se plaignit de sa mauvaise administration 3 : un chanoine de la cathédrale, nommé Conrad, intrigua contre lui auprès de l'empereur. On l'accusa d'avoir aliéné, en faveur de quelques laïcs, les biens de l'abbaye d'Ettenheimmunster *. A ces griefs , il s'en joignit un autre qui

' Pièces justificatives, Mst. a" Ah , tum. 11, Ht. 587, pag. ctxtll. » Ibidem, m. 593, pag. ccxiaih.

1 Kœnigshovcn, in Chronico, apud Schtlterum, p. 243, et Guilliman, de Epttc, Argentin., p. 2/7 et 222. On lit sur lui les quatre vers suivants dans Kleinlawel. Slrasburgiscke Chronick, pag. 23 :

« Cuno zum Bischofi" ward gemacht.

« Fûhrt zwei und zwantzig Jahr den prachl,

• In Schand und Lasler sich begab,

• Drumb selzt man ihn entlich ab. .

Wimph, lingius, m CntaL-episc. Argent., p. 47.

anima toujours davantage le prince contre Cunon. La tranquillité netait pas encore alors rétablie en Alsace : les seigneurs et les vassaux avaient toujours les armes à la main les uns contre les autres. Les sujets de Hugues, comte de Dabo ou Dagsbourg », se révoltèrent contre leur seigneur. Hugues appela à son secours Berthold III, duc de Zehringen, qui avait signé, en 1 111 et H 22, les traités de Sutri et de Worms, concernant les investitures2, et qui avait jeté, en 1118, les premiers fondements de la ville de Fribourg en Brisgau \ Le duc Berthold se mit à la tête de quelques troupes , entra dans l'Alsace et vint à Molsheim. Ayant voulu y loger par force, les habitants s'attroupèrent, dissipèrent ceux qui accompagnaient Berthold , et le massacrèrent indignement 4. Ceci arriva le 19 février 1123». Son corps fut porté de Molsheim à l'abbaye de Saint-Pierre, et il y il fut enterré dans la salle capitulaire, où l'on voit encore la place de son ancienne sépulture0. Il

' Et non comte d'Augsbourg, comme le nomme le P. Barre, tom. 1, pag. 529.

* Voyez les vies des papes Pascal II et Calixtc II, publiées par Muratori, in Scrtp. rer. Italie, tom. 3, pag. 360 et 420.

1 Schœpnin, Hitt. Zarinyo-Badensis, I. /, p. 90 et seq.

4 Crusius, Annal. Sueric, part. 2, lib. ix, pag. 324 et 329.

'Le Fragment historique d'Urstisius, pag. 84, place sa mort à Tannée 11*2 : « An. Dora. 1122 Bortholdus dux de Zeliringen Mollesheim occidilur. » L'auteur de son épilaphe, que nous allons rapporter, a suivi la même date. Mais comme Berthold vivait encore au mois de septembre 1122, qu'il signa le traite de Worms, nous croyons adopter celle de Kœnigshovcn, in Chronico. pag. 429, et de la chronique manuscrite de Mûri, qui placent sa mort à l'an 1123: « An. 112S, Bertholdus dux obiit, » dit cette dernière.

•Ses os furent transférés en 1727 avec ceux de sa famille dans le chœur de l'église abbatiale, où nous avons trouvé son épitaphe du côté de IVpllre. conçue en ces mots : « In hujus mûri testudine conditus jacet Bertholdus III. dux Zar.ngi* , ■ flliusnatu major Bertholdi II, frater Conradi. Hic, postquam Friburgum Bnsgo.œ • condidit, Molsheirnii in Alsatia occubuit , et in capitulo monasteni hujus ante « sfcdera abbatis sepultus est XI, Cal. Martii anno MCXXH. *

aso

HISTOIRE DE l'ÉGMSE

ne laissa point d'enfants de sa femme Sophie , fille de tienri-Ie-Noir, duc de Bavière, qui se remaria avec Luilpold , marquis de Styrie 1 ; ce qui fit que le duché de Zehringen passa à Conrad , frère de Berthold. On rendit Cunon, évêque de Strasbourg, complice du meurtre de ce dernier; et ce fut là l'une des principales causes de sa déposition * ; l'empereur Henri , qui était à Strasbourg depuis la fin du mois de janvier3, le chassa, en 1123, de son siège, qu'il occupa pendant l'espace de vingt-deux ans *.

Cunon, obligé de quitter Strasbourg et son évéché, se retira dans une des terres de son diocèse , où il finit ses jours dans la solitude et les exercices de la piété. Il choisit Epfich pour le lieu de sa retraite : ce fut dans le voisinage de cet endroit et dans un terrain appartenant à l'église de

Anonymus Weingartensis de Guelfis principibus , cap. 10, * .T. apud Uns in Scriplor. rtr. Gue/ficarum , pag. 2/.

1 AnnalisU Saxo, apud Eccardum, in Corpore historico medii œvi, lom. /, pag. 6M : « An. 1123 Cono Strasburgcnsis episcopus solo nomine, quare in itece Bci- • Uioldi ducis consensit, ab episcoiwlu deponitur, el Bruno Babengcrsis eccksw « canonicus ibidem episcopus conslituitur. •

' Comme le prouvent deux diplômes de ce prince, datés de Strasbourg, Argentines. Par le premier, donné le 23 janvier 1123, Henri V confirma la fondation do l'abbaye d'Alpirsbach : il a été publié par Crusius, Annal. Suevic, part, i, p. 351, Mager. Advocatia armait,, cap. S, pag. 160; Pelri, Suevù eccUsioslico , pag. 55. Besold, inler documenta redivivn ilonotter. Wirlenberg, pag. 248 , etScheid, Ong.Guelfic, t. 2, lib. tf, p. 648. On y lit entre les témoins : . Meribolo de Grifenlem.Sigifridus Burgravius argentinensis, Gclfradustelonearius. « Le second diplôme, donné le 2i janvier de la même année, confirme les privilèges de l'abbaye de Waldkircli en Brisgau , el entre ceux qui l'ont souscrit : . Bertqjdus Basiliensi* - episcopus.... Sigifridus Argentinensis Burgravius , Rudolphus scultetus, Gelfradus

telonearius , Bertolfus Morbacensis abbas , etc. » Ce dernier diplôme a été imprimé par le P. Marian , in Austria sacra, partis prima , lom. %,pag. 265. Voyei Pièces just. du tome 2 de VHisloire d\\h., tit. 590 el 591 , p coxlvi el ccu*n Fragmentum historicum apud Urstisium, pag. 8i : . Anno domini U23Cu.io « Argentinensis episcopus de sede pellilur ; cui Bruno episcopus supra ponitor. • La date de 1123, qu'on trouve dans l'Annaliste saxon, qui vivait en 1188. el dan» le Fragment historique, doit être préférée à celle de Dodechin el de Trithè.nc,

Strasbourg \ que Cunon fonda l'abbaye de Baumgarten 9, du consentement et par le secours d'Albert , archevêque de Mayence, et de Gérard, cardinal de Sainte-Croix, légat du saint siège \ Cet établissement se fit en H 25 4. C'est la date de la charte de fondation , dans laquelle Cunon prend le titre d'humble ministre de l'église de Strasbourg , par la grâce de Dieu*. 11 y plaça Frédéric pour premier abbé, et laissa aux religieux, après sa mort, la libre élection de leur chef. Ilexemptaaussilenouveaumonastère deBaumgarten de toutes dîmes et de toutes redevances , en présence des habitants d'Epiich et de Dambach7, auxquels appartenaient en commun la forêt et les pâturages de cet endroit , qui était primitivement un simple verger, situé au milieu des bois ». Cunon ne survécut pas longtemps à cette fondation : il mourut la même année H25», le 14 avril40, d'une

Annal. Ilmauy., tom. i , pag. 377, qui placent la déposition de Cunon à l'année 1111. C'est aussi une erreur dans M. Schœpflin, Ahat. iUnlr., tom. 2. pag- 30 , lorsqu'il dit que Cunon ne devint évèque qu'en 1103.

' - In fundo Beat» Virginis Maria?, ■ dit l'évcque Henri dans sa charte de U •

' « Baumgarten locus profecto devotioni et contemplation! accomodatus , • ai Wimpheliogue, pag. 47.

1 Le cardinal Gérard devint pape en 1144, sous le nom de Luce H.

4 Comme le porte le titre de fondation, et non au commencement de l'épwcopal de Cunon, comme le croit Cuilliman , de Episc. Argent, pag. 121, ou en 1108 comme le dit d'ichlerihcim, tu Topographia Alsatiœ, pag. 11, ou en 1146, comme le prétend Jongelin, in Notitia abbaliarum ord. Cislerciensis , lib. î, pag. 58.

1 Pièces justiflealivei, voy. Hitl. d'Alsace, tom. n, lit. 601, pag. cclv.

• Charte de l'évèque Cunon de 1115 . voy. Hist. d'Als., t. u , /«• «01 , />. «.v. ' Chartes des évèques Gebhard et Burcard de 1187 et 1 153.

• Baumgarten signifie un verger: aussi ce monastère porte-t-il dans quelques titres le nom de pomarium, c'est-à-dire un jardin planté de pommiers.

• Et non en 1113, comme le suppose Cuilliman, ou en 1131, comme l'ecnt ■'nngelin.

10 Necrologium antiquum manuscriplum ■•cclesue Spircnsi» , foi. 90 verio : ' xvm Kal. Mail. Tyburcii et Valeriani , Cuno Frater, Argentinensis episcopus , « obiit. »

332 HISTOIRE DE l/ÊGLISE

maladie contagieuse, qui emporta la troisième partie du genre humain'. 1/évéque Gebhard, un de ses successeurs, consacra l'église de Baumgarten, le U novembre H 33, en 1 honneur de la Sainte - Vierge et de tous les saints, et confirma , le même jour, tous les droits et privilèges du monastère2. Burcard, qui remplaça Gebehard dans le siège de Strasbourg, contribua aussi à la régularité, en y plaçant des moines de l'ordre des Cîteaux \ Hugues, second, abbé de Beaupré en Lorraine, filiale de Morimond', y envoya de ses religieux pour y établir la réforme de S. Bernard \ s prirent possession de Baumgarten , le 10 mai iU8«. Us défrichèrent les terres voisines et rendirent cette solitude habitable \ Burcard dédia de nouveau leur église le aynl H538, Nous aurons lieu de parler autre part,

^ 1 1 n°US ParaU d'aUUnl P,US Prob;,b"» '«ue Br»"°n, «o» «T. ayant été déposé en 1 1 26, Cunon ne réclama paS les droits sur l'évéché de Stra,nour*.

s P.èce» Justificatives, Hi.t. d'Aïs., tom. „. tit 627, pag. ccxxx.v.

de m/?r BUrCard Gt HeDri 16 di8enl en f<"™«8 d*«sl-« ch***

LTr C'CSt d°nC UOe dans ,e P- *^

r P' qU3nd " aS8UrC qUC VM*m Cu»on " joi^it à la noblesse de Strasbourg, pour faire venir en Alsace des religieux de Clairvaux, cl pour leur onu-er un monaslère à Baumgarten. Gabriel Haug se trompe également, in Chromanuscrtpt,*, pag. 32 , quand il dit que l'évéque Cunon et les nobles d tacher, fondèrent l'abbaye de Baumgarten pour des moines Cisterciens, envoyés par a,nt Robert, premier abbé de Citeaux, déjà mort en 1H 0.

viiu r .TÎ* BeaUPré ' SUuée 8Ur ,a Meurlhe' * ™« ,ieu« «-«»«•■» «e Lunee fut fondée en U35, par Folmar, comte de MeU. Calmet, Preuves de l'Hume «V Lorgne , pag. cccm. Cette abbaye était déjà la quatorzième fille de de Monmond qu, n'avait été fondée qu'en 1115. (Note de l'éditeur.) é Churte de Malh^> duc de Lorraine, de 1172.

tom °i 1U danS ^ Chr°,10l0gie de VabbW de ^rJre des Cileaux, apud Manrique.

• . cap. 16, pag. 123: . Eodem anno 1148, sexto Idus Maii, abbatia « e Bongard. , Manrique, loc. cit. confond l'abbaye de Baumgarten avec celle de

dioct ::iziTdt ordre de citeaux' situé° dans ,a *-~"<'«

7 Charte de l'évèque Henri de 1187.

' ^ce. justificatives, voyez Wurdtwein, nov. sub. , dipl., tom. 7, pag. 167.

avec plus d étendue, de l'abbaye de Baumgarten , dans un livre particulier de cette histoire , où nous traiterons des fondations monastiques , faites dans le diocèse de Strasbourg pendant le cours du douzième siècle. Baumgarten n'existe plus, et il n'en reste qu'une chapelle, sous l'invocation des quatorze auxiliateurs , à une lieue et demie du village de Saint - Pierre , et dans le district de la môme paroisse. Ce monastère de l'ordre des Citeaux fut d'abord soumis à l'abbaye de Beaupré en Lorraine, puis à celle de Neubourg en Alsace, I^a plupart des religieux étant morts , au commencement du seizième siècle , Thibaut Hylweck , abbé de Lucelle, y fit passer, en 1515, une nouvelle communauté1. Enfin, elle fut entièrement ruinée, en 1523, pendant la guère des paysans. Ses démolitions ont servi , en 1548, à fortifier la ville de Benfelden , et ses revenus ont été réunis à la manse épiscopale de Strasbourg.

Le grand hôpital des pauvres de Strasbourg a doit à l'évêque Cunon ses principaux accroissements. Ce palais de l'indigence, lieu précieux à l'humanité, quand il est gouverné par une charité désintéressée , est très -ancien. Son établissement se perd dans les premiers temps de la ville. Il n'en faut d'autres preuves , que son ancienne situation. Il était bâti au bas d'une petite rue , qui porte encore aujourd'hui son nom 3, et qui prend depuis la boucherie jusque dans la rue Mercière, vis-à-vis celle du Fossé-des-Tailleurs \ Peu éloigné de l'église cathédrale 5,

1 Buchinger, Epitome faslorum Lucelletisium, pag. 131.

* Il est nommé dans un acte de 1817 • Hospitale majus pauperum in Argentina. » L'empereur Rodolphe , dans son diplôme de 1594, les nomme « pauperes Hos- « pitalis majoris Argcnlinensis. o

1 Spitalgass.

* Kœnsgshoven, in Chronico, cap. 5, pag. *83.

* Nous avous encore aujourd'hui en France et en Allemagne la plupirl des hôpitaux situés prés des églises cathédrales.

HI8T0IRE DE l/ ÉGLISE

il était contigu au palais épiscopal !. Ses premiers fondateurs paraissent avoir été les évéques de Strasbourg et les frères de Sainte-Marie. Le soin des pauvres et des malades est une des premières charges, et, en même temps, une des plus nobles prérogatives du sacerdoce. L'évêque, pour les avoir toujours sous les yeux , et être plus à portée de les consoler, les logeait anciennement près de lui, et les nourissait des propres deniers de son église, tandis que ses prêtres leur administraient tous les secours spirituels , dont ils pouvaient avoir besoin. La règle des chanoines proposée, en 816, au concile d'Aix-la-Chapelle, confie rétablissement des hôpitaux aux évêques, et veut qu'ils soient, autant qu'il se pourra , proche la communauté des chanoines. Tel fut, dans ses commencements, l'hôpital de Strasbourg , dont 1 evêque Erchambaud fait mention dans ses statuts dès l'année 985*. Ce n'étaient pas là des revenus fixes et permanents. Mais dans les siècles qui furent le règne de la charité , les pauvres n'en étaient pas plus mal. Des temps moins heureux leur ayant succédé , il fallut attacher à l'hôpital des biens et des terres, afin que rien n'y manquât pour la nourriture , le vêtement , les remèdes et toutes les nécessités de la vie. Les#premiers fonds furent faits par les principaux habitans de Strasbourg3; mais l'évêque Cunon y eut la plus grande part4.

1 Qui était alors situé dans la Kardowanijast , comme nous l'avons remarqué ci-dessus, pag. 175, nota 2.

1 Histoire de l'Eglise de Strasbourg, tom. 2, par/. 78.

1 Liber ruber, sive Rolbucb Hospilalis Argenlincnsis, in principio , sub rubrica de indulgentiis et gratiis Hospitalis, et Liber statu torum, fol. 56.

* Comme le dit l'évêque Burcard, dans sa cbarte de 1143 : « Ex cominuni poti-

« tilione burgensium predecessor nostcr Cuno episcopus lotum loci spatium , quod

. est a coquina nostra inlra murum et fossatum usque ad proximam portam contra

. monasterium ad usum Hospilalis ibidem constiluli libère donavit. > Holbach fol. 1.

U y accorda , pour son emplacement , tout le terrain qui aboutissait de sa cuisine , entre le mur et le fossé de la ville , jusqu'à la porte voisine , qui donnait vis-à-vis la cathédrale. Gebehard, qui devint évêque de Strasbourg en 1131, fut aussi un des bienfaiteurs de l'hôpital f. Burcard, son successeur, dédia la chapelle en l'honneur de la sainte Vierge et de saint Erhard, évêque de Ratisbonne, qui avait rendu la vue à sainte Odile *. 11 confirma aussi, en 1143, la fondation de Cunon , augmenta les revenus de cette maison de plusieurs terres 3, et lui sacrifia une partie de la cour de son palais épiscopal, pour agrandir les bâtiments du côté de la Brusch 4. Il y établit aussi certaines règles pour obvier à la fraude ou à la négligence 5. Conrad 111 , roi des Romains, étant venu à Strasbourg l'année suivante , le même évêque Burcard , de concert avec le clergé et le peuple de cette ville , s'adressa au prince pour faire con-

' Schœpflinus, Ahal , Munir., loin, iy pag. 301.

* L'ancienne chapelle de saint Erliard dans la rue Mercière , qui servait d'église à l'hôpital, fui détruite en 1564. Voye* nos essais historiques sur l'église cathédrale de Strasbourg, liv. 2, pag. 359 et 360. Celle qui porte encore aujourd'hui ce nom, et qui est à côté de l'hôpital-bourgeois fut épargnée parle feu qui consuma l'hôpital en 1716. Le magistrat fit de cette chapelle, en 1740, un Théâtre anatomique.

' Wimphelingius, de Episc, pag. 51, et Guillimanus, pag. Î45. ' « Nos cupientes , dit l'évéque Burcard , ampliare servilium Dei capellam ad « idem hospitale pertinentem dedicavimus , et ei curie nostre partem donantes ,

• atrium capelle versus Bmscham ampliavimus. •

» L'évéque Burcard termine ainsi sa charte de confirmation : - Hec autem pre- « nominala , et hospitali quocumqne tempore donata. et quecumque in presentia

• possidet, vel in futuro possidebit, precipimus in verbo Dei, et authoritale beatorum . apostolorum pétri et Pauli, et Domini pape Innocentii, et nostra sub anathematis

• vinculomandamus et confirmants, ne quisquam ea sibi usurpare, vel distrahere « audeat, vel in alium quam in usus pauperum expenderc présumât. El ut majo- . rem conllrmationcm habcaiil et inconvulsa in perpetuum permaneant, scribi el « impressione sigilli nostri curavimus bec insigniri. Gesta sunt autem a nobis hec « ab Incarnatione Domini nostri Jeni Christi mcxliii. • Rotbuch, fol. 1.

HISTOIBE DE l/ÉGLISE

firmer les droits et les privilèges de cet hôpital, à la téte duquel se trouvait alors le frère Ulrich. Conrad , à leurs prières et à celles de Gertrude, son épouse, prit sous sa protection cette maison , destinée au soulagement des pauvres et des pèlerins , déclara franc et libre tout le terrain qu'elle occupait, et exempta, de toutes impositions, les biens et possessions, qui lui avaient été accordés, et dont le diplôme, daté de Strasbourg li juillet H441, renferme le détail. On y remarque , entr autres , outre l'emplacement donné par l'évêque Cunon * , les huttes ou cabanes voisines du mur de la ville , terminé par la porte des Selliers, qui se trouvait alors dans l'endroit où est aujourd'hui la rue des Hallebardes \ Ces huttes avaient été données à l'hôpital par la communauté des bourgeois 4, ainsi que la dixième partie des offrandes de l'église de Sainte - Croix , du consentement de 1 evêque 5. Henri de Veringen, qui occupa le siège de Strasbourg, au commencement du treizième siècle, renouvela, en 1220, les décrets

* Pièces justificatives, Voy. Wurdlwein, nov. sub., diplom., loin. 9, pag. ?47

1 Cet emplacement, à prendre, tel qu'il est aujourd'hui, comprenait la partie de» maisons du marché aux poissons à droite, lorsqu'on en sort pour entrer dans la rue Mercière, et s'étendait jusqu'à la rue du poumon, Lungengasslein. La plupart de ces maisons payent encore aujourd'hui à l'hôpital des rentes foncières, ou Dodeniin*, comme le remarque M Silbermann, Local-(kschichte der Sladl Strasburg, p. 30.

* « Tabernacula, qua; vulgo lobia dicuntur juxta murum versus portam, que « dicilur, Sellator, > dit le diplôme. C'est la porte qu'on appelait Sattler-Pforl . qui se trouvait autrefois dans la rue dite Spietsgass , avant l'agrandissement de la ville. Ce terrain formait à peu près toute la longueur de ce que nous appelons aujourd'hu le Fossé des tailleurs. Ce sont ces lobia, qui paraissent avoir donné leur nom à VErbslavb, qui forme les maison des Arcades, voisines de la rue des Hallebardes.

' Comme le dit l'évêque Burcard, dans sa charte de 1143.

• Sicut episcopo et tola civitate annuente , ad idem xenodochium concessa • est. »

de ses prédécesseurs en faveur de l'hôpital1. La moitié de ses bâtiments fut brûlée dans l'incendie, qui consuma, le 15 août 1298, une grande partie des maisons voisines de la cathédrale3.

L'administration de cet hôpital resta entre les mains de l'évêque jusqu'en 1263, qu'elle fut cédée au magistrat, avec le pouvoir d'en nommer les directeurs, en vertu de la transaction passée entre l'évêque et la ville3. Les papes Boniface IX, Martin V et Eugène IV, en 1443, les pères du concile de Basle, en 1435, 37 et 43, les empereurs Frédéric IL en 1219 4, Rodolphe 1, en 1281, SigismondI, en 1400, et Rodolphe II, en 1594, confirmèrent les privilèges de l'hôpital, par plusieurs bulles et diplômes. La peste, qui enleva, en 1313, près de treize mille hommes dans Strasbourg , fut cause que l'hôpital fut transféré , en 1316 , de la ville dans la plaine des Bouchers <\ dans un emplacement qui , dès le douzième siècle , lui avait été confirmé par Conrad III 0 , et où est encore aujourd'hui son jardin. La mortalité avait été attribuée au mauvais air occasionné par le séjour des malades dans le milieu de la ville. L'évêque Jean approuva cette translation par ses

' Schœpflinus, Alsal., illustr.. tom. 2, pag. SOI, nota p.

• • Ex illo igne consumpti sunt vici ante monastcrium cum medielate hospitalis « usque ad mercatores, •» dit la chronique manuscrite d'Ellenhard*.

• . Der Spital sol ouch in irre gewalte sin, und soll der Meisler, und der Rat

• Pfleger dariiber geben. » Voyez Schiller, ad Chronicon K*ni<jshovn pag -30. « . Nominatim confirmant privilégia et omnes cessions, quas recolcnda, me-

• mon* magnus patruus noster Conradus rex hospitali induisit et concept, » d.l Frédéric dans son diplôme , daté de Haguenau , et de l'année 1219, ou ,1 rappelle les biens que cet hôpital possédait à Schiltighehn , Lambertheim , hœn.gshovtn , UIkirch, Berstett et Ergcrshcim.

; Kœnigshoven, in Chronico , cap. 5 , pag. 302 et 405.

• Qui l'appelle - locum macellariorum univers civi.atis connivent.a ibidem - conlradilum. »

HISTOIRE DE L'fGLISE

lettres datées du mois de mai 1349, et confirma, en même temps, au magistrat, la libre administration de l'hôpital *. Il fut brûlé et démoli , en 1392 , pendant la guerre de l'évêque Frédéric contre la ville 2. On le transféra alors de nouveau dans Strasbourg , et il fut bâti , en 1398 , dans l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui3. Les biens de cet hôpital sont très-considérables, et le rendent un des plus riches de l'Europe. 11 y a un proverbe qui dit que l'hôpital n'a, en revenus, que trois écus de moins que la ville. Ses principales dotations , sont les dimes et les revenus de l'église de Dambach, dont une partie lui fut accordée, en 1450, par Robert, évêque de Strasbourg, et dont il acheta l'autre, en 1490, de Suzanne, abbesse de Hohenbourg'; les biens de la cour franche de Saint -Denis à Ensheim les revenus des Dominicains et des Claristes du marché aux chevaux , réunis à l'hôpital en 1525 ; la moitié des revenus de l'ancien monastère de Saint-Arbogaste, qui lui fut annexée en 1530; enfin , les revenus de la Maladrerie dite Rothkirch, de l'hôpital de Sainte- Barbe, et de celui des Pauvres passants , que Louis XIV avait accordés à l'ordre de saint Lazare, mais qu'il réunit, au mois de mai

1 Rotbuch , fol. 6.

1 Schiller, in nolis ad Chronicon Kœnigthowii , Obtervat. 13, pag. 758 * KJeinlawel ,4îtra$burgische Chronica. pag. 81.

4 11 y avait autrefois à Dambach deux paroisses , l'une dite l'église supérieure ou Oberkirch, l'autre dite l'église inférieure ou Altenweiler. L'hôpital bourgeois est aujourd'hui décimateur universel et patron de la cure. L'évèquc Robert de Bavière lui unit et incorpora en 1450 l'église et le patronage de l'église supérieure dite Oberkirch : ce qui fut confirmé par une bulle du pape Nicolas V. Liber albut. sii'f Weiasbuch, fol. 150 et 151. Les revenus de l'église d'Altenweilcr avaient été accordés par l'évêquo Berthold en 1332 à l'abbaye de Hohenbourg, qui les vendii en 1490 à l'hôpital de Strasbourg.

1 La cour franche d' Ensheim appartenait autrefois au Prieuré de Lièvre , qui l avait engagée à Henri de Hohenstein. Histoire de l'église de Strasbourg, loin. 1 , pag. 434. L'hôpital l'acheta en 1648.

1701, à l'hôpital bourgeois <• Il fut brûlé en 1716 : le feu y prit, le 6 novembre, dans l'endroit où est aujourd'hui ia pharmacie : il le consuma en entier, avec onze mille sacs de grain , dans un espace de moins de trois heures. Une femme de cent deux ans et trois autres personnes, dans le nombre desquelles se trouva le dernier noble de Rathsamhausen de la branche Zum Stein, enfermé comme fou, périrent dans l'incendie. On ne put sauver que la maison de recette, les écuries et les caves, où l'on éteignit le feu avec la bière. On voit encore aujourd'hui, dans ces dernières, trois tonneaux remplis devin des années 1472, 1519 et 1525. Les malades furent aussitôt transférés à l'hôpital des Pauvres passants, et de là, le 17 janvier, au Lazaret. Le nouvel édifice de l'hôpital , qui est beau et vaste, fut rebâti dans le même emplacement. La première pierre fut mise le 2 mai 1718, et la toiture fut achevée le 2 novembre suivant. Les pauvres et malades y rentrèrent le 17 aoust 1720. On y nourrit ordinairement huit cents à mille personnes de l'un et de l'autre sexe. 11 est entièrement sous la direction du magistrat , qui y nomme trois directeurs.

Ce fut aussi quelques temps après l'établissement de l'hôpital de Strasbourg, vers le milieu du douzième siècle, que fut fondée, dehors la ville, la Maladrerie ou Léproserie. Elle est appelée, dans les titres allemands, Gutlcuthaus ,

• L'arrêt du roi est du 11 février 1701. Weissl.ueh fol. 246. Les lettres patentes sont datées du mois de mai de la même année.

• On donnait en Alsace et en Suisse aux .épreux le nom de guteleute ou homme,. Ils sont nommés Horngibruadere par Olfrid, mo.nc de We.ssem ou g, m fut. au neuvième siècle , auteur d'une traduction paraphrasée de U-vang, e, / . . ,aP. U. On peut voir l'origine de celto dénomination dans le Glossa,re de

tom. 1 , coi. 694.

HISTOIRE DE l'ÊGIISE

ou Rothkirch 1 , parce qu'elle était attenante à l'église paroissiale de Sainte-Hélène, qu'on nommait communément église rouge a. \ja lèpre commençait alors à faire de grands progrès en Europe , où les croisés avaient apporté ce malheureux fruit de leurs pèlerinages. Cette maladie, étrangère à cette partie du monde \ était originaire de l'Arabie et de l'Egypte, où elle était très-commune \ et d'où elle passa chez les peuples voisins. Elle infesta surtout la Judée, dont l'air et le sol ont beaucoup d'analogie avec ceux de l'Arabie \ La lèpre était terrible chez la plupart

* . Die gutc leuthe in <ler rothen kircli » sont rapjwlés dan» un acte de 1271 . « Inurmi ac inclusi inclusorii S. Helcnœ apud Rotlienkirchen » dans un autre de 1365. Des lettres de 1374 portent en tète : . Johannes de Rynowe civis Argentier nensis, gubernator domus paupenim leprosorum in Rotenkirchen extra muros

• civitatis Argentinensis. »

I Elle est nommée rufa eccletia dans une ancienne légende de sainte Aurélie. Hist. de l'Eylise de Strasbourg , tom. 1 , preuves , pag. xvii. On trouve le nom de

• Magister H. dictus Marsilii rector ecclesie Rotenkirche » dans une charte de Henri, évéque de Strasbourg de 1269.

* Godefroi-Cuillaumc Schilling , médecin de Surinam , dans sa dissertation de Lepra, publiée à Leyde, en 1778, par les soins de M. Hahn , prétend, pag. î et 3, que la lèpre n'est autre chose que le tsarnhalh des Hébreux, Yelephanliam des Grecs et des Romains , Valbaras des Arabes , le mal de Saint-Lazare porté en Europe par les croisés, le mal commun, et connu à Surinam sous le nom de boàti. Les Français l'appelèrent en langue romance mal de St. Ladre , mal de St. Main , ladrerie , merclerio , et vulgairement lèpre. Les Allemands lui donnent le nom A'aussati ou mallzey , et les Hollandais meleatscheid.

* Lucrèce , de rerum natura , lib, 6 , et Galien , lib. î ad Glaucum , cap M.

II Le plus ancien auteur qui ait parlé de la lèpre est Moyse , Levitici cap. 13 , r.-ï et seq. Celse , Paul Eginete , Avicennc , André Paneus (Ainbroise Paré) etc. ont aussi écrit en détail sur cette maladie. Philippe Ousecl , docteur en médecine, publia à Franeker, eu 1709, une dissertation philologico-médicinale de lepra cuti* Hebraorum. Justin , Histor. lib. 36 , cap. î , et Tacite , Histor. lib. 5 , inU. prétendent que la lèpre était un mal endémique et propre au peuple Hébreu : ils ajoutent que les juifs furent chassés de l'Egypte à cause de cette maladie. Mais l'historien Josephe a démontré l'injustice de ce reproche. La fausseté de cette accusation se prouve non-seulement par les livres saints , mais encore par le témoignage de Lu- • crèce, de Galien et d'autres historiens payens.

de ceux qui en étaient attaqués. La peau, semée de taches rouges et noires , se durcissait successivement et par degrés , se ridait et se crevassait. Le nei s'enflait , les oreilles s'épaississaient, le visage se déformait, la bouche exhalait une odeur infecte : les jointures des mains et des pieds tuméfiées se couvraient d'abcès et d'ulcères incurables1. Souvent les membres tombaient les uns après les autres , jusqu'à ce que le tronc n'offrait plus que le dernier degré de la corruption humaine : le mourant terminait alors, dans les souffrances, des jours passés dans la stupeur et dans l'angoisse. Plus souvent , cette maladie quoique incurable, n'était pas mortelle, malgré l'appareil enrayant qu'elle présentait. Les lépreux vivaient pendant plusieurs années sans souffrance, insensibles à la douleur, mais ayau la peau, de tous les membres, défigurée de pustules e d'écaillés'. Quoique le ciel et le climat de l'Europe fussen peu favorables aux progrès de la lèpre, les historiens Joui cependant mention de trois différentes époques ou elle s y répandit. La première fois, avant la naissance de J.-U, lorsque Pompée, vainqueur de la Syrie et de Egypta, revint avec son armée en Italie K Mais alors la lèpre fut

f ... .lo la lèpre M. Raymond , Histoire de • Voyez 1-horrib.e de^Uo» ^J£*J ^hodique, ,o„, 9,

rèléphantiam , pag. 6 el smv. et M. de Samages , y

pag. 403 et sui, Les dialogue, du pape Grcgo.re tradu ^ e a n, J ^ à Strasbourg en 1476 , rendent, fol. 46, le mot lahn elephant,as,s par Hellfantsucht. tr^célèbre médecin

de U facuUe do «oublier, .raduU par «* ■ «

m. 10-19. Le» deux pnocipale, o.aruue, de la lèpre joui ^ m. « „ le .Lau^en. de couleur de la peau meuce , el l'iusen.ibililé de la partie affectée ; e. que les medeetn. mot grec anœsthcsie.

» Plinius HistorUs nalurale in proam. ad Ub. mvi.

de peu de durée , ainsi que la seconde fois , au huitième siècle, où les Arabes la portèrent en Italie, en Espagne et sur les côtes maritimes de la France méridionale '. La troisième invasion de la lèpre, plus longue et plus funeste que les deux précédentes , fut celle qui affligea l'Europe pendant le temps des croisades 3. Ce fléau commença à se faire sentir, en France et en Allemagne , dès le douzième siècle, et continua à y faire de tristes ravages jusque vers la fin du quinzième. Le peu d'usage du linge, la mauvaise nourriture, la malpropreté des peuples, le peu de connaissance dans la manière de traiter cette maladie , contribuèrent beaucoup à ses progrès. On peut juger de ceux qu'elle avait faits par le grand nombre de maladreries, qui furent établies. Il n'y a presque pas d'ancien village en Alsace , où l'on ne trouve des vestiges de pareilles fondations. Nous avons compté près de deux cents léproseries dans le seul diocèse de Strasbourg. Le nombre des lépreux devint si considérable en France, dit Mézerai, qu'il n'y eut presque ni ville, ni bourgade, qui ne se vit obligée de bâtir un hôpital pour les retirer. Mathieu Paris, historien d'Angleterre3, comptait jusqu'à dix-neuf mille ladreries répandues dans l'Europe. Ce calcul nous paraît d'autant moins exagéré, que Louis VIII, roi de France, dans son testament, fait en 1225, fit un legs à chacune des deux mille léproseries de son royaume, quoique ce roi ne possédât alors que le tiers de la France moderne. La lèpre était contagieuse :

' On ht dans la vie de sainte Odile, num. 47, pag. uvni et xlix des pièces jusuncauvesdu tome 1* de celte histoire, qu'elle guérit un lépreux.

M. Lorry dans son traité de Uorbis cvlanei* , pag. 373 et seq. prétend que la p e qu, fut portée en France du temps des croisades , était très-ressemblante à

mstoriae, pag. 63.

on en trouve la preuve dans les livres de Moyse, dans les écrits des anciens médecins et des rabbins. Elle se transmettait héréditairement des pères aux enfants, du mari a la femme, et des nourrices à leurs nourrissons1. Avicenne prétend que les miasmes, qui propageaient cette maladie, étaient assez volatils pour infecter l'air, et qu ainsi elle se communiquait par la seule fréquentation ou voisinage des personnes infectées. Cette idée était si universellement reçue, qu'on était obligé d'expulser de la société, et de renfermer ceux qui étaient attaqués de la lèpre. Les ladreries même ne furent fondées que pour donner a ces malheureux des secours , qui leur étaient refusés par des parents ou par des domestiques, justement alarmés pour leur propre santé. Rien de plus humiliant que la cérémonie avec laquelle on sépurait les lépreux du reste des autres personnes4. Avant que de les renfermer dans la cellule, on célébrait la messe , et on chantait pour eux

1 Schilling, pag. 35. , .

•,.,„ ie détail d.c.Ue^.niod.n,... ancien. Rituel, de Bourse, de

Seu.. d'Amie,, et de ChA,on.-,»r-M,r„e , publié, par Martine ./« «»<.,"»

en IMS. IN*. , Ht , et dan» ce.ui de «et. . tmpr.mé en 15.. ^ *

d. eardina. Jean d. Lorraine, dont le. anteur. de ThietoTe générale de Met. .

léprenx , qui « tronv. dan. le. .ta.nU .vnodaux de Verdun , pubhe. en 1507 par tienne Warv de Dommartin apud tf«J0, .orne /lnliflnil. numum. Im. , P }■ 5Î5 H 516 . e.t de. plu. curieux. A«.nl que de le renfermer d.» U W»n., on célébrai. I. «« . à l'offrande de laquelle le lépreux bai»it le P,ed du prêtre au lien ,„e le, autant. bai.aien, .a main. Pui. on célébra,, pour lu, * » moru, .. lorsqu'il éUit arrivé A la ladrerie , on ob..rv.,t - h. le de A pen pré. ,,A la fo.» u un mor, : I. p» .ur -, avec une pelle , di.anl ce. mou : • De terri pla»ma.l, , « . Redemptor ,neu. . Domine, ,~d« me in n.v,.,,mo . Pu . U 1. a, . . t..; f»î«nt une Detitc exhortation , el en lui a»

la ladrerie, en lui faisant une petite exhortat.cn . ^ . H»c rea u.es mea in «eculum .«cul. : hic habitabo , quon.am eleg. eam. on plaçait une croix de bois devant l'entrée de sa maison.

HISTOIRE DE l'É€LISE

l'office des morts. Lorsqu'ils étaient arrivés à la léproserie, où ils devaient être renfermés, le prêtre faisait à peu près sur eux les mêmes prières qu'on dit aux enterrements '. La lèpre s'est enfin , successivement et gradativement , éteinte dans les dernières générations. Plusieurs auteurs * ont prétendu que cette maladie a disparu à la naissance de celle dont le libertinage est la source : ils l'ont même confondue avec elle. Mais cette dernière , endémique aux îles Antilles de l'Amérique 3, transmise du Nouveau- Monde, dans l'ancien, par la flotte de Christophe Colomb4 . Portée en France, en 1494, par l'armée de Charles VIII 5 , et à Strasbourg, en H95 , par les troupes licenciées de l'empereur Maximilien 6, était totalement différente de la lèpre 7. Celle - ci a été encore assez commune en Europe durant presque tout !e seizième siècle, quoique elle ait beaucoup diminué depuis le quinzième8. La léproserie, qui avait été fondée pour les lépreux de Strasbourg,

| Hugo in Atottumentis sarrœ Antiquilatis, tom. 2, pag. 673.

• Voyez les transactions philosophiques, lom. 30, num. 357, el tom. 81, num. 365 et 366.

'Gonsalve Fernande* d'Oviedo , in Summario naturalis et generalis Historié Indtarum Ocridenlalium , cap. 76.

1 Rodrigue Dias de Ista, médecin de Séville et auteur contemporain , dans son »»vrage intitulé : Contra las bubas.

' Balthasar Kogmann , m Chron. „„. Argentin. Bibliothecœ Sctœpflinian* , et Klemlawel , Strassburghche Chronick , w. 122.

* Chronique manuscrite de Strasbourg, citée par Schiller, in Giossar. Teutonico, pag. 123.

' Voyez notre mémoire lu à l'académie de D.jon, dans la séance du 13 novembre . V dMa 'a BiMiwU,è<»u« d« Nord , tom. 6, pag. 111-138, et dans

Pan Z 80U8 différenU aSpCCl9' année 1780 ' nNm- 15 ' 16 a l?'

qu'il"' avait" T'ai,é ^ P°UCe ' '0m' *' l>V- *' *»«• 529 " 53°' °bSC,VC

h!*.'.. * a*a'.1 encore à Pans b^ucoup de lépreux sur la fin du quinzième siècle el

nilnTg ^ "iZiéme" L" 3Cte dC 1538 faU V0ir ^"lï y ^ ^ait encore alors

hors la porte du faubourg de Saint-Pierre, et qui était, comme nous l'avons dit, située près de l'église de Sle-Hélène, était, depuis plusieurs siècles, la paroisse de Schiltigheim. L'évéque Guillaume avait accordé cette église , vers Tan 1037, à l'abbaye d'Escbau l, qui fut toujours patronne de la cure. Gunther de Landsberg, vice-domne de l'évêche, et Adélaïde de Dalheim, sa femme, la rebâtirent en 1290. La maladrerie , qui y était attenante , avait une chapelle sous l'invocation de sainte Sophie. Le magistrat de Strasbourg y fonda, en 1407, un bénéfice perpétuel, et y nomma un chapelain , pour desservir les lépreux de l'un et de l'autre sexe, qui s'v trouvaient encore en grand ™mbre ' L'église de Sainte -Hélène, où l'on établit, en 1527, le cimetière qui porte encore son nom , fut démolie et rasée jusqu'aux fondements, le 8 février 1531. On conserva cependant la chapelle de Sainte-Sophie et les bâtiments de la maladrerie , qui ne furent abattus qu'au mois de septembre 1678. Il n'en reste plus rien , qu'un cabaret, qui a conservé le nom de Gutleutenhans. Le nombre des lépreux étant diminué insensiblement, les revenus de la maladrerie continuèrent d'être gérés par trois administrateurs, nommés par le magistrat 3, jusqu'en 1682, quils

' . Ecclesiam Rothenkirchen cum parochiâ Sciltenkeim delegavit, - dit l'ancienne notice d'Eschau , et .a bulle du pape Alexandre 111 de 1180 pour la même abbaye.

• Le magistrat dans cet acte de 1407 la nomme . domus ^""^ « Rolhen-kirchen , infra limites ecclesia? sanct» Helenw , extra muros g

- nensis civitatis, in qua diutius esse consueverunt, fuerunt et adhuc sunt hommes

- utriusque sexus mulli leprosi sub communi vila commorantes et congrega u

Il ajoute que dans cette léproserie était • *olemnis capclla cum cuniteno ; constru -

- laque capella est in honorem sancta; Sophi» dedicata. - MaPtinus

* • Validi, circumspectique et providi viri Ulmannus ^'^'"T* . Merlin olim Magister Scabinorum civitatis ArgenUn. et Conradu. Joham Argent*

. gubernatores inOrmorum curia, leprosorum ru der Rothenk.rcb apud Argent, * nam , t sont nommés dans un acte de 1588.

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