‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 1 sur 494 · MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Monsieur le Ministre,

En vous écrivant pour vous remercier d^avoir bien voulu itte faciliter auprès du conseil municipal de Yalenciennes Femprunt de l'intéressant manuscrit de Frois* sart , dépose dans la Bibliothèque de cette ville , j'^appelais votre attention sur deux manuscrits non moins précieux de la Bibliothèque d* Arras , contenant des fragment inconnus jusqu'ici d'un auti'e célèbre chroniqueur, du siècle suivant, George Chas-, tellain. Je vous manifestai alors mon désir de voir ordonner par le ministère une copie de ces deux ouvrages pour la Bibliothèque royale de Paris , afin de compléter ainsi les deux volumes qu'^elle possède de cette même Chronique des ducs de Bour^ gogne , et qui ont été publiés par moi il y a plusieurs années. Votre eloigtiement momentané du ministère ayant sans doute empêché la réalisation de mes vœux ^ je résolus de prendre sur moi seul la charge de la copie de ces volumes et de leur publication, et de m'en reposer sur Tapprobation que le public a donnée jusqu'^ici à mes consciencieux travaux. La ville d'Arras voulut bien me confier ses manu-« scrits , et ce sont ceux que vous trouverez dans ce volume. Ils complètent , ainsi que je vous le disais et que vous le verrez ici , les deux manuscrits de la Bibliothèque

royale. Une autre preuve d'honorable confiance m''a été accordée k Bruxelles. La

Biblioth^ue des ducs de Bourgogne possédait le manuscrit d*un autre ouvrage de ce même George Chastellain* C^est une justification à la fois de ses travaux historiques , de sa conduite politique et de celle de son souverain le duc Philippe de Bourgogne. «Tai e'té autorisé à le faire copier sous mes yeux, à Paris, et vous le trouverez fidèlement publié k la suite de sa Chronique , comme son complément nér cessaire.

En vous offrant ce volume , Monsieur le Ministre , j^ai voulu vous donner on tânoignage public de ma haute considération pour les travaux historiques qui ont donné tant d^éclat à votre vie privée , et pour le zèle éclairé avec lequel vous avez i dans votre vie publique ^ encouragé et facilité les travaux des autres. Dans Tune comme dans Tautre situation , les amis de notre histoire nationale vous doivent leur estime et leur reconnaissance , et je ne suis pas de ceux que des considérations per-*. sonnelles pourraient faire balancer à donner leur suffrage à ce qui est bien.

i rhonneur d*étre ,

N099i^Gii u MnasTRE ,

Votre très humble et très dévoué serviteur,

Ml

Pa»\ 35 WTcaUe 1S3C.

NOTICE

SUH

SIRE GEORGE CHASTELLAIN

ni DAI9S LE G61ITÉ d'ALOST m FLANDRES EN 1404. — MORT LE 20 MARS 1474.

La fortnne littéraire de George Chastellaîn, <;hronîqueur du quinzième siècle , a été exposée à de bien étranges revers. Descendu des illustres familles de Gavres et de Mamines , décoré de toutes les distinctions de cour par son souverain et ami le duc Philippele-Bon, cité au premier rang des hommes de goût dans la cour la plus polie de cette époque, celle des ducs de Bourgogne, il consacre sa Tie tout entière aux lettres: il devient Toracle et le modèle de tous les écrivains : ses ouvrages d'imagination en prose et en vers sont imités aussitôt que publiés : admis dans rintimité de tous les hommes politiques, il . entreprend d'écrire l'histoire de son temps : cette histoire est partout prônée pour son im-' partialité, citée pour la gravité noble de son alyle: la persécution lui donne un nouveau relief ; la cour de France s'indigne de ses écrits et veut poursuivre l'écrivain, non pas pour délit de la presse , l'imprimerie ne devait naître que quelques années plus tard, mais pour libelle calomnieux et attentatoire à l'honneur du monarque français et de la noblesse de France : il meurt dans tout l'éclat de sa gloire : un tombeau splendide lui est élevé , sur lequel on inscrit son plus beau titre historique, celui d'auteur de la Chronique de Philippe-le-Bon : ses disciples le chantent dans toutes les langues : péndaDt toute la fin de ce siècle on

n*entend retentir que son nom ; c'est unô gloire de se dire son disciple : un petit nombre d'années s'écoule, et ce concert d'éloges meurt dans le silence , sans qu'une seule voix ennemie s'élève pour le critiquer , une voix amie pour le louer; l'imprimerie naît et multiplie les ouvrages célèbres , et ceux que l'on choisit pour les publier sous son nom sont précisément deux ouvrages qui ne sont pas de lui, le Chevalier délibéré y dont le véritable auteur est Olivier de la Marche, et bien plus tard la Chronique de Jacques de la Laing, dont l'au* teur est le héraut d'armes Charrolois : et pendant ce temps, ses manuscrits disparaissent , et les hommes qui , dans les siècles suivans» ont pu vouloir l'étudier dans ses écrits , ne trouvent nulle part un seul manuscrit da plus célèbre de tous, la Chronique de Pki-^ lippe ' le '^ Bon et de Charles- le- Hardi ^ qui conservât encore, ne fût-ce que sur le titre et dans les catalogues, la trace de son nom!

A quoi tient cet oubli précoce ? Est-rce là une juste sentence de la postérité contre une célébrité de cour , sentence prononcée avec connaissance de cause ? ou n'est-ce qu'un de ces accidens bizarres qui se jouent de la gloire des hommes? Il suffit, pour justifier aujourd'hui George Chastellain , de jeter un coup d'œil sur son temps pour se rendre compte

de cet oubli liitéraire. ;

NOTICE

Ce fut aux dernières lueurs de cet éclat si vif jeté par la dernière maison de Bour{ïOgne sur les lettres et les ans, qu'écrivit Georj^ Cbastellain. La ceur de Bourgogne sous Philippe-le-Bon était le centre de toute élégance, tandis que la France , sortant k peine de plus d'un siècle de guerres violentes , n'avait pas encore conquis l'ascendant que lui donne sa civilisation et qu*avalt déjà sa langue. Mais cette splendeur de la cour de Bourgogne n'avait que peu de jours à briller : Charlesle-Téméraire][ devait entraîner la nationalité française de son pays dans sa propre ruine aux champs de Nancy. Avec lui s'éteignit jusqu'au nom de ta Bourgogne, qui passa avec sa fille sous les lois^de la maison d'Aa-

. tricbe.Quel intérêt pouvaient prendre des gouvernans autrichiens, puis espagnols > à des renonunées littéraires étrangères à leur histoire, à leurs habitudes , à leur langue ?. Qu'in^portait à Maximilien le récit des débats entre les membres de la maison de France , ou la réputation d'un historien français ? Qu'impor-

' tait aussi à la France d'alors U justification d'une famille éteinte ? Gomoûnes fut à la fois prudent et heureux en passant à propos dans les rangs des Français, parm lesquels il trouvait à la fois existence] natiooale et gloire littéraire. George Chastellain subit le sort des provinces conquises : son nom périt avec celui de son pays.

Ces divisions politiques sont maintenant oubliées , et les hommes qui sont jt la recherche des faits anciens aiment i relever sur les champs de bataille les morts de tous les camps, heureux si quelque corps glorieux conserve encore un reste de vie. En visitant ce champ de ^ ruines j'ai retrouvé George ÇbaS(tellain.

Je le reproduis ici avec son meilleur titre an souvenir des hommes , sa Chronique des ducs de Bourgogne dont il fut Tbistoriographe; et jamais époque, et jamais hommes ne méritèrent mieux do trouver un éaivain cons-

ciencieux capable de iransmellre leurs faits à . la posléi'îlé.

Pendant tout le siècle qui s'écoula depuis la malheureuse bataille de Poitiers en 1356 Jusqu'aux dix années qui précédèrent l'expulsion définitive des Anglais en 1453, la France, déchirée à la fois et par les attaques des ennemis du dehors, et par les querelles intestines du souverain avec les grands vassaux, qui l'abandonnaient au moment du besoin, ou se joignaient même aux Anglais contre lui , sans agriculture , sans industrie , sans commerce , sans capitale qui pût ser\ir au moins de refuge aux arts et aux lettres naissantes , sans trêve et sans repos], ne semblait plus conserver assez de vie pour pouvoir jamais se former en corps de nation forte et unie. Tandis que les Anglais occupaient ses plus belles provinces du sud-ouest et étendaient leur influence turbulente sur celles du nord, le roi de Navarre au midi s'avançait pour venger ses injures, et, fort de ses anciens droits sur la Champagne enlevée à sa famille ^et de ses nouveaux droits sur le comté d'Évreux, prince français, il embarrassait les souverains français de sa puissance et de ses intrigues. Au nordouest les ducs de Bretagne , alliés constans des Anglais , aspiraient à Tindépendance, et les ducs de Bourgogne , souverains d'un état, opulent , n'étaient déjà plus dépendans que de nom. Il y avait en France des Bourguignons, des Bretons, des Provençaux, des Navarrois , des Anglais ; on se demandait où étaient les Français.

De tous les grands vassaux, les ducs de Bourgogne, du sang des Valois , furent ceux qui conservèrent le plus long-temps leur influence au dedans de la France et leur pré« pondérance dans leurs propres états. « Je veulx bien que chascun sçaiche, disait Philip* pe-le-Bon en 1464 auchancelier de France (1), que sy j'euisse voullu je fausse roi. » C'est à

(1) Mémoires de J. du Clercq, i. ^, ch. 15.

SUR SmE GEORGE CHASTELLAIX.

luî snif^ que ren»p«*rcnr roimanim Païi^logue, neiiaGë de près pir lesTarcs, s'adressait pour réclamer des secours. Les nonibreax yaisseanx des mardiaiids flamands qai parcouraient les mers dn Levant (f) Tairaient feit placer par les*penples de FOrient an rang des pins pnissans souverains, et on Te connaissait sons te nom de Grand 'due dé rOccident. Si ce dnché ne devint pas nn royaume à la faveur des tronbfes ([ui iâ^abient Tes états du snzerain , il fant moins Fattribner peut-élre à h jalonsie de Tempereur d'AHemagne et du roi de France qn'à Tesprit de résistance qui animait encore les villies opulentes de la Flandre. Malgré tous Tes eflbrts des ducs de Bourgogne pour anéantir lès privilèges des Flamands , les viHes de Gand , de Bruges , de Liège , de Matines, de Dordreclit , opposèrent constamment une digue pnissante aux empiétemens du despotisme ducal. « Ce nom de roi , disait dans le siècle suivant Guillaume de Nassau dans sop apologie, en parlant de Philippe II, ce nom deroi m'est inconnu. Je ne connais en ce pays qu' un diic et un comte duquel la puissance est limitée selon nos privilèges , lesquels il a jin*ès à sa joyeuse entrée. » Souvent comprimées dans leurs révoltes par le secours que prêtèrent les rois dé France à leurs ducs, elles n* en conservaient pas moins toujours des habitudes de liberté cpii donnaient une grande impulsion à tous les dèveloppemens intellectuels de leurs habitans. Le commerce, presque dégagé de toutes entraves , avait élevé les villes manufacturières de Bruges et de Dînant au plus haut degré de splendeur (2), et.

(i) Voyez un intéressant mémoire ^ M. deBeiffènberç sur VéCat de la population, des fabriques et mamifaclureset da commerce dans les provinces des Pays- Bas, pendant le 15* et le i6« siècle. Ce mémoire, couronné par Tacadémie rojale du Bruxelles, se trouve dans la collection des Mémoires des prix pour dS20.

ii) Celte opulence entraînait souTent les docs de Bourgogne à des exaciions ansqueUet il n*él«i( pas

Igré la prodigaliiê dêsordoniMV dn 'sooverm et les pillages des gens de guerre , une industrie active réparait à mesure les sottises dtt 'gouvemement. Le despoiisoie n'était pas moins destructeur dans les antres pays voisins, et on n avait pas les mêmes ressources pour réparer ses ravages. « En Flandie « dit Meyer(4\ l'opulence régnait partout, et tous les genres de commerce a^-aient pris une grande extension. La France était au contraire si désolée que non seulement on n'y en* semençait pas les terres, mais que les bruyères et les mauvaises herbes croissant partout lui donnaient Tapparence d'une immense forêt d'où sortaient comme d'un sûr repaire les loups et d'autres béies féroces poor attaquer et emporter les hommes. Un grand

tonjonrs aisé de résister ; on en jugera par le fait sui- Tant raconté'par J. du Clercq (t. 3, ch. 27).

« £o ioHai teaipa (1457) on pelletier mNBOié Jean Pinte étant mort, le lendemain malin , ainsi que Jean Pinte fut mis en terre, sa femme, la quelle estoit jeune fcame de trente quatre ans ou enflron, fianra et espMisa ce propre jour un nommé Wiilemet de Nœo- TiUe, pelletier aussi, de Vàpe de vingt ans on environ, et la nnit ensniTant coucha avec son dit second mari. Je mets ce par escrit, pour tant que, oonme Je crob, on a Yn pen de femme soi plustost remarier ^ combien que en aucunes manières on la pourroit excuser, car en ce temps, par tont le pa}s du duc de Bourgogne, sifost qu*il'adTenoit qoe aucuns marchands, Ubooriers, et aucune foi^ bourgeois d'une bonne ville, ou officier, trépassoit de ce siècle, qui feut riche, et il délaissas! sa femne riche , tantest le dit doc , son Ma , on antres de set pays, vouloient marier ces dites veuves à leurs archers ou autres leurs serviteurs; et falloit que les dites veuves, si elles se vouToient marier, qirelles espousassent cens que leurs seigneurs leur vouloient bailler; ou fissent tant par argent, au moins tant à ceux qui les vouloient avoir comme à ceux qui gouvemoient les seigneurs, et aucunes fois aux seignenrs mesmes , que ils souffritsent que elles se mariassent à leur gré; et encore estoient elles les plus heureuses , qui, par force d*âmis et d'argent, en pouvoient estre délivrées, car le plus souvent, voulussent ou non, si elles se vouloient marier, il falloit qu'elles prissent ceux que les seigneurs leur vouloient bailler. El pareillement quand un homme estoit riclic et il avoit une fille à marier, s'il ne la marioit bien jeune, il estoit travaillé comme est dit^ ci-dessus, (i). jénitaUs flahdnœ^ Lii. XVI. fol. 273 Terso, k I Vannée 1429.

nombre de niarchands de la ville même de Paris avaient suivi le duc de Bourgogne en Flandre. »

Pendant que Tindustrie commerciale des Flamands fournissait à Philippe -le -Bon les moyens de satisfaire son goût pour la magnificence, riostitution de Tordre de la Toisond*Or^ fondé par lui le 10 janvier i429 à l'occasion de son 'mariage avec Isabelle de Portugal , en donnant un lustre nouveau à la chevalerie , faisait de sa cour le rendez-vous de tous ceux qui cherchaient à retrouver dans ces jeux et Timage et la gloire des véritables fails de guerre. Dans toutes les fêtes, dans toutes les occasions solennelles , des joutes étaient proclamées, et les nouveaux chevaliers de la Toison-d'Or, ainsi que leurs nombreux émules , se présentaient pour rompre quelque lance en Thonneur des belles. J. Du Clercq raconte dans ses inléressans Mémoires (1) un fait qui peint parfaitement les habitudes de cette cour galante et guerrière.

« La comtesse de Nevers , dit-il, après avoir esté festoyée dix jours durant à Lille par des joutes et courses de lance , se partit le il de la dicte ville pour aller à Englemoustier où estoit la comtesse d'Estampes sa belle sœur \ et la convoya le duc Philippe , et Adolphe de Glèves avec lui sixième , armé au blanc , chacun ayant sa lance derrière ; et comme ils la convoyoient, environ un quart de lieue près la dicte ville , à un poncelet , vinrent à rencontre des dictes dames Charles comte de Gharrolois, fils du dict duc , et messire Anthoine , bastard du dict duc , eux sixièmes armés tout au clair; lesquels vinrent au dict poncelet et demandèrent au dict Adolphe qui il toit et où il menoit ces dames ; lequel leur répondit qu'il ne leur chaussit , et qu^ils les laissassent passer leur chemin , car ils ne demandoient rien. Lors le dict Charles, lui et ses gens, avalèrent leurs lances, et

(1) Livre 5, ch. 36. lU se retrouvent dans ceUe colleclion.

NOTICE

le dict Adolphe pareillement, et'férirent en^ semble ; et rompit chacun sa lance ; puis saisirent leurs épées, lesquelles estoient rabatues et tournantes ; et illecq , comme en un tournoi , traitèrent tant l'un Tautre que chacun se recrandesist ; et quand fut recrant, ils estèrent leurs heaumes, et vinrent aux dames, et les mirent en un très bel hostel assez près du dict pont , qui estoit au frère maistre Betremy, à la Truye, jadis maistre de la chambre des comptes du dict duc , auquel lieu ledict comte de Charrolois avoit fait appointer un moult riche manger ; et après manger , chantèrent et dansèrent; et après tout ce, les dames remontèrent à cheval ; et illecq prit congé le duc aux dames et s'en retourna à Lille , et les dames et le dict comte de Nevers et comte d'Estampes à Englemoustier. »

Pour que ces beaux coups de lance ne restassent pas en oubli, parmi les quatre grands officiers de Tordre delà Toison-d'Or, deux , le secrétaire ou greffier et le roi d'armes , étaient spécialement chargés de les enregistrer et de les chroniser. Jean Lefebvre , seihneur de Saint-Rémy, fut le premier roi d'armes de la Toison-d'Or. Et il nous a laissé des Mémoires (1) fort curieux sur son temps.

Un autre écrivain beaucoup plus célèbre ,. George Chastellain , fut chargé , sous le titre d'mdicîaire ou historiographe, d'entreprendre un travail bien plus considérable, qui était de chroniser tous les événemens les plus impor tans de son temps. Sa position de famille, sa renommée d'éloquence , son titre officiel , lui donnaient les plus grandes facilités pour s'acquitter de sa tâche avec succès. Tous les écrivains du temps donnent les éloges les plus éclatans à son œuvre.

« Hélas , mon prince , monseigneur et mon maître, dit Olivier de la Marche en s'adressant à Tarchiduc Philippe (2), je plains et

(i) Ces Mémoires font partie de cette collcclion. <2) Introduction des Mémoires d'Olivier de la Manche, dans cette collection.

regrette /pour mettre ces points jusqu'à votre connaissance , que je suis lai , non clei*c , de petit entendement et nud langage, et que je ne puis avoir le stile et le subtil parler de messire George Ghastellain, trépassé, chevalier de ma connaissance, natif Flamand, toutefois mettant par escrit en langage François , et qui tant a fait de belles et fructueuses choses de mon temps, que ses œuvres, ses faits , et la subtilité de son parler lui donneront plus de gloire et de recommandation à cent ans à venir que aujourd'hui. »

Le Febvre de Saint-Remy (1) , Molinet(2) , Robertet , Geoffroy de Tory (3) , Pierre Fabry (4), Guillaume Grétin (5) , Jean le Maire de Bavay (6), Etienne Pasquier (7), Pontus Heuterus (8) , Aubert le , Mire (9) , Valère Apdré (10) , et en un mot tous les écrivains belges de son siècle et tous ceux qui ont écrit sur rétat de la Belgique sous Philippe-le-Bon, se sont empressés de placer Ghastellain au premier rang des écrivains.

J'ai cherché inutilement dans les bibliothèques de Flandres quelques renseignemens un peu détaillés sur la vie de George Ghastellain. L'histoire civile de Yalesciennes par sire Simon-le-Boucq , prévôt de Valenciennes , dont Iç manuscrit autographe existe dans la bibliothèque de Gambray, est l'ouvrage qui m'en a fourni le plus. Je trouve, en efiTet, ch. 8, t. 2, p. 14 , les lignes suivantes :

« Durant le règne de Gharles-le-Hardi, duc

(1) Dans ses Mémoires.

(2) Dans sa chronique que j'ai pnbUée dans ma Collection des Chroniques naUonales françaises du treizième au quinzième siècle.

(3) Dans son livre intitulé le Champ flêury,

(4) Dans son prologue sur Vart de pleine rhétorique,

(5) Dans sa Défloration sur le trépas d'Ochegem^ trésorier de St-BAartin de Tours.

(6) Dans son traité intitulé La concorde dee deux langages François et Toscan^ imprimé à Paris en i52S.

(7) Becherchcs de la France^ \. 7, ch. 8.

(8) Hes Burgundiccdj 1. 4, à Philippe hono, sub finem.

(9) In ElogiU BelgicU.

I (10) Jn Bibliothecâ Belgicâ, .

SUR SIRE GEORGE GHASTELLAIN. luj

de Bourgog^ne , de sa fille dame Marie » et de Philippe, archiduc d'Austrice , fils dlcelle, ont résidé à Yalenciennes phisieurs nobles et excellens personnages doués divinement et naturellement de diverses sortes d'arts et sciences. Le premier fut mesiire George Catielmin^ chevalier, orateur très-illustre et suprême réthoricien, surpassant lors tous ceulxqueon avoit oncques ouy à parler. Iceluy estoit indîciaire de la maison d*Austrice et de celle de Bourgogne , estant toujours bien venu de ses princes. J[l tenoit ordinairement sa résidence en ceste ville , et a fondé en Uéglise collégiale de Nostre-Dame de la Salle-le-Gomte illec la solemnité de saint Georges , à Thonneur de tous chevaliers ; et après sa mort fut ensépulturé en icelle, où il avoit, du passé, ime belle épitaphe, les mots de laquelle poldrez veoir en mon premier volume , libvre 3.\ chapitre imziesme. »

Ce premier volume de Simon-le-Boucq est

intitulé : Histoire ecclésiastique de la viile et comté de F'alenciennes , Le manuscrit autogra* phe en est déposé dans la bibhiothèque de Valendennes. J'y lus, f. 116 , à Tartlcle de Téglise de la Salle-le-Gomte :

« En ceste église repose le corps de ce tant renommé personnage , messire George Ghastelain , auquel le duc Gharles*le-Hardi donna Tordre de chevalerie en ceste ville de Valenciennes, pendant la célébration d'un chapitre de la Toison d*or ; et lui donna aussi le titre d'indiciaire , comme à celui qui demonstroit par escripture autentiqueles admirables gestes des chevaliers et confrères de Tordre. Son épitaphe se voyoit , du passé (i), dans un ta- ' bleau attaché contre un pilier à la main senestre en entrant en la dite église. Et estoit telle :

»Gy desoubs gist d'excellente mémoire

George Chaitelain , chevalier ; U*qiU*ï Upri*n avoir circuy diverses r/'gions vx vu icelle^

U) LeBouc^j écrivît cêiï eu MtiO.

«xercé les armes militaires , en éage florissante, au pouvoir de ses sens , s*est venu rendre au service du très-victorieux Philippe, duc de Bourgogne , en estat^de^panetier et privé conseil , et au reste de vieillard , a prins si glorieuse occupation à réduire les gestes de ce feu tant triomphant prince, par tel ordre et diligence, que à la récitation de ses escripts fleuriront en perpétuelle récordation es cœurs des nobles et clairs engins. Vive et règne son esprit en étemelle félicité ! Et au comble de Lxx ans , décéda de ce siècle , le xx de mars MGGGGLXXiiii. Priez Dieu pour son âme. »

» Il portoit pour ses armes : de sable à une fasche d'argent, et a fondé en la dicte église la solemnité de saint George de quatre livres tournois Tan de rente.»

Je trouve aussi dans le i*' v., 1. 3, ch. 11, relatif à la fondation de la Salle-le-Gomte , indiqué par Le Boucq , et déposé dans la bi< bliothèque d*Arras : ,

«Contre ung pilier, à la main senestre entrant en ceste église, est Tépitaphe de feu d'éternelle mémoire sire George Gastelain, cbevalftr, précepteur de maistre Jean Molinet , indiciaire et historiographe de la noble maison de Bourgongne, lequel a laissé par escript en langue françoise et fort subtilement trouvé plusieurs belles et fructueuses œuvres, lesquelles lui rendent une mémoire perpétneDe. Son épitaphe estoit telle : {suit t^épi- Uphe rapportée pius haui). Pour le présent (1) n'y appert plus rien.

» Là auprès , contre ung pilier se voit encore répitaphe de feu maistre Jean Molinet , chanoioe de ceste église et historiographe des très-illustres maisons d'Austrice et* de Béargongoe. Dedans la muraille du dict pillier est son eiBgie avecq ces mots en desoubs ;

l Me MoincET peperit Divemia Bolloniensis ; ^ F«irisiis docuit , aluit quoque Yallecinorum ; ^ Et qnam?is magna fucrit mea fania per orbéni , Hoc niihi pro cunctis fructibas aula fuit.

l (i) Ce Yolume a été écrit par.Le Boucq en 1543.

NOTICE

» En desoubs de ce y'est'ung tableau atecq ces vers I escript en lettres dor :

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