‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 101 sur 494 · CHAPITRE LXXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIII

Comment les iMurgoingnons aUèrent trouver le duc à LiUe , ei rengagèrent à venir visiter le pays.

Le duc y comme j'ay dit, estoit demouré à Lille embesoingné de plusieurs haulx et grans affaires de ses pays et de luy propre ; et estoit la saison plus propre à. séjour que i ruiner et guerroier , car estoit cuer d'yver, près assez de Noël , qui est ung temps plus à bonnes chières foire que estre par les champs. Aussi la ville de soy porte assez occasion et matère d'esbat sans que luy meismes le duc , jeusne et vert alors, qui naturellement estoit enclin à tous esbattemensde nobles hommes, 8*y acquitta et en print sapait largement, €t avoit les gens tout de meismes. Or estoit la ducesse sa mi^re en Bonrgoingne en son chasteau de Rouvre, qui encoires depuis la mort de son dict fe^u mary le duc Jehan , n*avoitveu son fils ItB jeune duc, dont mal se tenoit assoufQe et ^oeu à son aise , et les Bourgoingnons aussi , qu i encoires ne Tavoieut eu en leur pays , depuis estre venu à seigneurie. Et considérant comme: nouvellement il estoit passé par le périlleux destroit de bataille à Sainct-Ricquier, qui i'eur estoit ung enflambement d'ardeur et de désir de le veoir plus que devant, sy convindrc nt en parlement avec la dicte princesse la mèr e, et conclurent d'aller devers luy à puissances , par meilleu de ses ennemis , jusques en Fh indres où il estoit , et le ramèneroient, ce leur sembloitbien, qui que le voulsist véer, en son pays de Bonrgoingne glorieux et victeur. Si n 'y faillirent pas , car se mirent sus en nombre de six mil chevaulx, gens d'eslite et de pris, s( ïubs la conduicte du prinche d'Orenge, du seigneur de.Sainct-

George , Chasteau-Villain , Cottebrune , marescbal du pays, seigneur Anlhoine de Yergy et autres grands seigneurs pluiseurs; et passans en fier arroy pariny la Champaingne dégastèrent devant eulx toute terre et place ennemye , et meismes le pays d'Artois qui beaucop en porta d'oppression et de grief, pour ce que fors y estoient et que autres fois les Picards les avoient galonnés en leur marche, qui n'est pas chose dure ^ croire à qui congnoist les deux nacions, car ce sont gens tractables et bien doulx tous deux là où ils sont fors. Or vindrent jusques à Lille les dicts seigneurs , les chiefè ; et les gensd'armes laissèrent sur le plat pays autour de Douay et de Lille , vivant là et séjournant aux uses et coustumes que tels gens seullent. Si leur fist grand chière le duc leur seigneur, et les receut , comme il appartenoit, joyeusement et comme bien aise de leur venue, et le savoit bien faire. Mais pour ce que encoires il n'estoit pas bien prest pour emprendre son Toyaigeen^Bourgoingne avec eulx, et que pour Tattendre le pays porteroit trop de grand fouUe à les soustenir longuement, je croy que messire Jehan de Luxembourg ayant advis sur ce, du gré et du consentement de son|maisire , requist lesdicts bourgoingnons , c'est à dire leurs capitaines , que en temps de riens faire ils voulsissent venir à son ayde à l'encontre du seigneur de Moy qui dégastoit les terres et pays de sa belle fille la comtesse de Marie, et luy faisoient des meschiejb et oppressions beaucop ; et leur alléguoit que en ce faisant ils feroient honneur et service grand à leur prince , et tousjours seroit-ce ung vengement et exploit sur leurs ennemis, dont ledict de Moy eu estoit ung bien aigre voisin. Les bourgoingnons, me semble, se assen tirent et s'en allèrent avec luy en belle compaingnie , qui meismes avoit avecq luy huict censcombattansou environ. Sy vindrent jusques auprès du chastel de Moy qui estoit belle place et forte et garnye très bien de tout ce que besoing faict; mais le seigneur du lieu adverty du cas , et mieulx aimant la franchise des champs que la doiibteuse seureté de sa place , boutant le feu en la basse court et en aulcunes maisonnemens qui là estoient, s'estoit party devant leur

GEORGE CHASTELLAIN

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advénement, et retraict^ ne sçay où, ailleurs, car luy sembloit bien , pour une passée sans siège mectre , sa place .n'avoit garde d'estrc prinse; mais de ce ne savoitleur volonté , s'ils y venoient à Tintencion d'y mectre siège ou non. Et pourtant, pour mieulx Tasseurer de péril, il en vuyda , et aima mieulx perdre sa place à Taventurc , luy absent , que avoir estéassiégié en dangierde mercydeson corps. La place fut visitée agûement et pourgectée de Tœul. Si n'estoit pas advis aux bourgoingnons que Ton y povoii gau'es d'exploit, se par siège non, en quoy ils se'monstroient assez lens et frois et pas entalentés , car avoient le temps ailleurs. Si conclurent tout quoyement leur retour devers leur prince le duc dont ils desiroient mieux Tamenaige en leur pays que à tenir le siège ; et povoit sembler qu*il ne leur chailloit gaires , se les Picards estoient galonnés ung peu plusd'ung costé que d'autre, car autresfois leur avoient galles de meismes. Et combien que celluy de Luxembourg leur pria pour aulcune demeure , n'en peult oncques tant faire toutesfois que sa pryère luy rendist fruit. Mais s'en retournèrent sur pié et s'espardirent sur le pays, auquel tout partout en passant firent des maulx et des rudesses beaucop au peuple , dont les doléances et plaintes vindrent jusques à leur prince, bien horribles ; et le faisoient meismes aux nobles et prélats du pays, qui durement en estoient grevés et qui de eulx meismes y eussent mis remède, si n'eustestéThonneur et crémeur que ils luy porloient; mais sa bonté, et promesse de temprement les emmener avec luy en Bourgoingne , leur en fit souffrir encoires ung petit et cesser de plus en douloir. Sur ces doléances arrivèrent les capitaines bourgoingnons à court, et trouvèrent leur maistre qui s'en estoit party de Lille et venu à Arras , ensemble madame Michielle de France et le comte de Sainct Pol en leur compaignie. Si n'arresta à Arras que deux jours, et le troisiesme s en alla à Douay vers.la douayrière de Hainault sa tante, Marguerite de Bourgoingne , avec la quelle pour aulcuns grans cas il avoit à besoingner en secret. Si furent assemblés celle nuyt sans plus, et le lendemain d'uhg commun accord s'en idlèrent ensemble à Arras; et là fut bien et

solempnellement reccu de la duchesse et de chascun. Les quels, après avoir passé trois on quatre jours en très haulies et joyeuses chières , prindrent congié l'un à l'autre ; et partist la dpuagière de liainault; et le duc de Bourgoingne se disposa pareillement à son voyaige devers le roy de France et d'Angleterre , les quels il vouloit visiter, soy acheminant vers son pays de Bourgoingne. ^

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