CHAPITRE XXII
Comment le baatard de Bonrgoingne , arec plntlem autres gentil» chevalie», ftirent néanmoms ponement faTorisés de fortune.
Du bastard de Bourgoîngne doncques , aveucques les autres qui gentils chevaliers estoient , convient faire conte , comme qui pleins se sentoient de corage et de hault valoir, mes povrement favorisés de fortune, ce leur sambloit, en ce que trouvoieut si povre disposition à leur prétendre , et que , aveucques la difficulté de la saison qui Jà estoit passée , et que n'avoient rien fait que tourpier la mer pour estre venu à Marseille, trouvèrent difficulté aussy plus grande que toultes ; c'estoit que leur argent estoit jà sur le faillir , et convenoit que qui vouldroît continuer le voyage , on feist novelle provîBÎou d'argent , pour tirer oultre. Eux doncques , regardans à tout et pesans le fardeau qu'empris avoîent à porter , considéroient la petti- Irnre aussy qui les nvoit ahers et dissipée d'ensemble , par quoi par diminution do leur§
[1461J CnuONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.— III' PART. SUS
gens, et que b mort y manassoil tes plus drua, le lirer plus nvnnt esloil desconforlable , sveucqaps ce que la taîaon estoil p;t&gée ou auijiies près, m que nulle part en lieu cresiien , lù oii tirer poussent à navire, ne sentoient ne ne véoient appreat qui leur senist louchant la croisée, se ce n'esioll en Cîpre seulement , ou en Barbarie , en confort tin roy de Portugal , qui n'estoieni point de leur cliarfje ; car leur vnyafje et leur service avorent est»' dédiés h Dieu et à nostre saint père , prins à l'enconire duTurc. non autre pari, parinam^e d'arresie forsque tft. Ktponr (nnt comme Irasmisd'ung »î haull noble duc pardcvocion et par ardeur enlafoy , et dédife et donnés non aux Tartres, np anx Mores de Grenade ne de Barbarie , mais au vicaire de Dieu le soureraïn du monde, pour le servir encontre le molesteur de la foy, le travailleur des crestîcrs, le Grand Turcq , certes ne leur loisolt et duisoit eux transporter vers nnlluy , pour faire service hors de leur commission, se ce n'cstoit que premièrement sentissent ciue ce ne fcust on peust estrc du (rré du suint p^re, et qu'il en enst l'averience; car autrement eussent failli et fiiil bonté au duc leur maisirCj (lui les avod donnés au vicaire de Dieu , pour une amorse de venir meismcs apr^s. Considérant doncques lonles ces difliciilK'g, aveuctjan la culsance que avoient en ciier et le dof anmii d'avoir usé temps et argent , cl perdu gens i rie»s d'effecl , cl que le retour lettr «toîi fouîe , le tirer onllrc outrage , ledemrrer périr, non veullansfairc deetix, mes par conseil , mandèrent au duc et lui annoocL-rent ce qui estoh , et se submireni h son ordonnance et bon plaisir d'aller, de demorer , de tirer oullre , d'aller qucrant les aven- IBTCS en loutres mers, en Crpre, en AufrH]tie, en la mfr de Levant et de Grèce , ■MU ressoing de nulle riens dure . pourrcu qiw possible feust à ImuiatR emprendrc; et M voloient ne ne désiroient eiirc excusi's pour Mison d'iver approchant , ne poor povre tpprest qui se feist ailleurs , fora seulement fur ce qui estoît de nécessité et de consiraintc Inrémédiabte , c'esloit d'avoir argent , par Ic-
Sufll il convenoit faire renireténement de tant c pevpl* ! car titre 11 ctmitenoit h Yarf^tA «
là ail force n'avoit point de lieu. Si escrivy le bastard de Bourgoingne h son père, par la manière que avei oye , et lui envoya messages divers , toujours pour soi acquitter en devoir et en lionneur envers Dieu et ly. Et comma qui sçavoiiet sentoit bien ((uelle chose il uvolt emprts. ponaoit bien aussi et difficultoîl ce que son père lui en poroit mander par responce; car du faire et de lirer oultre esloit en grand, et du conseiller , seloncq son »ppélîl , estoit perplexe , pour le péril des conséfiucnces et pluiictirs diilicullés; car ymagî- Doit bien qu'à dur ou coDseilleroit au duc son père de desbourser arrière cent mille ducats, qui jii cent cinquante mille en avoil tiré pour cecy , consumés en perte. Et pour tant , quel- (|ue faim qu'il avoît de son propre honneur accroistre , se avait peur aussy que sa haulta et noble affection ne se peusi trouver en fin dammag:ible , et plus de repreuve que de los ; car uni homme , lant fut grand ne de haulle vertu , n'est obligé à l'impossible ; mes est grand sens cl grand los svavoJr congnoistre son cas . et no» emprendre ce qui n'est pas conduisable.