‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 47 sur 494 · CHAPITRE XXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYII

De la prinsQ de Fontaine par les Anglois et de Mu}n

par les Bourguignons.

Fort se eommeaçoient à esbaudir les Anglois en ce royaulme , soubs la vertu de Faliance et en voye d'entreprinse du roy et du duc de Bourgoingne avec eux ; et ne leur sembloit autrement , fors que tout fut jà pour éulx, car avoient grand pîé en Normandie, Rouen et beaucop d'autres puissans villes et fors ; si ne visoient que h venir peu à peu à la conqueste du remanant , non pas de Normandie seuUement, mais de toute France, s'ils povoient. Dont il advint que, tantost après ceste destrousse faite , ledict comte de Hantindon , avec trois |mil bons combatans , mirent le siège devant Foniainegaille , i^ne très forte place assise sur les frontières de Normandie , de Beauvoisis et d'Amiennois , que les gens du duc d'Orléans avoient de tout temps tenue en leurs mains, et beaucop donné travaulx auxdicts pays. La place , comme j'ay dit , estoit maternent forte et bien garnye de bonnes gens. Si n'estoit pas bien aisée à avoir, sinon par long siège et par donner beaucop d'affaires aux assiégiés. Si firent les Anglois drèscher bombardes et autres divers engins beaucop devant eulx , non pas par menasse , mais pour fait ; et leur firent des molestes et des annuys tant et si largement, que au bout de trois sepmaines ne les porent plus porter ; et anssi][ne véôiefft de liul lez secours. Parquoy ils conclurent de la rendre ; et de* fait la rendirent auxdicts Anglois sur telle condicion qu'ils s'en yroient à leur plaisir, leurs corps et leurs biens sâulfs, sans grief autre ne empeschement : et leur fut accordé. El tantost la place saysie des Anglois, par le commandement du comte de Hanlindon fut démolye et toute rasée et abatue.

Beaucop estoit joyeux le peuple du pays de cestui fait ; et le tenoient bien a une bonne aventure , car longuement leur avoit esté une

dure verge. Or avoit le vydame d'Amiens aucuns subtils pourgettemens et moyens sur le chasteau de Muyn , qui , à Tautre lez du pays d'Amiens , de Péronne et de Mondidier, donnoit largement mescbief. Si fit tant et sonbtilla , que ledit chasteau , tantost après l'autre abatu, luy fut rendu et mis entre maiiis pour et au nom du duc de Bourgoingne , son prince , qui , de tout temps jusques à là avoit tenu le party de Orléans. ^loult y fist ung bel acquest ledict vidame pour le pays et pour luy meismes ; car il y trouva {pnind foison de biens et de beaux meubles , sans les prisonniers , dont il en y oh des bons , entre les autres ung gentil escuier Normand, nommé Vigas , bien monté et armé à dwSt , et la dame dudict lieu , femme de messire Colard de Gallevilie , avec plusieurs autres.

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