SCÈNE VI
Une rue.
satanas, en marchant. — Mes belles demoiselles, daignez jeter les yeux sur ma boutique ; elle est on ne peut mieux fournie. Voulez-vous des rubans, du point de Venise, du satin du Levant, des miroirs de poche en pur cristal ? voulez-vous du lait virginal, de l'essence de roses? Celle-ci est véritable, elle vient de Constantinople directement ; c'est un renégat qui me l'a vendue.
blanciieflor. — Nous verrons en revenant de la messe.
mizael, qui la regarde d'en haut. Bien répondu, Blanclieflor.
satanas. — Ceci dérange mes projets ; il faut qu'elles manquent la messe ; cela me donnera prise sur elles.
alix. — Je n'achèterai rien à ce marchand ; je lui trouve quelque chose de faux dans la physionomie.
satanas, un peu plus loin en jongleur. — La coquetterie a manqué son effet, essayons de la curiosité ; c'est par ce moyen qu'autrefois je suis venu à bout d'Eve la blonde. Mesdames et messieurs, entrez, entrez, entrez ; c'est ici et non autre part que l'on trouve véritablement les sept merveilles de la nature. Pour un pauvre sol marqué, vous verrez autant de bêtes étranges que n'en vit
onc Marc-Paul en ses voyages, telles qu'oriflants, caprimulges, coquesigrues, cigales ferrées, oisons bridés, caméléons, basilics, dragons volants, singes verts, licornes, ânes savants et autres, tout ainsi qu'ils sont portraits sur la pancarte ci-contre. Entrez, entrez, entrez.
blancheflor. — Cela doit être bien curieux !
alix. — Ne nous arrêtons pas ; tout le monde est déjà entré dans l'église.
satanas. — Les fièvres quartes te sautent à la gorge ! Elle commençait de mordre à l'hameçon. Changeons nos batteries.
azael, au paradis. — Brava, Alix, brava?
satanas, en jeune seigneur. — Corbaccbo ! je n'ai jamais vu deux si charmantes demoiselles ; elles valent à elles deux les trois Charités et ensemble madame Cythérée, la mère des amours. Mesdemoiselles, cette rue est pleine de ribauds et de croquants ; daignez accepter mon bras; l'on pourrait vous affronter.
blancheflor. — Il n'est pas besoin et ne prenez tant de souci; nous voici au portail de l'église.