‹ Œuvres humoristiquesChapitre 20 sur 25 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

le fauteuil. — Je brûle d'amour pour toi ; je te trouve si charmante sous ta robe à grandes fleurs blanches et vertes ! tuas des pieds si mignons, des br.is si bien tournés, un dos si souple? tu t'étales avec tant de grâce au coin de la cheminée, qu'il faut absolument que je me marie avec toi, ô ravissante bergère 1

la bergère. — Si je n'étais pas verte, et si mes paupières n'étaient pas retenues par des clous dorés, je rougirais et je baisserais les yeux, car vous mettez dans tout ce que vous dites un feu si surprenant et vous me regardez d'un air si vainqueur que j'en suis toute déconcertée. Vous êtes un véritable Amilcar pour l'audace; et, si je n'avais peur que vous ne soyez un Galator pour l'inconstance, je donnerais peut-être à votre flamme un peu d'espérance pour aliment.

le fauteuil. — Laisse moi baiser, ô mon adorable, ton petit pied à roulette de cuivre, et je serai le plus heureux fauteuil du monde.

la bergère. — Monsieur, monsieur, lâchez ma jambe ! O l'impudent fauteuil ! Mais où avez-vous vu que l'on ait le pied au-dessus du genou ! Scélérat ! O ma mère ! ma mère, oh!...

le silence. Je ne dis rien et je fais penser beaucoup, bien différent en cela de ces auteurs qui parlent beaucoup et ne font rien penser. Je n'ai pas de langue et suis

muet de naissance, et pourtant tout le monde me comprend. Aucun journaliste ne trouve rien à dire sur ma moralité, et si l'auteur de cette triomphante comédie avait eu un peu plus souvent recours à moi, il aurait conservé l'estime du Constitutionnel et de son portier.

une carafe. — Mon cher pot bleu du Japon, si nous ne mettons un peu plus de retenue dans nos caresses, nous allons nous casser en cent quatre-vingt-dix-neuf morceaux au moins.

le pot. — Je crois en vérité que je suis fêlé ! Tu viens de me cogner si rudement avec une de tes facettes de cristal, que j'en suis tout étourdi.

l'armoire. — A vos places, messieurs et dames ! que tout rentre dans l'ordre ; j'entends nos maîtresses monter.

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