‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 35 sur 95 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ba trahison.

La princesse de Sainl-Dizicr, accompagnée de M. d'Aigriguy, et suivie du valet de chambre, s'arrêta dans une pièce voisine de son cabinet où étaient restés Aérienne, M. Tripeaud et le médecin.

« Où est h» commissaire de police? — demanda la princesse à celui de «es grn» qui était venu lui annoncer l’arrivée do cc magistral. — Madame, il est là dans le salon bleu. — Tricz-le de ma part de vouloir bien m'alteudrc quelques instants. »

Le valet de chambre s'inclina cl sortit. Dès qu'il fut delmrs, madame de Saint-Dtzicr s'approcha vivement de M, d'Aigrigny, dont Ih physionomie, ordinairement ferme et hautaine, était pâte et sombre.

« Vous le voyez, s'écria-t-dle d'Otk» voix précipitée, — Aérienne sait tout maintenant ; que Caire? que faire?... — Je ne sais, — dit l'abbé le regard fixe et absorbé, — celle révélation est un coup terrible. — Tout est-il donc perdu? — Il n’y aurait qu'un moyen de salut, — dit M. d'Aigrigny, cc serait... le docteur... — Mais comment? — s’écria la princesse. — M vite? aujourd hui même? — Dans deux taure» i! sera trop tard; cette tille dialmlique aura vu tes filles du général Simon... — Mala, mon Dieu! Frédérik, c’est impossible... Jl. Baleinier ne pourra jamais.. 4 il aurait fallu préparer cela de longue main, comme uousdevimis le faire apres l'interrogatoire d'aujourd'hui. — Il n*importe, — reprit viventent l'abbé, — il laut que le docteur essaye à tout prix. — Mais sous quel prétexte? — Je vaküclierd'eo trouver un. — En admetlaut que vous trouviez ce prétexte, Frédérik, s’il faut agir ai (lourd hui, rien ne sera préparé... ld-bat.

LE JUIF

— Rassurez- vous, nar habitude de prévoir, on est toujours prêt. — F.t comment prévenir le docteur à rhidaui mèmè? — reprît la princesse. — le faire demander. . cela éveillerait les soupçons de votre nièce, — dit M. d'Aigrigny jMMisif, — et c'est, avant tout, ce qu’il faut éviter. — Sans doute, — Kprn b princesse, — cette confiance est l’une de nos plus grandes teS'-ourecs.— Un moyen,— dit vivement l'abbé: — je vais écrire quelques mots à la bâte à Baleinier; un de vos gens les lui portera, comme si celte lettre venait du dehors... d’uu malade pressant... — Excellente idée ! — s’écria la princesse, — vous avez raison.. Tenez... là, sur celle table... il y a tout ce qui est nécessaire pour écrire. Vite, vile; mais le docteur réussira-t-il ? — A vrai dire, je n’ose l'espérer. — dit le marquis eu s’asseyant près dp la table avec un courroux contenu. — Grâce à cet interrogatoire, qui, dn reste, a été au delà de nos espérances, et que notre homme caillé par nos soins derrière la portière de 1a chambre voisine a fidèlement siduographié: grâce aux scènes violentes qui doivent avoir nécessairement lieu demain et après, le docteur, en s'entourant d'habiles précautions, aurait pu agir avec b plus entière certitude.. M. iis loi demander cela aujourd'hui... tout à l’heure... Tenez... Hcrmta1c...cest folie que d’v penser! — Et le marquis jeta brusquement la plume qu il avait à la mafn, puis il ajouta avec un accrut d irritation •mère et profonde : —Au momeut de réussir, voir toutes nos espérances anéanties... Ab! les conséquences de tout ceci seront incalculables... Votre niece... nous fait Un du mal... oh! bicu du mal...»

Il est impossible de rendre l e* pression de sourde colère, de haine implacable, avec laquelle M, d’Aigrigny prononça t es derniers mots.

« I rédérik! — s’écria b princesse avec anxiété en appuyant vivement sa main sur b main de l’abbé,— je vous eu conjure, ne désespérez pas encore., l'esprit du docteur est si fécond en ressources; il nous est ‘i dévoué... essayons toujours .. — Enfin, c'est du moins une chance, — dit l'abbé en reprenant la plume. — Mettons la çhose au pis... — dit h princesse, — qu Adrienne aille ce soir chercher les tilles du maréchal Simon.. . Peut-être ne les trouvera-t-elle plus. . — Il ne faut pas espérer cela, il est impossible que les ordres de llodin aient été si promptement exécutés... nous eu aurions été avertis. - Il est vrai... écrivez alors an docteur... je vais vous envoyer Dubois: il lui portera votre lettre. Courage, Frédérik : nous aurons raison de cotte fille intraitable... — Pui>, mai!:. me de Saint -Dizier ajouta avec une rage concentrée: — Oh! Adrienne... Adrienne... vous payerez bleu cher... vos insolents sarcasmes et les angoisses que vous nous causez ! »

An moment de sortir, b princesse se retourna et dit à M. d’Aigrignv : « Afendez-moi ici : je vous dirai et* que signifie b visite du commissaire, et nous rentrerons ensemble. »

La princesse disparut .

M. d'Aigrigny écrivit quelques uiob à b bâte d une main convulsive.

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