‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 106 sur 174 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

Le docteur Griffon.

François et Amandine venaient de transporter Fleur -de-Mane pies du feu de la rubiue, lorsque M. de Saint-Remy cl le doet« ur Griffon, qui avaient abordé au moyeu du bateau de Nicolas, entrèrent dans b maison.

Pendant que les enfants ranimaient le loyer et y jetaient quelques fagots do peuplier, qui, bientôt embrasés, répandirent une vive (lamine, k docteur Griffon donnait à )a jeune fille les soins les plus empressés.

— La malheureuse cofaut a dix-sept ans à peine ! s’écria le comte profondément attendri. Puis, s'adressant au docteur :

— Eh bien, mou ami?

— Op sent à peine les battements du pouls; mais, chose singulière, la peau de b face n’est pas colorée en bleu chez ce sujet, comme cela arrive ordinairement après une asphyxie par submersion, répondit le docteur avec un sang-froid imperturbable, en considérant Fleur dc- Ifarie d'un air profondément méditatif.

Le docteur Griffon était un grand homme maigre, pâle et complètement chauve, sauf deux touffes de rares cheveux noire soigneusement ramènes de derrière la nuque et aphlis sur scs tempes ; sa physionomie creusée, sillounée par les fatigues de l’élude, était froide, intelligente et réfléchie.

D'un savoir immense, d'une expérience consommée, praticien habile et renommé, médecin en chef d’un hospice civil {où nous le retrouverons plus tard), le docteur Griffon n’avait qu'un defaut, celui de faire, si cela peut se dire, complètement abstraction du malade et de ne s'occuper que de 1a maladie : jeune ou vieux, femme ou homme, riche ou pauvre, peu lui importait; Il ne songeait qu’au fait médical plus ou moins curieux ou intéressant, au point de vue scientifique, que lui offrait le sujet.

Il n'y avait pour fui que des sujets.

— Quelle figure charmante 1... combien elle est belle encore, malgré mie effrayante pâleur 1 dit M. de Saint-Remy en contemplant Fleur-dc- Marie avec tristesse. Avez-vous jamais vu des traits plus doux, plus candides, rnoij cher docteur?... Et si jeune... si jeune!...

— L’âge ne signifie rien, dit brusquement le médecin, pas plus que b présence de l’eau dans les poumons, que l’on croyait autrefois mortelle... On se trompait grossièrement ; les admirables expériences de Uoodwin... du fameux Gondwio, l'ont prouvé de reste.

— Mais, docteur...

— Mais c’est un fait... répliqua M. Griffon, absorbé par l'amour de son art. Pour reconnaître la présence d’un liquide étranger dans les poumons, Goodwin a plongé plusieurs fais des chats et des chiens dans des baquets d’encre pendant quelques secondes, les en a retirés vivants,

et a disséqué mes gaillards quelque temps après... Eh bien! il s’est convaincu par la dissection que l’encre avait pénétré dans les poumons, et que la présence de ce liquide dans les orgaucs de b respiration n'a- ; vait pas causé b mort des sujets.

Le comte connaissait le médecin, excellent homme au fond, mais que sa passion effrénée pour b science faisait souvent paraître dur, [pnv|ue cruel.

— Avez-vous au moins quelque espoir? lui demanda M. de Suiul- Remy avec impatience.

— Les extrémités du sujet sont bien froides, dit le médecin, il reste peu d’espoir.

— Ab! mourir â cet â$c... malheureuse enfant!... c'est alTrcux.

— Pupille fixe... dilatée... reprit le docteur impassible en soulevant du bout du doigt la paupière glacée de Fleur-dc-Marie.

— Homme étrange! s'écria le comte presque avec indiguation, on vous croirait impitoyable, et je vous ai vu veiller auprès de mon lit des nuits euticres... J'eusse été votre frère, que vous n'eussiez pas été pour moi plus admirablement dévoué.

Le docteur Griffon, tout eu s’occiqiant de secourir Fleur-dc-Marie, répondit au comte sans le regarder, avec un flegme imperturbable :

— Parbleu, si vous croyez qu’on rencontre tous les jours une lièvre ataxique aussi merveilleusement bien compliquée, aussi curieuse à étudier nue celle que vous aviez,! (/était admirable... mon bon ami. admirable] Stupeur, délire, soubresauts des tendons, syncopes, elle réunissait les symptômes les plus variés, votre chère fièvre ; vous avez même été, chose rare, très-rare et éminemment intéressante... vuo* «avez même etc affecté d‘un état partiel et momentané de paralysie, s’il vous pbit... Mien que pour ce fait, votre maladie avait droit a tout imm dévouement ; vous m'offriez une magnifique étude; car, franchement, mou cher ami, tout <-e que je désire au monde, c'est de rencontrer cncuic une aussi belle fièvre... mais on u'a pas ce bonheur-là deux fois.

Le comte haussa les épaules avec impatience.

Ce fut à cc moment que Martial descendit appuyé sur les bras do b Louve, qui avait mis. on le sait, par-dessus ses vêlements mouillés, uu manteau de l.u'lan appartenant à Galelw.se.

Frappé de la pâleur de l'amant de la Ixjuve, et remarquant ses mains couvertes de sang caillé, le comte s'écria :

— Quel est cet homme ?...

— Mon mari... répondit b l/Mive en regardant Martial avec uuc cxpi cssioii de bonheur eide noble fierté impossible à rendre.

— Vous avez une bonne et intrépide femme, monsieur, lui dit le comte : je l'ai vue sauver celle malheureuse enfant avec uu rare courage.

— OI* oui ! momieur, elle est houue et intrépide, ma feiniuc, répondit Martial eu appuyant surccs derniers mots, cl eu contemplant à t-nn tour la Louve d un air à b fois attendri et passionne. Oui, intrépide!... car elle vient de me sauver aussi la vie..

— A vous? dit le comte étouné.

! — Voyez ses mains... scs pauvres mains! dit b Louve en essuyaul les

i larmes qui adoucissaient I éclat sauvage de ses jeux.

I — Ab ! c'est horrible ! s'écria le comte, ce malheureux a les malus ] lurhëc$... Voyez donc, docteur...

j Déinut mut légèrement la tête et regardant par-dessus sou épaule les plak*s nombreuse* que Calebasse avait faites aux iii.<ius de Mai lui, le docteur G* i Lui dit a cc dernier :

— Ouvrez cl fermez la uuiu.

Martial exécuta ce mouvement avec assez de peine.

Le docteur haussa les épaules, continua de s'occuper de Flcur-de- Maric. et dit dédaigneusement, cornu te à regret :

— Ces blessures n’ont absolument rien de grave... il n'y a aucun tendon de léaé ; dans huit jours, le sujet pourra se servir de ses mains.

— Vrai, monsieur! mon mari ue sera pas estropié? s’écria b Louve avec reconnaissance.

Le docteur secoua b tête négativement.

— Et la üoualeusc, monsieur? elle vivra, n’est-ce pas? demanda la Louve. Oh ! il faut qu elle vive, mol cl mou mari nous lui devotts tant !... Puis se ru tournant vers Martial : Pauvre petite... b voilà celle dont je le arlais... c'est elle pourtant qui sera peut-être b cause de notre Loueur ; c’est elle qui m’a donné l'idée de venir à toi te dire tout ce que je t’ai dit... Vois donc le hasard qui fait que je la sauve... et ici eucore !...

— C'est notre Providence... dit Martial, frappé de b beauté de b Goualcuse. Quelle figure d'auge ! oh ! elle vivra, u‘e*l-ce pas, monsieur le docteur ?

— Je u'eu sais rien, dit le docteur ; mais d’abord peut-elle rester ici ? aura-t-elle les soins nécessaires?

— Ici ! s'écria 1a Louve, mais on assassine ici !

— Tais-toi ! lais-loi! dit Martial.

Le comte et le docteur regardèrent b Louve avec surprise.

— L'i maison «k l'Ile est mal famée dans le pays... cela ne m’étonne guère, dit à demi-voix le médecin à M. de Saint-Remy.

— Vous ave», donc été victime de violences? demanda b comte à Martial. G es blessures, qui vous les a faites?

| — (b n'est rien, monsieur... j’ai eu ici une dispute .. une batterie s'en

est ssivie... cl j’ai été blessé... Mais celte jcuuu paysanne ne peut pas I rester dans b maison, ajouta-t-il d'un air sombre, je n'y reste pas moi-

LES MYSTERES DR PARIS

môme... ni ma femme... ut mou frère, ni ma sœur que voilà... uous allons quitter l'Ile pour n'v plus jamais revenir.

— Oh ! que! bonheur! s'écrièrent les deux enfants.

— Alors comment faire ? dit le docteur en regardant Flcur-de-Marie. Il est impossible dc-Sotiger à transporter le sujet à Paris, dans létal de prostration où U se trouve. Mais au (ail, ma maison est à deux pas nia jardinière et sa fille seront d'excellentes garde-malades... Puisque cette asphyxiée par submersion vous intéresse, nous surveillerez les soins qu'on lui donnera, mon cher Suiut-Rcmy, et je viendrai la voir chaque jour.

— Et vous jouez l'homme dur, impitoyable ! s’écria le comte, lorsque vous avez le cœur le plus géuéreux, ainsi que le prouve celte proposition...

— Si le sujet succomlw, comme cela est possible, il y aura lieu à une autopsie intéressante qui me permettra «le coutiriner encore une fois les assertions de Goodwin.

’ — Ce que vous dites est aflreut ! s'écria ic comte.

— Pour qui sait y lire, le cadavre est uu livre où l'on apprend à sauver la vie dt s malades, dit sloiqucmeul le docteur Griffon.

— Enfin vous faites le Inet), dit amèrement M. de Saiut-Rcmy, <’esl l'imporianl. Qu’importe la cause, pourvu que le bieufail subsiste ! Pauvre euhut, plus je la regarde, pins elle m'intéresse.

— El dîe le mérite, allez, monsieur, reprit la Louve avec exaltation on se rapprochant.

— Vous la connaissez? s'écria le comte.

— Si je la connais, monsieur ! C'est à elle que je devrai le bouheur de ma vie ; en la sauvant, je n’ai pas fait autant pour elle quelle a l'ail pour moi. Et la Louve regarda passionnément sou mari ; elle ne disait plus son homme.

— ■ El qui est-elle? demanda le comte.

' — Un ange, monsieur, tout ce qu'il y a de meilleur au monde. Oui, et quoiqu'elle soit mise eu paysanne, il n'y a nas une bourgeoise, pas une grande dame pour parler" aussi bien qu’elle, avec sa petite voix douce comme de la musique. C'est une fière fille, allez, et courageuse, et bonne!

— Par quel accident est-elle doue tombée à l'eau?

— Je ne sais, monsieur.

— Ce n'est donc pas une paysanne? demanda le comte.

— Une paysanne ! regardez donc ces petites mains blanches, monsieur.

— C'est vrai, dit M. de Sainl-Rcmy ; quel singulier mystère!... Mais son m >m, sa famille?

— Allons, reprit le docteur eu interrompant l'entretien, il faut transporter le sujet daus le bateau.

^ Une demi-heure après, Fleur-de-Marie, qui n’avait pas encore repris «fs sens, était amenée dans la muisou du médecin, couchée- dans un bon lit, et maternellement surveillée par la jardiuiere de M. Grillon, à laquelle s'adjoignit la Louve.

Le docteur promit à M. de Saint-Reniv. de plus en plus intéressé à la Cniioleusc, de reveuir le soir même la visiter.

Martial partit pour Paris avec François et Amandine, lu Louve n'ayant pas voulu quitter Fleur-de-Marie avaut de la voir boi-s de danger.

L'ile du Ravageur resta déserte.

Nous retrouverons bientôt ses sinistres habitants chez Rras-Boiigc, où ils doivent se réunir à la Chouette pour le meurtre de lu courtière eu diamants.

Eu attendant, nous conduirons le lecteur au rendez-vous que Tom, le frère de Sarah, avait duiiuc à l’ho. rible mégère complice du Maître d'école.

CllAriTRE IV.

LK rOSTSATT.

... Moitié serpent et moitié chat...

YVWuam, L U.

Thomas Seyton, frcrc de la comtesse Sarah Mar.-Crégor, fie promenait Impatiemment sur l'un des boulevards voisins de l'Observatoire, lorsqu’il vil arriver la Chouette.

LTiori Iblc vieille était coiffée d’un bonuel blanc et enveloppée de son grand tartan ronge ; la pointe d’un stylet rond comme une grosse plume et tres-accré ayant traversé le fond Ju large cubas rie paille qu elle portait au bras, on pouvait voir saillir l'extrémité de cette amie homicide qui avait appartenu au Maître d'école.

Thomas Seyton ue s'aperçut pas que la Chouette était armée.

— Trois heures sonnent au Luxembourg, dit la vieille. J'arrive comme mars en carême... i'espère.

— Venez, lui répondit Thomas Seyton. Et marchant devant elle il traversa quelques terrains vagues, cuira dans une ruelle déserte située près de la rue Cassiui, s’arrêta vers le milieu de cc passage bar ré par f

un tourniquet, ouvrit une petite porte, fit signe à la Chouctic de le saivre, et, après avoir fait quelques pas avec elle daus une épaisse allée d’arbres v cris, il lui dk :

— Attendez là.

Et il di.qiarul.

— Pourvu qu'il ne me fasse pas droguer trop longtemps dit la Chouette; il faut que je sois chez bras-bouge à cinq heures avec h-s Martial pour ntourtrïr la courtière. A propos de ça, cl mon jurm (i)? Ab ! le gueux ! il a le m z à la fenêtre, ajouta la vieille en voyau! la pointe du poignard traverser les tresses de son cabas. Voilà ce que c'est de ue lui avoir pas mis sou bouchon...

Et, retirant du cubas le stylet emmanché d’une poignée de bois, elle le plaça de façon à le Cacher complètement ,

— C’est l'outil de Funriiuü, reprit-elle. Est-ce qu’il ne me le demandait pas, ccusé pour tuer les rats qui v iennent lui faire des risettes dans sa cave?... Pauvres bêtes! plus souvent... Ils n'ont que le vieux sait; yeux pour se divertir et leur tenir compagnie ! C'est bien le moins qu’ils le grignotent un peu... Aussi je ue veux pas qu'il leur Casse du tna| à ces ratons, et je garde le surin... D’ailleurs j'en aurai besoin Unlot pour b courtière peut-être... Trente mille francs de diamants !... quelle part à chacuii de uous! La journée sera bonne. .. c'est pas comme l autre jour ce brigand de notaire que je croyais rançonner. Ah ! bien oui j’ai eu beau le mcuaccr, s'il ue me dounaiLpas d’argent, de dénoncer que c’était sa bonne qui m'avait fait remettre la Guualeuse par Toorncminc quand elle était toute petite, rien ne l'a effrayé. Il m'a appelé vieille menteuse et m'a mise à b porte... Ben, bou ! je ferai écrire une lettre anonyme à ces gens de b ferme où était allée b PégrioUe pour leur apjireudre que c'est le notaire qui l'a fait abandonner autrefois... Ils connaissent peut-être sa famille, et quand elle sortira de Saint- Lazare, ça ehaulTcra pour ce grediu de Jacques Ferrand... Mais ou vient... Tiens... c'est b petite dame p$lc qui était déguisée en homme au tapis franc de l'ogresse avec Je grand de tout à l’heure. les nrêmes que nous avons volé» nous deux Fourliue dans les décombres, près Notre-Dame, ajouta b Chouette en voyant Sarah paraître à l'extrémité de l'allée. C’est encore quoique coup a mouler; ça doit être au compte de cette petite dame-là que uous avons enlevé b Guualeuse à la terme. Si elle paye bien, pour du nouveau, ça me chausse encore.

En approchant de b Chouette, qu’elle revoyait pour b première fuis depuis h sceue du (apis-franc, b physionomie de Sarah exprima ce dédain, ce dégoût que ressentent les geus d'un certain monde, lorsqu'ils sont obligés d’entrer en contact qve* les misérables qu’ils prennent pour instruments ou pour complices. •

Thomas Seyton, qui jusqu'alors avait activement servi les criminelles machinations de sa sœur, bien qu'il les considérât comme à peu près vaines, s'était refusé de continuer ce misérable rôle, consentant néanmoins à mettre pour 1a première et pour b deraiere fois sa sœur eu rapport avec b Chouette, sans vouloir se mêler des nouveaux projets qu'elles albient ourdir.

N'ayant pu rameuer Rodolphe à elle en brisant les liens ou les afîectious qu elle lui croyait chers, b comtesse espérait, uous l'avons dit, le remire dupe d'une indigne fourbciic, dont le succès pouvait réaliser le rêve de celte femme opiniâtre, ambitieuse et cruelle.

Il s'agissait de persuader à Rodolphe que b fille qu'il avait eue de Sarah n'était pas morte et de substituer uue orpheline à cette enfant.

Ou sait que Jacques Ferrand, ayant formellement refusé d'entrer daus ce complot, timbré les menaces de Sarah, s’était résolu à faire disparaître Fleur-de-Marie, autant par crainte des révélations de b Chouette que par eraiulc des insistance* obstinées de la comtesse. Mais celle-ci ue renonçait pas à son dessein, presque certaine de corrompre ou d'iulimidi-r le notaire, lorsqu'elle se serait assurée d'une jeune fille capable de remplir le rôle dont elle voulait la charger.

Après uu moment de silence, Sarah dit à la Chouette :

— Vous êtes adroite, discrète et résolue ?

— Adroite comme uu singe, résolue comme un dogue, muAte comme uue tauche, voilà b Chouette, telle que le diable Ta faite, pour vous servir, si elle eu était capable... et elle l'est... répondit allègrement la vieille. J’espere que nous vous avons fameusement empauiné la jeune campagnarde, qui est muiiilcuaul douée à Saint-Lazare pour deux bous mois.

«— Il ue s'agit plus d'elle, mais d'autre chose...

— A vos souhaits, ma petite dame ! Pourvu qu’il y ait île l’argent au bout de ce que vous allez me proposer ; nous serons comme les deux doigts de la uiain.

barah ne put réprimer un mouvement de dégoût.

— Vous devez couu titre, repril-cllc»dcs geus du peuple... des gens malheureux ?

— Il y à plu* de ceux-là que de millionnaires... on pedt choi-ir. Dieu merci ; il y a uue riche misère à Paris !

— Il faudrait me trouver une orpheline pauvre et surtout qui eût perdu ses parents étant tout enfant. Il faudrait de plu* qu elle fût d une flgute agréable, d’un caractère doux cl qu’elle n'ctU pas plus de dixsepl ans.

La Chouette regarda Sarah avec élonncmcul.

(1) Puigo«nl.

— Une nHie orpheline oc doit pas être difficile à rencontrer, reprit la OflUfW il \ a tant d Yufunts trouvés...

— Ah çà .' niais dites doue, nui petite dame, et In (ioualeu.se que vous oubüeir?... voilà votre affaire !

— Ou 'est- œ que c'est que b lîaualeuse ?

— Cette, jeunesse que nous avoua été enlever à Bouqucval !

— Il ne s'auit plus d'elle, vous dis-je !

— Mais reoutuz-nioi doue, cl surtout rëcompf usez-moi du bon conled : vous voulez une orpheline douce connue iiu agneau, belle comme le jopr, et qui n’ait pas dix-sepl ans, u est-ce pas ?

— Sans doute...

— Eh bien ! prenez b tioualcusAorsqn’clle sortira de Saint-Lazare : c'est mtre lot, comme si on vous l’avait bile exprès, puisqu' elle avait environ si* ans quand ce gueux de Jacquet .Ferrand (il y a dix ans de cela) me l’a fait donner avec mille francs pour s’en débarrasser... même que c’est Tooniemine. actuellement au bague à Ro< hefort, qui me l'a amenée... me disant que c était sans doute un enfant doul ou voulait se débarrasser ou faire passer pour mort...

— Jacques Ferrand... dites-vous ! s'écria Sarah d'une toix si altérée, que la Chouette recula r.liqu faité.

— Le notaire Jacques Ferrand... reprit Sarab, vous a livré collé enfant... et...

Elle ne pnt achever 1 .

L'émotion était trop violente ; scs deux mains, tendues vers la Chouette, tremblaient convulsivement ; b surprise, la joie, bouleversaient scs traits.

— Mais je ne sais pas ce qui vous allume comme ça. ma petite dame, reprit b vieille C’est .pourtant bien simple. .. Il y a dix ans... Tonrmv mine, une vieille connaissance, m’a dit : Veux-tu te charger d’une petite fille qu’on veut faire disparaître*? Qu'elle creve ou qu’elle vive, cest égal ; il y a mille francs à gagner ; tu (crus de l'enfant ce que lu voudras...

— Il y a dix ans !... s'écria Sarah.

— Dix ans... »

— Une petite fille blonde ? •

— Une petite fille blonde...

— Avec des yent bleus ?

— Avec di* yeux bleus, biens comme des biucls.

• — Et c'est elle... qu'à la tenue...

— Nous avons emlKtlIée pour Satot-I.azare... Faut dire que je ne m attendais guère à b retrouver à b campagne... celle régriotte.

— Oh ! mon Dieu ! mou Dieu ! s’écria Sarah en tombant à genoux, en levant les mains e tjg yeux au ciel, vos vues sont impénétrables... Je me prosterne devant votre providence. Oh! si un tri bonheur était possible... mais non, je ne puis encore le croire... ce serait trop beau... non !...

Vais, sc relevant brusquement, elle dit à la Chouette, qui b regardait tout interdite : — Venez... •

.Et Sarali marcha devant b vieille à pas précipités.

Au bout de l’allée, elle monta quelques marelles conduisant à b porte vitrée d’un cabinet de travail somptueusement meublé.

Au moment oit la Chouette allait y entrer, Saralt lui lit signe de deneurer eu dehors.

Puis b comtesse sonna violemment.

Un domestique parut.

— Je n’y .suis pour personne... et que personne neutre ici... cnlcn- Jez-vous?... absolument persomtc...

Le domestique sortit.

Sarah, pour plus de sûreté, alla pousser un verrou.

U Chouette avait entendu b recommandation bile au domesllque, et vu Sarah fermer le verrou.

La Comtesse, se retournant, lui dit :

— Entrez vile... et fermez la porte.

La Chouette entra.

Ouvrant à la liàle uu secrétaire, Sarah y prit un coffret d'ébène, qu’elle appui ta sur un bureau situé au milieu de b chambre, et lit signe à la (]b«uetle de venir pi es d’elle.

æ coffret roule uail plusieurs fonds d’écrins superposés les uns sur les autres, et reufcrnunt de magniliques pierreries.

■S.irah était si pressée d’arriver au fond do coffrel, qu’elle jetait précipilamoienl sur la table cos casiers splendidement garnis de colliers, •Je bracelets. de diadèmes, Où les rubis, les émcraUdcs et les diamants chatoyaient de mille leux.

La Cb' mette fut éblouie...

Elle était armée, cite était seule enfermée avec b comtesse; b fuite lui était facile, assurée...

Une idée infernale Inversa l’esprit de ce montre.

.Mais, pour exécuter ce nouveau forfait, il lui fallait sortir son stylet de son cabas et s'approcher de Sarah sans exciter sa défiance.

Avec l'astuce du chat-tigre, qui rampe et s'avance traîtreusement 'ers sa proie, b vieille profila de la pn-uempaiiou de b comtesse pour (aire insensiblement le tour do bureau qui b séparait de sa victime.

La Chouette avait déjà commencé celte évojiitiou pertide, lorsqu’elle (ut obligée du s'arrêter brusquement.

Su rali retira un mcdaMon du double fond de b boite, se pencha sur b table, le lendit à b Umuellc d'une inaio ti vnibbule, et lui dit ;

— Regardez ce portrait.

— C'est la Pégriolte ! s'écria b Chouette, frappée de l'extrême ressemblance; c'est b petite qu'on m'a livrée ; il nie semble b voir quand Tourm-mine me l’a amenée... C’est bien là ses grands cheveux bouclés que j'ai coupés tout du suite et bien vendus, ma toi !...

— Vous la reconnaissez, e'ét.iil bien elle? Oh! je vous en conjure, ne me tiorupcz pas... ne- me trompez pas!

Je vous dis, ina petite dame, que c'est la Pégriotte, comme si on b voyait, dit b Chouette en lâchant de se rapprocher davantage de Sarah mus être remarquée ; à flicure qu'il est, elle ressemble encore à ce portrait .. Si vous b voyiez vous eu seriez frappée.

ftirali n'avait pas eu un cri de douteur, d'effroi, en apprenant que sa fille avait pendant dix ans vécu mUérable, abandonnée...

Pas un remords en songeant qifelte-nu-roe l'avait fait arracher fatalement de b paisible retraite où Rodolplie I avait placée.

: * Tout d'aboril, cette mère dénaturée n'interrogea pas la Chouette, avec , une anxiété terrible sur le passé de sou enfant.

! Non ; riiez Sarah l’ambition avait depuis longtemps éluullé b tendresse maternelle.

| Ce u'elait pas la joie de retrouver sa tille qui la transportait, c 'était 1 l’espoir certain de voir réaliser enfin te rêve orgueilleux do toute sa 1 vie...

Rodolphe s'était intéressé à cette malheureuse enfant, l’avait recueillie sans la connaître ; que serait-ce doue lorsqu il saurait qu’elle était.. ,

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