‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 122 sur 174 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

IJn ami inconnu.

— Si tu es l'araignée, moi je serai le moucheron d'or, Squelette de malheur, cria une voix au moment où Germain, surpris par la violente et soudaiue attaque de son implacable ennemi, lomltait renversé sur sou banc, livré a la merci du brigand qui. un genou sur la poitrine, h) tenait par le cou.

Oui, je serai le moucheron, Cl uu famrut moucheron encore ! répéta l'homme au bonnet bien dont nous avons parié; puis, d'un bond furieux, renversant trois ou quatre prisonniers qui le séparaient de Germain, U s'élança sur le Squelette cl lui asséna sur le crâne et entre les deux yeux une grêle de coups de poing si précipités, qu’on eût dit la batterie sonore d’nn marteau sur une enclume.

L'homme au bonnet bleu, «pii nVlall autre que InChourlneur, ajouta, pu redoublaut la rapidité de son martelage sur la tête du Squelette :

— C'est la grêle de coups de poing «pie M. Rodolphe m'a tambourinés sur la boule ! je les ai retenus.

* A cette agression inattendue, les détenus restèrent frappés de surprise, sans prendre parti pour ou contre In Chomincur. Plusieurs «l'entre eux, encore sous la salutaire itnpressioo du c-olitt* de Pique-Vinaigre, furent même satisfaits de cet incident qui pouvait sauver Germain.

Le Squelette, d'abord étourdi, chancelant comme un bnuif sous la masse de fer du boucher, étendit machinalement ses deux mains en avant pour parer les coups de son ennemi ; Germain put se dégager de la mur* telle etreiule du Squelette et se relever à demi.

— Mats qu esi-cc qu'il a? à qui en a-t-il donc, ce brigand-là ? s'écria le Gros-Boiteux : et, s'élançant sur le Cliourlurur, il tâcha de lui saisir les bras par derrière, pendant que celui-ci faisait de violents efforts pour maintenir le Squelette sur le banc.

Le d< tenseur de Germain répondit A l'attaque dy Gros-Boiteux par une espèce de ruade si violente qu'il l'envoya rouler à 1 extrémité du cercle formé par les détenus.

Germain, d une pâleur livide et violacée, A demi suffoqué, A gSnouX auprès du banc, ne paraissait pas avoir la conscience de ce qui se pat* sait autour de lui. La strangulation avait été si violente et si douloureuse, qu'il respirait à peine.

Après son premier étourdissement, le Squelette, par un effort «lésespére, parvint à se débarrasser du Cbourineur et à se remettre sur scs pieds.

Haletant, ivre de rage et de haine, il était épouvantable...

Sa (ace cadavéreuse ruisselait de sang; sa lèvre supérieure, retroussée comme celle d’un loup furieux, laissait voir scs «lents serrées les unes contre les autres.

EnÇu il s’écria d’une voix palpitante de colère et de fatigue, car sa lutte contre le Cltouriueur avait été violente :

— Escarpez-ledooc... ce brigand-là !... tas de frileux !... qui me bissez prendre en traître... sinou le mangeur va vous échapper !

Durant celte espèce de trêve, le Chourioeur, enlevant Germain à demi évanoui, avait assez habilement manœuvré pour se rapprocher peu à peu de l’angle d’on mur, où il déposa son protégé.

Profitant de celle excellente position de défense, le Chonrineur polirait alors, sans crainte d’être pris a dos, tenir assez longtemos contre

les détenus, auxquels le courage et la force hcrcutéennc qu’il venait dfl déployer Imposaient beaucoup.

Viqiii: Vinaigre, épouvanté, disparut (tendant le tumulte, sans qu'on s'aperçût de son absence.

Voyant l'hésilalfeu de lu plupart des prisonniers, le Squelette s’écria :

— A moi donc!... estourbbsons-lcs tous les deux... le gros et le petit !

— Prends garde ! répondit le Chonrineur en sc préparant au combat, les «leux mains en avant et carrément campé sur ses robuste» reins. Gare à loi, Squelette! Si tu vent faire encore* le Coupe*en-Deu\... moi, je ferai comme Gargousse, je te coup«'rai le sifflet...

— Mais IouiImt «loue dessus ! cria lê Gros-Boiteux en se relevant. Pour «|uoi eet enragé dcfendil le mangeur? A mort le mangeur... et lui aussi ! S’il défend Germain, c'est un Irailre !

— Oui !... oui !

— A mort ! le mangeur !

— A mort!

— Oui ! à mort le traître... qui le soutient!

Tels furent les cris des plus endurcis des détenus.

Uo parti plus pitoyable s'écria :

— Non ! avant, qu'il parle!

— Oui ! qu’il s'explique !

— Ou uc tue pas un homme sans l’entendre !

— El sans défense !

— Faudrait être de vrais Coupe-en-Deux!

— Tant mieux ! reprircht le Gros-Boiteux et les (artisans du Squelette.

— On ne saurait trop en faire à un mangeur!

— A mort !

— Tombons dessus!

— Soutenons le Squelette!

— Oui! oui !... charivari pour le bonnet bleu!

— Pion !... soutenons le bonnet bleu !... charivari pour le Squelette* riposta le parti du Cliouriucur.

— Non r... à bas le bonnet bleu!

— A bas le Squelette !

— Bravo, «ne» cadets !... s'&ria le Cbourineur en s'adressant aux détenus qui se rangeaient de son côté. Vous avez du cœur... vous ne voudriez nas massacrer un homme à demi mort !... il n'y a que des tâches capables de ça... Le Squelette s’en moque pas mal... Il est condamné d'avance... c'est pour cela qu'il vous pousse... Mais si vous aidez à tuer Germain, vous serez durement pinces. D'ailleurs, je prop«>scune chose, moi !... le Squelette veut achever ce pauvre jeune homme... Kh bien I qu’il vienne donc me le prendre, s’il en ale toupet !... ça se passera entre nous deux : nous nous crocnerons et on verra... mais il n’ose pas. Il est comme Coupe-en-Deux. fort «vee les faibles.

La vigueur, l'énergie, la rude figure du Cbourineur devaient avoir une puissante action sur les détenus ; aussi un assez grand nombre «l’entre eux se rangèrent «le son cftlé et entourèrent Germain ; le parti du Squelette se groupa autour de ce bandit.

line sanglante mêlée allait s'engager, lorsqu'on culendil dans la cour le pas sonore et mesuré du piquet d'infanterie toujours de garde à la prison.

Pique-Vinaigre, profitant «In bruit et de l’émotion générale, avait gagné la cour et était allé lrapp«*r au guichet de fa porte d'entrée, afin a averlir les gardiens «le ce nul se passait dans le chauffoir.

L'arrivée des soldats mil fin à cette scène.

Germain, le Squelette et le GhouHnenr furent conduits auprès du directeur de la Force. Le premier «levait déposer sa plainte, les deux autres répondre à une prévention «ie rixe «lans l'intérieur de la prison.

La terreur et la souffrance de Germain avaient été si vives, sa faiblesse était si grande, qu'il lui fallut s'appuyer sur deux gardieus pour arriver jusqu'à une chambre voisine du cabinet du directeur» où on le conduisit. Li, il sc trouva mal; son cou, excorié, portait l’empreinte livide et sangl.mic des doigts de fer du Squelette. Quelques secondes de plus, le fiancé «le Rlgolette aurait élé étranglé.

U gardien chargé de la surveillance du parloir, et qui, nous l'avons dit, sciait toujours intéressé à Germain, lui donna les premiers secours.

Lorsque celui-ci revint à lui, lorsque la réllexiou succéda aux émotions rapides cl terribles qui lui avaient à peine laissé l’exercice ik* sa raison» sa première pensée fut pour son sauveur.

— Merci ue vos bons soins, monsieur, dit-U au gardien: sans cil homme courageux, j’étais perdu.

— Gomment voiw trouvez-vons?

— Mieux... Ah ! tout ce qui vient de sc passer me semble un songe horrible !

— Remettez-vous.

— Et celui qui m’a sauvé, où est-il?

— Hans le cabinet du directeur. Il lui raconte comment la rixe est arrivée... li parait que sans lui...

— J’étais mort, monsieur... Oh ! dites-moi son nom... Qui est-il?

— Son nom... je n'en sais rien, il est surnommé le Chonrineur; c’csi un ancien forçat.

— lit le crime qui l’amène Ici— n’est pas grave, peut-être?

— Très grave t Vol avec effraction, la nuit... dans une maison liabi*

LES MYSTÈRES f)E PARIS.

tée, dit le gardien. Il aura probablement la même dose que Pique-Vinaigre ; quinze ou vingt ans uc travaux forcés et l'exposition, vu la récidive.

Germaiu tressaillit : il edi préféré être lié par la reconnaissance à un bomine moins criminel.

— Ah ! c'est affreux ! dit-il. Et |>ourlanl cet homme, sans me connaître, a pris ma défense. Tant de courage, ta ni de générosité...

— (juc voulez-vous, monsieur, quelquefois U y a encore uu peu de bon cliez ces gens-là. L'important, c'est que vous voilà sauvé; demain vous aurez votre cellule à la pislole, et pour celte nuit vous coucherez à l'infirmerie, d'après l'ordre do M. le directeur. Allons, courage, monsieur ! Le mauvais temps est passé : quand votre jolie petite visiteuse vieudra vous voir, vous pourrez b rassurer; car, uuc fois eu cellule, vous n'aurez plus rien

à craindre. Seulement, vous ferez bien , je crois, de ne pas lui parler de b scène de tout à l'heure. Elle en tomberait malade de peur.

— Oh ! non, sans doute, je ue lui ed parlerai pas ; mais je voudrais pourtant remercier mon défenseur...

Si coupable qu'il soit aux yeux de la loi, il ne m'eu a pas moins sauvé b vie.

— Teniez, justement je l'entends qui sort de chez M. le directeur, qui va maintenant interroger le Squelette; je les reconduirai ensemble tout à l'heure, le Squelette au cachot, et le Chouriocur à b Pos&c-aux-Uous. Il sera d'ailleurs uu peu ré- < ouipcusé de ce qu'il a lait pour vous; car, comme c’est un gaillard solide et déterminé, tel qu'il faut être pour mener les autres, il est probable qu'il remplacera le Squelette comme prévôt...

Le Cliourineur, ayant traversé un petit couloir sur lequel s’ouvrait b porte du cabinet du directeur, entra dans la chambre où se trouvait Germain .

— Attcndcz-mni b, dit le gardien au Cliuurincur; je vais aller savoir de M. le directeur ce qu'il décide du Sque lotte, et je reviendrai

vous prendre Voilà

notre jeune homme tout à bit remis; il veut vous remercier, cl il y a de quoi, car sans vous c’était fini de lui.

Le gardien sortit. La physionomie du Chourineur était radieuse ; il s'avança joyeusement ,

en disant : — Tonnerre ! que je suis coulent ! que je suis doue content de vous avoir sauvé ! El il tendit U main à Germain.

Celui-ci, par un sentiment de répulsion involontaire, se recula d'abord légèrement, au lieu de prendre b main que le Cliourineur lui offrait; puis, se rappelant qu apres tout il devait 1a vie à cet homme, il voulut réparer ce premier mouvement de répugnance. Mais le Cbourineur s’en était aperçu ; ses traits s'assombrirent, et, en reculant à son tour, il dit avec une tristesse amere : — Ah! c'est juste, pardou, monsieur..

— Non, c'est moi qui dois vous demander pardon... Ne suis-je pas prisonnier comme vous ? Je ne dois songer qu'au service que vous m'avez rendu... vous m'avez sauvé ta vie. votre main, monsieur, je vous eu prie, de grike, votre main

Triomphe de Gringalet. — net 30S.

— Merci... maintenant c'est inutile. Le premier mouvement est tout.

Si vous m'aviez d'abord donné une poignée de main, eda m’aurait bit plaisir. Mais, en y réfléchissant, c’est à moi à ue plus vouloir. Non parce que je suis prisonnier comme vous, mais, ajouta-t-il d’un air sombre et en hésitant, parce qu'avaut d'être ici... j'ai clé...

— Le gardien m'a tout dit, reprit Germain en l'interrompant ; nuis vous ne m'avez pas moins sauvé la vie.

— Je u'ai bit que mon devoir cl mou plaisir, car je sais qui vous êtes... monsieur Germain.

— Vous me connaissez ?

— Un peu, mon neveu ' que je vous répondrais si j'étais votre ODcle, dit le Chourincur eu rcpreuaul son ton d insouciance habituelle, et vous auriez pardieu bien toit de mettre mon arrivé** \ la Force sur le dos du

hasard. Si je ne vous avais pas connu... je ne serais pas en prison.

Germain regarda le Chourincur avec une surprise profonde.

— Comment? c'est parce que vous m’avez connu?...

— Oue je suis ici...

prisonnier à b Force...

— Je voudrais vous croire... mais...

— Mais vous ne me croyez pas.

— Je veux dire qu'il m’est impossible de comprendre comment il se fait que je sois pour quelque chose dans votre emprisonnement. -

— Pour quelque chose?... Vous y êtes pour , tout.

— J'aurais eu ce malheur?...

— Un malheur !...au contraire... c’est moi

qui vous redois El

cràûerocut encore...

— A moi ! vous me devez?...

— Une fière chandelle, pour m'avoir procuré l'avantage de uirc uu tour à b Force. . .

— En vérité, dit Germain en passant b main sur son front , je ne sais si b terrible secousse de tout à l'heure affaiblit ma raison, niais il m'est impossible de vous comprendre Le gardien vient de me dire que vous étiez ici comme prévenu. . . de .

de...

Et Germain hésitait.

—De vol. ..pardieu...

allez donc... oui# de vol avec effraction. .

avec escalade... et b nuit, par-dessus le marché !... tout le tremblement à b voile, quoi!

s’écria le Cbourineur en éclatant de rire. Dieu

u'y manque... c'est du chenu. Mon vol a toutes les herbes de b Saint- Jean, comme on dit...

Germain, péniblement ému du cynisme audacieux du Chourincur, ne put s'empêcher de lui dire :

— Comment... vous, vous si brave... si généreux, parlez-vous ainsi ? ne savez-vous pas b quelle terrible punition vous êtes exposé ?

— Une vingtaine d’années de ça le res et le carcan!... connu... Je suis uu crâne scélérat, lieiu, do prendre ça en blague? Mais que voulez - tou-? une fois qu'on y est... Et dire pourtant que c'est vous, monsieur Germain, ajouta le Chourincur en poussant uu énorme soupir, d’uu air plaisamment contrit, que c'est vous qui êtes cause de mon malheur!...

— tyuand vous vous expliquerez plus clairement, je vous entendrai.

Dit

taillez tant qu'il vous plaira, ma reconnaissance pour le service que sous ni avez rendu n'en subsistera pas moins, dit Germain tristement — Tenez, pardon, jnousicur Germain, répondit le Chourineur en devenant sérieux, vous n'aimez lias à me voir rire de cela, n'en parlons plus. Il faut que je me rabiboche avec vous, et que je vous force peutêtre bien à me tendre encore la main.

— Je n'en doute pas : car, malgré le crime dont on vous accuse et dont vous vous accus z vous-même, tout en vous annonce le courage, b franchise. Je sui> sdr que vous êtes injustement soupçonné... de graves apparences peut-être vous compromettent... mais voilà tout...

— Ob ! quant à cela, vous vous trompez , monsieur Germain, dit le Cbouriueur, si sérieusement cette fois, cl avec un tel accent de siucérilé, que Germain dut croire. Foi d'homme , aussi vrai que i'ai un protecteur {le Cnourineiir ôta son bonnet), qui est pour moi ce que lu bon Dieu est pour les bons prêtres, i'ai volé la nuit en enfonçant un volet,

L ’ ai été arrêté sur le lit, et encore nanti du tout ce que je venais d'emporter...

— Nais le besoin...

la faim... vous poussaient donc à cette extrémité ?

— La faim?... J'avais 1 20 francs a moi quand on m'a arrêté... le restant d un billet de 1 .000 franes — sans compter que le protecteur dont je vous parle, et qui, par exemple, ne sait pas que je suis ici, ue me laissera jamais nia tiquer de rien Mais puisque je vous ai parlé de mon protecteur, vous devez croire que ça devient sérieux, parce que. voyez-vous,

« elui-la. c'est* à se mettre à genoux devant.

Ainsi, tenez... b grêle de coups de poing dont

t *’ai tambouriné le Sq uelte, c'est une manière à lui que j'ai copiée d'après nature. L’idée du vol. . . c'est à cause de lui qu'elle m'est venue.

Enfin si vous êtes b an lieu d'être étrang e par le Squelette, c'est encore grâce à lui.

— Mais ce protecteur 7

— Est aussi le vôtre.

— Le nricn ?

— Oui, M. Rodolphe vous protège. Quand je dis monsieur, c'est

monseigneur... que je *

devrais dire. .. car c’est

au moi us uii prince... mais j'ai l'habitude de l'appeler M. Rodolphe, et il me le permet.

— Vous vous trompez, dit Germain de pins en plus surpris, je ne connais pas de prince.

— Oui, mais il vous commit, lui. Vous ne vous en doutez pas ? C'est possible, c'est sa manière. Il sait qu’il y a uu brave homme dans la peine, crac, le brave homme est soulagé : et ni vu ni connu, Je t'embrouille ; le bonheur lui tombe des nues comme une tuile sur b tête. Aussi, pal ieucc, uu jour ou l'autre vons recevrez votre tuile.

— ^Eu vérité, ce que vous me dites inc confond.

Fai*. — Tj|>. lie ■“ V* OovJvj-l'Hpic, iiut fc.*: Lima, , M , M Htn- m

La marquise d'Ilar ville.

— Vous en apprendrez bien d'autres ! Pour en revenir à mon protecteur, il y a quelque temps après un service qu'il prétendait que je lui avais rendu, il me procure une position superbe ; je n'ai pas besoin de vous dire bquelle, ce serait trop loue ; enfin il m'envoie a Marseille pour m'embarquer cl aller rejoindre en Algérie ma superbe position. Je pars de Paris, content comme un gueux , bon ! mais bientôt ça change, l'ue supposition : mettons que je sbis parti par uu beau soleil, u 'est-ce pas? Eh bien ! le lendemain, voilà le temps qui se couvre, le surlendemain il devient tout gris, et ainsi de suite, de plus en plus sombre à mesure que je m’cloiguais jusqu'à ce qu'enliu il devienne noir comme

le diable. Comprcnczvoos?

— - Pas absolument.

— Eli bien ! voyons, avez-vous eu un chien?

— Quelle singulière question?

— Avez-vous eu un rliieu qui vous aimât bien et qu i sc soit perdu ?

— Non.

— Alors je vous dirai tout uniment qu'uuc « fois loin de M . Rodolphe • j'étais inquiet , abruti, effaré, comme un cliieu qui auiait perdu son maître. C'était bêle , mais les chiens aussi sont bêles, ce qui ne les empêche pas d'être attachés et de sc souvenir au moins aiitaut des bous morceaux que des coups de bâton qu'ou leur donne; et M. Rodolphe m'avait dmiué mieux que des Unis morceaux, car. voyezvous. pour moi M Rodolphe c'est tout. D’un méchant vaurien, brillai, sauvage et tapageur, il a fait une espece d'bonuête homme, en me disant seulement deux mots... Mais ces deux mots-là, voyezvous, c’est ruminé de b magie...

— Et ces mots, que sont-ils? Que vous al-il dit?

— Il m'a dit que j’avais encore du cœur et de rbouneur, quoique j'aie été au bague, non pour avoir vole... c'est vrai. Uli ! ça, jamais ..

mais pour ce qui est pis... peut-être... pour avoir tué... Oui, ait b Chourineur d une voix sombre, oui. tué d.m« uu moincut de colère . . .

parce que, autrefois, élevé comme une bête brute, ou plutôt comme un voyou sans ucrc ni mère, abandonné sur le pavé de Paris, je na connaissais ni Dieu «.

. diable, ni bien ni mal,

ni fort ni faible. Quelquefois le sang me montait aux yeux... le voyais rouge... el si j’avais uu couteau à b main, je ebourinais, je cbourinals, j’étais comme un vrai loup, quoi ! je ne pouvais pas fréquenter autre chose que des gueux et des bandits ; je n’en mettais pas un crêpe à mon chapeau pour cela ; fallait vivre dans b boue... je vivats roudement dans b noue... je ne m'apercevais pas seulement que j'y étais. Mais quand M. Rodolphe m'a eu dit nue, puisque, malgré les mépris de tout le monde et h misère, au fieu de voler comme d'autres, j'avais préféré travailler laut que je pouvais et à quoi je pouvais, ça montrait que j'avais du cœur et de l’honneur... Tonnerre ! .. voyez vous., ces deux roots-là, ça m'a fait le même cffcl

que si on m'avait empoigné par La crinière pour m'enlever à mille pieds | eu l'air aii-il.-vjus J»’ l-i vermine où je pataugeai», ti ine montrer dans quelle crapule je vivais, Gomme de juste alors j'ai dit : Merci ! jen ai assez; je sors d’iu prendie. Alors le cmir m'a battu autrement que «b* colère, et je me suis juré d'avoir toujours de cet hmiucur dont parlait M. Roiloljdic. Vous voyez, monsieur Germain, en me disant avec boule que je u étais pas si pire eue jome croyais, M. Rodolphe m-’a en- ! courage, et, grâce à lui, je suis «le venu meilleur que je n’étais..

Lu entendant ce Liug.tge, Germain comprenait Je moins eu moins que [ le Gliourincur eût commis le vol dout il s'accusait.

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