‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 18 sur 174 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

El il ferma les veux.

Bientôt la respiration sonore du Maître d’école et de la Chouette, qui ronflaient à l'unisson, trompèrent si complètement Rodolphe, que, croyant ses compagnons profondément endormis, il entr'ouvril les paupières.

Le Maître d’école et la Chouette, malgré leurs ronflements sonores, avaient les yeux ouverts, et échangeaient quelques signes mystérieux au moyen de leurs doigts bizarrement placés ou pliés sur la paume de leurs mains.

Tout à coup cc langage symbolique cessa. Le brigand, s’apercevant sans doute à un signe presque imperceptible que Rodolphe ne dormait pas, s'écria en riant :

— Ah ! ab! camarade, vous éprouvez donc les amis, vous?

— Ca ne doit nas vous étonner, vous ronflez les yeux ouverts.

— .Moi, c'est différent, jeune homme, je suis somnambule.

Le fiacre s'arrêta place de la Madeleine.

La pluie avait un moment cessé ; mais les nuages, chassés par la violence du vent, étaient si noirs, si bas, qu'il faisait déjà presque nuit.

Rodolphe, la Chouette cl le Maître d'ccolc se dirigèrent vers le Coursla -Reine.

— Jeune homme, j'ai une idée qui n'est pas mauvaise, dit le brigand.

— Laquelle?

— De m'assurer si tout ce que vous nous avez dit de l'intérieur de lu maison de l'allée des Veuves est exact.

— Voudriez-vous y aller maintenant sous un prétexte quelconque ? ça éveillerait les soupçons.

— Je ne suis pas assez innocent pour ça, jeune homme ; mais pourquoi a-t-ou une femme qui s’appelle Finette ?

La Chouette redressa la tête.

— La voyez-vous, jeune homme? on dirait un cheval de trompette qui entend sonner la charge.

— Vous voulez l'envoyer en éclaireuse?

— Comme vous dites.

— N*I7, allée des Veuves, n est-ce pas, mon homme? s'écria la Chouette dans son impatience. Sois tranquille, je n'ai qu'un œil, mais il est bon.

— La voyez-vous, jeune homme, b voyez-vous ? elle brûle déjà d’y être.

— Si elle s’y prend adroitement pour entrer, je ne trouve pas votre idée mauvaise.

— Carde le parapluie, fourline... Dans une demi-heure je suis ici, cl lu verras ce que je sais faire, s’écria la Chouette.

— Un instant, Finette, nous allons descendre au Cœur-Saignant, c'est à deux pas d’ici. Si le petit 7or(iMard(l) est IA, tu remmèneras avec loi ; il restera en dehors do la porto à faire le guet pendant que lu entreras.

— Tu as raison : il est fin comme renard, ce petit Tortillard; il n’a pas dix ans, et c'est lui qui l'autre jour...

Un signe du Maître d ecole interrompit la Chouette.

— Qu csl-ce que le Cœur-Saignaul? Voilà une drôle d'enseigne pour un cabaret, demanda Rodolphe.

(t) Boiteux.

— 11 faudra vous en plaindre au cala relier.

*— Comment s’appelle-t-il ?

— Le cabareticr du Cœur-Saignant?

— 11 ne demande pas le uotn de scs pratiques.

— Mais encore...

— Appclez*-lo comme vous voudrez, Pierre, Thomas, Christophe ou Barnabe, il répondra toujours. Mais nous voici arrivés, cl bien à temps, car l'averse recommence» et b rivière, comme elle gronde ! on dirait un torrent... regardez donc! Encore deux jours de pluie, et l'eau dépassera les arches du pont.

— Vous dites que nous voici arrivés... Où diable est doue le cabaret? je ne vois pas de maison ici !

— Si vous regardez autour de vous, bien sûr.

— Et où voulez-vous que je regarde?

— A vos pieds.

— A mes pieds?

— Oui.

— Où cela?

— Tenez, là... voyez-vous le toit ? Prenez garde de marcher dessus.

Rodolphe n'avait pas, en effet, remarque uu de ces cabarets souterrains que l'on voyait, il y a quelques années encore, dans certains endroits des Champs-Elysées, et notamment près le Cours-li-Rciue.

Un escalier creusé dans la terre hitinlilc et grasse conduisait au fond de cette espèce de large fbs^é ; à l'un de scs pins, coupés à pic, s'adossait une masure liasse, sordide, lézardée ; son toit, recouvert de tuiles moussues, s’élevait à peine au niveau du sol où se trouvait Rodolphe ; deux ou trois huttes eu planches vermoulues, servant de cellier, de hangar, de cabane à lapins, faisaient suite à ce misérable bouge.

Une allée très-étroite, traversant le fossé dans sa longueur, conduisait de l'escalier à la porte de la maison : le leste du terrain disparaissait sous un berceau de treillage qui abritait deux rangées de table» grossières plautccs dans le sol.

Le vent faisait tristement grincer sur ses gonds une méchante plaque de tôle ; à travers b rouille qui b couvrait on distinguait encore un cœur rouge percé d’un Irait. L'enseigne se balançait à uu poteau dressé au-dessus de cet antre, véritable terrier humain.

Une brume épaisse, humide, se joignait à b pluie; b nuit approchait.

— Que dites-vous de cet |bôlcl, jeune homme ? reprit le Maître d'école.

— Grâce aux averses qui tombent depuL quinze jours... ça ne doit pas être trop humide pour un étang, il doit y avoir une belle pêche... Allons, passez.

— Un instant; il faut que je sache si l'Iiôte est là. Attention.

Et le brigand, frôlant avec force sa bogue contre son palais. Ht entendre un cri singulier, une espèce de roulement guttural, sonore et prolongé, que l’on pourrait accentuer ainsi :

— Pirrrr 11

Un cri pareil sortit des profondeurs de la masure.

— Il y est, dit le Maître d écide. Pardon, jeune homme... Respect aux dames; laissez passer la Chouette, je vous suis. Prenez garde de tomber, c’est glissaut.

' CHAPITRE XVn.

Le Caur-Eàignant

L'hôte du Cœur-Saignaut, après avoir répondu au signal du Maitre d’école, avança civilement jusqu'au seuil de sa porte.

Ce personnage, que Rodolphe avait été chercher dans b Cité, cl qu'il ne devait pas encore connaître sous son vrai nom ou plutôt son surnom habituel, était Uras-Rouge.

Petit et gTélc, chétif et débile, cet homme pouvait avoir cinquante ans euviron. Sa physionomie tenait à la fois de la fouine cl du rat; son nez pointu, son meuton fuyant, ses pommettes osseuses, ses petit» yeux noirs, vifs, perçants, donnaient à ses traits une inimitable expression de ruse, de finesse et d'intelligence. Uuc vieille perruque blonde, ou plutôt jaune comme son teiut bilieux, posée sur le 6ommet de ion crâne, bissait voir sa nuque grisonnante. Il portail une veste ronde et uu de ces longs tabliers noirâtres dont se servent les g.irçous marchands de vin.

jS'os trois personnages avaient à peine descendu la dernière marche de l'escalier qu'un eubnt de dix ans au plus, ires-petit, l'air fm, ruai , maladif, boiteux et un peu contrerait, vint rejoindre Bras-Rouge, auquel il ressemblait d'une maniéré si happante, qu'on ne pouvait le méconnaître pour son fils.

C'était le même regard pénétrant et astucieux ; le front de l'enfant disparaissait à demi sous une foret de cheveux jaunâtres, durs cl roides connue des ctius. Un pantalon marrdn et une blouse grise, sanglée î d’une ceinture Ue cuir, complétaient le costume de Tortillard, ainsi

nommé à cause de son iufiimiié; il se tenait à côté de sou père, debout sur sa bonne jambe, comme un héron au bord d'un marais.

— Jt»4i-meul voilà le môme, dit le Maître d'école. Finette, le temps presse, la nuit vient, il faut profiler de ce qui reste de jour.

— T’as raison, mon homme, je vas demander le uioiiL-ird à son père.

— Bonjour, vieux, dit Uras-Rouge en s'adressant au Maître d'école d'une petite voix de fausset, aigre et aiguë ; qu est-ce qu'il y a pour ton service ?

— Il y a qne lu vas prêter ton gamin à ma femme pendant un quart . 'heure ; elle a Ici pris perdu quelque chose, il l'aidera à chercher.

Bras-Rouge cligna de l'œil, fit un signe d'intelligente au Maître d’école,

dit à son fils :

— Tortillard, suis madame.

Le hideux «niant, attiré par b laideur et par l'air méchant de la

miette, comme d'autres sont charmés par un extérieur bienveillant, ourut en boitant prendre la main de la borguevse.

-Amour de petit momaque, va! Voilà un enfuit, dit Finette, comme ça vient tout de suite à vous ! C'est pas comme b petite l‘égriotte» qui avait toujours l'air d'avoir mal au cœur quand elle m'approchait, celle petite mendiante !

— Allons, depôcbe-toi, Finette, ouvre l’œil et veille au grain. Je t'attends ici.

— Ce ne sera pas long. Fasse devant, Tortillard !

El la borgnessc et le petit boiteux gravirent le glissant escalier.

— Finette, prends donc le parapluie, cria le brigand.

— Ça me gênerait, mou homme, répondit la vieille, qui disparut Llautô’t avec Tortillard au milieu des vapeurs Mtooedéèt par le crépuscule, et des tristes murmures du vent qui agitait les branches noires et dépouillées des grands ormes des Champs-Elysées.

— Entrons, dit Rodolphe.

Il lui fallut sc baissée pour passer sous la porte de ce cabaret, divisé en deux salles. Dans l'une on voit un comptoir et un billard en mauvais état ; dans l'autre, des tables et des chaises de jardin, autrefois peintes en vert. Deux croisées étroites, aux carreaux télés, couverts de toile* d'araignée, éclairent à peine ces pièces aux muraille* verdâtres, salpêtréo par l'humidité.

Rodolphe est resté seul une minute à peine ; Bras-Rouge et le Maître d'école ont eu le temps d'échanger rapidement quelques mots et quelques signes mystérieux.

— Vous boirez un verre de bière ou un verre d'eau-de-vie en attendant Finette'.' dit le Maître d'ecole.

— Mou, je n'ai pas soif.

— Chacun son goût. Moi, je boirai un verre d’eau-dc-vie, reprit le brigand. Et il s’assit à une des petites tables vertes de la seconde nièce.

L'obscurité commençait à envahir tellement ce repaire, qu’il était impossible de voir, dans un des angles de la seconde chambre, Centrée béante «Tune <k-*ces cave» auxquelles on descend par une trappe à deux battant', dont l'un reste toujours ouvert pour la commodité «lu service.

La table où s’assit le Maître d’école était tout proche «le ce trou noir et profond, auquel il tournait le dos et qu’il cachait complètement aux yeux «le Rodolphe.

Ce dernier regardait à travers les fenêtres, pour sc donner une contenance et dissimuler sa préoccupation. La vue de Murph se rendant en toute hâte à l’allée «les Veuves uc le rassurait pas complètement; il craignait que le digne sqtiire n’eût pas compris tonie la signification de son billet forcément si laconique qui ne contenait <]uc ces mots : « Pour ce soir dix heures. »

Bien résolu de ne pas sc rendre à l’allée tics Veuves avant ce moment, et de ne pas quitter le Maître d'école jusque-là, il tremblait néanmoins de perdre celte unique occasion de posséder les secrets qu'il avait tant d'intérêt à connaître. Quoiqu'il fût ircs-vigourcux cl bien armé, H devait lutter do ruse avec un meurtrier redoutable et capable de tout

Faut-il l«- dire? telle était la trempe énergique de ce caractère bizarre, »vi«le d émotions nerveuse? et violentes, que Rodolphe trouvait une sorte d«î charme terrible dans les innmélrdcs Cl dans les obstacles qui venaient entraver le plan combine la veille avec son ftdele Murph et le Cüourineur.

Ne voulant pas néanmoins sc laisser pénétrer, il vint s'asseoir à la table du Maître d'école, cl demanda un verre par contenance.

Bras-Rouge, depuis quelques mots échangés à voix basse avec le brigand, considérait Rodolphe «l’un air curieux, sardonique et méfiant.

— West avis, jeune homme, dit le Maître d’école, que si ma femme nous apprend que les personnes que nous voulons voir sont chez elles, nuits pourrons aller leur frire notre visite sur le - huit heures ?

— Ce serait trop tôt do deux heures, dit Rodolphe, ça les gênerait.

— Vous croyez?

— J’en suis sûr.

— Bah ! entre amis ou ne fait pas de façons.

— Je les connais ; je vous répète qu'il ne faut pas y aller avant dix Lettres.

— Etes-vous entêté, jeune homme !

— C’est mon idée, et que le diable me brûle si je bouge d'ici avant dix heures ?

— Ne vous gênez pas. je ne ferme Jamais mon établissement avant ! minuit, «ht hras- Rouge de «a voix «le lans'ct. C’est le moment e* arri- !

veut mes meilleures pratiques, et mes voisins uc se plaignent pas du bruit que l'on fait chez moi.

— Il faut consentir à tout ce que vous voulez, jeune homme, reprit le Maître d'école. Soit, nous ne partirons qu'à dit heures pour notre visite.

— Voilà la Chouette ! dit Rras-Rouge en entendant et eu répondant à un cri d'apiicl semblable à celui que le Main e d'école a s ait poussé avant de descendre dans la maison souterraine.

Une minute après, la Chouette entra seule dans le bWard.

— Ça y est, mon homme, c'est cnipaumé ! s’écria la korgnesse en entrant.

Bi as- Rouge se retira discrètement sans demander «les nouvelles de Tortillard, qu'il uc s'attendait probablement pas à revoir encore.

Les vêtements de la vieille ruisselaient d'eau ; elle s’assit en face de Rodolphe et du brigand.

— Eh bien ! dit le Maître d’école.

— C«! garçon a dit vrai jusqu’ici.

— Voyez-vous ! s'écria Rodolphe.

— Laissez b Chouette s’expliquer, jeune homme. Voyons, va. Finette.

— Je suis arrivée au n* 17 eu laissant Tortillard blotti dans un trou et aux aguets. Il faisait encore jour. J’ai carillonné à une petite porte bâtarde, gonds en dehors, deux pouces de jour sous !«• seuil, enfin rien du tout. Je sonne, le gardien m’ouvre : c est un grand, gros homme, dans les cinquante ans, l'air endormi et bon «:ubnt, favoris roux, eu croissant, tète chauve... Avant de sonner, j’avais mis mou bonnet «bns ma poche pour avoir l'air «l'être une voisine. Des que j'aperçois le gardien, Je tue mets à pleur nu hcr de lOttCI RM» forces, eu criant que j’ai perdu ma perruche. Cocotte, une petite bête que j'adore. Je dis que je demeure avenue de Marbœuf, et que de jardin en jardin je poursuis Cocotte. Enfin je supplie le monsieur de me laisser chercher ma bêle.

— Hein! dit le Maître d'école d un air d 'orgueilleuse satisfaction eu montrant Finette, quelle femme !

— C'est très-adroit, dit Rodolphe ; mais ensuite?

— Le gardien uic permet de chercher ma bête, et me voilà trottant dans le jardin eu appelant Cocotte ! Cocotte ! eu regardant en l'air et de tous les côtés, pour bien tout voir... En dedans des murs, reprit b vieille eu continuant de détailler le logis, en dedans des murs, partout du treillage, véritable escalier ; au coin du mur, à gauche, un pin (ait comme une échelle, une femme en couches y descendrait. La maison a six fenêtres au rez-de-chaussée, pas d’autre étage, quatre soupiraux de cave sans barres. Les fenêtres du rez-de-chaussée se ferment à yolets, loquet par le bas, gâchette par le haut ; peser sur la pliutlte, tirer le fil de fer...

— Un zest... dit le Maître d’école, et c’est ouvert.

La f.liouetle continua :

— La porte d'entrée vitrée , deux pcrsieuocs en dehors.

— Tour mémoire, dit le brigand.

— C'est ça, c’est absolument comme si on y était, dit Rodolphe.

— A gauche, reprit la Chouette, près de la cour, un puits ; la conlc put servir, parce que là il n'y a pas de treillage au mur, dans le cas où la retraite serait bouchée «lu cote de la porte... Eu entrant dans la maison...

— Tu es entrée dans la maison ? Elle y est entrée ! jeune homme, dit le Maître d’école avec orgueil.

— Certainement, j'y suis entrée. Ne trouvant pas Cocotte, j'axais tant émi que j'ai fait CQDMM si je m’étais époumuimu ; j’ai demandé au garicn la permission de m’asseoir sur le pas de sa porte ; le brave homme

m'a dû d'entrer, m’a offert un verre d eau et de vio. — Un simple verre d'eau, ai-je dit, un simple verre d'eau, mon bon monsieur. Alors, il m'a fait entrer dans l'antichambre... tapis partout : bonne précaution, on n’cnnuid ni marcher, ni les éclats des vitres, s'il fallait (aire un carreau ; à droite et à gauche, portes et serrures à becs de cane. Ça ouvre en soufii.iut detSUS.., Au fond, une forte porte, fermée à clef; uiic tournure de caisse... ça seulail l'argent !... j'avais ma cire dans mon cabas...

— Elle avait sa cite, jeune homme... elle ne marebe jamais sans sa cire!... dit l«: brigand.

La Chouette commua :

— Il fallait m'approc her de la porte qui sentait l’argent. Alors, j'ai fait comme s’il inc prenait une quinte *i forte, que j etais obligée de m’appuyer sur le mur. Eu m'entendant tousser, le garïlitm a dit : — Je vas vous mettre un morceau de sucre. Il a probablement cherché uue cuiller, car j'ai entendu rire de l'argenterie... argenterie dans la pièce à main droite... n'oublie pas ça, fourbue. Enfin, tout en toussant, tout en geignant, je m’étais approchée de la porte «lu fond... j'avais ma cire «fans la paume «le ma main... je inc suis appuyée sur la serrure, comme si «le rien n 'était. VoBà l'empreinte. Si ça ne sert pas aujourd'hui, ça servira un autre jour.

El la chouette donna an brigand un morceau de cire jaune où l’on voyait parfaitement l'empreinte.

— Ça fait que vous allez uous dire si c’est bien la porte de la caisse, dit la Chouette.

— Justement! c'est là où est l'argent, reprit Rodolphe.

Tl il se dit tout bas : — Murp^ a-t-il donc été dupe de celte vieille

misérable ? Cela se peut ; il ne s'atmud à être attaqué qu'à dix heures... à cette heure-là, toutes scs précautions seront prises.

— Mais tout l'argent n’est pas là t reprit la t Jiouelle, dont l'œil vert étincela. Eu m’apnroctianl des fenêtres, loujou:» pour chercher Cocotte, j’ai vu daus une des chambres, à gauche de la porte, des sacs d’écus sur un bureau... Je les ai vus comme je le rofa, mon homme. . Il y eu avait au moins une douzaine.

— Où est Tortillard ? dit brusquement le Maître d'école.

— Il est toujours dans sou trou... à deux pas de b porte du jardin... U voit dans l'ombre comme les chats. Il u y a que celte entrée-là au numéro 17 ; lorsque nous irons, il uous avertira si quelqu'un est venu.

— C'est bon.

A peine avait-il prononcé ces mots, que le Maître d'école se rua sur Rodolphe à l’improviste, le saisit à la gorge, et le précipita dans la cave qui était béante derrière b table.

Cette attaque fut si prompte, si inattendue, si vigoureuse, quo Rodolphe n’avait pu ni b prévoir ni l’éviter.

La Chouette, effrayée, poussa un cri perçant, car clic n’avait pas vu d’abord le résultat de celte lutte d’un iiisiaut.

Lorsque le bruit du corps de Rodolphe routant sur les degrés eut cessé, le Maître d’école, qui connaissait parfaitement les êtres souterrains de cette maison, descendit lentement dans b cave en prélaut l’oreille avec attention.

— Pourlinc... défie-toi!... cria 1a borgoessc en sc penchant à l'ouverlurc de la trappe. Tire ton poignard !...

Le brigand ne répondit pas et disparut.

D'abord on n’culendil rien : mais, au bout de quelques instants, le bruit lointain d’uue porte ruuillëe qui criait MT Mt gonds résonna sotrrdemeut daus les profondeurs de b cave, et il sc fit un nouveau silence. 1 L’obscurité était complété.

La tlhoucttc fouilla dans son cabas, (Il pétiller une allumette chimique et alluma nue petite bougie dont b lueur se répandit dans celle lugubre salle.

A ce moment, 1a ligure monstrueuse du Maître d'école apparat à l’ouverture de b trappe.

La Chouette ne put retenir une exclamation d’effroi à b vue de celte tète pâle, couturée, mutilée, horrible, aux yeux presque phosphorescents, qui semblait ramper sur le sol au milieu ues ténèbres... que b cbrlé de b bougie dissipait à peine.

Remise de son éuioüuii, b vieille s'écria avec une sorte d’épouvantable flatterie :

— Faut-il que tu «ois affreux, fourbue ! tu m'as fait peur... à moi !

— Vite, vitr, à l'allée des Veuves, dit le brigand en assujettissant les deux battants de b trappe avec une barre de fer ; daus uue heure peutêtre il sera trop tard ! Si c’est une souricière, die n'fest pas encore tendue... si ça D'en est pas uue, nous ferons le coup nous seuls.

Page 1