CHAPITRE XX
Récit du Chourintnir.
La confusion du Chourineur était d'autant plus profonde, qu'il venait d’cfitcndrc le médecin noir appeler Rodolphe tnonteigneur a plusieurs reprises.
— Mais approche donc... donne-moi la main ! dit Rodolphe.
— Pardon, monsieur... non, ic voulais dire monseigneur... mais...
— Appelie-moi monsieur Rodolphe, comme toujours... J'aime mieux cela.
— El moi aussi je serai moins gêné... Mais, pour ma mAin, excusez... j'ai fait tant d'ouvrage depuis tantôt...
El il avança timidement sa main noire et calleuse.
Rodolphe lu serra cordialement.
— Voyons, assieds-toi et raconte -moi tout... comment as-tu découvert b cave !... Mais j’y songe, le Maître d’école?
— Il est en sûreté, dit le médecin noir.
— Ficelés comme deux carottes de tabac... lui ri la Chouette... Vu la figure qu'ils doivent se faire s’ils se regardent, ils doivent joliment se répugner à l'heure qu'il est.
— Et mon pauvre Murph! mon Dieu, j’y pense seulement maintenant! David, où a-l-il été blesse?
— Au côté droit , monseigneur... heureusement vers la dernière fausse côte...
— Oh! il me faudra me vengeance terrible, terrible!... David! je compte sur vous.
— Monseigneur le sait, je suis à lui :\mc cl corps, répondit froidement | le noir.
— Mais comment es-tu arrive à temps, mon brave ? dit Rodolphe au Chomineur.
— Si vous vouliez, monscign... non, monsieur Rodolphe... je commencerais par le commencement.
— Tu as raison ; je t’écoute.
— Vous savez qu'hier soir vous m’avez dit, en revenant de la campagne, où vous étiez allé avec la pauvre Goualeuse :
« Tâche de trouver le Mai Ire d’école dans la Cité; tu lui diras que tu sais un bon coup à faire, que tu ne veux pas en être ; mais que s’il veut la place il n'a qu’à se trouver demain (celait ce matin) à la barrière de Bercy, au Panier-Fleuri, cl que la il verrait celui qui a nourri le pou- I ar <0l). •
— 1 res- bien !
— En vous quittant, je trotte à la Cilé... Je vas chez l'ogresse : pas de Maître d’école ; je fais la rue Sainl-Lloi, la rue aux Fèves, la rue de la Vieille-Draperie... personne... Enfin je l'empaume avec celte limace de Chouette au parvis Notre-Dame, chez un petit tailleur, revendeur, receleur et voleur ; ils voulaient (binls-r avec l’argent volé du grand monsieur en deuil qui voulait vous faire qurlque chose; ils achetaient des défroques d’hasard. La Chouette marcliaudait uu châle rouge... Vieux monstre !... Je dévide mon chapelet au Maître d’école : il me dit que ça lui va, et qu'il sera au rendez-vous. Bon! Ce matin, selon vos ordres d'hier, j’accours ici vous rcudre la réponse.. . Vous me dites : « Mon garçon, reviens demain malin avant le jour, tu passeras la journée dans la maison, et le soir... tu verras quelque chose qui en vaut l.i peine... » Vous ne m'en jaspinez pas plus: mais j’eu comprends davantage. Je me ; dis : C’est un coup moulé pour faire une farce au Maitre d écote demain,
en l’amorçant pour une affaire. C’est un vrai scélérat... U fâssassîné le marchand de brufs... J’en suis...
— Et mou loti a été de ne pas tout te dire, mon garçon... Cet affreux malheur ne serait [w*nl-êlrc pas arrive.
— Ça vous regardait, monsieur Rodolphe ; ce qui me regardait, n»td, c’était de vous servir... parce qu’enfin... je ne sa»-; comment ça se fût, je vous l'ai déjà dit, je nui sens comme voire bouledogue ; enfin... siiftit... Je dis donc : C'est demain la noce, aujourd'hui j'ai congé, M. Rodolphe m’a payé les deux journées que j’ai perdues, et deux autres d'avance, car voilà trois jours que je ne parais pas chez mon maitre débardeur, et, n'étant pas millionnaire, le travail... c’est mon pain. Je m'ajoute : Tiens, au fait, M. Rodolphe me paye mon temps, moti temps lui appartient, je vas remployer pour lui. Ça me donne l'idée que voila : Le Maitre d'école est malin, il doit craindre une souticiére. M. Rodolphe lui proposera la chose pour demain, c'est vrai; mais le gueux Cal capable de venir dans b journée flâner par ici pour reconnaître les alentours, et, s’il se défie de M. Rodolphe, d’amener un autre grinrhr, ou bien encore de dire : A demain, et de faire le coup pour sou compte aujourd hui.
— Tu as deviné Juste... c’est ce qui est arrivé... El la Providence a voulu que je te doive la vie !
— D'est étonnant, monsieur Rodolphe, comme depuis que je vous connais il m aboule dés choses qui ont l’air de se manigancer la-haut ! et puis j'ai des idées que je n'avais jamais eu s, depuis que vous m'avez dit : « Mou garçon, il y a en toi du cœur et de l'honneur. * Dn cœur! de l'honneur ! tonnerre ! ces mut— là vous remuent quelque chose datas le ventre. Allez, monsieur Rodolphe, quand on est habitué à s'entendre crier au loup, au chien enragé! quand un veut seulement approcher des honnêtes cens . .
— Ainsi, tu as depuis quelques jours des pensées nouvelles pour toi ?
— Bien sûr, monsieur Rodolphe. Tenez, je me disais encore : Maintenant, je counaitraU quelqu’un qui aurait fait ira mauvais coup; b buisson. la colère... enfin... u importe quoi... je lui dirais : Mou homme, tu as bit un mauvais coup, c'est bon... Mai? c’est pas tout ça ; ce n'e-.l pas pour le roi de Proxse que le bon Dieu campe-*? les g«w qui se noient, qui rôtissent ou qui crèvent de faim : tu va-, me faire I amitié, si lu gagnes quarante sous, den donner vingt à des pauvres vieux, ou à des petits enfants ; enfin à ceux qui, plu* malheureux que toi, n’ont ni pain ni force... et surtout n’oublie pas, mon Imnnne, nue s’il y a quelqu’un à sauver en risquant sa peau à coup sûr, c’est actuellement ton négoce î J! Moyennrmi ça. et que tu ne recommences pas tes bêtises, tu inc trouveras' toujours... Mai?, pardon, monsieur Rodolphe, je bavarde... cl vous êtes curieux...
— Non : j'aime à t'entendre parler ainsi. Et pots je ne saurai que trop lût comment est arrivé l'horrible malheur dont mou pauvre Murph a été la victime... Je ne croyais certain de ne pas quitter le Maître d'école d'un pas, d une minute, durant celte dangereuse entreprise... Alors il m ? Ot tué mi: le f-is... avant que de loucher a Murph* Rélas! le sort en a décidé autrement... Continue, mon garçon.
— Voulant donc employer mon temps pour vous, monsieur Rodolphe, je me dis : Faut aller m'euihossi-r quelque part d'où je puisse voir les murs, la porte du jardin, il n’v a que cette entrée b. . Si je trouve un bon coin... il pleut, j’y resterai toute b journée, toute b nuit surinut, et demain malin je sciai tout poité... Je m’étais dit ça sur le coup de deux heures, à Balignollcs, où j'avais été manger un morceau en vous quittant, monsieur Rodolphe.. . Je reviens aux Champs-Elysées... Je cherche à me nicher... "Qu 'est-ce que je vois? Un petit bouchon à dix pas de votre porte... Je m'établis au rez-de-chanssec, près de b fenêtre, je demande un litre et un quarteron de noix, disait que j'attends des amis... un bossu et une grande femme, ça a l'air plus naturel. Je m'installe, et me voilà à dévisager votre porte... H pleuvait, le tremblement ; personne ne passait, la nuit venait...
— Mais, dît Rodolphe en interrompant le Chouriœur, pourqu d n'estu pas allé chez moi ?
— Vous m’avez dit de revenir le lendemain matin, monsieur Rodol-
phe... Je n'ai pas osé revenir avant. J'aurais eu I air de faire le câlin, le brotsiur, comme di?eul les troupiers. Après tout, je sais ce que je suis, un fagot affranchi (I) et quand quelqu'un comme vous est avec moi comme vous êtes, monsieur Rodolphe... il ue faut pas aller & lui quçs'il vous dit : Viens! Apres ça, je verrais une araignée sur le collet de votre habit que je vous I ôterais et je l’écrasera» sans vous en demander b permission... Vous comprenez /..^J'étais donc à b fenêtre du bouchon, cassant mes noix et buvant ma piquette, lorsqu à travers le bi ouiibrd je vois débouler b Chouette avec le même à Bras-Rouge, le petit Torlill.lld... |
— Bras-Rouge ! il est donc ie maître du cabaret souterrain des Champs- Elysées? s'écria Rodolphe.
— Oui, monsieur Rodolphe; vous ne le saviez pas?
— Non, je croyais qu'il demeurait dans la Cite...
— H y demeure aussi... il demeure paitonl. Bru? -Rouge... C'est un fio et fier gueux, allez, avec sa perruque jaune et son nez pointu!... Finalement. quand je vois débouter la (VkhicîIc et Tortillard, je me dis : Bon, ça va chauffer ! En effet, Tortillard «e blottit dans uu des los-és de' l'allée,
(f) Qui a préparé le rot.
(I) Forçat libéré.
Le docteur nègre.
La Chouette.
La Chouette est venue battre l'anlif (1) dans la maison ; ils vont donc faire le coup ce soir. S'ils fout le coup ce soir, U. Rodolphe, qui croit
(1) Espionner.
entrer dans la maison et dire à M. Murph : Méfiez-vous. Oui, mais celte petite vermine de Tortillard est près de la porte, il m'entendra sonner, il me verra, il donnera l'éveil à la Chouette; si elle revient... ça gâtera tout... d'autant plus qucM. Rodolphe s'est peut-être arrangé autrement pour ce soir... Tonnerre! ces oui et ces non me papillotaient dans la cervelle... J’étais abruti, je n'y voyais plus que du feu... je ne savais que faire ; je me dis : Je vais sortir, le grand air me conseillera peut-être. Je sors... il me conseille : j’ôlc ma blouse et ma cravate, je vas au fosse de Tortillard, je prends le moutard par la peau du dos ; il a beau gigotter
en face votre porte, comme s'il se mettait à l'abri de l'ondée, et H fait la taupe... La Chouette, elle, ôte son bonnet, le met dans >a poche, et sonne à la porte. Ce pauvre M. Murph, voire ami, vient ouvrir à la borpnesse ; et la voilà qui fait 6cs grands bras en courant dans le jardin. Je donnais en moi-même ma langue aux chiens de ne pouvoir deviner ce nue venait faire la Chouette... Enfin elle ressort, remet son bonnet, dit Jeux mots à Tortillard, qui rentre dans sou trou; et elle détale... Je inc 4 onlinuc : Minute!... ne nous embrouillons pas. Tortillard est venu avec blTionelte; le Maître d’école et M. Rodolphe sont donc chez Bras-Rouge.
qu’il se fera demain, est donc enfoncé. Si M. Rodolphe est enfoncé, je dois aller chez Bras-Rouce voir de quoi il retourne ; oui, mais si pendant ce temps-là le Maitre d'école arrive... c’est juste. Alors, tant pis, je vais
m'égratigner et pbnier... je l'entortille dan» ma blouse comme dans un sac, j’en noue ur bout avec les manches, l'autre avec ma cravate, il pouvait respire^ ; je prends le paquet sous mon bras, je vois près de là un jardin ma alcher entouré d’un petit mur : je jette Tortillard au milieu d'un jdâat de carottes; il grognait sourd comme un cochon de lait, mais à deux pas on ne l'entendait pas... Je file, il était temps! je grimpe* sur uu des grands arbres de l’allée, juste en face votre porte, au-dessus du lossé de Tortillard. Dix minutes après, j’entends marcher; il pleuvait toujours. Il faisait si uoir... si noir, que le boulanger (11 aurait marché sur sa queue... J’écoute; c’était la Chouette : « Tortillard!... Tortillard !.. » qu elle dit tout bas. Oui, cherche ton Tortillard! a II pleut, le •tdme se sera lassé d’attendre, dit le Maître d’école en jurant, ai je l’attrape, je l’écorche!!! — Fourline, prends garde, reprit b Chouette, pei têtre qu’il sera venu nous prévenir de
quelque chose. Si ______
c’était une souricière!... l’autre ne voulait faire le coup qu’à dix heures. — C est
E our ça, répond le laltre d’école : U n’en est que sept. Tu as vu l’argent... Qui ne risque rien n’a rien ; donne-moi b
Ï ince et le ciseau oui. a
—Ces instruments?
demanda Rodolphe.
— Ils venaient de chea Bras-Rouge ; oh!
il a une maison bien montée. En un rien la porte est forcée.
« Reste b , dit le Maître d’école à b Chouette; attention, et cribU à la prie* (2) si lu entends quelque chose. — Casse ton surin dans une boutonnière de ton gilet, pour pouvoir le tirer tout de suite, » dit la borgnesse. Et le Maître d’école entre dans le jardin. Je me dis tout de suite ;
M. Rodolphe n’est pas là; il est mort ou vivant dans ce moment -ci; je n’y peux rien, mais les amis de nos amis
sont nos Oh!
non; pardon, monseigneur !
—Va, va. Eli bien?
— Je me dis : Le Maître d’école peut assassiner M. Murnlt, l’ami à M. Rodolphe, qui ne s’attend à rien. C’est là où ça chauffe d’abord. Je saute de mon arbre, je tombe sur b Chouette ; je l’étourdis de deux coups de poing.... choisis..., elle tombe sans souf- , flor... J’entre dans le jardin, trop tard...
— Pauvre Murpliü,
Fkur-dc-Mine i la ferme de Bouqueral. — rict 21
Tonnerre! monsieur Rodolphe!... c’était
rph
— Entendant du bruit à la porte, il était sans doute sorti du vestibule; il se roulait avec le Maître d’ecolc sur le petit perron ; déjà blessé, il tenait toujours ferme, sans crier au secours. Brave homme! il est comme
. î gigue, r r
moment. « Vive b charte ! c’est moi ! le Chourineur ! Part à deux, mon-
t ) Le diable.
Crie ; Prend i garde I
sieur Murpli ! — Ab ! brigand ! mais d’où sors-tu donc? me cric le Maître d’école, étourdi de ça.— Curieux, va! » que je lui réponds en lui tenaillant une de ses jambes eutre mes genoux, et en lui empoignant un aileron, c'était celui du poignard, c’était le bon. « Et... Rodolphe? ■ me crie M. Murph, tout en m’aidant.
— Brave, excellent homme ! murmura Rodolphe avec douleur.
— < Je n’eu sais rien, que je réponds. Ce gueux-là l’a peut-être tué. » Et je redouble sur le Maître d’école, qui lâchait de me brder avec son poignard; mais j’étais couché b poitrine sur son bras, il n’avait que le poignet de libre. « Vous êtes donc tout seul ? que je dis à M. Murph, eu continuant de nous débattre avec le Maître d’ocole. — Il y a du monde près d’ici, mais on ne m’entendrait pas crier. — Est-ce loin ? — Il y en a pour dix minutes. — Crions au secours, s’il y a des passants, ils viendront nous aider. — Non; puisque nous
le tenons, il but le
garderie!... Mais ie me sens faible... je suis blessé, me dit M. Murph. — Tonnerre, alors!! courez chercher du secours , si vous en avez le temps. Je lâcherai de le retenir; Alex-loi son couteau, aidez-moi seulement à me meure sur lui; quoiqu'il soit deux [ois fort comme moi, je m'en charge, une fois que je l'aurai accroché. » Le Maître d'école ne disait rien, on ne l'entendait que souiller comme un bceuf ; mais, tonnerre ! ' ' quels efforts.
M. Murph n'avait pas pu lui arracher Mm poignard, b poigne de cet homme - là c’est un étau. Enfin, eu pesant toujours de tout mon corps sur son bras droit, je lui passe nies deux maiiisderrièrc le cou et je les joins... comme si je voulais l’embrasser.ÜelccroclieT comme ça , c’était mon ambition : alors je dis à M. Murph :
« Dépéchez-vous
je vous attends. Si vous avez quelqu’un de trop, faites ramasser la éliouctte derrière 1a porte du jardin, ie l'ai engourdie. » Je reste seul avec le Maître décote. Il savait ce qui l'attendait.
— U ne le savait pas! ni toi non
K lus, mon brave, dit odolphe d'un air sombre.lestraitscontractés par cette expression dure, pres-
3 ne féroce, dont nous avons parlé. Le Chonrineur, étonné, dit à Itoolphe ;
— Je croyais que le Maître d’école se doutait de et qui l’attendait; car, tonnerre ! c’est pas pour me vanter... mais il y a eu un moment où je n étais pas à b noce. Nous étions moitié par terre, moitié sur la dernière dalle du perron... J'avais mes bras autour de son cou... ma joue contre sa joue. J'entendais ses dents grincer. Il faisait noir... il pleuvait toujours, et b lampe restée dans le vestibule nous éclairait un peu. J’avais passé une de scs jambes dans les miennes. Malgré ça, il avait les reins si forts qu'il nous soulevait tous les deux à uu pied de terre. U voulait me mordre, mais il ne pouvait pas. Jamais je ne m’étais senti ai vigoureux. Tonnerre ! le cœur me battait, mais dans un bon endroit. Je ine disais ; Je suis comme quelqu'un qui s’accrocherait a un chien enragé
jbyGo
pour l'empêcher «le se je 1er sur U; monde . « Laisse-moi me sauver, et je ne le ferai rien, me dit le Maître d'école. — Ah! ta es lâche ! que je lui dis : ton courage n’est donc que ta force? Tu n’aurais |>as osé assassiner ic marchand de boeufs de Poissy pour le voler s’il avait été seulement aussi fort que moi, hein! — Non, me dit-il, mais ie vais te tuer comme lui. » En disant ça. il fit un haut-le-corps si violent, en raidissant les jambes en même temps, qu'il me jeta de côté: mais j’avais toujours mes mains croisées sous sa tête, et sou bras droit sous moi. line fois qu’il a eu les deux jambes libres, il s'en est solidement servi. Ça lui a donné de l'élan. Il m'a retourné à demi. Si je n'avais pas teuu bon lé bras du poignard, jetais fini. Dans ce moment-là, mon poignet pue lie a porté à Lux ; j'ai été obligé de desserrer les doigts. Ça se gâtait. Je tue dis : Je suis dessous, il est dessu»; il va me tuer. C'est égal, j'aime mieux ma place que la sienne... monsieur Rodolphe m'a dit que j’avais du cœur et de l'honneur. Je scus que c'est vrai. J’en étais là* quand j aperçois b Chouette tout debout sur le perron... avec son œil rond et son châle rouge. Tonnerre ! i’ai cru avoir le cauchemar. « Finette '. lui crie le Maître d’école, j’ai laissé tomber le couteau; rama SSO -le... là... sous lui... et frappe... dans le dos, entre les deux épaules. — Attends, attends, fourline, que je m'v reconnaisse... » El voilà la Chouette qui tourne... qui tourne autour de uou» comme un oiseau de malheur qu elle était. Enfin elle voit le poignard... veut sauter de sus. J'étais à plat ventre, je lui envoie un coup de talon dans l'estomac, je la renverse ; mais elle se lève et s'acharne. Je n’en pouvais plus; je me cramponnais encore au Maître d’école ; mais il me donnait en dessous des coups si forts dans la mâchoire, que j'allais tout lâcher. Je commençais à m’étourdir... lorsque je vois trois ou quatre gaillards armés qui dégringolent le perron... et . Murph, tout pâle, se soutenant à peioe sur mouleur le médecin. On empoigne le Maürc d'école et la Chouette, et ils sont ficelés. C'était pas tout, ça. Il me fallait M. Rodolphe. Je saute sur U Chouette, je me souviens de la deut de la pauvre Uoualeose, je lui empoigne le bras, cl je lui tords en lui disant : u Où est H. Rodolphe? » Elle lient bon. An second tour, elle nu; aie ; « Chez Bras-Rouge, dans la cave, au C'œur- Saigmni. » Bon. En passant, je veux prendie Tortillard dans sa planche de carottes; c'était mon chemin. Je regarde... H n’y avait plus rien que nu» blouse. Il l'avait rongée avec scs dents. J'arrive au CcBur-Saignanf, je saute à la gorge de Bras-Rouge. « Où est le jeune homme qui est venu ici ce soir avec le Maître d'école? — Ne me serre pas si fort, je vais te le dire : on a voulu lui faire une farce, on l’a enfermé dans ma cave ; nous allons lui ouvrir. » Nous descendons... personne. « Il sera sorti pendant que j'avais le dos tourné, dit Bras-Rouge; tu vois bien qu’il u’y a personne. » Je m'en allais tout triste, lorsqu'à ta lueur de la lanterne je vois une autre porte. J'y cours, je tire à moi, je reçois comme qui dirait uu fameux seau d’eau sur la houle. Je vois vos deux pauvres bras en l’air. Je vous repêche et je vous rapporte Ici sur mon dos, vu qu’il n’y avait personne pour aller chercher uu fiacre. Voilà, monsieur Rodolphe, et je puis dire, sans me vanter, que je suis fièrement content...
— Mon garçon, je te dois la vie... c'est une dette... je l'acquitterai, sois-en sûr, et de toutes les façons... «u a* tant de canin. . que tu partageras le sentiment qui m’anime à celte heure... je ressens une affreuse inquiétude pour l arni que tu as si vaillamment sauvé, et un besoin de vengeance léroce contre celui qui a f.iilli vous tuer tous deux.
— Je comprends ça, monsieur Rodolphe... sauter sur vous en traître, vous jeter dans une cave, et vous porter évanoui dans un raveau pour vous noyer, ça mérite ce qui revient au Maître d'école... il m’a avoué qu'il avait assassiné le marchand de bflPufS. Je ne suis pas rapon, mais, tonnerre ! j'irais cdlc fois de bon cœur chercher la garde pour le faire empoigner, le brigand!
— David, voulez-vous aller savoir des nouvelles de Murph ? dit Rodolphe sans répondre au Chourineur. Vous retiendrez ensuite.
Le noir sortit.
— Sais-tu où est le Maître d'école, mon garçon?
— Dans une salle basse avec la Chouette. Vous allez envoyer chercher la garde, monsieur Rodolphe?
Non...
— Est-ce que vous voudriez le lâcher ? Ah ! monsieur Rodolphe, pas
de ces générosités-là. J’en reviens à ce que j'ai dit, c’est un chien euragé. Prenez garde aux passants! •
— Il ne mordra plus personne... rassure-toi.
— Vous allez donc le renfermer quelque nart ?
— Non ! dans une demi-heure il sortira d ici.
— Le Maître d’école?
— OoL.
— Sans gendarmes ?
— Oui...
— Comment ! il sortira d’ici libre ?
— Libre...
— El tout seul?
— Oui, tout seul...
— Mais il ira?...
— Où il voudra, dit Rodolphe en interrompant le Chourineur avec un sourire qui I épouvanta...
Le noir rentra.
— P ! David... et Murph?...
— Il sommeille, raunseigucur, dit tristement le méo;çiu |.a respiration est toujours..* oppressée..
— Toujours du danger?
— Sa position... est très-grave, monseigneur... Pourtant.. *2 faut espérer?..
— Oh! Murph! vengeance!... vengeance!... s’écria Rodolphe avec une fureur froide et conc entrée. Puis il ajouta : —David... uu mot...
Et U parla tout bas à l'oreille du noir.
Celui-ci tressaillit.
— Vous hésitez ? lui dit Rodolphe. Je vous ai pourtant souvent entretenu de cette idée... Le moment de l’appliquer est venu...
— Je n'hésite pas. monseigneur... Celle idée, je l'approuve... clic renferme toute une réforme pénale digue de l'examen des grands criminalistes, car cette peine serait à la fois... simple... terrible .. et juste... Dans ce cas-ci, elle est applicable. .Sans nomhrcr les crimes qui ont jeté ce brigand au bague pour sa vie... il a commis trois meurtres... le marchand de bœufs... Murph ... et vous, c’est justice...
— Et il aura encore devant lui l'horizon sans bornes du repentir., ajouta Rodolphe. Rien, David... vous me comprenez...
— Nous concourrons à la même oeuvre... monseigneur...
Après un moment de silence, Rodolphe ajouta ;
— Ensuite cinq mille francs lui sufliront-ils, David?
— Parfaitement, monseigneur.
— Mon garçon, dit Rodolphe au Chourineur ébahi, j'ai deux mots à dire à monsieur. Pendant ce lemp$-là, va dans b chambre à côté... tu trouveras uu grand portefeuille rouge sur un bureau; lu y prendras cinq billets de mille francs que tu m’apporteras...
— Et pour qui ccs cinq mille francs? s’écria involontairement le Chourineur.
— Pour le Maître d'école... et lu diras en même temps qu'on l'amène