‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 66 sur 174 · I.'arrett&lion · texte numérisé non relu

I.'arrett&lion

— Mon Dieu! mo ns ie u r Rodolphe, s’écria Rigolette en aceonrant pâle et tremblante, il v a là un commissaire de police et la garde !

— La justice divine veille sur moi ! dit M. Pipelet dans un élan de religieuse reconnaissance ; on vient arrêter Cabrion... Malheureusement il est trop tard !

Un commissaire de police, reconnaissable à l’écharpe que l’on apercevait sous son habit noir, entra dans fa loge; sa physionomie était grave, digne et sévère.

— Mon ur b* commissaire, il cm trop tard, le malfaiteur s’est évadé ' dit tristement M. Pipelet ; mais je puis vous donner son signalement... Sourire atroce, regadh effrontés... manières...

— De qui parlez- votlS ? demanda le magistrat

— Pc Cabrion ! monsieur le commissaire... Mais, en sc hâtas!, il serait peut-être encore temps de l’atteindre, répondit M. Pipelet.

— Je ne sais pas ce que c'est que Cabrion, dit impatiemment le magistrat: le nommé Jérôme Morel, ouvrier lapidaire, demeure dans cette maison ?

— Oui, mon commissaire, dit madame Pipelet, sc mettant au port d'arme.

— Conduise z-moi à son logement.

— Morel le lapidaire ' reprit la portière nu comble de fa surprise . mafs c’est fa brebis du bon Pfan ! Il e t incapable de..

— Jérôme Morel demenre-t il iri, oui on non?

— Il y demeure, mon commissaire... avec si famille, dans une mansarde.

— Conduisez-mni donc à cette mansarde.

Puis, s'adressant à un homme qui raccompagnait, ht magistrat lui dit:

— Que fas deux gardes municipaux at feu lient eu lias et ne quittent pas l’allée. Envoyez Justin chercher un Paere

L'homme s'éloigna pour exécuter res ordres.

— .Maintenant, reprit fa magistrat en s'adressant à M. Pipelet, condui «ez-tnol chez Morel.

— Si ça vous est égal, ron eummifsaire, ]e remplacerai Alfred ; il est indispose des suites de Cabrion... qui, comme les choux, lui reste sur le pylore.

— Vous ou votre mari, peu Importe, allons!

Kl précédé de madame IHpelet, il commença de monter l'escalier; mais bientôt il s’arrêta, se voyant suivi par Rodolphe et par Rigolette.

— Qui êtes-vous? que voûtez-vous ? leur demanda-t-il.

— C'est les deux locataires du quatrième, dit madame Pipelet .

— Pardon ! monsieur, j’ignora’re que vous Rissiez de fa tuafcon, dit-il à Rodolphe.

Celui-ci, augurant bien des manières polies du magistrat, lui dit :

— Vous allez trouver une famille désespérée, monsieur: je ne sais qiu ! nouveau ronp menace ce malheureux artisan, mais il a été cruellement éprouvé •'elle nuit... Une doses filles, déjà épuisée par la maladie, est morte... sous ses yeux ,., morte de froid cl de misère...

— Serait-il possible?

— C’est fa vérité, mon commissaire, dit madame Pipelet. Sans monsieur, qui vous parle, et qui est le roi des locataires, puisqu’il a sauvé par ses bienfaits le pauvre Mord de fa prison, toute b famille du lapidaire serait morte de faim.

Le commissaire regardait Rodolphe avec autant d’intérêt que de *nrprisc.

— Rien de plus simple, monsieur, reprit cehii-ci; une personae très-

LES MYSTERES DF. PARIS

charitable, sachant que Motel, dont je vous garantis ITmnneur et la pi •>- 1 bilé, était dans une position aussi déplorable que peu méritée, nia chargé de payer une lettre de chaugc pour laquelle les recors allaient tralucr eu prison te pauvre ouvrier, seul soutieu d'uue famille nombreuse.

A sou tour, frappé de la noble pliysiouomie de Rodolphe et de la dignité de ses mank res, le magistral lui répondit :

•— Je ne doute pas de li probité de Morel; je regrette seulement d’avoir à remplit une pénible mission devant vous, monsieur, qui vous intéressez si vivement à celle famille.

— Que voulez-vous dire, monsieur?

— D'apres les services que vous avez rendus aux Morel, d’après votre langage, je Vois, momû in , que VOUS élCS UD galant homme - Yayaut d'ailLurs aucune raison d cacher l’objet du mandat que j’ai à exercer, ! je vomi avouerai qu'il s’agit de l'arrestation de Loui e Morel, la fille du , lapidaire.

Le souvenir du rouleau d'or off il aux gardes du coumterce par la ieune tille revint à la pensée de Hodolplte.

— De quoi est-elle donc accuséc,«uoii Dieu?

— Elle est sou> le coup d'une prévention d'infanticide.

— Elle! elle!... Oh', son pauvre pere!

— D apres ce que vous m apprenez, monsieur, je conçois que, dans ! les tristes circonstances où se trouve cet artisan, ce nouveau coup lui sera terrible... MjUicurcuscmeu! je dois obéir aux ordres que j’ai reçus, i

— Mais il s'agit seulement d’une simple prévention ?s’écr b Rodolphe. ( Les preuves manquent, i-an doute?

■— Je ne puis m’expliquer davantage à ce sujet... La justice a été niise sur la voie d:; ce crime, ou plutôt de celte présomption, pat la dé- j claration d’uu hoimne respectable à tous égards... le maître de Louise . Morel.

— Jacques Ferrand le notaire? dit Rodolphe iudigné.

— Oui, monsieur... Mais pourquoi celle vivacité?

— M. Jacques Ferrand est un misérable, monsieur !

— Je vois avec peine que vous ne connaissez pas celui dout vous parlez, mon: leur ; 31. Jacques Ferrand cal l'homme te plus honorable du [ uioudc; il est d'une probité reconnue de tous.

— Je vous répète, monsieur, que cc notaire est un misérable... Il a j voulu taire emprisonner Morel parce que sa fille a repoussé scs propu- , sitions infâmes. Si Louise u’est accusée que sur la dénonciation d un pa- !

reil homme avouez, monsieur, que celle présomption mérite peu de ,

créance.

— Il ne m’appartient pas, monsieur, et il ne me convient pas de discutcr la valeur ues déclarations de M . Ferrand, dit froidement le magis- j irai ; la justice est saisie de celte affaire, les Iriliuuaux décideront . quant i à moi, j'ai l’ordre de m'assurer de la persoune de Louise Morel, ci j'exé- ! cute mou mandat.

— Vous avez raison, monsieur, je regrette qu'un mouvement d'indignation peut-être légitime m'ait fait oublier que ce n'était en effet ni le lieu ni le moment d'élever une discussion pareille. Uu mol seulement : le corps de l'enfant que Morel a perdu est resté daus ici mansarde, j’ai offert ma chambre à celle famille pour lui épargner le triste spectacle de cc cadavre; c’est donc chez moi que vous trouverez le la; Maire et pio- Miltimiil sa Me. Je vous en cui jure, monsieur, au nom de Hinmanllé.

B 'arrêtez pas brusquement Louise au milieu île ces infortunés, à peine ariuelkés à un sort épouvantable. More! a éprouvé tant de secousses cette nuit, que sa, raison n’y résisterait pas ; sa femme est au- si dangereusement malade, un tel coup h tuerait.

— J’ai toujours, monsieur, exécuté mes ordres avec tous les ménagements possibles, j’agirai de même dans cette circonstance.

— Si vous tue permettiez, monsieur, de vous demander une grâce ? Voici ce que je vous proposeras : la jeune fille qui nous suit aveu la portière occupe une chambre voisine de I . mienne; je ne doute pas qu elle ne la mette à votre disposition ; vous pourriez d’abord y ni tuikr Louise, puis, s’il le faut, Morel, pour que sa tille lui fasse scs adieux... Au moins vous éviterez à une pauvre rncre malade et infirme une scène déchirante.

— Si ccfci peut s'arranger ainsi, monsieur... volontiers.

La conversation que nous venons de rapporter avait eu lieu à demivoix, pendant que Rigolcltc et madame Pipelet se tenaient discrètement è plusieurs marches de dis tan c du commissaire et de Rodolphe ; celuici descendit auprès de la griselte, que la présence du commissaire rendait toute tremblante, et lui dit :

— Ma pauvre voisine, j’ntleods de vous uii nouveau service ; il faudrait me laisser libre de disposer de votre chambre pendaul uuc heure.

— Tant que VMS voudrez, monsieur Rodolphe... Vous avez nia clef. Mais, mon Dieu, qu'est-ce qu'.l y a donc?

— Je vous l’apprendrai tantôt: ce n’est pas tout. Il faudrait être assez ! bounc pour retourner au Temple dire qu'on u'upporle que dans une heure ce que nous avons acheté.

— Bieu volontiers, monsieur Rodolphe ; mais cat-ce qu'il arrive encore malheur aux Morel ?

— Hélas ! oui, il leur arrive quelque chose de bien triste , vous uc le aurez a tu; trop tôt.

— Allons, mou voisin, je cours au Temple... Mon Dieu ! moi qui, grâce

■ vous, croyais ces braves cens hors de peine!... dit la grisolle ; et elle ' deiceudit rapidement l'escalier. 1

Rodolphe avait voulu surtout épargner â Rigolcüe le tri le tableau Je l'arrestation de Louise.

t — Mon commissaire, dit nuuljuic Pipelet, puisque mon roi des locataires vous conduit, je peux ..lier reU uver Alfred? Il m'inquiète; c'est à peine si tout à l'heure il était remis de sou iudis;: sillon de Cabriou.

— Allez... allez, dit le magishal ; et il resta seul avec Rodolphe.

Tou-, doux arrivèrent sur le palier du quatrième, en face de lu chambre

où étaient alors provisoirement établis le lapidaire et sa famille.

Tout à coup la porte s'ouvrit.

Louise, pâle, éplorée, sortit bru qucmeul.

— Adieu, adieu.! mon père, s'écria-t-elle, Je reviendrai, il faut que je parte.

— Louise, mon enfant, écoute-mol donc, reprit Morel eu suivant sa fille et en làclraul de ht retenir.

— • A la vue île Rodolphe, du magistral, Louise cl le lapidaire restèrent immobiles.

— Ah! mousicur, vous notre sauveur, dit l’artisan en recaimaUs. at Rodolphe, aidez-moi donc à empe hef Lou: j de partir. Je lie ?ab> ce qu’elle a, elle me fait peni ; clic veut s’en aller. K • : ce pas, roonsh ur, qu’il ne faut pim. qu’elle retourne < liez son maître? N'usl-co pas que vous m'avez dit : « Louise in- vou» quittera plus, ce sera votre recuiiqttnse. » Oh ! à celte blcuhcuri'U-c [ rouir . . je l’avoue, un moment j'.d oublié la mort de ma pauvre p-Tite Adèle; maUau»sije veut u'clrcptus séparé de loi, Louise, jamais. jauinU !

I c cœur de Rodolphe se L.La, il u'eut pas la foi ce de répondre uue parole.

Le coumibsaiic dit sévèri meut à Louise :

— Vous vous appelez Louise Mord ?

— Oui, monsieur, répondit la jeune fille interdite.

Rodolphe avait ouvert La eltainbie de liîguL-Ue.

— \ous êtes Jérôme Mord, -un père? ajouta le magistral en s’adiessant au lapidaire.

— Oui... ruoibnur.. mais...

— Entrez là avec votre ûüo.

Et le magistrat muulra la chambre de Rigolcllc, où Sc trouvait déjà Rodolphe.

Bassinés par la prf> ace de ce dernier, le lapidaire et Louise, étonnés, trouhlés, obéirent au commissaire ; celui-ci ferma la porte, et dit à Mi rel avec émotion :

— Je sais combien vous êtes b , nue te et malheureux ; c'est donc à regret que je vous apprends qu'au uom de la loi... je viens arrêter votre fille.

— Tout est découvert... je suis perdue!... s'écria Louise épouvantée, en se jetant dans les bras du son père.

— Qu'est-ce que tu dis?... qu'cal-ce que lu dio?... reprit Morel *iupéfait. Tu es folle... pourquoi perdue?... T'arrêter!... pourquoi t'arrêter?... qui viendrait t’arrêter? ..

— Moi... au uoin de lu lot! et le commissaire montra sou écharpe.

— Oh! tnalbcurcme!... malheureuse !... s'écria Louise eu tomba ut agenouillée.

— Comment ! au nom de la toi ? dit l’artisan, dout la raison, fortement ébranlée parce non., u coup, comta nç. il à s’af. lih’îr: pourquoi arrêter ma tille au nom de la loi ?... je réponds de Louise, moi ; c’cil uu tille, ma digue fille... pas vrai. Loi;' te? Comment ? tairéier, quand Outre bon auge le rend à nous pour nous consoler de la mou de uu petite Adi le? Allons donc! ça ne se [-eut pa •!..... El put», mou icur le commicSaire» lut Lin: par respect, ou u'urréte que ! misérables, euleud z-vous?... Et Louise, ma fille, n'est pas uue misérable. Bieu sûr, vois-tu, mon eufant, cc mousieur se trompe... Je ui’-pp. Le Morel; il y a plus d'un Moi J... tu t’appelles Loui»c; il y a plus d'«:.o Louise... c’est ça; voyez-vous, monsieur le commissaire, il y a erreur, cerla inemeut U y a erreur!

— Il n’y a malheureusement pas erreur !... Louise Mord, faites vos adieux à votre père.

— Vous m’enlevez ma Gîte, vous!... s'écria l'ouvrier furieux de don leur, eu s'avançant vers le magistrat d'un air menaçant.

Rodolphe saisit le lapidaire par le bras, cl lui dit :

— Cahnez-vous, espérez; votre fille vous sera rendue... sou innocence sera prouvée : elle n'est sans doute pas coupable.

- Coupable de quoi ?... Elle lie peut être coupable de rien... Je me - Irai mu main au feu que... Puis, sc suuveuuui ue l'or que Louise avait apporté pour payer la lettre de change, Morel s’écria : Mais cet argent !... cet argent de ce matin, Ixiui.sc?

Et il jeta sur sa fille uu regar J terrible.

Louise comprit.

— Moi, voler! s'écria-t-elle, cl, les joues colorées d'une généreuse in dignatiou, sou accent, son geste rassureront sou père.

— Je le savais bieu! s'écria-t-il. Vous voyez, monsieur le commissaire.... Elle le nie.... et de sa vie clic n'a menti, je vous le jure.... Demandez à tous ceux qui la connaissent, ils vous Fafiinncronl comme moi Elle, mentir! ah! bien oui... clic est trop tare pour ça; d'. ilk-ui», la leltr'- de change a été payée pur notre bienfaiteur.. Cet or, elle ne veut pas le garder; elle allait le rendre à la per-, orme qui le lui a prêté, eu lui défend.) lit de la nommer... n'cst-cc pas Louise?

— Ou n'accuse pas votre tille d'avoir volé, dit le magintrat.

— Mais, mon Dieu! de quoi lace use-t-on, alors? Moi, son père, je

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vous jure que, de quoi qu’on puisse l'accuser, elle esi innocente ; et de ma vie non plus je n'ai rucnti.

— A quoi bu» connaître celle accusation? lui dit Rodolphe, emu de

ses douleurs; l’innocence de Louise sera prouvée; la personne qui s'intéresse vivement à vous protégera voire fille Alloua, du courage

celle fois encore la Providence ne vous faillira ps. Embrassez votre fille, vous la reverrez bientôt...

— Monsieur le commissaire, s'écria Morel sans écouler Rodolphe, on n’enlève pas une fille à son père sans lui dire au moins de quoi on l'accuse! Je veux tout savoir... Louise, parleras-tu ?

— Votre fille est accusée d'infanticide, dit le magistrat.

— Je... je... ne comprends pas... je vous..

El Morel, atterré, balbutia quelques mots sans suite.

— Yolre fille est accusée d'avoir tué son enfant, reprit le commissaire profondément ému de celle scène, nuis il n'est pas encore prouv é qu'file ait commis ce crime.

— Oh ! non, cela n’est pas, monsieur, cela n'est pas ! s’écria Louise avec force çn se relevant. Je vous jure qu’il était mort ! Il ne respirait plus... il élail placé., j’ai perdu h léte... voilà mon crime... Mais tuer mon enfant, on ! jamais !...

— Ton enfant, misérable ! s’écria Morel en lovant ses deux mains sur Louise, comme s’il eût voulu l anéaulir sous ce geste el sous celle imprécation terrible.

— Grâce, mon père ! grâce !... s’écria- l-elle.

Après un moment de silence effrayant, Morel reprit avec un calme plus effrayant encore :

— Monsieur le commissaire, emmenez cette créature... ce n’est pas là ma fille...

Le lapidaire voulut sortir ; Louise se jela à scs genou*, qu’elle embrassa de ses deux bras, el la tête renversée eu arriére, éperdue et suppliante. elle s'écria :

— Mon père ! écoutcz-moi seulement... écoulez-inoi !

— Monsieur le commissaire, emuienez-la donc, je vous l'abandonne, disait le lapidaire eu fcûsaut tous scs effort- pour se dégager des étreiutes de Louise.

— E- ontez-la, lui dit Rodolphe en l'arrêtant, ne soyez pas maintenant impitoyable.

— Elle!., mon Dieu ! mon Dieu!,.. Elle!!! répétait Morel en portant ses deux mains à son front, elle déshonorée!... oh! l’infiimc!... l'in* fa nu- !

— Et si clic s’est déshonorée pour vous sauver?... lui dit tout bas Rodolphe .

Ces mots firent sur Morel une impression foudroyante ; il regarda sa fille éplorée, toujours agenouillée à scs pieds; puis, l'interrogeant d’un coup d'eril impossible à peindre, il s'écria d’une voix sourde, les dents serrée- par la rage :

— Le notaire ?

line réponse vint sur les lèvres de Louise... Elle allait parler, mais la réflexion l’arrêtant sans doute, elle baissa la télé en silence et resta muette.

— Mais nou, il voulait me faire emprisonner ce malin ! reprit Morel m,ü éclatant, ce n’est donc pas lui ?... Oh ! tant mieux !... tant mieux !... elle n’a pas même d’excuse à sa faute, je ne serai pour rien dans son déshonneur... je pourrai sans remords la maudire !...

— Non ! uoti !... ne me maudissez pas, mou père !... à vous, je dirai tout ... à vous seul ; el vous verrez... vous verrez si je ne mérite pas votre pardon...

— Ecoutez la, par pitié ! lui dit Rodolphe.

— Que m 'apprendra-t-elle ? son infamie?... elle va être publique; j'alleniJrai...

— Monsieur !... s’écria Louise en s’adressant au magistrat, par pitié ! laissez-moi dire quelques mots à mou père... avaul de le quitter pour jamais, peut-être... Et devant vous au -.si, notre sauveur, je parlerai... mais seulement devant vous et devant mon père...

— J’y consens, dit le magistrat.

— Serez- vous donc insensible? Refuserez-vous cette dernière consolation à votre enfant? demanda Rodolphe à Morel. Si vous croyez me devoir quelque reconnaissance pour les bontés que j’ai attirées sur vous, rendez-vous à 1a prière de votre fille.

Après un moment de farouche et morne silence, Mord répondit ; Allons !...

— Mais... où irous-ooas?. . demanda Rodolphe, votre famille est à côté...

— Où nous irons ? s'écria le lapidaire avec une ironie amère ; où nous irons? Là-haut... là-haut... dan-, la mansarde... à côté du corps de ma fille... le lieu es: bien choisi pour celle confession... n’est-ce pas? Allons .. nous verrons si Louise osera mentir en face du cadavre de sa sœur. Allons!

Et Morel sortit précipitamment, d'un air égaré, sans regarder Louise.

— Monsieur, dit tout bas le commissaire à Rodolphe, de çràce, dans l' intérêt de ce pauvre père, ne prolongez pas cet entretien. Vous disiez vrai, sa raison n’y résisterait pas ; tout à l'heure son regard était presque celui d’uu fou. .

— Hélas ! monsieur, je crains comme vous un terrible et nouveau malheur . je vais abréger autant que possible ces adieux déchirants.

Et Rodolphe rejoignit le lapidaire el sa fille.

Si étrange, si lugubre que fût la détermination de Morel, elle était d'ailleurs, pour ainsi dire, commandée par les localités ; le magistrat consentait a attendre l’issue de cet entretien dans la chambre de lligolelte, la famille Morel occupait le logement de Rodolphe, U ne restait que la mansarde.

Ce fut dans ce funèbre réduit que s e rendirent Louise, son père et

Rodolphe.

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