DF. PAT US
ino no à six ans. séparée do ses parents des l'Age le plus tendre, Ils n’ont conserve d'elle aucun souvenir... Supposez qu on trouve une jeune fille de dix-sept ans, ma nièce aurait maiuleuant cet âge... une jeune tille comme il y en a tant, abandonnée de scs parents; qu'on dise à ma sœur : « Voilà voire fille, car on vous a trompée : de graves intérêts oui voulu qu\>» la Ht passer pour morte. La femme qui l'a élevée, uu notaire respectable, vous affirmeront, vous prouveront que c'est bien die... »
Jacques Ferrand, après avoir laissé parler la comtesse sans l'interrompre, se leva brusquement, cl s’écria d’un air indigné :
— Assez... assez!... madame! Oh! cela est infâme !
— Monsieur 1
— Oser me proposer à moi... à moi... une supposition d'enfant... ^anéantissement d'un acte de décès... une action criminelle, enfin ! C’est la première fois de ma vie que je subis un pareil outrage... et je ne l'ai pourtant pas mérité, mon Dieu... vous le savez!
— Mais, monsieur, à qui cela fait-il du tort? Ma sœur et la persoune qu'elle désire épouser sont veufs cl sans enfante... tous deux regrettent amèrement la fille qu'ils ont perdue. Les tromper... mais c’est les rendre an bonheur, à la vie... mais c’e-4 assurer le sort le plus heureux à quelque pauvre fille abandonnée... c'est donc là une noble, une généreuse action, et non pas uu crime.
— Eu vérité, s'écria le notaire avec une indignation croissante, j’admire combien les projets les plus exécrables peuvent se colorer de beaux senil.lauts !
— .Mais, monsieur, réfléchissez...
— Je vous répète, madame, que cela est infâme... C'est une honte de voir une femme de votre qualilé machiner de telles abominations... auxquelles votre sœur, je l’espère, est étrangère...
— Monsieur...
— Assez, madame, assez !.. Je ne suis pas galant, moi... Je vous dirais brutalement de dures vérités....
Sarah jeta sur le îiotairc un de ces regards noirs, profonds, presque acérés, et lui dit froidement :
— Vous refusez?
— Pas de nouvelle insulte, madame!...
— Preuez garde !...
— Des menaces?...
— Des menaces.. . Et pour vous prouver qu'elles ne seraient pas vaines, apprenez d'abord que je n'ai pas de sœur...
— Commeul, madame?
— Je suis la mère de cet eufant...
— Voos?...
— Moi !... J’avais prb un détour pour arriver à mon but, imaginé une fable pour vous intéresser... Vous êtes impitoyable... Je lève le masque... Vous voulez l i guerre... eb bien 1 la guerre...
— La guerre ? parce que je refuse de m'associer à une machination criminelle ! quelle audace !...
— Ecoul» z-moi, monsieur... votre réputation d'honnête homme est faite et parfaite... retentissante et immense...
— Parce qu'elle est méritée... Aussi faut il avoir perdu la raison pour oser me faire des propositions comme les vôtres!...
— Mieux que personuc je sais, monsieur, combien il faut se défier de cetr réputations de vertu farouche, qui souvent voilent la galanterie des femme* et la friponnerie des hommes...
— Vous oseriez dire, madame...
— Depuis le commencement de notre entretien, je ne sais pourquoi... je doute que vous méritiez l'estime et la considération dont vous jouissez.
— Vraiment, madame? ce doute fait honneur à voire perspicacité.
— N'est-ce pas?., car ce doute est fondé sur des riens... sur rinsliucl,
sur des pressentiments inexplicables... mais rarement ccs prévisions m’ont trompée.
— Finissons cet entretien, madame.
— Avant, connaissez ma résolution.... Je commence par vous dire, de vous à moi, que je suis convaincue de la mort de ma pauvre fille... Mais il n’importe, je prétendrai qu’elle n'est pas morte : les causes les plus invraisemblables sc plaident... Vous êtes à celle heure dans une position telle, que vous devez avoir beaucoup d'envieux, ils regarderont comme une bonne fortune l’occasion de vous attaquer... je b four fournirai. .
— Vous? -
— Moi, en vous attaquant sous quelque prétexte absurde, sot une irrégularité dans l'acte de décès, je suppose... il n'importe. Je soutiendrai que ma fille n’est pas morte. Comme j’ai le plus grand intérêt à faire croire qu’elle vil encore, quoique perdu, ce procès me servira en donnant un rcteniUsement immeuse à cette affaire. Une mère qui réclame son enfant est toujours Intéressante ; j’aurai pour moi vos envieux, tes ennemis, et toutes les âmes sensibles et romanesques.
— C'est aussi fou que méchant ! Dans quel intérêt aurais-j 0 foi* passer votre fille pour morte si elle ne l'était pas?
Ce^t vrai, le motif est assez embarrassant à trouver; heureusement les avocats sont là !... Mais, j'y pense, en voici un excellent : voulant partager avec votre client b somme placée en viager sur b tête de cette malheureuse enfant... vous l’avez faildisparaltrc...
Le notaire impassible haussa les épaules.
— Si j'avais été assez criminel pour cela, au lieu de la faire disparaitre, je l'aurais tuée 1
Sarah tressaillit de surprise, resta muette un moment, puis reprit avec amertume :
— Pour un saint homme, voilà une pensée de crioie profondément creusée!... Aurais-je donc louché juste en tirant au hasard ?... Cela me donne à penser... cl je penserai... Un dernier mol... Vous voyez quelle femme je suis... j’émisc sans pitié tout ce qui fait obstacle à mon' chemin... Réfléchissez bien... il faut que demain vous soyez décidé... Vous pouvez faire impunément ce que je vous demande... Dans sa joie, le père de ma fille ne discutera pas la possibilité d’une telle résurrection si nos mensonge-, qui le rendront si heureux, sont adroitement combinés. Il n’a d'ailleurs d'autres preuves de la mort de noire enfant que ce
ue je lui eu ai écrit il y a quatorze ans r il me sera facile de le permuter que je l'ai trompé à ce sujet, car alors j'avais de iu>tes griefs contre lui... Je lui dirai que dans m > douleur j’avuis voulu briser a ses yeux le dernier lieu qui nous attachait encore l'uu à l’autre. Vous ue pouvez donc être en rien compromis : affirmez seulement... bomine irréprochable, affirmez que tout a été autrefois concerté entre vous, moi et madame Séraphin, et l'on vous croira. Quant aux cinquante giille écus placés sur la tête do ma fille, cela me regarde seule; ils resteront acquis à votre client, qui doit ignorer complètement ceci ; enfin, vous fixerez vous-même votre récompense...
Jacques Ferrand conserva tout son sang-froid, malgré la bizarrerie de cette situation si étrange et si dangereuse pour lui.
La comtesse, croyant réellement à la mort de sa fille, venait proposer au notaire de faire passer pour vivante celle enfant qu'il avait, lui, fait passer pour morte, quatorze années auparavant.
Il était trop habile, il connaissait trop bien les périls de sa position pour ne pas comprendre b portée des menaces de Sarah.
Quoique admirablement et bborieusement construit, l'édifice Je la réputation du notaire reposait sur le sable. Le public sc détache aussi facilement qu'il s’eugoue, aimant à avoir le droit de fouler aux pieds celui que naguère il portait aux nues. Comment prévoir les conséquences de la première attaque portée à b réputation de Jacques Ferrand ? Si folle que fût celle attaque, son audace même pouvait éveiller les soupçons...
La perspicacité de Sarah, son endurcissement, effrayaient le notaire. Cette mère n'avait pas ou su moment d'attendrissement en parlant de sa fille; elle n'avait paru considérer sa mort que comme b perte d'un moyen d’action . De tels caractères sont impitoyables dans leurs desseins et dans leur vengeance.
Voulant se donner le temps de chercher à parer ce coup dangereux, Ferrand dit froidement à Sarah :
— Vous m'avez demandé jusqu’à demain midi, madame ; c’est moi qui vous donne jusqu'à après-demain pour renoncer à un projet dont vous ne soupçounez pas 1a gravité. Si d’ici là je n'ai pas reçu de vous une lettre qui m'annonce que vous abandonnez celte criminelle et folle entreprise, vous apprendrez à vos dépens que b justice sait protéger les honnêtes gens qui refusent de coupables complicités, et quelle peu» atteindre les fauteurs d’odieuses machinations.
— Cela veut dire, monsieur, que vous me demandez un jour de plus pour réfléchir à mes propositions? C’est bon signe, je vous l’accorde... Après-demain, à cette heure, je reviendrai ici, et ce sera entre nous... la paix... ou ta guerre, je vous le répète... mais une guerre acharnée, sans merci ni pitié...
El Sarah sortit.
— Tout va bien, sc dit-elle. Celte misérable jeune fille à laquelle Rodolphe s’intéressait par caprice, et qu’il avait envoyée à b ferme de Bouqueval, afin d’en faire sans doute plus lard sa maîtresse, n’est plus maintenant à craindre... grâce à la borgnesse qui m’en a délivrée...
L’adresse de Rodolphe a sauvé madame d’Harville du piège où j’avais voulu b faire tomber ; mais il est impossible qu elle échappe à la nouvelle trame que je médite : elle sera donc à jamais perdue pour Rodolphe.
Alors, attristé, découragé, isolé de toute affection, ne sera-t-il pas duqsunc position d'esprit telle. qu'il ue demandera pas mieux que d’être] dupe d'un mensonge auquel je puis donner toutes les apparences de h réalité avec l’aide dfu notaire?... El le notaire m’aidera, car je l'ai effrayé.
Je trouverai facilemehl une jeune fille orpheline, intéressante et pauvre, qui, instruite par mol, remplira le rôle de notre enfant si amèrement regretté par Rodolphe. Je connais la grandeur, b générosité de sun cœur. Oui, pour donner un nom, un rang à celle qu'il croira sa fille, jusqu'alors malheureuse et abandonnée, fl renouera nos liens que j'avais crus indissolubles. Les prédictions de ma nourrice se réaliseront enfin, cl j’aurai cette fois sûrement atteint le but constant de uia vie... une couronne !
A peine Sarah venait-elle de quitter b maison du notaire, que M. Charles Robert y outra, descendant du cabriolet le plus élégant : il se dirigea en habitué vers le cabinet de Jacques Ferrand.
les my.s'i êhes de paius.