‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 12 sur 41 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Loge il« première, n* 29.

Madame b marquise de Luceval n'avait pas en effet de sobic-kn. Ella était mise avec autant de guût que de simplicité, l a seule Innovation

PAULA MONTÏ.

qu'elle se fâl permise consistait dam un très-haut peigne d'ëcaille à

I espagnole qui rattachait à ses beaux cheveux bruns un demi-voile de blonde noire (la marquise était en deuil), Celte coiffure, que portent toutes les femmes andalouses, était charmante et donnait un nouvel attrait à la piquante physionomie de madame de Luceval. bile était accompagnée de son frère et de sa belle-sœur, M. et madame de Beaulieu.

— Alfred... regardez, j’ai gagné mou pari, s'écria gaiement la marquise en s'adressant à son frère. Madame Girard porte tnou sobieska... Ma chère Alix, votre lorgnette, je vous en supplie! ajouta-t-elle en s’adressant A sa belle-sœur. — Quel pari avez-vous donc fait avec Alfred ? demanda madame de Beaulieu, et qu'est-ce que madame Girard ! — Alix, je vous en prie, ne riez pas trop, et regardez juste en face de nous aux premières... une femme en robe montante, de couleur na carat.

NatureBemenl madame de Beaulieu était très-rieuse ; la figure contractée, courroucée de madame Girard , qui fronçait les sourcils sous sa casquette à plumes , lui donnait une physionomie si burlesque, que la belle-sœur de madame de Luceval eut grând'peine à se contenir.— Cette Girard doit sans doute, en sortant d'ici, représenter la Pologne dans un bal patriotique, fantastique et allégorique... dit madame de Beaulieu. — Mais, ma chère Emilie, reprit madame de Beaulieu eu contraignant son envie de rire, q je! rapport a donc votre pari avec cet adorable loquet?

— Bien de plus simple, dit madame de Luceval : je ne pouvais avoir une coiffure sans me voir à l'instant imitée, ou plutôt parodiée par cette madame Girard. Cela m’impatieulait tellement que j'ai parié avec Alfred que j’imaginerais la coiffure la plus ridicule du monde, que mademoiselle Bareuue la montrerait en secret à madame Girard, comme m'étant destinée, et que madame Girard la supplierait de lui en faire une toute semblable... J'ai inventé le sobiesku. Mademoiselle Barcune s’est mise à l'œuvre. Vous voyez madame Girard ornée du sobieska ; j’ai gagné mon pari, et mon cher frère me d<.U une garniture de fleurs naturelles.

— Le tour est parfait ; et comme b pièce ne commence pas encore, dit M. Beaulieu, je vais aller léjiandre cette maücc pour doubler l'effet du sobieska de madame Girard. — Mais savez-vous, reprit madame de Luceval, qu'il y a une charmante persoune dans la loge de celle ridicule Girard? Alfred , tâchez donc de savoir qui elle est. — En effet, dit madame de Beaulieu en reçardaul attentivement Berlbc, elle est on ue peut plus jolie... et mise si simplement... Voilà qui contraste avec le sobieska ;... je ne puis concevoir qu'on n’aime pas b simplicité, et par conséquent le bon goét. C’est si commode, et il faut toujours se donner tant de peine pour se rendre ridicule... — Est-ce que vous dites cela à propos de M. Gercourt et de sa comédie, ma chère Alix? — Méchante ! un de vos amis, un de vos anciens adorateurs. — Il lui était si facile de ue nas (aire cette comédie. — Mais alterniez au moins.,., pour la juger.

— Vas du tout, je serais influencée. Maintenant mon jugement est bien

us indépendant... — Folle que vous êtes !... et vous avez encouragé

. de Gercourt dans celte tentative... — Il est si bon d’avoir à consoler

scs amis dans leur infortune! — Vous êtes un peu comme ces gens qui, au risque de vous noyer, vous jettent à l’eau pour avoir le plaisir de vous sauver... — Votre comparaison n'est pas juste, ma chère Alix, car je ue pourrai» pas sauver la comédie de ce pauvre M. de Gercourt. — Emilie , Emilie, prenez garde, dit eu souriant madame de Ueaulieu.M. de Gercourt vous a longtemps admirée.. .Vous feriez croire qu’il y a chez vous du dépit et... — Mais, sans doute, je lui en veux de ce qu'il a renoncé trop tôt à l’espoir de me plaire. Scs soins m'amusaient ; voyez comme je suis franche. — Oh ! l’infernale coquette ! elle lie pardonne pas même qu’on reuooce à elle... Il faut que sa victime reste b pour souffrir. — Hélas ! M. de Gercourt va bien se vcugcrce soir... Je n'ai demandé ma voiture qu’à onze heures.

Ge charitable entretien fut troublé par M. de Beaulieu et par M. de Picnral.

Ma chère Emilie, dit M. de Beaulieu à sa sœor, je vous amène un renseignement vivant sur b charmante femme qui est à côté du sobieska.

— Vous connaissez celle jolie personne, monsieur de Fierval? deinauda madame de Luceval. — Je ne la connais pas, madame, mais je connais son mari... C'est M. de Brévannes. — Brévannes ? N’est - ce pas le lils d'un ancien homme d'affaires ?— A peu près.Lc père était environ comme fournisseur... agioteur.— Et cette jeune femme? —Une pauvre fille saus fortune. Elle donnait des leçons de piano pour vivre... — Il est impossible d’avoir l’air plus distingué , reprit madame de Luceval. — Elle est mke à ravir... C’est donc un mariage d'amour?..,, — Certainement.... mais Brévannes est ires-infidèle, dil-ou. — Comment! ce gros homme à lunettes? — Non, ma cbcrc; ceci doit être au moins le Sobieski île la Sobieska, dit M. de Beaulieu à sa sœur. — M. de Brévannes, reprit Fierval, est cet homme très-brun à figure expressive; la casquette de madame Girard vous le cache... tenez... — Dieu ! quelle mauvaise physionomie !

II a l’air méchaut. — Mais uou, je vous assure ; Brévannes est ce qu on appelle un très-bon garçon; seulement il a un caractère de 1er... et ce qu il veut, il le veut...

Au bruit de quelques cliaise* que l'on dérangea dans la loge voisine, madame de Luceval avança un peu la tête et reconnut madame de l-ormoy, tante de M. de Morville. — Ah! madame, quel heureux voisinage! dit madame de Luceval, êtes-vous seule dans votre loge? j’irai vous faire une visite... — J'attends madame de llansfeld, et par extraordinaire son mari l'accompagne, dit madame de Lormoy. — Vraiment?... quel malheur! d’ici je ne pourrai pas voir ce mystérieux personnage... Tachez

qu’il reste jusqu'à b sortie...— S'il vous avait aperçue, ma chère Emilie, je n’aurais pas à le lui demander... mais malheureusement...

Madame de Lormoy, cn(cudani du bruit , s'interrompit , retourna b tête, et dit à madame de Luceval :

— Le voici.

C'était en effet le prince et la princesse de Hansfeld qui entraient dans la loge.

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