‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 106 sur 130 · SUR UNE MORTE · texte numérisé non relu

SUR UNE MORTE

Elle était belle, si la Nuit Qui dort dans la sombre chapelle Où Michel-Ange a fait son lit, Immobile peut être belle.

Elle était bonne, s'il suffit Qu'en passant la main s'ouvre et donne, Sans que Dieu n'ait rien vu, rien dit; Si l'or sans pitié fait l'aumône.

Elle pensait, si le vain bruit D'une voix douce et cadencée, Comme le ruisseau qui gémit, Peut faire croire à la pensée.

Elle priait, si deux beaux yeux, Tantôt s'attacliant à la terre.

Tantôt se levant vers les cieux, Peuvent s'appeler la prière.

Elle aurait souri, si la fleur Qui ne s'est point épanouie.

Pouvait s'ouvrir à la fraîcheur Du vent qui passe et qui l'oublie.

Elle aurait pleuré, si sa main.

Sur son cœur froidement posée, Eût jamais dans l'argile humain Senti la céleste rosée.

Elle aurait aimé, si l'orgueil, Pareil à la lampe inutile Qu'on allume près d'un cerceuil, N'eût veillé sur son cœur stérile.

Elle est morte et n'a point vécu.

Elle faisait semblant de vivre.

De ses mains est tombé le livre Dans lequel elle n'a rien lu.

A MADAME MÉNESSIER 343

SONNET A MADAME N. MÉNESSIER

« Je vous ai vue enfant, maintenant que j'y pense, Fraîche comme une rose et le cœur dans les yeux. — Je vous ai vu bambin, boudeur et paresseux; Vous aimiez lord Byron, les grands vers et la danse.

Ainsi nous revenaient les jours de notre enfance, Et nous parlions déjà le langage des vieux; Ce jeune souvenir riait entre nous deux, Léger comme un écho, gai comme l'espérance.

Le lâche craint le temps parce qu'il faut mourir; Il croit son mur gàlé lorsqu'une fleur y pousse. 0 voyageur ami, père du souvenir!

C'est ta main consolante, et si sage et si douce, Qui consacre à jamais un pas fait sur la mousse, Le hochet d'un enfant, un regard, un soupir.

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