‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 20 sur 130 · R.AF.VEL · texte numérisé non relu

R.AF.VEL

Ah! ah! monsieur l'abbé Desiderio! — Parbleu! vous êtes mal tombé.

l'.abbé.

Mal tombé, monsipuri — Mais pas si mal. Je vou^ chasse, Peut-être?

RAFAËL

Point du tout! je vous laisse la place. Sur ma parole elle est bonne à prendre, et, de plus, Toute chaude.

L'AimÉ.

Monsieur, monsieur, pour faire abus Des oreilles d'un homme, il ne faut pas une heure; — Il ne faut qu'un mot.

RAFAËL

Vrai? j'aurais cru, que je meure- Les vôtres sur ce point moins promptes, aux façons Dont les miennes d'abord avaient pris vos chansons.

l'abbé.

Tète et ventre! monsieur, faut-il qu'on vous les coupe?

RAFAËL

Là, tout beau, sire! Il faut d'abord, moi, que je soupe. Je ne me suis jamais battu sans y voir clair, Ni couché sans souper.

l'abbé.

Pour quelqu'un du bel air, Vous sentez le mauvais souper, mon gentilhomme,

(Le touchant.)

Ce vieux surtout mouillé. Qu'est-ce donc qu'on vous nomme?

RAFAËL

On me nomme seigneur Vide-bourse, casseur De pots; c'est, en anglais, Blockhead, maître tueur D'abbés. — Pour le seigneur Garuci, c'est son père Le plus communément qui couche avec ma mère.

S'il y couche demain, il court, je lui prédis, Risque d'avoir pour femme une mère sans fils. Votre logis?

RAFAËL

Hôtel du Dauphin bleu. La porte A droite, au petit Paix.

l'abeé.

Vos armes!

RAFAËL

Peu m'importe; Fer ou plomb, balle ou pointe.

l'abbé.

Et votre heure?

RAFAËL

Midi.

(L'abbé le salue et retourne à sa chaise

Ce pelit abbé-là m'a l'air bien dégourdi.

Parbleu! c'est un bon diable; il faut que je l'invite

A souper. — Hé, monsieur, n'allez donc pas si vite?

l'abbé.

Qu'est-ce, monsieur?

RAFAËL

Vos gens s'ensauvent, comme si La fièvre à leurs talons les emportait d'ici. Demeurez, pour l'amour de Dieu, que je vous pose Un problème d'algèbre. — Est-ce pas une chose Véritable, et que voit quiconque a l'esprit sain. Que la table est au lit ce qu'est la poire au vin? De plus, deux gens d.e bien, à s'aller mettre en face Sans s'être jamais vus, ont plus mauvaise grâce, Assurément, que, quand il pleut, une catin, A descendre de fiacre en souliers de satin. Donc, si vous m'en croyez, nous souperons ensemble; Nous nous connaîtrons mieux pour demain. Que t'en Abbé! [semble?

l'abbé. »

Parbleu! marquis, je le veux, et j'y vais.

(Il sort de sa chaise.) RAFAËL.

Voilà les musiciens qui sont déjà trouvés; Et pour la table : — holà, Palforio! l'auberge!

(Frappant.)

Celte porte est plus rude à forcer qu'une vierge.

Palforio, manant tripier, sac à boyaux!

Vous verrez qu'à cette heure ils dorment, les bourreaux!

(Il jette une pierre dans la vitre.) PALFORIO, à la fenêtre.

Quel est le bon plaisir de votre courtoisie?

RAF.\.EL

Fais-nous faire à souper. Certes, l'heure est choisie

Pour nous laisser ainsi casser tous tes carreaux!

Dépèche, sac à vin! Pardieu: si j'étais gros

Comme un rauid, comme toi, je dirais qu'on me porte

En guise d'écriteau sur le pas de ma porte;

On saurait où me prendre au moins.

PALFORIO.

Excusez-moi, Très excellent seigneur.

RAFAËL

Allons, démène-toi

Vite! va mettre en l'air ta marmitonnerie. Donne-nous ton meilier vin et ta plus jolie Servante ; embroche tout : tes oisons, -tes poulets, Tes veaux, tes chiens, tes chats, ta femmi,' et tes valets!

— Toi, l'abbé, passe donc; en joie! et pour nous battre Après nous taperons, vive Dieu! comme quatre.

La loge de la Camargo. On la chausse.

CAMARGO

Il ira, — Laisse-moi seule, et ne manquez pas Qu'on me vienne avertir quand ce sera mon pas.

— C'est la règle, ô mon cœur! — Il est sur qu'une femme Met dans une âme aimée une part de son àme.

Sinon, d'où pourrait-elle et pourquoi concevoir

La soif d'y revenir, et l'horreur d'eu déchoir?

Au contraire un cœur d'homme est comme une marée

Fuyarde des endroits qui l'ont mieux attirée.

Voyez qu'en tout lien, l'amour à l'un grandit

Et par le temps empire, à l'autre refroidit.

L'un, ainsi qu'un cheval qu'on pique à la poitrine,

En insensé toujours contre la javeline

Avance, et se la pousse au cœur jusqu'à mourii-.

L'autre, dès que ses flancs commencent à s'ouvrir,

Qu'il sent le froid du fer, et l'aride morsure

Aller chercher le cœur au fond de la blessure,

11 prend la fuite en lâche, et se sauve d'aimer.

Ah! que puissent mes yeux quelque part allumer

Une plaie à la mienne en misère semblable.

Et je serai plus dure et plus inexorable

Qu'un pauvre pour son chien, après qu'un jour entier

Il a dit : « Pour l'amour de Dieu! » sans un denier.

— Suis-je pas belle encor? — Pour trois nuits mal dormies, Ma joue est-elle creuse? ou mes lèvres blêmies?

Vrai Dieu! ne suis-je plus la Camargo? — Sait-on

Sous mon rouge, d'ailleurs, si je suis pâle ou non?

Va, je suis belle encor! C'est ton amour perfide,

Garuci, que déjà le temps efface et ride.

Non mon visage. — Un nain contrefait et boiteux,

Voulant jouer Phœbus, lui ressemblerait mieux,

Qu'aux façons d'une amour fidèle et bien gardée

L'allure d'une amour défaillante et fardée.

Ah! c'est de ce matin que ton cœur m'est connu,

Car en le déguisant tu me l'as mis à nu.

Certes, c'est un loisir magnifique et comaaode

Que la paisible ardeur d'une intrigue h la mode!

— Qu'est-ce alors? — C est un flot qui nous berce rêvant? C'est l'ombre qui s'enfuit d'une fumée au vent!

Mais que l'ombre devienne un spectre, et que les ondes S'enfoncent sous les pieds, vivantes ou profondes, he mal aimant recule, et le bon reste seul. ôh\ que dan? sa douleur ainsi qu'en un linceul 11 se couche à cette heure et dorme! La pensée D'un homme est de plaisirs et d'oublis traversée; Une femme ne vit et ne meurt que d'amour; Elle songe une année à quoi lui pense un jourl

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