‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 65 sur 130 · SCÈNE l[I(Une chambre. — Le poiut du jour · texte numérisé non relu

SCÈNE l[I(Une chambre. — Le poiut du jour

IRUS, sortant d'une armoire; SILVIO, d'un cabinet.

IRUS

Je n'eutends plus de bruit.

SILVIO

Je ne vois plus personne.

IRUS

Par la mort-Dieu! monsieur, que faites-vous ici?

SILVIO

C'est une question qui m'appartient aussi.

IRUS

Ah! tant que vous voudrez, mais la mienne est bonne.

SILVIO

Je vous la laisse donc, en n'y répondant pas.

IRUS

Eh bien! moi, j'y réponds. — Si j'y suis, c'est ma place. Ce n'est pas par-dessus le mur de la terrasse Que j'y suis arrivé, comme un larron d'honneur. J'y suis venu, cordieu! comme un homme de cœur. Je ne m'en cache pas.

SILVIO

Vous sortez d'une armoire.

IRUS

S'il faut vous le prouver pour vous y faire croire, Je suis votre homme, au moins, mon petit hobereau.

SILVIO

Je ne suis pas le vôtre, et vous criez trop haut.

(Il veut s'en aller.) IRUS.

Par le sangl par la mort ! mon petit gentilhomme, Il faut donc vous apprendre à respecter les gens ? Voilà votre façon de relever les gants 1

SILVIO

Écoutez-môi, monsieur, votre scène m'assomme. Je ne sais ni pourquoi, ni de quoi vous criez.

IRUS

C'est qu'il ne fait pas bon me marcher sur les pieds.

Vive Dieu ! savez-vous que je n'en crains pas quatre? Palsambleu! ventrebleu ! je vous avalerais.

SILVIO

Tenez, mon cher monsieur, allons plutôt nous battre. Si vous continuiez, je vous souffletterais.

mus.

Mort-Dieu ! ne croyez pas, au moins, que je balance.

LAERTE, dans la coulisse.

Ninette ! holà, Ninon 1

mus.

C'est le père. — Silence.

Esquivons-nous, monsieur, nous nous retrouverons.

(U rentre dans son armoire, et Silvio dans le cabinet.) LAERTE.

Ninon ! Ninon !

NINON, entrant.

Mon père, après l'histoire affreuse Qui s'est passée ici, j'attends tous vos pardons. Je n'aime plus Silvio. — Je vivrai malheureuse. Et mon intention est d'épouser Irus.

(Elle se jette à genoux.) LAE'RTE.

Je si.is vraiment ravi que vous ne l'aimiez plus. Quel roman lisiez- vous, Ninon, cette semaine?

NINETTE, entrant et se jetant à genoux de l'autre côté.

0 mon père ! ô mon maître ! après l'horrible scène Dont cette nuit nos murs ont été les témoins, A supporter mon sort je mettrai tous mes soins. Je hais mon séducteur, et je me hais moi-même. Si vous y consentez, Irus peut ra'épouser.

LAERTE

Je n'ai, mes chers enfants, rien à vous refuser. Vous m'avez offensé. — Cependant je vous aime, Et je ne prétends pas m'opposer à vos vœux. Enfermez-vous chez vous. — Ce soir, à la veillée, Vous trouverez en bas la famille assemblée. Comme vous ne pouvez l'épouser toutes deux, Irus fera son choix. Tâchons donc d'être belles; 11 n'est point ici-bas de douleurs éternelles, Allez, retirez-vous.

(Il sort. Ninon et Ninette le suivent.)

188 PHEMIÈUES POÉSIES

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