‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de MussetChapitre 7 sur 76 · SCÈNE VI (ÏÏn Cimetière). — OCTAVE ET MARIANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI (ÏÏn Cimetière). — OCTAVE ET MARIANNE

auprès d'un tombeau.

OCTAVE. — Moi seul au monde je l'ai connu. Cette urne d'albâtre, couverte de ce long voile de deuil, est sa parfaite image. C'est ainsi 'qu'une douce mélancolie voilait les per-

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fections de celte âme tendre et délicate. Pour moi seul cette vie silencieuse n'a point été un mystère. Les longues soirées que nous avons passées ensemble sont comme de fraîches oasis dans un désert aride; elles ont versé sur mon coeur les seules gouttes de rosée qui y soient jamais tombées. Cœlio était la bonne partie de moi-même; elle est remontée au ciel avec lui. C'était un homme d'un autre temps; il connaissait les plaisirs, et leur préférait la solitude; il savait combien les illusions sont trompeuses, et il préférait ses illusions à la réalité. Elle eût été heureuse la , ïemme qui l'eût aimé.

MARIANNE. — Ne serait-ellc point heureuse, Octave, la femme qui t'aimerait?

OCTAVE. — Je ne sais point aimer; Cœlio seul le savait. La cendre que renferme cette tombe est tout ce que j'ai aimé sur la terre, tout ce que j'aimerai. Lui seul savait verser dans une autre âme toutes les sources de bonheur qui reposaient dans la sienne. Lui seul était capable d'un dévouement sans bornes; lui seul eût consacré sa vie entière à la femme qu'il aimait, aussi facilement qu'il aurait bravé la mort pour elle. Je ne suis qu'un débauché sans cœur; je n'estime point les femmes; l'amour que j'inspire est comme celui que je ressens, l'ivresse passagère d'un songe. Je ne sais pas les secrets qu'il savait. Ma gaieté est C04nme le masque d'un histiùon ; mon cœur est plus vieux qu'elle, mes sens blasés n'en veulent plus. Je ne suis qu'un lâche; sa mort n'est point vengée.

MARIANNE. — Comment aurait-elle pu l'être, à moins de risquer votre vie? Claudio est trop vieux pour accepter un duel, et trop puissant dans cette ville pour rien craindre de vous. OCTAVE. — Cœlio m'aurait vengé si j'étais mort pour lui commeilest mort pour moi. Ce tombeau m'appartient; c'est moi qu'ils ont étendu sous celte froide pierre; c'est pour r moi qu'ils avaient aiguisé leurs épées; c'est moi qu'ils ont 1 tué. Adieu la gaieté de ma jeunesse, l'insouciante folie, la I vie libre et joyeuse au pied du Vésuve! Adieu)f les bruyants ;| repas, les causeries du soir, les sérénades sous les balcons ï dorés! Adieu Naples et ses femmes, les mascarades à la j lueur des torches, les longs soupers à l'ombre des forêts! ■ Adieu l'amour et l'amitié! ma place est vide sur la terre. MARIANNE. — Mais non pas dans mon cœur, Octave. Pourquoi dis-tu : Adieu l'amour?

OCTAVE. — Je ne vous aime pas, Marianne; c'était Cœlio qui vous aimuitl

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