‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de MussetChapitre 73 sur 76 · LE SECRET DE JAVOTTE · texte numérisé non relu

LE SECRET DE JAVOTTE

Ces deux jeunes gens sont deux frères : l'aîné, Tristan de Berville, oflicier distingué dans l'armée, qui venait de courir en Algérie les chances de la guerre; le plus jeune, Armand, déjà muni par une précoce expérience du monde, avec un esprit souvent léger en apparence, avait beaucoup de sens et de raison. Il reslait à la maison et tenait compagnie à sa vieille mère, la baronne de Berville, qui habitait à Paris l'hiver sa maison du Marais et dans la belle saison sa petite terre des Clignets.

C'est en chassant avec des voisins de campagne que Tristan avait rencontré la belle Mme de Vernage; la plus coquette des marquises, "une veuve de trente ans qui se plaît à faire tourner la tête des jeunes gens et qui, dévote en apparence, déclare qu'elle veut vivre en paix dans sa terre, monter à cheval et prier Dieu.

Armand raille son frère qui s'est épris de cette jolie femme. Il a raison. C'est une assez méprisable créature qui accuse l'officier d'avoir refusé de se battre avec un de ses camarades à propos d'une grisette rencontrée à l'Opéra. Celui-ci court à Paris chercher son ami pour qu'il vienne la démentir; il apprend la mort de ce témoin de son honneur.

Comment se défendre désormais contre une calomnie sourde et répétée à voix basse par une femme malfaisante qui veut nuire?

Soudain il songe à Javotte, c'est le nom de la grisette. Retrouver Javotte ne fut pas chose facile. Elle avait maintes fois déménagé, s'était fait appeler de noms différents et est devenue chanteuse.

Elle reçoit son ami de passage avec aménité et l'officier aperçoit sur la cheminée la carte d'un certain La Bretonnière, voisin (le campagne de la marquise de Vernage, toujours fourré chez elle, son rival par conséquent. Ce que veut Tristan c'est le bracelet donné à Javotte et sur lequel sont gravés à côté l'un de l'autre, son nom et celui de son ami qui n'est plus, preuve irréfutable qu'ils n'ont point voulu se battre pour Javotte. Preuve irréfutable de leur bonne entente.

Au moment où il va obtenir cette preuve écrite, La Bretonnière paraît, l'officier impatienté le provoque.

Cependant il a obtenu de Javotte qu'elle lui rendît le bracelet auquel il tient tant; il lui envoie en échange un bijou beaucoup plus précieux, mais Javotte vient d'entrer dans les chœurs à l'Opéra; elle attend au lendemain pour l'échange et veut aller porter elle-même à son ami d'autrefois le gage qu'il désire; celui-ci vient d'être tué dans son duel avec La Bretonnière.

Quand nous aurons cité Pierre et Camille, nous aurons épuisé la liste des nouvelles d'Alfred de Musset. C'est le récit touchant de deux époux, le chevalier et Mme des Arcis, qui s'adorent

el la naissance de leur fille sourde el muette. Cette aventure très triste finit, après la mort dramatifjue de la mère, par un mariage avec un jeune sourd-muet et la naissance d'un petit enfant qui, lui, possède l'ouïe et la parole.

Les détails sont assez intéressants mais le récit tout entier est empreint de mélancolie.

Nous avons maintenant sous les yeux l'œuvre complète de l'écrivain. Ce qui fait le charme de ses Nouvelles, ce sont les touches délicates, les finesses, les envolées. 11 se laisse aller à sa grâce et à sa fantaisie; il prête à ses personnages ses mélodies.

Cependant à la fin de sa tâche il était las de ces récits qu'on lui réclamait pour le paiement d'avances demandées à la Reçue.

— On veut faire de moi un manœuvre de la pensée, disait-il à son frère, un serf attaché à la glèbe, un galérien condamné aux travaux forcés.

11 passa de la lassitude au découragement et eut même un moment la pensée d'en finir avec un coup de pistolet.

Une invitation de Raciiel qui l'invita à aller passer quelques jours chez elle, à Montmorency, une autre visite à Berryer chez qui il retrouva sa marraine au milieu d'une société charmante, lui firent oublier un moment ses idées sombres, mais rentré chez lui il sentit de nouveau le poids de son boulet et ne put vaincre sa répugnance à écrire en prose. Il envoya Vldylle au directeur de la Revue pour le faire patienter. Silvia parut ensuite.

« C'est en vers, disait-il, qu'un poète peut se permettre de livrer au public l'expression vraie de ses sentiments et non dans le langage dont abuse le premier venu. » Et il ne fut heureux que lorsqu'à la fin des Nouvelles il écrivit : Finix pro3».

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