‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 17 sur 309 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Eh bien, moi, je la vois.

Si le clergé n'y prend garde et ne change de vie, on ne croira bientôt plus en France à d'autre tri ni lé qu*â celle du drapeau tricolore.

Citadelle inexpugnable . que la France aujourd'hui 1 Pour remparts, au midi, les Pyrénées; au levant, les Alpes; nu nord, la Belgique avec sa haie de forteresses; au couchant, TOcéan pour fossé. En deçà des Pyrénées, en deçà des Alpes, en deçà du Rhin et des forteresses belges, trois peuples en révolution, Espagne» Italie, Belgimie, nous montent la garde ; en deçà de la mer, la république américaine. Et, dans cette France imprenable, pour garnison, trois millions de baïonnettes ; pour veiller aux créneaux des Alpes, des Pyrénées et de la Belgique, quatre cent mille soldats ; pour défendre le terr.iin, un garde national par pied carre. Enfin, nous tenons le bout de mèche de toutes les révolutions dont TEurope est minée. Nous n'avons qu'à dire : Feu !

J'ai assisté à une séance du procès des ministres, à l'avant-derniére, à la plus lugubre, à celle où Ton entendait le mieux rugir le peuple dehors. J'écrirai cette journée-là.

Une pensée m'occupait pendant la séance : c'est que le pouvoir occulte qui a poussé Charles X à sa ruine, le mauvais génie de la Restauration, ce gouvernement qui

(1) Cette triple nouvelle circula en effet dans Paris le même jour. Elle ne se réalisa pour Goethe que quinxe mois plus tard.

traitait la France en accusée, en criminelle, et lui faisait sans relâche son procès, avait fini, tant il y a uDe.raisoD intérieure dans les choses, par ne plus pouvoir avt>ir pour ministres que des procureurs généraux. El. en effet, quels étaient les trois hommes assis prés de M. de Polignac comme ses agents les plus immédiats ? M. de Peyronnet, procureur général ; M. de Chantelauze, procureur général ; M. de Guernon-Ranville, procureur général. Qu est-ce que M. Mangin, qui eût probablement figuré à côté d'eux si la Révolution de juillet avait pu se saisir de lui? un procureur général ! Plus de ministre de rintérieur, plus Je ministre de l'instruction publique.

Elus de préfet de police, des procureurs généraux partout. a France n'était plus ni administrée, ni gouvernée au conseil du roi, mais accusée, mais jugée, mais condamnée.

Ce qui est dans les choses sort toujours au dehors par quelque côté.

La licence se crève ses cent yeux avec ses cent bras.

Quelques rochers n'arrêtent pas un fleuve; à travers les résistances humaines, les événements s'écoulent sans se détourner.

Chacun se dcpopularise à son tour. Le peuple finira peut-être par se dépopulariser.

Il y a des hommes malheureux. Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte : Guillotin ne peut détacher le sien de son invention.

Le mouvement se propage du centre à la circonférence ; le travail se fait en dessous, mais il se fait. Les pères ont vu la révolution de France, les fils verront la révolution d'Europe,

Les droits politiques, les fonctions de juré, d'électeur et de garde national, entrent évidemment dans la constitution normale de tout membre de la cité. Tout . homme du peuple est, à priori, homme de la cité. I

Cependant les droits politiques doivent, évidemment : aussi, sommeiller dans l'individu, jusqu'à ce que l'in- | dividu sache clairement ce que c'est que des droits po- i litiques, ce que c^la siffnine, et ce qu on en fait. Pour 1 exercer il faut comprenare; En bonne logicjue, l'Intel li- i gence de la chose doit toujours précéder 1 action sur la chose.

Il faut donc, on ne saurait trop insister sur ce point, éclairer le peuple pour pouvoir le constituer un jour. Et c'est un devoir sacre pour les gouvernants de se hâter de répandre la lumière dans ces masses obscures où le droU définitif repose. Tout tuteur honnête presse rémancipalion de son pupille. Multipliez donc les chemins qui mènent à l'intelligence, à la .«science, à l'aptitude. La chambre, j'ai presque dit le trône, doit être le dernier échelon d'une échelle dont le premier échelon est une école.

Et puis instruire le peuple, c'est l'améliorer; éclairer le peuple, c'est le moraliser; leltror le peuple, c'est le civiliser. Toute brutalité se fond au feu doux des bonnes lectures quotidiennes. Humaniores lilteraR. Il faut faire faire au peuple ses humanités.

Ne demandez pas de droits pour le peuple tant que le peuple demandera des têtes.

ET PHILOSOPHIE MÊLÉES

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