LA BANDE NOIRE
Voyageur obscur, mais religieux , au trayers des ruines de la patrie... Je priais.
Cb. Nodibb.
ODE TROISIÈME
« 0 murs ! ô créneaux ! ô tourelles ! « Remparts ! fossés aux ponts mouvants ! « Lourds faisceaux de colonnes frêles ! « Fiers châteaux ! modestes couvents !
« Cloîtres poudreux , salles antii(ues , a Où gémissaient les saints cantiques, « Où riaient les banquets joyeux 1 ce Lieux où le cœur met ses chimères ! « Eglises où priaient nos mcres, « Tours où combattaient nos aïeux !
« Parvis où notre orgueil s'enflamme !
«c Maisons de Dieu ! manoirs dos rois ! « Temples que gardait roriflamme, « Palais que protégeait la croix I « Réduits d'amour î arcs de victoires!
a Vous qui témoignez de nos gloires , « Vous qui proclamez nos grandeurs !
« Chapelles ! donjons ! monastères !
« Murs voilés de tant de mystères !
a Murs brillants de tant de splendeurs !
« 0 débris ! ruines de France,
ff Que notre amour en vain défend !
a Séjours de joie ou de souffrance,
« Vieux monuments d'un peuple enfant !
ot Restes, sur qui le temps s'avance!
« De l'Armorique à la Provence,
a Vous que IMionneur eut pour abri !
« Arceaux tombés, voûtes brisées,
c Vestiges des races passées !
c Lit sacré d'un fleuve tari !
f Oui, je croîs, quand je vous contemple, « Des héros entendre l'adieu; a Souvent, dans les débris du temple, a firille comme un rayon de Dieu, a Mes pas errants cherchent la trace « De ces fiers guerriers dont l'audace « Faisait un trône d'un pavois; a Je demande, oubliant les heures, « Au vieil écho de leurs demeures c Ce qui lui reste de leur voix.
« Souvent ma muse aventurière, a S'enivrant de rêves soudains, « Ceignit la cuirasse guerrière, « Et l'écharpe des paladins; « S'armant d'un fer rongé de rouille, « Elle déroba leur dépouille « Aux lambris du long corridor; a El vers des régions nouvelles, a Pour hdtcr son coursier sans ailes, « Osa chausser l'éperon d'or.
({ J'aimais le manoir dont la roule « Cache dans les bois ses détours, a Et dont la porte sous la voûte <i S'enfonce entre deux larges tours ; a J'aimais l'essaim d'oiseaux funèbres a Qui sur les toits, dans les ténèbres.
c Vient grouper ses noirs bataillons; <E Ou, levant des voix sépulcrales, « Tournoie en mobiles spirales a Autour des légers pavillons.
« J'aimais la tour, verte de lierre, ff Qu'ébranle la cloche du soir; «( Les marches de la croix de pierre « Où le voyageur vient s'asseoir ; c L'église veillant sur les tombes, « Ainsi qu'on voit d'humbles colombes c Couver les fruits de leur amour; a La citadelle crénelée, a Ouvrant ses bras sur la vallée, a Gomme les ailes d'un vautour.
« J'aimais le beffroi des alarmes; « La cour où sonnaient les clairons ; « La salle où, déposant leurs armes, * « Se rassemblaient les hauts barons; « Les vitraux éclatants ou sombres, «c Le caveau froid où, dans les ombres, (x. Sous des murs qiie le temps ^at, (( Les preux, souràs au vent q# murmure, « Darment couchés dans leur armure, oc Comme la veille d'un combat.
« Aujourd'hui, parmi les cascades,
'S Sous le dôme des bois touffus,
« Les piliers, les sveltes arcades,
<c Ilélas ! penchent leurs fronts confus;
« Les forteresses écroulées,
« Par la chèvre errante foulées,
« Courbent leur tcîc de granit;
«f Restes qu'on aime et qu'on vénère!
« L'aigle à leurs tours suspend son aire,
« L'hirondelle y cache son nid.
« Comme cet oiseau de passage,
« Le poète, dans tous les temps,
« Chercha, de voyage en voyage,
(( Les ruines et le printemps.
«c Ces débris, chers à la p^itrie,
« Lui parlent de chevalerie;
a La gloire habite leurs néants';
a Les héros peuplent ces décombres ; —
« Si ce ne sont plus que des ombres,
a Ce sont des ombres de géants !
a 0 Français! respectons ces restes!
(( Le ciel oénit les fils pieux
« Qui gardent, dans les jours funestes,
« L'héritage de leurs aïeux.
(( Comme une gloire dérobée
a Gomntons chaque pierre tombée ;
« Que le temps suspende sa loi ;
a Rendons les Gaules à la France,
a Les souvenirs à res))érance.
« Les vieux palais au jeune roi !... »
— Tais-toi, lyre ! Silence, ô lyre du poète ! Ah ! laisse en paix tomber ces débris glorieux Au gouffre où nul ami, dans sa douleur muette.
Ne les suivra longtemps des yeux !
Témoins (jue les vieux temps ont laissés dans notre âge,
Gardiens d'un jiassé qu'on outrage.
Ah ! fuyez ce siècle ennemi !
Croulez, restes sacrés, ruines solennelles! Pourquoi veiller encor, dernières sentinelles
D'un camp pour jamais endormi?
On plutôt, ~ que du temps la marche soit hâtée. Quoi donc! n'avons-nous point parmi nous ces héros Qui chassèrent les rois de leur tombe insultée.
Que les morts ont eus pour bourreaux?
Honneur â ces vaillants que notre orgueil renomme !
Gloire é ces braves ! Sparte et Rome
Jamais n*ont vu d'exploits plus beaux ! Gloire! ils ont triomphé ae ces funèbres pierres, Ils ont brisé des os, dispersé des poussières î
Gloire! ils ont proscrit des tombeaux !
Quel Dieu leur inspira ces travaux intrépides? Tout joyeux du néant par leurs soins découvert, Peut-être ils ne voulaient que des sépulcres vides,
Gomme ils n'avaient qu'un ciel aésert!
Ou, domptant les respects dont la mort nous fascine,
Leur main peul-etre, en sa racine.
Frappait quelque auguste arbrisseau ; Et, courant en espoir à cTautries hécatombes. Leur sublime courage, en attaquant ces tombes,
S'essayait à vaincre un berceau !
Qu'ils viennent maintenant, que leur foule s'élance.
?u*ils se rassemblent tous, ces soldats aguerris! oilà des ennemis dignes de leur vaillance : Des ruines et des débris.
Qu'ils entrent sans efiûroi sous cas portes ouvertes; Qu'ils assiègent ces tours désertes ; Un tel triomphe est sans dangers.
Hais qu'ils n'éveillent pas les preux de ces murailles, Ces ombres qui jadis ont gagne des batailles Les prendraient pour des étrangers !
Ce siècle entre les temps veut être solitaire. Allons ! frappez ces murs, des ans encor vainqueurs. Non, qu'il ne reste rien des vieux jours sur la terre :
Il n'en reste rien dans nos cœurs.
Cet héritage immense, où nos gloires s'entassent,
Pour les nouveaux peuples qui passent.
Est trop pesant à soutenir; Il retarde leurs pas, c|u'un même élan ordonne. Que nous fait le passé? Du temps que Dieu nous donne,
Nous ne gardons que l'avenir.
Qu'on ne nous vante plus nos crédules ancêtres^ Us voyaient leurs devoirs où nous voyons nos droits. Nous avons nos vertus. Nous égorgeons les prêtres,
Et nous assassinons les rois. — Bêlas! il est trop vrai, l'antique honneur de France,
La Foi, sœur de l'humble Espérance,
Ont fui notre âge infortuné; Des anciennes vertus le crime a pris la place; Il cache leurs sentiers, comme la ronce efiace
Le seuil d'un temple abandonné.
Suand de ses souvenirs la France dépouillée, élas ! aura perdu sa vieille majesté, Lui disputant encor quelque pourpre souillée,
Ils riront de sa nudité!
Nous, ne profanons point cette mère sacrée.
Consolons sa gloire éplorée.
Chantons ses astres éclipsés.
Car notre jeune muse, affrontant l'anarchie, Ne veut pas secouer sa bannière, blanchie
De la poudre des temps passés.