‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 201 sur 309 · A MONSIEUR DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE CHATEAUBRIAND

On ne tourmente pas les arbres stériles et desséchés;

ceux-là seulement sont battus de pierres dont le front est

couronné de fruits d'or.

AlBHHâlBD.

ODE DEUXIÈME

Il est. Chateaubriand, de glorieux navires Qui veulent l'ouragan plutôt que les zéphîres. Il est des astres, rois aes cieux étincelants. Mondes volcans jetés narmi les autres mondes,

Qui volent dans les nuiu profondes Le front paré des feux qui dévorent leurs flancs.

Le génie a partout des symboles sublimes. Ses plus chers favoris sont toujours des victimes, Et doivent aux revers l'éclat que nous aimons; Une vie éminenle est sujette aui orages : La foudre a des éclats, le ciel a des nuages Qui ne s'arrêtent qu'aux grands monts I

Oui, tout grand cceur a droit aux ^andes infortunes ; Aux Ames que le sort sauve des lois communes. C'est un tribut d'honneur par la terre payé. Le grand homme en soufirant s'élève au rang des justes.

La gloire en ses trésors augustes N'a rien qui soit plus beau qu'un laurier foudroyé!

Aussi, dans une cour, dis-moi, qu'allais-tu faire? N'es-lu pas, noble enfant d'une orageuse sphère, Que nul malheur n'étonne et ne trouve en défaut, De ces amis des rois, rares dans les tempêtes, Quiy ne sachant flatter au'au péf il de leurs têtes, Les courtisent sur réchafaud ?

Ce n'est pas lorsqu'un trône a retrouvé le faite, Ce n'est pas dans les temps de puissance et de fête,

Sue la faveur des cours sur de. tels fronts descend, llut l'onde en courroux, l'écueil et la nuit sombre, Pour que le pilote qui sombre Jette au phare sauveur un œil reconnaissant.

Va, c'est en va A déjà qu'aux jours de la conquête Une main de géant a pesé sur ta tête; El chaque fois qu'au gouffre entraînée à grands |ias, La tremblante patrie errait au gré du crime. Elle eut pour s appuyer au penchant de l'abîme Ton front, qui ne se courbe pas !

A ton tour soutenu par la France unanime, Laisse donc s'accomplir ton destin magnanime 1 Chacun de tes revers pour ta gloire est compté. Quand le sort t'a frappé, tu dois lui rendre grâce.

Toi ou'on voit a chaque disgrâce Tomber plus haut enoor que tu n'étais monté I

Juin 1824.

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