SUR VOLTAIRE
Décemhre 18S3.
François-Marie Arouet, si célèbre sous le nom de Voltaire, naquit à Chdtenay le 90 février 1694, d'une famille de magistrature. 11 fut élevé au collège des jésuites, où l'un de ses régents, le père Lejay, lui prédit, à ce qu'on assure, qu1l serait en France le coryphée du déisnje.
A peine sorti du collège, Arouet, dont le talent s'évell* lait avec toute la force et toute la naïveté de la jeunesse,
ET PHILQSOPUIB MÊLÉES.
trouva, d'un côté, dans son père, un inflexible contempteur, et de Taulre, dans son parrain, i*abbé de ChAteauncuf, un pervertisaeur complaisant. Le père condamnait toute étude littéraire sans savoir pourquoi, et par conséquent avec une obstination insurmontable. Le parrain, qui encourageait au contraire les essais d'iVrouet, aimait beaucoup les vers, surtout ceux que rehaussait une certaine saveur de licence on d'impiété. L'un voulait emprisonner le poète dans une étude de procureur; Faulre égarait le jeune homme dans tous les salons. M. Arouet interdisait toute lecture à son fils; Ninon de TËnclos léguait une bibliothèque à rélève de son ami Ghâteauneuf. Ainsi le génie de Voltaire subit dès sa naissance le malheur de deux actions contraires et également funestes : l'une qui tendait à étouffer violemment ce feu sacré qu'on ne peut éteindre; l'autre qui l'alimentait inconsidérément, aux dé- »pens de tout ce qu'il y a de noble et de respectable dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre social. Ce sont peutêtre ces deux impulsions opposées, imprimées é la fois au premier essor de celte imagination puissante, qui en ont vicié pour jamais la direction. Du moins peut-on leur attribuer les premiers écarts du talent de Voltaire, tourmenté ainsi tout ensemble du frein et de l'éperon.
Aussi, dès le commencement de sa carrière, lui attribua-t'On d'assez méchants vers fort impertinents qui le firent mettre à la Bastille, punition rigoureuse pour de mauvaises rimes. C'est durant ce loisir forcé que Voltaire,
*CEdipe. Après quelqi la fois délivré et pensionné par le régent d'Orléans, qu'il remercia de vouloir bien se charger de son entretien, en le priant de ne plus se charger de^son logement.
(EcUpe fut joué avec succès en '1718. Lamolte, l'oracle de cette époque, daigna consacrer ce triomphe par quelques paroles sacramentelles, et la renommée de Voltaire commença. Aujourd'hui Lamotte n'est peut-être immortel que pour avoir été nommé dans les écrits de Voltaire.
La tragédie à'Artémire succéda à Œdipe, Elle tomba. Voltaire fit un vojrage à Bruxelles pour y voir J.-B. Rousseau, qu'on a si singulièrement appelé Grand. Les deux poètes s'estimaient avant de se connaître, ils se séparèrent ennemis. On a dit qu'ils étaient réciproquement envieux l'un de l'autre. Ce ne serait pas un signe de supériorité.
Artémire, refaite et rejouée en 1724 sous le nom de Marianne, eut beaucoup de succès sans être meilleure. Vers la même époque, parut la Ligue ou la Henriade, et la France n'eut pas un poème épique. Voltaire substitua dans son poème Moroay à Sully, parce qu'il avait à se plaindre du. descendant de ce grand ministre. Celte vengeance peu philosophique est cependant excusable, parce que Voltaire, insulté lâchement devant l'hôtel de Sully pjir je ne sais quel chevalier deBohan cl abandonné par l autorité judiciaire, ne put en exercer d'autre.
Justement indigné du silence des lois envers son méprisable agresseur, Voltaire, déjà célèbre, se retira en Angleterre, où il étudia les sophistes. Cependant tous ses loisirs n'y furent pas perdus ; il fit deux nouvelles tragédies, Brulus et César, dont Corneille eût avoué plusieurs scènes.
Revenu en France, il donna successivement Eryphile, qui tomba, et Zaïre, chef-d'œuvre conçu et terminé en aix-huit jours, auquel il ne manque que la couleur du lieu et une certaine sévérité de style. Zaïre eut un succès prodigieux et mérité. La tragédie à' Adélaïde Duguesclin (depuis le Duc de Foix) succéda é Zaire et fut loin d'obtenir le même succès. Quelques publications moins importantes, le Temple du goût, les Lettres sur les AnaUiis^ etc., tourmentèrent pendant quelques années la vie de Voltaire.
Cependant son nom remplissait déjà l'Europe. Retire à Cirey, chez la marquise du Châtelet, femme qui fut, suivant l'expression même de Voltaire, propre à toutes les sciences, excepté à celle de la vie, il desséchait sa belle imagination dans l'algèbre et la fféométrie, écrivait Attire, Mahomet, V Histoire spirituelle ce Charles XU, amassait les matériaux du Siéole de Louis XIV, préparait \ Essai sur les mœurs des nations, 0t envoyait des madrigaux à Frédéric, prince héréditaire de Prusse. Mérope, également compo-
sée A Girev, mit le sceau à It réputation dramatique de Voltaire. Il crut pouvoir alors se présenter pour remplacer le cardinal de Fleury A l'Académie française. Il ne fut pas admis. Il n'avait encore que du génie. Quelque temps après cependant il se mit à flatter madame de Pompadour; il le fil avec une si o|)inifttre complaisance, qu*il obtint tout à la fois le fauteuil académique, la charge de*" gentilhomme de la chambre et la place d'historiogfaphe de France. Celte faveur dura peu. Voltaire se relira tour a lour à Lunéville, chez le bon Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine; à Sceaux, chez madame du Maine, où il fit Sémiraniis, Oreste et Rome sauvée, et é Berlin, chez Frédéric, devenu roi de Prusse. Il passa plusieurs années dans cette dernière retraite avec le titre de chambellan, la croix du Mérite de Prusse et une pension. Il était admis aux soupers royaux avec Maupertuis, d'Argens et Lamettrie, athée du roi, de ce roi qui, comme le dit Voltaire même, vivait sans cour, sans conseil et sans culte. Ce n'était point l'amitié sublime d'Aristote et d'Alexandre, de Térence et de Scipion. Quelques années de frottement suffirent pour user ce au'a valent de commun Fàme du despote philosophe et l'ame du sophiste poêle. Voltaire voulut s enfuir ae Berlin. Frédéric le chassa.
Benvoyé de Prusse, repoussé de France, Voltaire passa deux ans en Allemagne, où il publia ^es Annales de lEmpire, rédigées par complaisance pour la duchesse de Saxeuotha; puis il vint se fixer aux portes de Genève, avec madame Denis, sa nièce.
VOrphelin de la Chine, tragédie où brille encore presque tout son talent, fut le premier fruit de sa retraite, où il eût vécu en paix si d'avides libraires n'eussent publié son oàïenwi Pucelle. C'est encore à cette époque et dans ses diverses résidences des Délices, de Tournay et de Ferney, qu'il fit le poème sur le tremblement de terre de Lisbonne, la tragédie deTancrède, quelques contes et différents opuscules. C'est alors c^u'il défendit, avec une générosité mêlée de trop d'ostentation, Calas, Sirven. la Barre, Hontbailli, Lally, déplorables victimes des méprises judiciaires. C'est alors qu'il se brouilla avec Jean-Jacques, se lia avec Catherine de Bussie, pour laquelle il écrivit l'histoire de son aïeul, Pierre I*', et se reconcilia avec Frédéric. C'est encore du même temps que date sa coopération à VEncydovédie, ouvrage où des nommes qui avaient voulu prouver leur force ne prouvèrent que leur faiblesse , monument monstrueux dont le Moniteur de notre révolution est l'effrovable pendant.
Accablé d'années. Voltaire voulut revoir Paris. Il revint dans celte Babylone qui sympathisait avec son génie. Salué d'acclamations universelles, le malheureux vieillard put voir, avant do mourir, combien son œuvre était avancée. Il put jouir ou s'épouvanter de sa ^[loire. Il ne lui restait plus assez de puissance vitale pour soutenir les émotions de ce voyage, et Paris le vit expirer le 30 mai 1778. Les esprits forts prétendirent qu'il avait emporté l'incrédulité au tombeau. jHous ne le poursuivrons pas jusque-là.
Nous avons raconté la vie privée de Voltaire; nous allons essayer de peiiidre son existence ptiblique et littéraire.
Nommer Voltaire, c'est caractériser tout le dix-huilième siècle; c'est fixer d'un seul trait la double physionomie historique et littéraire de cette époque, qui ne fut, quoi qu'on en dise, au'une époque de transition, pour la société comme pour la poésie. Le dix-huitième siècle paraîtra toujours dans l'histoire comme étouffé entre le siècle qui le précède et le siècle oui le suit Voltaire en est le personnajie principal et en quelque sorte typique, et, quelque prodigieux que fut cet homme, ses proportions semblent bien mesquines entre la grande image de Louis XIV et la gigantesque figure de Napoléon.
11 y a deux êtres dans Voltaire. Sa vie eut deux influences, bes écrits eurent deux résultats. C'est sur cette double action, dont l'une domina les lettres, dont l'autre se manifesta dans les événements, que nous allons jeter un coup d'œil. Nous étudierons séparément chacun de ces deux réj[nes du génie de Voltaire. Il ne faut pas oublier toutefois que leqr double puissance fut intimement coordonnée, et que les effets de cette puisaance, plutôt mêlés que
LITTÉRATURE
liés, ont toujoars eu quelque chose de simultané et de oommuD. Si, dans cette noie^ nous en divisons Texamen, c'est uniquement parce qu'il serait au-dessus de nos forces d*erobrasser d*un seul regard cet ensemble insaisissable; imitant en cela l'artifice de ces artistes orientaux qui, dans Vîntpuissance de peindre une figure de face, parviennent cependant à la représenter entièrement, en enfermant les deux profils dans un même cadre.
En littérature. Voltaire a laissé un de ces monuments dont Taspect élonne plutôt par son étendue qu'il n'impose par sa grandeur. L'cdifice qu'il a construit n'a rien a'au-
Îfuste. Ce n'est point le palais des rois, ce n*est point 'hospice du pauvre. C'est un bazar élégant et vaste, irrégulier et commode; étalant dans la boue d'innombrables richesses; donnant i tous les intérêts, à toutes les vanités, à toutes les passions, ce qui leur convient; éblouissant et fétide; oflrant des prostitutions pour des volupt^; peuplé de vagabonds, de marchands et d'oisifs, peu fréquenté du prêtre et de l'indigent. Là, d'éclalantes galeries inondées incessamment d'une foule émerveillée ; là, des antres secrets où nul ne se vante d'avoir pénétré. Vous trouverez sous ces arcades somptueuses mille chefs-d'œuvre de goiit et d*art, tout reluisants d'or et de diamants; mais n'y cherchez pas la statue de bronze aux formes antioues et sévères. Vous v trouverez des parures pour Vus salons et pour vos boudoirs; n'y cherchez pas les ornements qui conviennent au sanctuaire. Et malheur au faible qui n'a qu'une âme pour fortune et qui l'expose aux séductions de ce magnifique repaire : temple monstrueux où il y a des témoignages pour tout ce qui n'est pas la vérité, un culte pour tout ce qui n'est pas Dieu !
Certes, si nous voulons bien parler d'un monument de ce genre avec admiration, on n'exigera pas que nous en parlions avec respect.
Nous plaindrions une cité où la foule serait au bazar et la sohtude é l'église; nous plaindrions une littératurc qui déserterait le sentier de Corneille et de Bossuet pour courir sur la trace de Voltaire.
Loin de nous toutefois la pensée de nier le génie de cet homme extraordinaire. C'est parce que, dans notre conviction, ce génie était peut-être un des plus beaux qui aient jamais été donnés à aucun écrivain, que nous en déplorons plus amèrement le frivole et funeste emploi. Nous regrettons, pour lui comme pour les lettres, qu il ait tourné contre le ciel cette puissance intellectuelle qu'il avait reçue du ciel. Nous gémissons sur ce beau génie qui n'a point compris sa sublime mission, sur cet ingrat qui a profané la chasteté de la muse et la sainteté de la patrie, sur ce transfuge qui ne s*est pas souvenu c|ue le trépier du poète a sa place prés de l'autel. Et (ce qui est d'une profonde et inévitable vérité) sa faute mêmecen fermait son châtiment. Sa gloire est beaucoup moins grande qu'elle ne devait l'être, parce qu'il a tente toutes les gloires, même celle d'Ërostrate. Il a défriché tous les champs, on ne peut dire qu'il en ail cultivé un seul. Et, parce qu'il eut la coupable ambition d'v semer également les germes nourriciers et tes germes vénéneux, ce sont, pour sa honte étemelle^ les poisons c[ui ont le plus fructifié. La Henriade, comme composition littéraire, est encore bien inférieure à la Pucelle (ce qui ne signifie certes pas que ce coupable ouvrage soit supérieur, même dans son {;enre honteux). Ses satires, em- Sreintes parfois d'un stigmate infernal, sont fort au dessus e ses comédies, plus innocentes. On préfère ses poésies légères, où son cynisme éclate souvent a nu, à ses poésies lyriques, dans lesquelles on trouve parfois des vers reiirieax et ffraves (1). Ses contes, enfin, si désolants d'incré* dulité et de scepticisme, valent mieux que ses histoires,
(1) M. le comte de Maistre, dans son sévère et remarquable portrait de Voltaire, observe au'il est nul dans l'ode, et attribue avec nison oette nullité au aélàut d'enthousiasme. Voltaire, en effet, pour,
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table que celle de b colère, et encore cette colère n'allait -elle pas jusqu'à l'indignation, iusqu'à cette sainte indignation qui fait poôte, comme dit Juvénaf : ¥aoit indignatio vertum.
OU le même défaut se fait un peu moins sentir, mais où l'absence perpétuelle de dignité est en oontradiclion avec le genre même de ces ouvrages. Quant à ses tragédies, où il se montre réellement grand poète, où il trouve soaveDt le trait du caractère, le mot du cœur, on ne peut disconvenir, malgré tant d'admirables scènes, qu'il ne soit encore resté assez loin de Racine, et surtout du vieux Ck»rneille. Et ici notre opinion est d'autant moins suspecte, qu'un examen approfondi de l'œuvre dramatique de Voltaire nous a convaincu de sa haute supériorité au théâtre. Nous ne doutons pas que si Voltaire, au lieu de disperser les forces colossales de sa pensée sur vingt points différents, les eut toutes réunies vers un même but, la tragédie, il n'eût surpassé Racine et fieut-être égalé Corneille. Biais il dépensa te génie en esprit. Aussi fut^il prodigieusement spirituel; aussi le sceau du génie est-il plutôt empreint sur le vaste ensemble de ses ouvrages que sur cnacua d'eux en particulier. Sans cesse préoccupé de son siècle» il négligeait trop la postérité^ cette image austère qui doit dominer toutes les méditations du poêle. Luttant de caprice et de frivolité avec ses frivoles et capricieux contemporains, il voulait leur plaire et se moquer d'eux. Sa muse, qui eût été si belle de sa beauté, emprunta son vent ses prestiges aux enluminures du fard et aux grimaces do la coquetterie, et l'on est perpétuellement tenté de lui adresser ce conseil d'amant jaloux :
Epargne-toi co soin, L'art n'est pas fuit pour toi, tu n'en as pas besoin.
Voltaire paraissait ignorer qu'il y a beaucoup de grâce dans la force, et que ce qu'il y a de plus sublime dans les œuvres de l'esprit hunuin est peut-être aussi ce qu'il y a de plus naïf; car Timagination sait révéler sa céleste origine sans recourir «i des artifices étrangers. Elle n'a qu*à iharchcr pour se montrer déesse. Et vera mcessu paiuit dea.
S'il était possible de résumer Tidée multiple que présente Texistence littéraire de Voltaire, nous ne poumons que la classer parmi ces prodiges que les Latins appelaient monslra. Voltaire, en effet, est un phénomène peut-être unique, qui ne pouvait naitre qu'en France et au dix-huitième siècle. Il jr a cette difTérence entre sa littérature et celle du grand siècle, que Corneille, Molière et Pascal appartiennent davantage à la société. Voltaire à la civilisation. On sent, en le lisant, qu'il est l'écrivain d'un âge énervé et affadi. Il a de l'agrément et point de grâce, du prestige et point de charme, de l'éclat et point cte majesté. 11 sait flatter et ne sait point consoler. Il fascine et ne persuade pas. Excepté dans la tragédie, qui lui est propre, son talent manque de tendresse et de franchise. On sent
Î|ue tout cela est le résultat d'une organisation et non l'efet d'une inspiration ; et quand un médecin athée vient vous dire que tout Voltaire était dans ses tendons et dans ses nerfs, vous frémissez qu'il n'ait raison. Au reste, comme un autre ambitieux plus moderne, qui rêvait la suprématie politique, c'est en vain que Voltaire a essayé la suprématie littéraire. La monarchie absolue ne convient pas é l'homme. Si Voltaire eût compris la véritable grandeur, il eût placé sa gloire dans l'unité, plutôt que dans l'universalité. La force ne se révèle point par un déplacement perpétuel, par des métamorphoses indéfinies, mais bien par une majestueuse immobilité. La force, ce n'est pas Protée, c'est Jupiter.
Ici commence la seconde partie de notre tâche; elle sera plus courte, parce aue, grâce â la révolution française, les résultats politiques ae la philosophie de Voltaire sont malheureusement d'une effrayante notoriété. Il serait cependant souverainement injuste de n'attribuer qu'aux écrits du a patriarche de Ferney » celte fatale révolution. Il faut V voir avant tout l'efTet d'une décomposition sociale depuis longtemps commencée. Voltaire et l'époque où il vécut doivent s'accuser et s'excuser réciproquement. Trop fort pour obéir à son siècle. Voltaire était aussi trop faible pour le dominer. De cette égalité d'influence résultait entre son siècle et lui une perpétuelle réaction, un échange mutuel d'impiétés et de lolies, un continuel flux et reflux de noù-
ET PHILOSOPHIE MÊLÉES
veautés qui entraînait toujours dans ses oscillations quelque vieux pilier de TédiGce social. Qu'on se représente la face politique du dix-huitiéme siècle, les scandales de la répence, les turpitudes de Louis XV ; la violence dans le ministère, la violence dans les parlements, la force nulle part ; la corruption morale descendant par degrés de la lèleau cœur, des grands au peuple; les prélats do cour, les abbés de toilette ; l'antique monarchie, rantique société chancelant sur leur base commune, et ne résistant plus aux attaques des novateurs que par la magie de ce beau nom de Bourbon (1) ; qu'on se flgure Voltaire jeté sur cette société en dissolution comme un serpent dans un marais, et Ton ne s'étonnera plus de voir l'action contagieuse de sa
Renséehdter la fin de cet ordre politique que slontaigne et abelais avaient inutilement attac(ue dans sa jeunesse et dans sa vigueur. Ce n'est pas lui qui rendit la maladie mortelle, mais c'est lui qui en développa le germe, c'est lui qui en exaspéra les accès. Il fallait tout le venin de Voltaire pour mettre cette fange en ébullition ; aussi doiton imputer à cet infortuné une grande partie des choses monstrueuses de la révolution. Quant à cette révolution en elle-même, elle dut être inouïe. La Providence voulut la placer entre le plus redoutable des sophistes et le plus formidable des despotes. A son aurore. Voltaire apparaît dans une saturnale funèbre (2); à son déclin, Buonaparte se lève dans un massacre (3).