‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 237 sur 309 · PROMENADE · texte numérisé non relu

PROMENADE

Voici les lieux chers à ma rêverie, Voici les prés dont j'ai chanté les fleurs.

Ahable Tastu, la Lyr$ égarée.

ODE VINGTIÈME

Ceins le voile de gaze aux pudiques couleurs. Où ta féconde aiguille a semé tant de fleurs!

Viens respirer sons les platanes; Couvre-toi du tissu, trésor de Cachemir, Qui peut-être a caché le poignard, d'un émir,

Ou le ftein jaloux des sultanes.

Aux lueurs du couchant vois fumer les hameaux. La vaneur monte et passe; ainsi s'en vont nos maux,

Gloire, ambition, renommée i Nous brillons tour à tour, jouets d'un fol espoir . Tel ce dernier rayon, ce dernier vent du soir

Dore et berce un peu de fumée.

A l'heure où le jour meurt à l'horizon lointain,

Qu'il m'est doux, prés d'un cœur qui bat pour mon destin,

D'égarrr mes pas dans la plaine!

Qu'il m'est doux près de toi d errer libre d'ennuis, Quand tu mêles, pensive, à la brise des nuits

Le' parfum de ta douce haleine!

C'est pour un tel bonheur, dés Tenfance rêve. Que j ai longtemps souffert et que j'ai tout bravé!

Dans nos temps de fureurs civiles, Je te Sois une paix q^ne rien ne peul troubler: Plus de vide en mes jours 1 Pour moi tu sais peupler

Tous les déserts, même les villes!

Chaque étoile à son tour vient apparaître au cieU Tels,^ quand un grand festin d'ambroisie et de miel

Embaume une riche demeure, Souvent sur le velours et le damas soyeux On voit les plus hâtifs des convives joyeux

S'asseoir au banquet avant l'heure.

Vois,"— c'est un météore! il éclate et s'éteint.

Plus d'un grand homme, aussi, d'un mal secret atteint,

Rayonne et descend dans la tombe.

Le vulgaire l'ignore et suit le tourbillon; Au laboiu'eur courbé le soir sur le sillon

Qu'importe l'étoile qui tombe !

Ah ! tu n'es point ainsi, toi dont les nobles pleurs De toute âme sublime honorent les malheurs!

Toi qui gémis sur le poète 1 Toi qui plains la victime et surlout les bourreaux ! Qui visites souvent la tombe des héros.

Silencieuse, et non muette !

Si quelque ancien chAteau devant tes pas distraits Lève son donjon noir sur les noires forêts,

B:en loin de la ville importune ; Tu t'arrêtes soudain; et ton œil tour à tour Cherche et perd à travers les créneaux de la tour

Le pAle croissant de la lune.

C'est moi qui t'inspirai d'aimçr ces vieux piliers, Ces temjples où jadis les jeunes chevaliers

Priaient, armés nar leur man*!iine; Ces palais où parfois le poète endormi A se/ili sur sa bouche, en tr'ou verte à demi^

Tomber le baiser d'une reine.

Mais rentrons : vois le ciel d'ombres s'environner; Déjà le frêle esquif qui doit nous ramener

Sur les eaux du lac étincelle; Cette barque ressemble à nos jours inconstants Qui flottent dans lo nuit sur l'abîme des temps;

Le gouffre porte la nacelle !

La vie A^ chaque instant fuit vers l'éternité; Et le corps, sur la terre, où l'âme l'a quitté,

Reste sans souffle et sans parole, fiinsi quand meurt la rose, aux royales couleurs, Sa feuille, que l'aurore en vain baigne de pleurs,

Tombe, et son doux parfum s'envole I

Octobre 18S5.

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