‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 306 sur 309 · AU BORD DE LA MER · texte numérisé non relu

AU BORD DE LA MER

Vois, ce spectacle est beau. — Ce paysage immense

8 lui toujours devant nous finit et recommence; es blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux, Ce chaume où l'on entend rire un groupe joyeux; L'océan qui s'igoute à la plaine où nous sommes ; Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par le^ hommes, ' Montrant la double main empreinte en ses contours. Et des amas de rocs sous des monceaux de tours ; Ces landes, ces forêts, ces crêtes déchirées; Ces antres à fleur d'eau qui boivent les marées; Cette montagne, au front de nuages couvert, Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert, Gomme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe ; La ville que la brume â demi nous dérobe, Avec ses mille toits bourdonnants et pressés; Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés,

LES CUANTS DU CREPUSCULE

De VOIX el de chansons qui par moments s'élève;

Ces lames que la mer amincit sur la grève,

Où les longs cheveux verts des sombres goémons

Tremblent dans Teau moirée avec Tombrerdes inooU;

Cet oiseau qui voyage et cet oiseau qui joue;

Ici celte charrne, et lé-bas cette proue,

Traçai nt en même temps chacune leur sillon ;

Ces arbres et ces mata, jouets de l'aciuilon ;

Et là-bas, par delà les collines lointaines.

Ces horizons remplis de formes incertaines;

Tout ce que nous voyons, brumeux ou transparent.

Flottant dans les clartés, dans les ombres errant.

Fuyant, debout, penché, fourmillant, solitaire,

Vaguesy rochers, gazons ; — regarde, c'est la terre !

Et Li-haut, sur ton front, ces nuages si beaux

Où pend et se déchire une pourpre en lambeaux ;

Cet azur, qui ce soir scrc l ombre inGnie;

Cet espace qu*emplil l'éternelle harmonie ;

Ce merveilleux soleil, ce soleil radieux,

Si puissi(nt à dianger toute forme à nos yeux.

Que parfois, transformant en métaux les bruines.

On ne voit plus dans l'air que splendides ruines,

Entassements confus, amas étincelants

De cuivres et d'airains l'un sur l'autre croulants.

Cuirasses, boucliers, armures dénouées.

Et caparaçoiiS d'or aux croupes des nuées;

L*éther, cet océan si liquide et si bleu,

Sans rivage et sans fond, sans borne et sans milieu.

Que l'oscillation de toute haleine agite, .

Où tout ce qui respire, ou remue, ou gravite,

A sa vague et son Ilot, é d'autres flots uni,

Où passent â la fois, mêlés dans l'infini,

Air tiède et vents glacés, aubes cl crépuscules,

Brises dMiiver, ardeur des chaudes canicules,

Les parfums de la fleur et ceux de Tencensoir,

Les astres scintillant sur la robe du soir,

£t les brumes de gaze, et la douteuse étoile.

Paillette qui le perd dans les plis noirs du voile,

La clameur des soldats qu'enivre le tambour.

Le froissement du nid oui tressaille d*amour,

Les soufQes, les éehos, les brouillards, les fumées.

Mille choses que l'homme encor n'a pas nommées,

Les flots de la lumière et les ondes au bruit,

Tout ce qu'on voit le jour, tout Cfe qu'on sent la nuit ;

Eh bien ! nuage, azur, espace, éther, abîmes.

Ce fluide océan, ces régions sublimes

Toutes pleines de feux, de lueurs, de rayon^.

Où l'âme emporte l'homme, où tous deux nous fuyons.

Où volent sur nos fronts, selon des lois profondes,

Prés de nous les oiseaux et loin de nous les mondes,

Cet ensemble ineffable, immense, universel,

Formidable et charmant, — contemple^ c'est le ciel !

Oh oui ! la terre est belle et le ciel est superbe ; Mais auand ton sein palpite et quand ton œil reluit,

Suana ton pas gracieux court si léj^ sur l'herbe ; ue le bruit d'une lyre est moins àovoi que son bruit;

Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme.

Se lève rayonnant sur moi qu'il rajeunit.

Et de ta bouche rose, où naïc sa douce llamme.

Monte jusqu'à ton (iront comme l'aube au zénith;

Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m'arrive Disant des mots confus qui m'ccir.ppcnt souvent, Bruit d'une eau qui se perd sous l'ombre de sa rive, Chanson d'oiseau cacht» qu'on écoute eu rêvant ;

Lorsque ma poésie, insultée et proscrite, Sur ta tôle un moment se repose en chemin ; Quand ma pensée en deuil sous la tienne s'abrite, Comme un flambeau de nuit sous une blanche main ,

Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée; Quand ton ame, soudain appanie en tes yeux. Contemple, avec les pleurs d'une sœur exilée, Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieax.l

Îuand brille sous tes cils, comme un feu sous les branches, on beau regard terni par de longues douleurs ; Quand sur les maux |)nssés tout à coup tu te penches, Que tu veux me sourire et qu'il te vient des pleurs ;

Quand mon corps et ma vie a ton souflle résonnent. Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment ; Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent. Pont chanter dans mon cœur un céleste instrument;

Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême ! Quand ta noble nature, épanouie aux yeux, Comme l'ardent buisson qui contenait Dieu même, Ouvre toutes ses fleurs el jette tous ses feux,

Ce qui sort à la fois de tant de douces choses, Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour, Comme un parfum formé du souffle Vcent roses, C'est bien plus que la terre et le ciet;'c*est l'amour!

. OclobrelS...*

Tuisque nos heures sont remplies De trouble et de calamités ; Puisque les choses que tu lies Se détachent de tous côtés ;

Puisque nos pères et nos mères Sont allés où nous irons tons ; Puisque des enfants, têtes chères.

Se sont endormis avant nous ;

Puisque la terre où tu t'inclines Et que tu mouilles de tes pleurs, A déjà toutes nos racines Et quelques-unes de nos fleurs;

Puisqu'â la voix de ceux au'on aime Ceux qu'on aima mêlent leur voix ; Puisque nos illusions même Sont pleines d'ombres d'autrefois;

Puisqu'il l'heure où l'on boit l'extase On sent la douleur déborder; Puisque la vie est comme un vase Qu'on ne peut emplir ni vider;

• Puisqu'â mesure qu'on avance Dans plus d'ombre on se sent flotter, Puisque la menteuse espérance N'a plus de conte à nous conter ;

Puisque le cadran, quand il sonne, Ne nous promet rien pour demain ; Puisqu'on ne connaît plus personne De ceux qui vont' dans le chemin;

LES CHANTS DU CREPUSCULE

Mets ton esprit hors de ce inonde!

Mets ton rére ailleurs qu*ici-bas !

Ta perle n*est pas dans notre onde !

Ton sentier n*est point sous nos pas t

Quand la nuit n'est pas éloilée, viens te bercer aux ilols des mers ; Comme la mort elle est voilée, Gomme la vie ils sont amers.

L'ombre et Fabime ont un mystère

Sue nul mortel ne pénétra ; 'est Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour^ù tout parlera !

Le seotier qui finit où le chemin commence, Et Tair et le printemps et Thorizon immense, L'horison que ce monde attache humble et jovaur Comme une lèvre au bas de la robe des deux f Viens I et que le regard des-pudiques étoiles Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles, Que l'arbre pénétré de parfums it de chants, Que le soufue embrasé de midi dans les champs, Et TombrejBt le soleil, et Tonde et la verdure,. ^ fit le rayonnement de toute la nature Fassent épanouir, comme une double fleur, La beauté sur ton front et Tamour dans ton cœur !

Mû 18...

D'autres yeux de ces flots sans nombre Ont vainement cherché le 'fond !

D'antres, yeux se sont emplis d'ombre A contempler ce ciel profond *

Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cœur désert !

Demande une goutte à cette urnet Demande un chant A ce conœrt !

Plane au-dessus des autres femmes, Et laisse errer (es yeux si beaux Entre le ciel où sont les .'^mes Et la terre où sont les tombeaux !

Février id...

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