‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 40 sur 309 · AGAVA PARA LOS OTROS · texte numérisé non relu

AGAVA PARA LOS OTROS

« Ce que l'homme commence pour lui, Dieu Tachéve pour les autres, »

Ce qui me semble vraiment une fort belle sentence, Irèscathohque, très-triste et très-casti liane. Maintenant, qu'était ce Gutierez ? La pierre était évidemment arrachée de l'intérieur de la tour. 1645, c'est la date de la bataille de Rocroy. José Gutierez était-il un des vaincus de cette bataille? Y avait-il été pris? L'avait-on enfermé là? Lui avait-on laissé le loisir d'écrire dans son cachot ce mélancolique résumé de sa vie et de toute vie humaine? — Ces suppositions sont d'autant plus probables qu'il a fallu, pour graver une aussi longue phrase dans le granit avec un clou, toute celle patience des prisonniers qui se compose de tant d'ennui. Et puis qui avait mutilé celle inscrip-

LE RDIN.

tion de la sorte? — Est-ce tout simplement le tenrif s et le hasard? — Est-ce un mauvais plaisant? — Je penche pour cette dernière hypothèse. Quelque goujat, de méchant perruquier devenu mauvais soldat, aura été enfermé disciplinairement dans cette tour et aura cru faire montre d'esprit en tirant un sens ridicule de la çrave lamentation de 1 hidalgo. D*un visage il a fait une grimace. — Aujourd'hui le goujat et le gentilhomme, le gémissement et la facétie, la tragédie et la parodie, roulent ensemble pèlemêle sous le pied du même passant, dans la même brous saille, dans le même ravin, dans le même oubli!

Le lendemain, à cinq heures du matin, celte fois fort bien placé tout seul sur la banquette de la diligence Vnn (lend, je sortais de France par la route de Namnr et je gravissais la première croupe de la seule chaîne de hautes collines qu'il y ait en Belgique ; car la Meuse, en s'obstinant à couler en sens inverse de rabaissement du plateau des Ardennes, a réussi à creuser une vallée profonde dans celte immense plaine c|u*on appelle les Flandres ; plaine où rhomme a multiplié les forteresses, la nature lui ayant refusé les montagnes.

Âpres une ascension d'un quart d'heure, les chevaux déjà essoufflés, et le conducteur belge déjà altéré, se sont arrêtés d'un commun accord et avec une unanimité touchante devant un cabaret, dans un pauvre village pittoresque, répandu des deux côtés d'un large ravin c{ui déchire la montagne. Ce ravin, qui est tout à la fois le lit d'un torrent et la grande rue du village, est naturellement pavé du granit du mont mis à nu. Au moment où nous y passions, six chevaux, attelés de chaines, montaient ou plutôt grimpaient le long de celte rue étrange et affreusement escarpée, traînant après eux un srana chariot vide à quatre roues. Si le chariot eût été chargé, il eût fallu vin^chevaux ou plutôt vingt mules. Je ne vois pas trop à

Î|uoi peut servir ce chariot dans ce ravin, si ce n*est à faire aire des esquisses improbables aux pauvres jeunes peintres hollandais qu'on rencontre çd et là sur cette roule, le sac sur le dos et le bâton à la main.

Que faire sur la banquette d'une diligence à moins qu'on ne regarde? — J'étais admirablement situé pour cela. J'avais sdtls fes yeux un grand morceau de la voilée de la Meuse; au sud, les deux Givet gracieusement liés par leur pont; à l'ouest, la grosse tour ruiuée d'Agimont, se composant avec sa colline et jetant derrière elle une immense ombre pyramidale; au nord, la sombre tranchée dans laquelle s'enfonce la Meuse et d'où montait une lumineuse vapeur bleue. Au premier plan, à deux enjambées de ma banquette, dans lamansardedu cabaret, une jolie paysanne, assise en chemise sur son lit, s'habillait près de sa fenêtre toute grande ouverte, laquelle laissait entrer à la fois les rayons du soleil levant et les regards des voyageurs Quelconques juchés sur les impériales des diligences. Audessus de cette mansarde, dans le lointain, comme coui^)nnement aux frontières de France, se développaient sur une ligne immense les formidables batteries ue Charlemont.

Pendant aue je contemplais ce paysage, la paysanne leva les yeux, m aperçut, sourit, me ût un gracieux signe de tête, ne ferma pas sa fenêtre et continua lentement sa toilette.

LETTRK VI

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