‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 15 sur 104 · SIXIÈME PSAUME DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PSAUME DE LA PÉNITENCE

ARGUMENT

Ce Psaume, comme le précédent, a été fait par un des prophètes du peuple juif pendant la captivité de Babylone, et lorsqu'ils étaient dans l'espérance d'en sortir bientôt. Celui qui Va composé Explique en un seul mot Vabîme profond eles misères de ce peuple. Il presse Dieu de prêter l'oreille à ses prières; il reconnaît que les péchés des Hébreux ont causé leurs calamités; mais il met sa confiance dans la miséricorde (l'un Dieu propice, et dans les promesses qu'il a faites de les délivrer du joug des Assyriens. Il excite ensuite ce peuple à ne point cesser d'espérer dans la grâce du Seigneur, parce que sa miséricorde est abondante et qu'il est l'unique Sauveur qui rachètera Israël.

De profundis clamavi ad te, Domine; Domine, exaudi vocem meam.

C'est vers vous, mon Dieu, que j'élève mes cris du fond de l'abîme de mes misères; Seigneur, écoutez ma voix.

Seigneur, prêtez l'oreille à ma voix affligée; Mes soupirs, mes clameurs expliquent mes remords. Et je ne puis sortir, quels que soient mes efforts. De l'abîme profond où mon âme est plongée.

Sous le poids de ses fers elle est trop engagée. Vous savez les forfaits dont j'ai souillé mon corps; Mais de vos fleuves saints n'ouvrez point les trésors : Il n'en faut qu'une goutte, et cette âme est purgée.

Par les crimes affreux qui vous ont irrité Dans ce gouffre de maux je suis précipité; La porte des enfers à mes yeux est ouverte.

Les cris que ma douleur en a vers vous poussés Pourront-ils, ô mon Dieu, m'arracher à ma perte, Et qui m'exaucera si vous ne m'exaucez?

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Fiant aurcs tuœ intendentes in uocem de prccationis meœ.

Que vos oreilles soient attentives à la ferveur de la prière que je vous adresse.

SONNET

Plus je vous ai choqué par l'orgueil de mou crime, Plus à vos pieds divins je m'abaisse confus; El les cuisants regrets que mon cœur a conçus Régleront désormais le zèle qui m'anime.

Faites-vous de ce cœur une juste victime.

Je vous l'offre, ô mon Dieu; que mes vœux soient reçus,

Et ne m'accablez point du funeste refus

D'une grâce qui peut me sortir de l'abîme.

Quoique par mes péchés tant de fois offensé, Sensible au repentir dont je me sens percé, Ouvrez à ma prière une oreille attentive.

Ma voix pour vous fléchir jusqu'au ciel a monté : Vous voyez ma douleur; plus elle est humble et vive, Plus elle doit toucher un Dieu plein de bonté.

Si iniquitates observaveris, Domine. Domine, quis sustinebitf

Si vous pesez avec rigueur toutes nos iniquités, qui est-ce, mon Dieu, qui pourra soutenir la sévérité de votre justice?

SONNET

Après avoir Jassé votre juste colère Par l'abus que j'ai fait de vos divins secours, Par tant d'égarements, par tant de faux retours, Comment paraître aux yeux de mon juge sévère?

Mais je le sais, mon Dieu : lorsque d'un cœur sincère A votre grâce immense un pécheur a recours, De toutes vos fureurs vous suspendez le cours, Et le juge apaisé reprend le nom de père.

Si des iniquités qui franchissent vos lois Votre exacte rigueur examine le poids, Qui pourra soutenir votre amère justice.'

Mais une seule larme en détourne les coups.

Votre tendre pitié passe notre malice :

J'ai péché, je soupire et je me vois absous.

Quia apud te propitiatio est. et propter legem tuam sustinui te,

Domine.

Mais, Seigneur, vous êtes miséricordieux, et c'est sur les promesses de votre loi que j'ai fondé mon espérance.

SONNET

Des jugements" de l'homme et de votre justice. Qu'on ressent, ô mon Dieu, de différents effets! Il ne faut qu'à vos yeux confesser ses forfaits : On vous trouve tout bon, tout clément, tout propice.

Votre main nous soutient au bord du précipice; Au milieu de l'orage elle nous rend la paix : Sommes-nous accablés sous un pénible faix"? Aider notre faiblesse est tout votre délice.

Comblé de vos bienfaits mille fois éprouvés,

El par vous retiré du rang des réprouvés,

Mon espoir aujourd'hui l'emporte sur ma crainte.

Je suis sûr du pardon à mon crime accordé : Vous me l'avez promis, et sur votre loi sainte Malgré tous mes forfaits cet espoir est fondé.

Jfc

Psaumes de la Pe'nitence. 8

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Sustinuit anima mea in verbo ejus; sperauit anima mea in Domino.

Mon âme a mis sa confiance clans votre parole; et c'est dans votre bonté divine qu'elle espère.

SONNET

Vous l'avez dit, Seigneur : par une ingrate offense Quelque juste tourment que l'homme ait mérité, Il trouve le pardon de son iniquité Dans les amères eaux d'une humble pénitence.

Quelle bonté, mon Dieu! Quel excès de clémence!

Votre sainte parole est toute vérité.

Elle est inviolable, et sans témérité

Je puis dans ce décret mettre ma confiance.

Tout ce que l'univers renferme de pouvoir

Du salut d'un mortel ne peut fonder l'espoir.

Ce n'est de toutes parts que mensonge et faiblesse.

Le Seigneur est lui seul et mon guide et mon but, Et c'est dans tous les temps sur sa seule tendresse Que mon âme a fondé l'espoir de son salut.

A custodiâ matutinà usque ad noctem speret Israël in Domino.

Oui. mon Dieu, c'est en vous seul que le fidèle espère depuis la première veille du matin jusqu'à la nuit.

SONNET

Malheur à ces mortels privés de vous connaître, Et dont le cœur de chair à la terre attaché Croupit aveuglément dans l'indigne péché D'ignorer le vrai Dieu qui leur a donné l'être.

A cet heureux salut ils ne peuvent renaître.

Pour eux votre parole est un trésor caché;

Mais du reste du monde Israël détaché

En vous seul reconnaît son Dieu, son Roi, son Maître.

Du matin jusqu'au soir ses vœux vous sont offerts; C'est de vous qu'il attend de voir rompre ses fers; C'est vous seul qu'il invoque, en vous seul qu'il espère.

Ne lui refusez point votre bras imploré : Soyez toujours son Dieu, son véritable père, Et soyez de ce peuple à jamais adoré.

Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio.

Parce que vous avez une miséricorde infinie, et que l'abondance de vos grâces est la source de notre rédemption.

SONNET

Espérez donc en lui. peuple juste et fidèle; Soyez tous embrasés d'une pieuse ardeur. Et prosternés sans cesse aux pieds de sa grandeur, Tremblez, et révérez sa clémence éternelle.

A l'abri de son bras, sous l'ombre de son aile. De sa miséricorde éprouvez la douceur.

Il est et fut toujours votre unique Sauveur. Et toujours ses bontés préviennent votre zèle.

De ce vaste Océan qui n'a ni fond ni bords Combien épanche-t-il sur vos cbefs de trésors, S;uis vouloir de vos cœurs qu'un véritable hommage!

Il vous donne la vie. il vous comble de biens: Et lorsque le péché vous tient dans l'esclavage. -t lui qui vous rachète et brise vos liens.

Et ipse rcdimct Israël ex omnibus iniquitatibus eius.

Et c'est ce qui assure Israël que vous le délivrerez de toutes les misères où l'ont plongé ses iniquités.

SONNET

Peuple qui l'adorez, son bras est votre asile. En vain tous les enfers s'armeraient contre vous Vous ne redoutez point d'un ennemi jaloux Ni l'effort impuissant ni la rage imbécile.

En vain le séducteur, par sa ruse subtile, Vous offre des plaisirs les attraits les plus doux : Un rayon de la grâce opposée à ses coups Rend du juste attaqué le triomphe facile.

C'est lui qui compatit à vos infirmités,

Et rachète Israël de ses iniquités,

Quand une faible chair dans le péché l'entraîne.

Un coup d'œil, secondé d'un rayon gracieux,

Du pécheur pénitent rompt la plus dure chaîne,

Et de tous les enfers le rend victorieux.

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PRIÈRE

Dieu tout-puissant, qui. pour tirer de la servitude d'Egypte les enfants de Jacob, les avez fait passer sans péril au travers des abîmes de la mer: qui avez sauvé Jonas des gouffres où il fut précipité. Daniel de la caverne des lions, et les trois enfants de la fournaise ardente, prêtez-moi cette même main pour me tirer des abîmes profonds de mon péché. Mes cris partent du fond du précipice où je suis englouti : écoutez-les, exaucez-les, et ouvrez une oreille pitoyable à la ferveur de ma prière. Je rougis du nombre et de l'énormité de mes offenses. Pourrais-je, mon Dieu, soutenir votre fureur, .si vous vouliez avec exactitude peser et punir toutes mes iniquités? Mais vous êtes bon, et vous avez promis le salut à mon repentir. C'est, mon Dieu, sur cette confiance que j'ose me présenter devant vous. Oui, mon Dieu, j'espère en vous: mon espérance a commencé avec ma vie et ne cessera point jusqu'à ma mort. Je sais quelle est l'abondance de vos miséricordes, et que, m'ayant reçu au nombre des fidèles, vous me pardonnez toutes mes fautes et me rachèterez de la mort éternelle.

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