LE PSAUME XIX
(EXAUDIAT) paraphrasé en sonnets
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AVERTISSEMENT
Les dix sonnets qui suivent ont paru l'an dernier dans Je Correspondant. Aucun critique, à ma connaissance du moins, n'a osé se prononcer d'une manière ouverte contre l'origine que je leur attribuais. Cependant, plusieurs ont jugé que Racine, en admettant qu'il en fût l'auteur, ne s'y était pas montré très grand poète. J'avoue qu'ils n'égalent pas en perfection '( u\ qu'on vient de lire. La paraphrase demande de la simplicité, el Racine le savait bien, puisqu'il n'avait donné jusque-là à ses sonnets sur les Psaumes que la parure d'une cadence fort savante assurément, mais sans pompe. Il crut devoir changer de manière en abordant le Psaume XIX. dont le commentaire devint sous sa plume un éloge lyrique de Louis XIV. C'était pécher, dans une vue de flatterie, contre la règle essentielle du genre adoplé. et exiger de la paraphrase \n\ efforl dont sa faible voix n'était pas capable. On peut alléguer I our excuse que trop de simplicité eût ressemblé à de la froideur, el que le moment d'une rentrée en grâce ne convenait guère pour un exemple inaccoutumé de modération dans les louantes du Roi.
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ARGUMENT
David composa ce psaume pour être chanté par ceux qui l'assistaient aux deux sacrifices qu'il offrit à Dieu avant que de partir de Jérusalem pour aller combattre les Ammonites, qui avaient tiré de la Syrie et de la Mésopotamie une puissante armée de cavalerie et de chariots armés, comme on le voit dans le X/Xc chapitre du premier des Paralipomcnes, De ces deux sacrifices qu'il offrit, l'un était particulier, dans lequel on employait la farine, le pain, i huile, le vin et l'encens; et c'est ce que le troisième verset appelle du nom de sacrifice, parce que c'était celui pour David en particulier. Mais Vautre, qui était le sacrifice public offert pour le salut du peuple, c'était l'holocauste, qui s'offrait toujours avant que d'entamer une guerre, comme on le voit dans le XlIIe chapitre du premier des rois; et voilà pourquoi dans le même verset il est parlé de sacrifice et <l holocauste. Or, quoique ce psaume se chante au nom du peuple en faveur du roi, ce n'est pas une raison pour n'en pas attribuer à David la composition, comme fait Kimchius, qui, par cette seule considération, l'attribue à un chantre particulier. Mais c'est avec raison qu'on se sert de ce psaume pour en faire lu prière j)our les Rois, et principalement lorsqu'ils se trouvent exposés dans quelque guerre dangereuse.
Exaudiat te Do mi nus in die tribulationis; protegat te nomen Dei Jacob.
0 mon Roi, que le Seigneur vous exauce dans le jour de votre peine; que le nom du Dieu de Jacob vous protège.
Grand Roi, que l'Eternel formant à son image A choisi pour le chef d'un peuple glorieux. Vous qui d'un cœur sincère et d'un zèle pieux. Rendez au Roi des rois un si fidèle hommage.
Que toujours près de vous dans le fort de l'orage, Sensible à vos soupirs, il exauce vos vœux: Que sur vous attachant ses favorables yeux, De vos afflictions sa bonté vous dégage.
Que contre tous périls dans l'ardeur des combats
11 mette votre tête à l'abri de son bras.
El vous couvre partout de son ombre adorable.
Du grand Dieu de Jacob à qui tout est soumis Que h- terrible nom. que ce nom redoutable. Vous serve de rempart contre vos ennemis.
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Mittat tibi auxilium de sancto ; et de Sion tueatur te.
Qu'il vous envoie son secours du lieu saint où il habite; qu'il descende du tabernacle de Sion pour vous défendre.
SONNET
Que ce Dieu tout-puissant, seul arbitre du monde, De succès glorieux couronnant vos projets, Et conservant un Roi si cher à ses sujets. Vous ouvre de sa grâce une source féconde.
Que de son trône saint sa Sagesse profonde, De ses divins regards baissant sur vous les traits. Tienne dans vos besoins ses secours toujours prêts. Puisque c'est sur lui seul que votre espoir se fonde.
Que son aide accordée à vos vœux écoutés
Vous fasse ressentir ses prodigues bontés;
De leurs torrents sur vous qu'il verse l'abondance.
Que du mont de Sion ces- secours descendus
En tout temps, contre tous prennent votre défense,
Et que vos ennemis en restent confondus.