ET QUE LE FIDÈLE QUI ESPÈRE EN LUI EST SAUVÉ
Oui, Seigneur, je l'ai dit : je garde le silence, El j'étouffe en mon cœur mes discours superflus (1).
Puisque le murmure t'offense, Tels que soient (2) mes tourments, je ne murmure plus.
J'ai mis devant ma bouche une puissante digue Pour en mieux arrêter les coupables éclats.
Le pécheur en vain me fatigue :
Sans me plaindre de toi je soutiens ses combats (3).
Dans le fort de mes maux résolu de me taire, J'ai cru de mes bourreaux adoucir le courroux.
Mais je n'ai fait que leur déplaire, Et j'ai vu ma douleur redoubler sous leurs coups.
Mon cœur que pénétrait cette douleur amère, A pris feu sous le poids de mes afflictions;
1. Andrnmaque, 1569 : ... J'étouffe en mon cœur la raison qui m'éclaire.
2. Livres annotés : Ne négliger ses fautes et ne les croire petites, telles qu'élite soient.
3. Phèdre, 311 : Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats.
Et le brasier de ma colère S:est encore augmenté par mes réflexions.
J'ai parlé: mais. Seigneur, tu le pouvais entendre : Je ne murmurais point, t'adressant mon discours.
Mais je t'ai prié de m' apprendre Quel terme tu mettais au reste de mes jours"?
Oui, Seigneur, apprends-moi le nombre des années Que tu m'as ordonné de couler ici-bas.
A quel temps les as-tu bornées.
Et que m'en reste-t-il jusques à mon trépas?
C'est toi. puissant auteur de toute la nature (1), Qui limitas mes jours quand tu réglas les cieux.
Mais telle qu'en soit la mesure.
Longue ou courte, ma vie est un rien à les yeux.
Dans nos fragiles corps qu'est-ce donc que nous sommes? Une vaine vapeur qu'un petit vent détruit.
Que sont devant toi tous les hommes (2)? Une ombre qui se perd 3 dans le sein de la nuit (4).
L'homme passe à tes yeux ainsi que la chimère D'une image que forme un nuage roulant.
Que lui sert donc dans sa misère D'agiter pour un rien son esprit turbulent (5)?
1. Ibid., L97 : Vous offensez ]<s dieux, auteurs de votre vie.
' Iphigénie, 1464 : Que peuvent devant vous tous les faibles humains?
3 Phèdre, 13 : Où l'on voit l'Achéron se perdre eh<'Z les morts.