‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 86 sur 104 · QUE SA GRACE LUI A PROCURÉ SUR SES ENNEMIS · texte numérisé non relu

QUE SA GRACE LUI A PROCURÉ SUR SES ENNEMIS

Ferme appui de mon âme au milieu de mes peines, Que je t'aime, Seigneur, toi qui me rends si fort! Toi. Sauveur, qui brises mes chaînes, Toi qui fus toujours mon support (1).

Ta divine pitié, regardant ma misère,

Rend ton bras toujours prêt à me porter secours;

C'est en ce bras seul que j'espère,

C'est à lui seul que j'ai recours.

Mon salut est l'effet de ta toute-puissance;

Je t'ai pour protecteur dans mes rudes combats :

Et touché de mon indigence.

Tu me reçois entre tes bras.

Invoquant ton saint nom et célébrant ta gloire, Je publirai partout tes immenses bienfaits;

1. Oui, mon Dieu, vous serez uniquement l'objet de mon amour; vous êtes ma force, mon appui, mon asile et mon Sauveur.

El par toi j'aurai la victoire Sur tous mes ennemis défaits.

Mon âme a ressenti l'attaque violente

De tout ce que la mort a de plus douloureux;

Et l'affreux péché m'épouvante

De ses torrents impétueux.

Tout ce qu'ont les enfers de plus cruelles peines, Dans mon cœur déchiré j'en ai senti l'effort;

Et j'ai, sous le poids de mes chaînes,

Gémi dans les lacs de la mort.

Mais recourant enfin à ton aide éprouvée. De mon affliction je t'ai peint les horreurs,

Et ma voix au ciel élevée

T'a porté mes vives clameurs.

Ta bonté qui se rend aux cris de l'innocence A du haut de ton trône écouté ma douleur;

Ces cris poussés en ta présence

T'ont passé de l'oreille au cœur.

A ton juste courroux la terre s'est émue (1)

Quand tu m'as vu languir dans mes cruels tourments;

Et les montagnes à ta vue

Ont tremblé jusqu'aux fondements.

1. La terre s'est émue; elle a tremblé, et les fondements des montagnes se sont ébranlés, parce qu'il s'est mis en colère contre mes ennemie.

Son courroux s'est enflammé; la fumée en a monté jusqu'au ciel; son '. visage s'est embrasé, et les charbons s'allumaient au feu qui en sortait.

Les deux se sont abaissés; il a descendu, et une sombre obscurité était sous ses pieds.

De ton feu jusqu'au ciel a monté la fumée; Tes yeux jusqu'aux enfers ont porté la terreur :

La braise s'en est allumée

Dans les charbons de ta fureur.

Humiliant sous toi leur voûte suspendue, Pour descendre ici-bas tu fais plier les cieux :

Sous tes pieds une épaisse nue

Te forme un tapis glorieux.

Tu fais, en t'ébranlant, ton marchepied des têtes Qu'abaissent devant toi les chérubins ardents,

Et tu voles dans les tempêtes,

Porté sur les ailes des vents.

Renfermant ta grandeur sous le voile des nues, Tu caches ton éclat au sein d'un tourbillon;

Et sur toi des eaux épandues

Te couvrent comme un pavillon.

Les éclairs de tes yeux ont percé le nuage;

On en a vu sortir des feux étincelants : Ils ont fait pleuvoir un orage De grêle et de charbons brûlants.

Il a monté sur la tête des Chérubins pour prendre son vol; il a volé sur les ailes des vents.

11 a caché l'éclat de sa majesté sous un voile de ténèbres, et s'est fait un pavillon de l'eau des épaisses nuées qui l'environnaient.

Ses regards ont lancé des éclairs qui ont fendu les nues; et la grâce et les charbons de feu en sont tombés.

Sa voix terrible a formé un tonnerre effroyable dont le bruit est venu du ciel; et la grêle et les charbons de feu en sont tombés.

Il a lancé ses flèches et a dissipé mes ennemis; il les a confondus par la multitude de ses éclairs et de ses foudres.

A ce bruit épouvantable, les sources des eaux ont sorti de la terre, et ses fondements ont été découverts.

Ta voix avec l'éclair s'est ouvert un passage;

Tes foudres ont tonné du haut des cieux brillants :

Ils ont fait pleuvoir un orage

De grêle et de charbons brûlants.

Ces fiers persécuteurs qui m'ont cru mettre en poudre Par ton trait décoché se sont vus dissipés;

Les fréquents éclats de la foudre

D'épouvante les ont frappés.

Les eaux que dans ses flancs la masse ronde serre A ta voix ont sorti des abîmes ouverts:

El les fondements de la terre

A tes yeux se sont découverts.

Au bruit impétueux de ta menace amère.

Tout s'ébranle, Seigneur; tout est ému. tremblant;

Au seul souffle de ta colère

Tout l'univers est chancelant.

Tu m'as pris sous ton bras, tu t'es fait mon refuge: J'ai vu partir des cieux ton secours imploré :

J'allais périr sous le déluge.

Mais de ses eaux tu m'as tiré.

Mes mortels ennemis m'accablaient de leur haine, Mais ta bonté m'arrache à leurs puissants efforts;

Sans toi ma défense était vaine :

.1 étuis faible autant qu'ils sont forts.

Dans les préventions de leur noire malice, Ils ont cru m'opprimer, me voyant affligé:

M:iis contre leur vain artifice

Ton bras m'a toujours protégé.

L'Eternel m'a tiré de ce péril extrême,

Quand mon vaisseau fragile était près d'échouer;

Il m'a sauvé parce qu'il m'aime

Et qu'il a voulu me sauver.

Oui, ton bras me soutient, sachant mon innocence, Toi de qui l'œil pénètre au fond des cœurs humains;

Tu régleras ma récompense

Sur l'intégrité de mes mains.

Du chemin que ta loi trace à l'homme fidèle Je ne me suis jamais un moment écarté:

Non, jamais, à mon Dieu rebelle.

Je n'ai commis d'impiété.

Dans tes saints jugements j'adorais ta justice; J'avais sur eux toujours le regard arrêté :

Que tu sois sévère ou propice,

J'ai pris pour loi ta volonté.

Oui, j'espère, Seigneur, paraître sans souillures, Lorsqu'à ton tribunal on me verra cité.

Tu chéris trop les âmes pures,

El j'abhorre l'iniquité.

Oui, ton bras me soutient, sachant mon innocence, O toi dont l'œil pénètre au fond des cœurs humains;

Tu régleras ma récompense

Sur l'intégrité de mes mains.

Tu te plais, quand tu vois une âme pure et sainte, A lui communiquer toute ta sainteté,

El le juste voit dans ta crainte

Redoubler son intégrité.

252 4,4*4t4*4«n*4*^^^^4»^^^4t^4f^^^4'--,î»4f',ît-^--^'4'-<î»<î»^

Ceux qui veulent t'aimer d'un cœur droit et sincère, Tu leur fais éprouver ta sincère bonté;

Mais tu quittes d'un front sévère

L'ingrat pécheur qui t'a quitté.

A qui d'un humble cœur implore ta clémence Tu tends pour le conduire une puissante main;

Mais tu renverses l'insolence

De l'œil superbe et du cœur vain.

Que pour entretenir la lampe qui m'éclaire. Ta grâce me fournisse un baume précieux;

Viens dissiper par ta lumière

La nuit qui me couvre les 3-eux.

Le tentateur adroit à ta puissance cède; Sous ses efforts subtils je n'ai point trébuché :

Et je renverse par ton aide,

La muraille de mon péché.

Ta route, ô mon Sauveur, est une route pure; Ta parole est un or dans les feux raffiné.

Celui qui sur ton bras s'assure

N'en est jamais abandonné.

Dans l'univers soumis à Ion pouvoir suprême, Est-il, Seigneur, est-il un autre Dieu que toi?

Est-il un Dieu que le Dieu môme

Qui me tient rangé sous sa loi?

C'est lui qui rend mon cœur invincible, intrépide. Ce cœur que les pécheurs avaient presque abattu;

C'est lui qui sans erreur me guide

Dans le chemin de la vertu.

Lui qui du cerf léger, pour m'arracher du monde, A donné la vitesse à mes pieds affermis;

Lui qui, pour me tirer de l'onde,

Sur le roc solide m'a mis.

C'est lui qui contre ceux qui voudraient me surprendre Instruit pour le combat et mon cœur et ma main ;

C'est ce Dieu qui pour me défendre

Fais de mes bras un arc d'airain.

C'est après toi, Seigneur, que mon âme soupire; C'est toi qui m'as sauvé par ta protection :

Et ta droite, ô mon Dieu, me tire

D'une cruelle oppression.

Ta main m'a corrigé comme fait un bon père

Qui du fils qu'il châtie a le bien pour tout but:

Ce coup de verge nécessaire

M'a mis au chemin du salut.

Tes soins ont aplani le sentier où je passe;

Mes pas pour te chercher y sont moins chancelants:

Et mes pieds, que soutient ta grâce.

Ne sont ni faibles ni tremblants.

Ces lâches ennemis, à leur tour mis en fuite, Ne pourront éviter ou mes fers ou mes traits;

Je n'en quitterai la poursuite

Que quand je les aurai défaits.

Ils ne m'opposeront qu'une vaine défense. Rompus de toutes parts, de mes dards foudroyés,

Ils tomberont sous ma puissance

El je les mettrai sous mes pieds.

En vain ces ennemis m'ont déclaré la guerre. Tu me prêtes ta force; ils trembleront d'effroi;

Déjà ton bras a mis par terre

Ceux qui s'élevaient contre moi.

Dissipant à mes yeux leur entreprise vaine, Tu leur as fait tourner honteusement le dos;

Tu fais périr ceux dont la haine

Cherche à me ravir le repos.

Ils ont crié, poussés au bord du précipice, Mais ils n'ont répandu qu'une vaine clameur.

Ils ont cru te rendre propice,

Et n'ont pu te toucher le cœur.

Tu les dissiperas comme le vent se joue

De la poudre qui forme un tourbillon volant;

Ils sécheront comme la boue.

Aux rayons d'un soleil brûlant.

Tu me délivreras des perfides surprises D'un peuple aveuglément animé contre moi;

Par toi les nations soumises

Subiront mon joug et ma loi.

Un peuple qui jamais ne connut ma puissance Est venu me servir d'un cœur pur et zélé;

Il m'a promis obéissance

En même temps que j'ai parlé.

Mais de mes traîtres fils la nation menteuse A vieilli sans se rendre à ton attrait divin;

Us ont, d'une jambe boiteuse,

Abandonné le droit chemin.

Qu'au nom du Dieu vivant la terre s'humilie. De nos hommages purs rendons-lui le tribut;

Qu'en le glorifiant tout plie

Sous cet auteur de mon salut.

Si mon peuple est soumis, n'est-ce pas ton ouvrage? De l'effort des méchants c'est toi qui m'as vengé;

C'est toi, Seigneur, qui de leur rage

Par ta grâce m'as dégagé.

De mes persécuteurs confondant la malice, Tu me garantiras de leur lâche fureur;

De l'homme rempli d'injustice

Tu sauveras ton serviteur.

Toutes les nations apprendront ta victoire; J'en ferai le sujet d'un cantique sacré, Et par des hymnes à ta gloire Ton saint nom sera célébré.

Sur ton Christ, sur David, fais descendre ta grâce, Dieu qui sauves les rois par des coups éclatants.

Bénis son éternelle race

Jusqu'au delà de tous les temps.

256 ***<î*4î********<îf<îf4***<î*********<f*«r<î*4»

Page 1