‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 91 sur 104 · Prononcez fui-yent · texte numérisé non relu

Prononcez fui-yent

'un Ange envoyé de Dieu 1rs suive e! le., serre de près. — Sacy Et que l'Ange du Seigneur suit attaché à. les poursuivre.

Mais tu verras, ô Dieu qui remplis mes désirs,

Mou àme tressaillir de joie;

Et je goûterai les plaisirs Du salut glorieux que ta boulé m'envoie,

Tous mes os, sous la chair dont ils sont revêtus, Te diront, ô Maître adorable, Qu'en gloire, en puissance, en vertu,

Rien dans tout l'univers n'est à toi comparable .(1).

C'est toi qui des efforts d'un ennemi puissant Sauves le faible qu'on opprime; Toi qui délivres l'innocent

De tant d'avides mains dont il est la victime.

Des témoins corrompus et d'un cœur endurci

Ont attaqué mon innocence;

Par eux je me suis vu noirci De choses dont jamais je n'eus de connaissance (2).

Ceux même que j'avais comblés de mes bienfaits, Les premiers m'ont livré la guerre; En vain j'en attendais la paix :

Mon âme n'a semé qu'en une ingrate terre.

Mais bien loin que mon cœur s'emportât de courroux Contre leur injuste malice,

1.0 înuii Dieu, qui est-ce qui peut se comparer à TOUS? — Latin: Domine, qms similis tibi? — Sacy : Seigneur, qui vous est. semblable?

2. Ils m'ont accusé de choses dont je n'avais pas la moindre connaissance. Sacy : Ils m'ont interrogé sur des choses que je ne connaissais \

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Je ne me vengeais de leurs coups Qiren me revètissant moi-même du cilice (1).

Dans un jeûne constant ma pieuse douleur

Sans cesse humiliait mon âme:

Et je poussais du fond du cœur Une ardente prière et des soupirs de flàme [2

Je les aimais encor ces ingrats, ces pécheurs.

De l'amour dont on aime un frère 3);

Et toujours baigné dans mes pleurs.

D'un cœur humble et contrit je portais ma misère.

Réjouis de mes maux, ces traîtres en secret Ont fait un complot pour ma perte; Sans que j'en susse le sujet,

De mille coups cruels j'ai vu ma chair ouverte.

Tu les a terrassés, mais leur âme jamais

De remords ne fut pénétrée;

Leurs langues m'ont lancé leurs traits, Et dans leurs grincements leur rage s'est montrée.

Quanti donc veux-tu, Seigneur, jeter sur moi les yeux,

Pour dissiper tant de malices?

Sauve des lions furieux Une âme qui de toi fait ses seules délices.

1. Bossuel a dit de même : <>n parh i i soi-mêm un langage humain rt on revêtit sa penséi </■ paroi -. I ! pai Littré au mot revêtir).

2. Voir l'Introduction grammaticale au Lexiqiu d( Racine, p. CXXXVII.

3. Je les aimais comme j'aurais aimé mon meilleur ami el mon propre frère. — Sacy : .l'avais pour chacun d'eux de la complaisance comme pouf

un proche et pour un frère.

Pour publier les biens dont tu m'auras comblé,

Je verrai ton Eglise unie;

Aux yeux de ton peuple assemblé Je loûrai ta puissance et ta force infinie,

Ne laisse point, Seigneur, prévaloir contre moi

Ces ennemis qui me haïssent;

Ces trompeurs, ces hommes sans foi, Qui me flattent de l'œil, et du cœur me trahissent.

A les ouïr parler, il n'est rien de plus doux : Ce n'est que paix en apparence.

Mais pleins d'un terrestre courroux,

Ils ne pensent au fond qu'à fourber l'innocence.

Ils ont ouvert sur moi, prêts à me dévorer, De leurs gosiers l'affreux abîme, Va, va, tu ne peux t'en tirer.

M'ont-ils dit, l'on t'a vu; nous connaissons ton crime.

Ah! Seigneur, tu le sais, si je suis criminel;

Oui, tu le sais : romps le silence.

X abandonne pas un mortel Qui dans ton bras divin met toute sa défense.

Viens donc pour me prêter le secours que j'attends, Et toi-même rends-toi mon Juge; Soutiens ma cause et me défends.

O mon Dieu, mon Seigneur, et mon premier refuge.

Oui, juge-moi, Seigneur, selon ton équité,

Toi qui m'as fait ta créature;

De ceux dont je suis insulté Ne laisse point sur moi triompher l'imposture.

Qu'ils ne me viennent point, d'un cœur dur et sans Foi

Ni mépriser, ni faire outrage:

Qu'ils ne disent jamais de moi :

Nous l'avons dévoré, sa mort est notre ouvrage.

Couvre d'opprobres ceux qui causent mon tourment,

Et dans le coeur s'en réjouissent:

Ceux qui m'accusent faussement.

Confonds-les. ô mon Dieu, que de honte ils rougissent.

Redouble les plaisirs et comble les souhaits De ceux qui me rendent justice: Ceux qui me désirent la paix.

Qu'en louant ta puissance, ils te rendent propice.

Et moi. que tes bontés au port auront conduit.

Je publîrai partout la gloire :

El loûrai le jour et la nuit La puissance d'un Dieu dont j'attends la victoire.

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