‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 94 sur 104 · ET INVITE TOUTES LES CRÉATURES A LOUER LE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

ET INVITE TOUTES LES CRÉATURES A LOUER LE SEIGNEUR

Sauve, ô mon Dieu, mon seul refuge, Une âme que déjà gagne le flot amer; De mes afflictions tu vois l'affreux déluge Tout prêt à m' abîmer.

Enfoncé dans la bourbe immonde, Je fais pour m'en tirer d'inutiles efforts, Et je ne trouve rien dans la vase profonde Qui soutienne mon corps (1).

Dans une mer pleine d'orage, Un vent impétueux a brisé mon vaisseau; Et je flotte, porté d'un reste de naufrage. A la merci de l'eau.

D'une voix dans les airs perdue,

J'ai jusqu'à m' enrouer poussé des cris perçants,

1. Je suis enfoncé dans un profond bourbier de calamités, et je n'y trouve Joint de fond pour me soutenir. - Sacy : Je suis enroncé dans une boue profonde, et je n'y trouve pas où poser le pied.

Et privés de l'espoir de ta grâce attendue, Mes yeux sont languissants.

J'ai moins de cheveux sur la tête Qu'on ne voit contre moi d'ennemis s'assembler; Toute injuste qu'elle est, leur haine est toute prête, Seigneur, à m'accabler.

Pour me mettre au fond de l'abîme, Ils se sont ameutés, ces cruels ennemis; Ils m'ont dans leur fureur condamné pour un crime Que je n'ai point commis.

Je n'ai rien fait cpie tu ne saches; Ton œil voit dans mon cœur le plus petit péché, Tu connais mes défauts; rien, jusqu'aux moindre taches.

En moi ne t'est caché.

Ne permets pas que les fidèles, En me voyant souffrir, sentent leurs cœurs troublés; Empêche qu'à l'aspect de mes peines cruelles, Ils ne soient ébranlés.

Que ceux qui cherchent à te plaire Ne soient point détournés en voyant tes refus; Si lu m'allais priver du secours que j'espère. Ils en seraient confus.

Tout ce que j'ai reçu d'outrage, Uniquement pour toi, Seigneur, je l'ai souffert; Oui. c'est pour toi. mon Dieu, (pion a vu mon visage D'opprobres tout couvert.

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Dans le comble de ma misère.

Mes frères n'ont partout cherché qu'à m'aiïliger; Les ingrats m'ont toujours, quoiqu'enfant de leur mère, Traité comme étranger.

Dévoré de mon zèle extrême, Du soin de ta maison quand j'ai fait mon emploi, De ses profanateurs l'injurieux blasphème S'est tourné contre moi.

Par les rigueurs d'un jeûne austère Quand j'ai mortifié mon esprit abattu, Ce jeûne a-t-il rien fait que servir de matière A railler ma vertu (1)?

J'ai pris la haire et le cilice, Et m'en suis revêtu pour paraître à tes yeux; Par là je me suis fait à leur noire malice Encor plus odieux.

Dans leurs jugements exécrables, Les juges ont vomi contre moi leurs poisons; Et les buveurs m'ont fait à leurs infâmes tables L'objet de leurs chansons.

Tandis qu'ils cherchaient ma ruine, Prosterné devant toi, je t'offrais mes douleurs. Quand te plaira-t-il donc, par ta bonté divine,

De finir mes malheurs?

1. Le jeune dont j'ai macéré mon âme n'a fait que servir de »pprobres dont ils m'ont chargé. — Sacy : J'ai affligé et humilié mon ame e jeune; et cela même a été pour moi un sujet d'opprobre.

Sensible aux accents de ma plainte, Exauce-moi, mon Dieu, par ta grande bonté. Le salut m'est promis, et ta parole sainte ( Est toute vérité.

Arrache-moi de cette bourbe Qui cache sous mes pieds un abîme sans fond. Détruis mes ennemis; sauve-moi de leur fourbe Et du gouffre profond.

Que la furieuse tempête Ne m'engloutisse point au milieu de la mer; Et que le large puits n'aille point sur ma tête Soudain se refermer.

Des secours que ta grâce accorde Fais-moi sentir l'effet en exauçant mes vœux; Et suivant les douceurs de ta miséricorde, Jette sur moi les yeux.

Voudrais-tu détourner ta face D'un enfant qui sans toi serait prêt à périr? Daigne donc m'exaucer, Seigneur, et rends ta grâce Prompte à me secourir.

Dans les fers mon âme asservie Implore ton secours; viens-t'en la délivrer; Des mains de ces pécheurs qui poursuivent ma vie, Viens, Seigneur, me tirer.

Si tu sais dans ma peine amère.

L'outrage qu'on m'a fait, et ma confusion, Tu sais aussi. Seigneur, à quel point je révère Ton adorable nom.

Tu les tiens tous en ta présence Ces coupables auteurs de mes afflictions. Devant qui j'ai souffert d'une humble patience Les plus cruels affronts.

En vain, accablé de tristesse, J'attendais que quelqu'un prît part à mes douleurs (1); Et je n'ai pu trouver dans le mal qui me presse Aucuns consolateurs (2).

Ces persécuteurs pleins de rage Du suc d'un fiel amer ont voulu me nourrir; D'un vinaigre malin ils ont fait un breuvage Qu'ils sont venus m'offrir.

Que, pour punir leurs artifices, Leur table n'ait pour eux que de mortels poisons; Que leurs cœurs confondus y trouvent les supplices Dus à leurs trahisons.

Prive-les de toute lumière (3); Que tes rayons divins n'éclairent plus leurs yeux. Fais-leur plier le dos; courbe-les de manière Qu'ils soient sans voir les cieux.

1. J'attends que quelqu'un prenne part à ma tristesse. — Sacy : J'ai attendu que quelqu'un s'attristât avec moi.

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