‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 96 sur 104 · LA MISÉRICORDE DE DIEU POUR EN ÊTRE DÉLIVRÉ · texte numérisé non relu

LA MISÉRICORDE DE DIEU POUR EN ÊTRE DÉLIVRÉ

Auteur de mon salut, puissant Dieu que j'adore,

Espoir des cœurs humiliés.

Tant que dure le jour je crie et je t'implore; Tant que dure la nuit, tu me vois à tes pieds.

Que jusque dans les deux ma prière portée

Désarme ta juste rigueur; Que d'une oreille tendre elle soit écoutée : Que ses pieux élans te pénètrent le cœur.

Mon âme, dans les maux dont elle est accablée,

Gémit sous le poids de ses fers, Et je traîne une vie inquiète et troublée D.3 toutes les horreurs qu'on sent dans les enfers.

L'on m'a couvert d'opprobre et forcé de descendre

Au lac de l'éternel oubli; Tel qu'un abandonné qu'on ne veut point entendre, On m'a parmi les morts tout vif enseveli (1).

1. L'on me compte parmi ceux qu'on va descendre dans le tombeau: je suis comme un homme sans secours, et abandonné parmi les morts.

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Je suis semblable à ceux qu'une mortelle épée

Dans la tombe a précipités; A ceux dont la mémoire enfin s'est échappée. Et que tu jettes loin de tes yeux irrités.

Dans l'abîme profond d'un lac plein de misère

Mes persécuteurs m'ont réduit (1).

Mes yeux, mes tristes yeux, privés de leur lumière. N'y trouvent que l'horreur d'une mortelle nuit.

La constante rigueur de ta fureur amère Sans cesse augmente mon effroi.

Ht j'ai de toutes parts senti de ta colère Les flots pour m'abîmer se déborder sur moi.

Ceux qui me connaissaient, en voyant ma souffrance.

Ont fui, loin de me secourir; Et tous m'ont regardé dans leur lâche inconstance Comme un objet d'horreur qu'ils ne pouvaient souffrir.

Leurs noires trahisons au fort de ma disgrâce

N'ont jamais ébranlé mon cœur.

Et la seule indigence où j'étais de ta grâce Te faisait voir mes yeux accablés de langueur.

Pour t'amollir. Seigneur, mes prières ferventes

Duraient tout autant que le jour:

Prosterné, j'élevais vers toi mes mains tremblantes, El mes cris s'efforçaient d'éveiller ton amour.

1. Mes ennemis m'ont précipité dans un abîme profond de calamités. — Sacy : Ils m'ont mis dans une fosse profonde.

Ces merveilles qu'attend de toi ta créature, Les réserves-tu pour les morts (1)? Est-il des médecins qui de la sépulture Pour confesser ton nom puissent tirer les corps?

Est-ce dans les tombeaux où règne le silence

Qu'on exaltera tes bontés?

Ceux qui dans les enfers souffrent sans espérance Y confesseront-ils tes saintes vérités?

Non, ta grâce, Seigneur, n'est point communiquée

Dans l'éternelle obscurité, Et la miséricorde est en vain invoquée Dans ces lieux qu'en oubli met ton cœur irrité.

Pour moi, d'un zèle pur je t'offre une prière

Qu'animent mes cris répétés, Et le soleil n'a pas ramené la lumière Que mes brûlants soupirs préviennent les bontés.

Pourquoi donc, ô mon Dieu, d'un cœur aussi fidèle

Rejettes-tu les justes vœux?

Et lorsqu'à mon secours ma triste voix t'appelle, Pourquoi de mes tourments détournes-tu tes yeux?

Je suis pauvre, et me vois, dès ma tendre jeunesse,

Aux peines, aux tourments lié :

Tu m'avais élevé, je suis dans la bassesse; Et renversant mon sort, tu m'as humilié (2).

1. Réservez-vous vos miracles pour les morts? — Sacy : Ferez-vous donc des miracles à l'égard des morts?

2. J'étais né pauvre; je me suis vu dans les peines dès ma plus tendre nesse; vous m'avez ensuite élevé; et enfin vous m'avez renversé et confondu, — Sacy: Je suis pauvre et dans les travaux dès ma jeunesse; et après avoir été élevé, j'ai été humilié et rempli de trouble.

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Tous les jours contre moi ta colère redouble :

Elle pénètre tous mes sens.

La terreur me saisit et mon âme se trouble. Quand je vois dans ta main tes foudres menaçants.

Les rapides torrents du courroux de mon Juge

Pour m'engloutir se sont enflés:

Ils m'ont environné de leur affreux déluge. Et j'ai presque péri sous leurs flots rassemblés.

Mais le comble cruel de ma douleur amère

Dans cet état infortuné.

C'est que d'une âme ingrate au fort de ma misère Mes perfides amis m'ont tous abandonné 1 .

1. Mais le comble de mes maux, c'est que vous avez éloigné de moi non seu lement le plus intime de mes amis, mais que tous ceux qui me connaissent s'écartent pour ne me pas secourir dans ma misère. — Sacy : Vous avez éloi gné de moi mes amis et mes proches, et vous avez fait que tous ceux qui me connaissaient m'ont quitté à cause de ma misère. — Latin : Elongasti a

I notos meoe a miseriâ,

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PSAUME XGIII

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