‹ Œuvres inédites, avec introd. et notesChapitre 2 sur 19 · SLR LA MORT DU MEME · texte numérisé non relu

SLR LA MORT DU MEME

Mes yeux sont dessillés, et je vois, sans nuages, Je vois l'Être suprême, à qui tout rend hommage. Je le vois sur un trône élevé dans les deux.

Toujours Vccho puissant des célestes portiques

Retentit de cantiques Chantésen son honneur par tous les bienheureux.

Environné de feux, de gloire et de lumière, Ce Dieu voit à ses pieds les princes de la terre, n lit dans leur pensée, il punit lettrs forfaits. Du juste qu'on opprime, embrassant la défense,

Il couvre l'innocence D'un bras qui du méchant veutrepousserles traits.

Mais quel est ce mortel qui, comme un autre Élie, Prend un rapide essor vers la sainte patrie? Oh! quel char rad'ieux et quelle majesté! Des bridants séraphins j'aperçois la phalange

Guidant le nouvel ange .\u céleste séjour de la félicité.

C'est Sass'inot! quel jour de joie et d'allégresse! 0 bardes, que vos chants le célèbrent sans cesse! .\dressei-lui vos vœu.t, habitants d'ici-bas; Et vous, jeunes enfants, vous à qui ce bon père

Vient d'ouvrir la carrière, .\e pie u rex: pi us sur lui, mais ma rchez sur ses pas.

Ces vers ne présa'jcnt rirn, mais c est une date : iis ont l'accent nacrant d'une époque

qui s'en va, et on croit pressentir celle qui vient avec un cri d'espérance. Mais ce n'est pas encore à ces deux inspirations funèbres que Moreau doit sa popularité parmi les prêtres du département de Seine-et-Marne, qui l'ont connu à Meaux; on se rappelle de lui un petit poème héroï-comique, malheurreusement perdu, intitulé « la Déculoitade, » et sur lequel l'abbé Grabat, dont le poète a fuit rimer le nom dans son « Diogène, » comme un signe de reconnaissance , tira un horoscope cher aux Muses. Hégésippe Moreau était toujours dans sa dixième année, et c'est vraiment pénible et regrettable de ne plus posséder que dans sa mémoire infidèle ces petits couplets malicieux et piquants qui eurent alors le succès de « Vert-Vert d : ils nous auraient aidé à affirmer encore l'originalité instinctive du « Myosotis. »

Mais pendant que je m' alarme sur l'œuvre de Moreau, ér/nrée à sa première inspiration, d'autres s'attristent de la sollicitude pieuse avec laquelle je réunis les admirations , les sourires, les pleurs , les sympathies et les regards qui peuvent honorer sa mémoire.

Ceux-là, cependant, se disent des a7nis du poète ; ils étaient ses contemporains autrefois; aujourd'hui, ils 71e peuvent le supporter : à les entendre, ce pauvre garçon avait tous les défauts imaginables, parcequ à vingt-huit ans il avait fait son chemin dans les Lettres. Mais, pour en venir là, il n'avait pas, comme vous, joué à la Bourse, escompté les salons et les (joudoirs; il ne s'était pas momifié dans les sinécures, sous les caresses des Lais a u ra ha is . Comme vous, il ne chanta pas les jupons roses et les cheveux parfumés d'amarante , etlespaniers, etlesbrodequinsdela Camargo.

// ne se fit pas l'historior/raphe des baisers de yinon. ni des soupers fins d'AdrienneLecourreur avec messieurs de la maréchaussée de Paris, qui dépensaient vingt mille livres pour un déjeuner. Il ne crut pas à ces ébhuissements de contrebande , a ces libertinages d'imagination, à ces niaiseries de sentiment. Il ne s'arrêta pas dans ces régions malsaines; il ne respira pas cette atmosphère écœurante , et il conserva son génie dans sa virilité littéraire Cependant , il dut souvent réfléchir sur ces esprits eu faillite, réduits à faire du scandale ou du métier , à rire de leurs premiers bonheurs, et , comme Cagliosiro, parlant un soir aux beaux esprits de son temps, Moreau put leur dire : « Toutes ces paperasses-là, Messieurs, sont bonnes à faire des cerfs-volants qui vous tueront, en faisant sur vos têtes descendre la foudre. » Mais le poète

n'était pas méchant : la bonté était l'âme de son âme, et ces pronostics n'allaient pas à ses lèvres. Devant lu tendresse et la sympathie qui s'attachent à ce nom malheureux et sacré, on ne comprend guère ces récriminations posthumes. EUesseraient inconvenantes si elles 71 étaient injustes. Et il me semble que ces contemporains d'autrefois rajeuniraient sûrement leur muse aujourd'hui s'ils l'exerçaient au silence. Mais je sais que l'impuissance engendre la haine, qu'il est des esprits qu'on ne sait pas convaincre et des cœurs qu'on ne peut pas toucher. Il ne nous reste donc qu'à rire de ces colères et de ces indulgences, et à engager ces messieurs à relire (( le Serpent et la Lime. « Or, pendant qu'ils épèlent leur jugement, voilà le flot du siècle qui jette au rivage quelques branches de laurier, quelques fleurs de myosotis. C'est moi

qui ai eu le bonheur de les 7'ecueillir, et les voici avec leur jeunesse, leur éclat et leur parfum.

Quand Hégésippe Moreau publia, en 1838, ses"- petits Contes et petits Vers, » il fut trèscontrarié de voir un éditeur intraitable faire d'un livre, qui avait l'accent et les passions de la haute littérature , un volume pour les enfants. Or, il fallut en bannir les espiègleries les plus légères , les soliloques 7iaïfs , attendris, demadame du Tillel, « la Femme sensible, » et la déception touchante, malheureuse du poète, qui trouva un jour, dans son Ht, sa petite chienne Mignonneite à la place d'une maitresse adorable. Cependant, il n'y avait rien d'immoral ni de déshonnête dans ces petites ironies qui s'appellent des contes, où Moreau jeta sa gaieté, ses grâces et ses plus fines couleurs. Ces histoires sont

de petits tableaux où le cœur humain se développe comme un paysage à mesure que le soleil se lève et que le ciel s'éclaircit. Dansées pastels délicats, on retrouve les éléments d'un -drame plus vaste, si le poète, méconnaissant ses facultés synthétiques , eût voulu iélar- (jir. « La Femme sensible » n'est que le canevas d'un amour bourgeois en province: Vactàon est pénétrée de ces ferveurs inavouées qui brûlent dan^ l'ombre , s'éteignent à la lumière, et donnent à l'adultère mental un <iir de vertu mystique et séduisante. Si Moreau se plaisait dans ces cadres étroits, c'est qu'il aimait à contempler la pensée humaine dans sa force. Le poète, par la gracilité de ses formes , la délicatesse de ses organes, la puissance de son crâne, l'ampleur de sa tête, la clarté profonde de ses yeux, avait tous les instincts du drame rapide

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el intense. C/ était le foyer concave qui attire les rayons pour les rejeter autour de lui avec une douceur et une sérénité divines. Quand l'âme se recueille ainsi dans la lumière, elle a toujours le verbe noble et beau, l'accent sympathique et vainqueur, le rhythme ample et l'éclat magique de l'alto. Alors elle évoque sincèrement : la Beauté, l'Amour, la Douleur lui parlent avec la voix, et c'est dans ces visions-la qulîeyésippe Morenu fut immortel et heureux.

Je ne veux pas dire que ces « Œuvres inédiles )) du poète soient des révélations vivement accentuées de son âme, mais elles ont le reflet calme et pur des crises glorieuses de son génie. HégésippeMoreau se relirait dans ces légendes fraîches et souriantes comme sous les peupliers de la Vouhie dans les jours brûlants. Que les Lettres doivent se trouver

heureuses de ces découvertes récentes, dans lesquelles l'esprit du « Mijosods » prend des formes plus piquantes et moins personnelles! DanslesContes que nous connaissions d'Hégésippe Moreau, dans le « Gui de chêne » surtout, il y a une corde intime en vibration qui charme trop les oreilles pour essayer d'en étudier les sons ; dans la « Souris blanche, » il y a une allusion douloureuse qui saisit le cœur; partout il y a le cri du poète qui souffre. Maintenant, tout est changé dans l'accent. Quoique la forme soit toujours pure, luynineuse et élevée, le conteur s'arrête aux nuances de la vie réelle ; il peint avec plus de sincérité les sentiments humains, et il a comme le pressentiment des inquiétudes sociales qui nous agitent. Je n'analyserai pas son sourire moqueur et sceptique qui se cache sous un voile inutile : c'était l'effet de la maladie qui tue

les plus saintes croijances. Cependant Hégésippe Moreau avait des rajeiinissetnents soudains, et la Foi, quelquefois, le réchauffait sous son aile. Alors, sans cesser d'être simple, naïf et presque enfant, le poète s élevait sur un souffle héroïque, et il mêlait aux sentiments légendaires de sa muse les plus hautes inspirations de la Patrie. Jeanne d'Arc, éclairée des lumières de l'Histoire, ne devenait pour lui qu'un symbole , qu'un mot d'ordre, que le « qui vive! » de la Liberté depuis quatre siècles en France! Dans « Jeanne d'Arc, » Héf/ésippe Moveau n'a pas le mérite de l'annaliste, il raconte une tradition nationale, et dans quelques pages il dit ce que tant d'autres ont mis dans des volumes. Or, /'/«térét s'accentue à mesure qu'il se concentre. Cepeiidant le poète n'a pas dédaigné la couleur; il se rattache même à l'école de l'histoire

descriptive, qui laisse au lecteur le soin de faire la philosophie des faits. La « Jeanne d'Arc » d'Hér/ésippe Moreau devrait être apprise par tous les enfants; elle porte en elle ce qui fait les hommes et les citoyens : l'amour de la justice et la haine de l' et ranger. Auprès de ces pages héroïques, se trouvent quelques lettres qui nous semblent la joie, le charme et l'honneur de ce livre. Plusieurs d'entre elles ne sont que de simples billets, mais ces billets sont des.bulletins de victoire. Or, voici la légende :

Moreau n'écrivit guère, dans ce monde, qu'à deux personnes , parce qu'elles seules savaient le comprendre : Madame Guérard, appelée depuis « la Fermière, » et Louise Lebeau. On sait déjà combien ces trois natures si fines, si déliées, si sincères, devaient s'estimer. C'est dans ces entretiens que le poète

se révèle avec ses désespoirs et ses rayonnements. Les lettres à Louise Lebeau ont un caractère plus tendre peut-être que les autres. C'est la sympathie des deux natures, la sensibilité des deu.x oryanismes et les perfections mor(dcs des deux âmes qui les distinrjuent. On y voit un amour pur, noble et divin sous les gazes légères et les badi nages respectueux. Quelquefois on sent l'enthousiasme y répandre ses bienfaisantes ardeurs. Moreau, dans ses billets, est d'une chasteté, d'une modestie et d'une sincérité éprouvées. Il a la verve, l'entraînement, la rapidité, la mélancolie, la prière, le découragement et l'espérance; il a la vie; il cause légèrement, doucement, franchement; il parle du printemps et de sa mansarde, de la gloire et de ses vers, du malheur et de son courage renaissant. Puis il se comptait dans des tendresses ineffables.

ii ' INTRODUCTION.

// est heureux de dire qu'il a besoin d'aimer et qu'il aime : « Ma sœur, ma sœur, je vous aime par respect, par devoir, par reconnaissance. » Puis il se croit tout permis ; il aime; on va tout lui pardonner. Et il raconte ses visites, ses déceptions, ses fredaines. Comme une alouette, il s'élève de la bruyère dans l'azur et s'enivre en chantant; mais il chante sous le soleil et dans l'orage, et toujours on sent une timidité honnête et mystique dans sa voix. Ces accents, ces essors sont naturels chez Moreau : il s'amuse, il joue, il pleure; mais ne lui en faisons pas de reproches : ce sont les mœurs de son pays. Cependant, il jette quelquefois des cris navrants, à déchirer le cœur. C'est malgré lui que ces cris-là retentissent. Il souffrait tant qu'il ne s'appartenait plus. Mais, sur ces désolations, passe tout à coup un rayon consolant et léger, et la

joie bat de l'aile, et l'espérance sourit encore avec grâce , « svsurri lenes. » Ces lettres à Louise Lebeau sont une révélation capitale: elles honorent celle qui les reçut et celui qui les écrivit. Elles complètent, elles achèvent ce que la Légende avait commencé, ce que la Postérité avait inspiré d'avance :

Ma sœur, 7ions ne ferons qu'une gloire à nous deux.

Lorsque le poète écrit à madame Guérard, il a un accent moins attendrissant peut-être, plus fier , plus humain; mais il est toujours distingué, bon et reconnaissant. Son cceur ne peut pas trahir son àme honnête. Avec la fermière, Hégésippe Moreau devient fermier d'une petite rente de 300 francs par année, qui lui permettra de se placer à Paris. Mais il n'y arrivera que diffcilement, après les journées de Juillet où il se battit en mauvais

•> i I N r R o r> V ( MON.

tireur, comme disait , dam « le Temps, » Louis l'Ibach. Mais aussi le charmant écrivain , l'excellent professeur de style cpistolaire! Madame Guérard, qui avait pour Hégésippe Moreau toutes les caresses d'une mère, ne négligeait pas ses débuts. Elle seule, avec Louise Leheau , savait l'apprécier; aussi elle recevra, comme la sœur du poète, les pièces du « Myosotis, » pour les lire, les discuter, les critiquer, les honorer ou les déchirer. Moreau a confiance en elles. Or, « la fermière » reçut un jour « l'Ode à Bordeaux; « 07! y lisait :

Dans tes troupeaux à blanche laine, 0 ma fermière châtelaine.

Laisse-moi choisir deux agneaux.

Mais le poète se ravisa : « Madame Guérard comprendra sans peine, écrivit-il en marge.

(ju'il 71 est pas nécessaire, malgré cette demande, de m' envoyer des moutons par la poste. » Et aussitôt arriva la réponse de lu fermière : « Mon cher enfant, je ne vous envoie pas deux moutons, mais deux louis; d'ici à quelques jours vous en recevrez encore trois, si vous êtes toujours bien sage et charmant. » Voilà le poëte vaincu ; voilà une malice délicieuse, enjouée, spiriluelle , qui la sauve. Peut-être que, ce jour-là, une couple de moutons l'eût réchauffé dans sa mansarde.

Quoique Moreau n'ait guère écrit qu'à ces deux personnes , il n'oubliait pas les autres qui étaient au pays. S'il s'adressait aux femmes, c'est parce qu'il trouvait là plus de tendresse qu'ailleurs; mars, pour ne blesser personne, il mettait toujours au bas de ses lettres : « 7/ va de soi que la moitié de ces complimoils s'adressent à ceux qui vous sont

chers; » ou encore : « comme c'est vous , madame Guérard, qui m'envoyez mon linge, cest votre nom qui tombe naturellement sur l'adresse de mes réponses ; cependant mes lettres, cela va sans dire, s'adressent de moitié à M. Guérard, que je ne nomme pas. » Une autre fuis , c'est tin ami de Paris qui envoie son tailleur chei le poète; aussitôt Moreau dut répondre : « Mon cher ami , votre tailleur est un grand homme ; il a lu mes vers et il m'a dit : « Ah! poète, « vous aurez mille fois plus de talent avec le « neuf qu'avec le vieux. Travaillez et voyez « les journaux , vous me direz si j'ai pensé « vrai. Je connais, Monsieur, des pantins « de vingt ans que j'habille à l'abonnement, « qui n'ont ni cervelle, nisou, ni maille (mais « leursparents payent pour eux) et qui posent « comme des prodiges. Prônés, fêtés, choyés,

<( ils sont heureux. Ah ! monsieur Moreau , « vous voilà habillé, soyez riche. » Eh tien! mon cher ami, votre tailleur a vu le mal, et il me semble si aimable, si pénétré, si intelligent, qu'il ne refusera pas d'accepter de moi ■un billet, si vous le cautionnez. Il me sera plus facile d'accepter ce service-là de vous, maintenant surtout que je suis un homme bien habillé , que de vous voir payer pour moi 115 francs tout ati long et sur-le-champ. » A une lettre aussi délicate on ne pouvait échapper. Aussi Moreau tint-il parole. J'ai sous les yeux le billet qu'il souscrivit et qu'il acquitta. On spécifie même « cinq francs de ditninution sur la somme-totale pour un exemplaire du Myosotis ». C'était en avril 1838, et c'est Sainte-Marie Marcotte qui, encore ce jour-là, se porta caution pour le poêle. Ce trait me ramènerait bien sur le carac-

ière d'Héfjésippe Moreau,(jiii a été plusieurs fois mal compris. Mais il me dispense d'insister. J'ai réuni ailleurs, dans un livre^ que de hautes sympathies littéraires ont honoré, les éléments d'une légitime défense. Ici, je n'ai essuyé de faire connaître le poète que dans r intimité de son cœur, et le conteur dans r espiéyler'ie innocente et la nuivelé souffrante de ses histoires. Je crois qu''on trouvera dans ces payes, dont l'authenticité (f en apporte les preuves) est irrécusable, des aperçus piquants et nouveaux sur les habitudes et le génie de l'écrivain. Cest un « Moreau inédit « qui vaut, sous la lumière où il faut le prendre, celui queVonadmire etqueVonaime. Ce « Moreau » est bien celui dont Pline le Jeune eut écrit : «// c fait des petits contes dans lesquels il raille, il badine, il est amoureux, il se plaint, il soupire, il se fiche, f Et c'est celui quil nous

fallait. Aujoiinriiui que les Muses pleurent les Gaulois, elles se consoleront peut-être sur tant (le sourenirs. Cependant Hérjésippe Moreau ne vivait pas avec ces libertinarjes naïfs et ces rêveries pures; il s^ élevait dans les régions plus hautes et plus sereines aux grands moments de l'existence; il s'éleva surtout à la mort. C'était le 19 décembre 1838, il était minuit, r infirmier passait avec sa lampe fumeuse au chevet des malades et faisait sa ronde. Arrivé au n" i2, il s'arrêta : le n° 12 râlait du râle des mourants. Uinfirmier courut chercher une l'rsuline qui arriva aussitôt. Ils demandèrent au poète s'il souffrait beaucoup; mais lui ne répondit pas: un sourire brilla sur ses lèvres pâles, et ce fut tout. Pais, comme on essayait de le dresser, il se tourna vers rUrsuline en lui disant: « Mu sœur, ma sœur, laissez-moi dormir. «

dO INTRODUCTION-.

On le recoucha . Il avait les yeux purs et semblait regarder le firmament, qui avait pris des étoiles cette nuit-là. Vingt minutes après on tira les rideaux sur Hégésippe Moreau. Il était mort, et voilà ce qui me fît écrire un jour sur le tombeau du poète :

Moreau chanta les thyms et les abeilles. Les soirs rêveurs et les soleils levants, Et la Vouliie aux Ondiiies vermeilles; Les peupliers balancés par les vents.

Les frais ruisseaux, les fauvettes timides... Il n'avait pas songé, le pauvre enfant. Que l'Hôpital avait ses Pyramides, Son chant de gloire immense et triomphant!

Cest avec une piété attendrie que fat recueilli ces pages souffrantes de Moreau et ces cris navrants quil adressa à M. Alfred de Vigny : le nouveau Chatterton tenait levé sur son estomac vide

Le fer qui découpait le pain de ses repas [pas. Et qui depuis trois jours, trois longs jours! ne sert

■J\n ficini en lisdut ces icrs d'Ili'ijcsii pe Moreau, parce (pic fui appris, à la rude école par où il passa, tjuc les Sainte-Marie Marcotte sont des épis d'orque les poètes ne glanent pas tous les étés , et je crois que la Providence nous les donne quand il faut que le Beau proteste vis-à-vis de l'Egoïsme au nom de ses droits les plus divins. De cette existence et de cette œuvre inachevées, on doit tirer la conclusion que, pour dormir avec douceur sur un matelas d'hôpital, il ne faut jamais, dans sa vie, sacrifier que sur deux autels: la Reconnaissance et l'Honneur!

Armand Lebailly.

Fonlenay-aux-Roses, mai iSGS.

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