‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 175 sur 180 · Il · texte numérisé non relu

Il

Lorsque la révolution de 1848 éclata, Lamennais abandonna ses travaux philosophiques pour entrer dans la vie active. Dès le 27 février, il fonda avec M. Barbet et Pascal Duprat, le Peuple Constituomt. Peut-être ne s'était-il pas assez pénétré de cette idée qu'au lieu de se diviser et de se livrer à des récriminations inutiles, les démocrates devaient s'unir pour défendre le gouvernement qui , attaqué par les royalistes de toutes nuances , ne pouvait résister à la réaction que par l'appui des citoyens dévoués à la République, quelle que fût d'ailleurs leur opinion sur des actes particuliers. Il siégea plus tard comme représentant de Paris à l'Assemblée nationale.

Des amis sincères lui avaient donné le sage conseil de ne pas accepter le mandat législatif. Ils lui avaient représenté que, vu l'impossibilité physique où il était de se faire entendre à la tribune, son rôle à l'Assemblée devenait très-secondaire; que c'était déchoir du rang qu'il occupait dans le parti républicain, et diminuer l'influence légitime qu'il devait exercer ; que sa tribune à lui était ses livres ; qu'abandonner momentanément ses travaux philosophiques, c'était s'exposer à les laisser inachevés; qu'il devait cependant tenir d'autant plus à les terminer que l'opinion démocratique incertaine entre une foule de systèmes incomplets et contradictoires, attendait de lui une solution qu'il lui avait laissé espérer; et enfin que, même au point de vue de sa gloire, il était indispensable de mettre la dernière main aune œuvre, fruit des méditations de toute sa vie , et qui devait résumer et compléter ses travaux antérieurs. Lamennais ne se rendit pas à ces observations , parce qu'il crut qu'il exercerait à l'Assemblée une influence utile. Il tenait aussi à faire accepter un projet de Constitution auquel il accordait une grande importance comme manifestation de principes et comme ap-

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|)liciiti(jii de théories particulières h intro;liiire dans les institutions politiques et civiles.

Le rétal)lissement du cautionnement des journaux arrôta la publication du l^niple Constituant. Le dernier numéro eut du retentissement; il parut encadré de noir. Lamennais terminait ainsi son article du 11 juillet : «Quant à nous, soldats de la presse, dévoués à la défense des libertés de la patrie , on nous traite comme le peuple, on nous désarme. Depuis quelque temps, notre feuille enlevée des mains des porteurs, était déchirée, brûlée sur la voie publique. Un de nos vendeurs a même été emprisonné à Rouen et le journal saisi sans autre formalité. L'intention était claire; on voulait à tout prix nous réduire au silence. On y a réussi par le cautionnement. Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or pour jouir du droit de parler : nous ne sommes pas assez riches. Silence au pauvre. »

Lamennais accepta , pendant quelques mois, la rédaction de la Réforme, et il consacra ensuite tout son temps à la politique de l'Assemblée. Il assistait régulièrement à ses séances bruyantes et stériles, protestant de son vote silencieux contre les violences de la réaction.

Le coup d'État du 2 décembre le jeta dans un profond abattement. Il chercha dans l'étude une distraction à ses amères pensées. On ne lira pas sans une douloureuse émotion cette note relative à VEsquisse d'une philosophie. Elle porte la date de mars 1852 : « Après une interruption de quatre années remplies d'événements mémorables, nous reprenons, avec une santé aiîaiblie, dos forces diminuées, le travail que des devoirs d'un autre ordre nous avaient obligé de suspendre. Av(M'ti par l'Age et les infirmités que le temps nous presse, que pour atteindre le terme il faut se hâter, nous nous bornerons à indiijuer très-<(Uiiniairenu'nt la suite

des idées dont le développement nous est désormais interdit. Il n'est demandé à chacun que ce qu'il peut , et quand la nuit approche, plutôt que de laisser inachevée l'œuvre du jour, l'ouvrier fidèle et prudent l'abrège. »

Hélas! l'heure de l'inspiration était passée , et la volonté trahie par les forces qui déclinaient rapidement. V Esquisse n'a pas été terminée. Quelques chapitres inédits, écrits avant 1848, restent comme les pierres d'attente de ce magnifique monument élevé à la gloire de l'esprit humain. Cependant Lamennais ne pouvait rester inactif II acheva la traduction du Nouveau Testament dont il avait publié la première partie en 1846. Sa pensée se fixa ensuite sur la grande épopée du Moijen-Age,yQTS laquelle il s'était toujours senti attiré par quelque chose de commun dans la destinée avec le poëte Florentin.

Gomme Dante , Lamennais avait été guelfe avant d'être gibelin. Après l'avoir exaltée, il combattit la Rome papale, la Bestia senza pace (1), non sous le voile symbolique des initiés,, mais à visage découvert. Il lui opposa l'empire personnifié non dans un homme couronné, mais dans le peuple.

Gomme Dante, il mangea le pain amer de l'exil sur la terre étrangère, et plus tard il eut à subir les rigueurs de la prison , mais son grand cœur n'eut jamais de ressentiment contre sa patrie. Avec quel accent d'indignation il a flétri l'invasion de 1815 ! « A quels temps, grand Dieu, nous étions réservés ! Et l'horizon s'obscurcit tous les jours. Je ne prévois que calamités , révolutions , et guerres interminables. L'infâme conduite des alliés n'est pas propre à ranimer l'espérance de tout homme qui voit un peu au-delà du moment actuel. Ils travaillent, comme de concert, à détrôner le mo-

(1) Infcrno, cant. I, t. xix.

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imrqiie quils nous ont rapporté sur leurs sanglantes baïonnettes. Cet homme désormais ne peut plus être vu de la nation que comme l'instrument ou le prétexte de sa honte et de ses malheurs. L'acte de son rétablissement a été signé avec le sang français , à la lueur de nos villes et de nos hameaux incendiés. Une armée étrangère peut seule le maintenir sur le trône; et si cette armée reste en France, si le pillage régulièrement organisé continue; en un mot, si l'on nous traite comme Buonaparte a traité l'Espagne, nous n'avons non plus qu'un exemple à suivre , celui des Espagnols ; car il n'y a point de maux pour un peuple, qui ne soient préférables à la perte de Thonneur et de l'indépendance (i). » « Nous avons un mois de septembre superbe, écrivait-il encore de Londres, mais il n'y a point de beau temps loin de son pays. Je ne saurais penser à la France sans une tristesse profonde et pourtant je ne fais autre chose du soir au matin. Que Dieu la protège, et notre famille et nos amis (2) ! »

« C'est que la patrie c'est la commune mère, l'unité dans laquelle se pénètrent et se confondent les individus isolés; c'est le nom sacré qui exprime la fusion volontaire de tous les intérêts en un seul intérêt, de toutes les vies en une seule vie perpétuellement durable... A la patrie donc tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez, votre cœur, vos bras, vos veilles, et vos biens et votre vie. Qui hésite à mourir pour elle, celui-là est infûmc h jamais (3). »

Que peut-il donc y avoir de commun entre Lamennais et ces royalistes qui , profitant de nos désastres , appelèrent l'étranger à leur aide dans le but de rétablir le régime d'avant 1789 ? Il y a du sang entre les patriotes et ces hommes-

(1) Lettre à l'abbé Jean, du 10 août 1815.

(2) Lettre il mon père, en date de septembre 1815.

(3) Livre du peuple.

là. C'est le sang versé depuis 1792 jusqu'à 1830, sur les champs de bataille et le? échafauds de la Restauration , pour la défense nationale et les principes de la Révolution. Laissons les vieux partis ensevelir leurs morts, mais qu'ils n'insultent pas les nôtres, en cherchant à établir entre eux une solidarité impossible.

Comme Dante, Lamennais exposa les ennemis de sa patrie au pilori de l'histoire, mais il n'y eut rien dans ses haines qui lui fût personnel. Gomme Dante, il passa ses dernières années dans la tristesse, il eut des jours d'angoisses, mais une fermeté inébranlable le soutint toujours dans le rude combat de la vie.

« Et vous aussi, mon enfant, écrivait-il à un jeune homme qui l'avait fait le confident de ses peines, vous mêlez votre voix à cette voix solennelle de la nature humaine qui traverse les siècles comme une longue et funèbre lamentation. Vous avez beaucoup souffert, vous souffrirez beaucoup, et tout ce qui s'appelle homme souffre dans son corps, souffre dans son âme, souffre non-seulement des maux qui ont un nom, mais de je ne sais quoi d'inconnu qu'il porte au- dedans de soi ; et cela c'est la vie, et la beauté et la grandeur, l'ineffable grandeur de la vie. Car, est-ce donc qu'il eût fallu se contenter de ce que dévore la faim de chaque jour, et encore sans la rassasier, de ce qui remplit le court espace entre le berceau et la tombe? Oh ! non, non. Une puissance bienfaisante nous force d'aspirer au-delà. Et quelquefois cependant, séduits par de trop faciles illusions et l'inexpérience du jeune âge, nous nous persuadons que ce bien si désiré est là tout près de nous, que nous allons le saisir, que nousTavons saisi, et puis, tout d'un coup, comme dit Pascal , il échappe à nos prises, et nous reconnaissons tristement que ce n'était qu'une ombre. Alors le cœur déçu se trouble et s'affaisse dans

son amertume, et parci; que 1 iiua^'e vacillante de l'astre a disparu au fond des eaux qui le reflétaient passagèrement, nous cessons de croire à l'astre môme. Levez les yeux, mon cher enfant, vous le retrouverez plus haut. Il serait pourtant raisonnable de se (l»Miiandersi notre existence a un but, ot quel est ce but. Ce but, certainement, ce n'est pas chacun de nous individuellement, car nous serions le centre de toutes choses, et si individuellement ce n'est pas chacun de nous, chacun de nous pour ôlre ce qu'il doit être, doit donc se proposer, en tout ce qu'il fait, en tout ce qu'il désire, un autre objet que soi : et voilà le devoir tout aussitôt qui s'élève au-dessus de la vie et l'éclairé d'une nouvelle lumière, et la remplit de joies, sévères sans doute, mais profondes, mais inépuisables. »

C'est à ces sentiments exprimés avec un accent de conviction qu'il est impossible de méconnaître, qu'il faut attribuer la paix intérieure, la sérénité dont jouissait Lamennais. Quelques-uns cherchaient cependant à faire croire que telles n'étaient pas les dispositions de son Ame. Le P. Ventura lui écrivait le 10 août 1847 :

« Mon très-cher ami et frère,

« Le livre que je vous envoie vous appartient. C'est le résumé de ces grandes et magnifiques doctrines que vos anciens écrits ont développées dans mon esprit. De malheureuses circonstances ont pu faire croire que vous avez oublié ces doctrines qui ont fait votre gloire et votre bonheur, ainsi qu'elles font encore le mien. Mais rien n'a pu me persuader qu'elles se soient elfacées de votre noble cœur. La preuve de cela est que vous n'êtes pas, à ce qu'on me dit, si heureux que je veux que vous le soyez et que vous méritez tant de l'être.

« J'ai aussi une ambassade à vous faire : c'est de la part de l'ange que le ciel nous a envoyé, de Pie IX, que j'ai vu ce naatin. Il m'a chargé de vous dire qu'il vous bénit et vous attend pour vous embrasser. C'est le bon pasteur qui cherche sa brebis; c'est le père qui va à la recherche de son enfant. Ainsi, je ne désespère pas de vous voir revenir à l'ancien drapeau pour combattre ensemble, comme nous l'avons déjà fait, à la gloire de la religion et au bonheur de la pauvre humanité. Dans cet espoir que je vous prie de ne pas ébranler en moi, je suis pour la vie votre très-affectionné ami et frère.

« Ventura. »

Lamennais répondit le 8 novembre :

<c Gomme après les preuves si nombreuses que vous m'avez données, mon cher ami, je n'ai jamais douté un seul instant de vos sentiments à mon égard, vous ne pouvez non plus douter de ceux que je vous ai voués depuis si longtemps et qui ne s'éteindront qu'avec moi. Mais, toujours unis par le cœur, nous avons cessé de l'être complètement par les convictions de l'esprit. Celles que vous savez être les miennes et que vous ne pouvez partager, je le comprends, sont mon être même, ma foi, ma conscience, et j'y trouve plus de paix et de bonheur que je n'en goûtai jamais en aucun temps de ma vie. Elles me consolent des maux présents par l'espérance, certaine à mes yeux, de l'avenir digne de lui, de sa puissance et de sa bonté que Dieu prépare au monde. Il s'agite et se transforme sous sa main. Nous assistons à une grande mort et à une grande naissance, seulement nous voyons clairement la tombe et le berceau est encore voilé.

« Je prie de tout mon cœur Celui qui dispose souverainenement des choses humaines, de bénir les desseins qu'il inspirera lui-même au pontife vénérable dont les peuples, en

•ce moment, cncouragont les clîorts par leurs acclamations unanimes. La mission que la Providence a confiée à son zèle est immense. Il ne restera point en arrière, il marchera jusqu'au bout avec fermeté dans la route glorieuse ouverte devant lui. Veuillez mettre à ses pieds mes vœux et mes respects.

« Le petit livre qu'on m'a remis de votre part mérite toutes les louanges qu'il a reçues universellement. Je garderai le portrait (1), comme un souvenir précieux de l'ami cher et tendre à qui je suis heureux de redire avec quelle sincère et vive affection je lui serai toujours dévoué. »

Après avoir terminé la traduction de la Divine comédie, Lamennais en résuma l'esprit dans une introduction qui doit être considérée comme son testament politique et religieux. Il avait le pressentiment de sa mort prochaine et il tenait à faire connaître sa suprême pensée, et ne laisser aucun doute sur sa persistance dans les doctrines démocratiques et anti-catholiques qu'il avait professées dans les vingt dernières années de sa vie. La maladie le surprit alors que quelques pages lui restaient encore à écrire. Le 16 janvier 1854, il fut obligé de prendre le lit. Dès le premier jour, il ne se fit pas d'illusion sur son état et il donna à chacun de ses exécuteurs testamentaires désignés , MM. Auguste Barbet et Adrien Benoît-Ghampy, un exemplaire de l'écrit suivant :

Instructions pour mes exécuteurs testamentaires.

« Je veux être enterré au milieu des pauvres, et comme le sont les pauvres. On ne mettra rien sur ma fosse, pas même une simple pierre.

Il) Celui de Pie I\.

a Mon corps sera porté directement au cimetière, sans être présenté à aucune église.

« Paris, ce 16 janvier 1854.

« F. Lamennais. »

Il remit en outre à M. A. Barbet une pièce ainsi conçue :

« Je déclare qu'il est de ma volonté expresse que mon ami M. Barbet reste seul uniquement chargé de la surveillance et de l'administration de ma maison et de mes intérêts , y compris les visites.

« Paris, ce 16 janvier 1854.

« F. Lamennais. »

La maladie de Lamennais, — c'était une pleurésie , — avait fait en peu de jours de rapides progrès. Dès qu'elle fut connue, elle donna lieu à des préoccupations de diverse nature ; elle attrista ses amis, elle inquiéta le parti ultramontain. On vit alors paraître chez lui les anciens amis, — c'est sous ce nom qu'ils se désignaient, — qui, depuis vingt ans, le poursuivaient de leurs calomnies et de leurs injures. Us demandaient à être introduits et y mettaient une insistance d'autant plus extraordinaire que la plupart avaient complètement rompu avec mon oncle, que plusieurs l'avaient à peine connu et que d'autres même ne l'avaient jamais vu. On eût dit une place à emporter .d'assaut. Il n'est assurément rien de plus respectable qu'une conviction sincère , mais encore faut-il qu'elle soit contenue dans les bornes des convenances sociales et de la tolérance. Le zèle ne doit pas aller jusqu'à vouloir forcer la porte de la chambre d'un malade et violenter sa conscience. Les croyants sont ordinairement i>lus réservés, mais ils sont rares, j'entends ceux dont les actes sont en harmonie avec la foi. Chez beaucoup dhom-

mes, les appanniCL-s ticniiciiL lieu de la religion; c est un moyen d'assurer son salut dans ço monde, sinon dans l'autre. Des esprits mal faits iioinraient considérer cette tactique comme de l'hypocrisie; mettuns-ia sur le compte de l'iiabltude et du scepticisme.

«Nous prions par usage, dit Montaigne, et par coutume, ou pour mieux dire, nous lisons ou prononçons nos prières, ce n'est enfin que mine, et me déplaist de voir faire trois signes de croix au licnedicite , autant à Grâces, et plus m'en dôplaist-il de ce que c'est un signe que j'ay en révérence et continuel u^age, mesmement quand je baille, et cependant toutes les autres heures du jour, les voir occupées à la haîne, l'avarice, l'injustice. Aux vices leur heure, son heure à Dieu, comme par compensation et composition. C'est miracle de voir continuer des actions si diverses d'une si pareille teneur, qu'il ne s'y sente point d'interruption et d'altération aux confins mesmes et passage de l'une à l'autre. Quelle prodigieuse conscience se peut donner repos, nourrissant en même giste, d'une société si accordante et si paisible, le crime et le juge. (1) »

Donc certains dévots, vieillis dans les intrigues de la diplomatie, de la politique, de la Bourse et des sacristies, hommes de bien si oncques en fut, menant de front et à grandes guides, les aiîaires, les plaisirs et leur salut, avaient entrepris de ramener à Dieu un homme qui avait employé son génie à le glorifier, et sa vio entière à la recherche de la Vérité et à la pratique des austères vertus. « Est-il vrai, me demandait un ancien ministre , M. llyde de Neuville, que M. Lamennais ait défendu que son corps soit présenté à l'église, et qu'il veuille être enterré dans la fosse commune? »

(l) Essais, liv. 1er, ^-ji. -jf,^

Sur ma réponse affirmative, il s'écria : « C'est impossible; quant à la religion, chacun en croit ce qu'il veut, ou plutôt €6 qu'il peut, mais il y a des formes à garder. Et les Rouges, monsieur, les Rouges, quel triomphe pour eux! » Voilà l'explication de bien des démarches.

En effet, la mort de Lamennais , dans les sentiments qu'il avait manifestés à ses exécuteurs testamentaires et que ceuxci, pour mettre à couvert leur responsabilité, avaient cru devoir rendre publics, était un grave événement. C'était la sanction éclatante de ses doctrines , la preuve irrécusable de sa sincérité. S'il a exercé une influence marquée sur les idées de son siècle, il est, croyons-nous, destiné à en exercer une plus décisive dans l'avenir. Depuis la Réforme, c'est un •des plus sérieux adversaires du catholicisme.

La philosophie du dix-huitième siècle a été surtout une œuvre de destruction ; elle a déblayé le terrain sur lequel doit s'élever le nouvel édifice religieux. Le protestantisme ^vait conservé l'idée de l'ordre surnaturel ; on la retrouve encore , quoique atfaiblie , chez la plupart des écrivains de l'âge qui nous a précédés. Lamennais a combattu cette idée avec une grande force de raisonnement et en a prouvé scientifiquement la fausseté. Il a déchiré le voile que la théologie avait placé entre Dieu et l'homme. En démontrant que la création est la réalisation des idées divines , en vertu des lois éternelles de l'ordre, il a réfuté les notions absurdes de l'arbitraire attribué à l'œuvre du Créateur, établi l'existence des rapports naturels et immédiats qui unissent à lui les êtres intelligents et renversé le surnaturalisme qui , subordonnant la connaissance des vérités nécessaires à la révélation médiate et intermittente, porte atteinte à l'action souveraine de la raison et à la liberté de l'homme, et est la négation du principe môme de la société,

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attendu que la société spirituelle, la vraie société, a sa raison dans la société première des êtres contingents avec Tôtre infini, parce que les individualités finies ne peuvent s'unir que dans riinilé primordial») et infinie, et par la tendance conmiune vers elle. !n iJeo vic'unns, movemur et suinus.

Lamennais a déterminé le critérium de la certitude et substitué la raison humaine dans sa plus large manifestation, la raison non de l'individu mais de l'espèce, à l'autorité de l'Église catholique, qui devient alors une simple individualité dans le sein de l'Église universelle de l'humanité. La souveraineté du peuple est une déduction rigoureuse de cette théorie générale qui comprend ainsi la société spirituelle dont les deux formes, l'ordre religieux et Tordre politique et civil, sortent d'une môme source : vastes rameaux du même arbre à l'ombre desquels doit s'abriter un jour le genre humain. Cette doctrine qui prend dans le passé les vérités relatives qu'il contient pour le rattacher au développement incessant de l'intelligence générale qui constitue le progrès, est la négation absolue du christianisme dogmatique et de la monarchie de droit divin , et on comprend l'immense intérêt que le parti ultramontain et royaliste avait à en atténuer la portée par une rétractation réelle ou apparente.

Le curé de la paroisse se présenta deux fois sans être admis auprès du malade; il agissait d'après les ordres de l'archevêque de Paris. Le P. Ventura et l'abbé Marlin deNoirlieu, curé de Saint-Louis d'Antin, ne furent pas non plus reçus par lui. Mon oncle avait expressément défendu de laisser entrer un prêtre quel qu'il fût. En ce qui concerne le P. Ventura et M. Martin de Noirlieu, il dit à INL Barbet , en présence de M. Benoît-Champy et ^L de Vitrolles, qu'il avait bien fait de les empêcher d'arriver jusqu'à lui; que, dans toute autre circonstance, il les aurait vus avec plaisir, mais

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que, dans l'état où il se trouvait, leur visite faite le même jour, à un court intervalle l'une de l'autre, avait une signification qui ne permettait i^as qu'on fît une exception en leur faveur. C'est M. de Vitrolles qui avait provoqué ces démarches.

La position de M. Barbet devenait très-difficile, en l'absence de la famille de Lamennais , qui ignorait sa maladie. Celui-ci l'avait bien chargé d'administrer sa maison et de régler les visites , mais son droit était discuté, et il a fallu toute son énergie pour repousser les assauts qui, chaque jour, étaient livrés avec une ténacité sans pareille. Les intrigues se multipliaient et prenaient un caractère de plus en plus agressif. Il était évident qu'on voulait exercer une pression sur mon oncle , et ceux qui agissaient dans ce sens ou qui faisaient agir, répandaient le bruit qu'il était séquestré, gardé à vue par une troupe de prétendus amis qui se relevaient les uns les autres et ne laissaient approcher de lui que leurs semblables. Je cite textuellement. La vérité est que les docteurs Rostan et Jallat avaient expressément interdit toute visite, et que les prétendus amis qui avaient bien voulu se rendre aux instantes prières de, M. Barbet, MM. Henri Martin, Carnot, Montanelli, le nonce polonais Carwowski, le général Ulloa, Armand Lévy et quelques autres personnes non moins recommandables, passaient tour h tour le jour et la nuit, non pas dans la chambre de Lamennais, mais dans le salon, ne voulant pas l'abandonner sans surveillance aux soins de domestiques et aux tentatives qui étaient faites du dehors.

Le 29 janvier , je reçus à la campagne que j'habite loin de Paris, une lettre que Bérangi^r chargeait un ami commun , Benjamin Antier. de me transmettre. « Je viens de voir Rostan, écrivait Bérangcr, il désirerait que Blaize fût ici. La-

mennais a touto sa t«*to; mais ne serait-il pas convenable que son neveu fût là pour faire exécuter ses ordres, quels qu'ils soient. Si j'avais eu l'adresse de Blaize, je lui aurais écrit ; écris donc promptement, et, si tu veux, envoie ces quelques lignes. Rostan , malgré le mieux , craint dos accidents que l'état du malade donne à redouter. » Je partis le jour même et j'arrivai à Paris le .'iO janvier. Je vis aussitôt M. Barbet. Je suis heureux de trouver cette occasion de rendre hommage à son dévouement si désintéressé, à sa fermeté calme et prudente et à sa patience d'autant plus méritoire que , sonvent provoquée par des procédés blessants , elle ne s'est jamais démentie. C'est à cet honnête homme qu'il appelait à si juste titre son ami, que Lamennais a dû la tranquillité de ses derniers jours et d'avoir été respecté dans sa personne et dans sa conscience.

On a beaucoup parlé et de diverses manières de Tarchevéque de Paris à l'occasion de Lamennais. Il est utile d'établir les faits dans leur exactitude. Lamennais avait été prêtre et, bien qu'il eût renoncé au sacerdoce, dans la doctrine catholique il était toujours prêtre; le sacerdoce a un caractère indélébile. On comprend donc que l'archevêque a pu intervenir, mais à cette juridiction purement spirituelle Lamennais avait le droit d'opposer sa volonté ; il lui appartenait d'accepter ou de rejeter l'intervention de l'autorité diocésaine. Le 30 janvier, M. Benoît-Champy se rendit à l'archevêché, accompagné de MM. Forgues et d'Ortigues. Il fit connaître à M. Sibour le refus de Lamennais de recevoir un prêtre, et exposa qu'il y avait peut-être quelque inconvénient à renouveler, pour le moment du moins, des visites d'ecclésiastiques. L'archevêque répondit qu'il avait fait ce qu'il devait faire en envoyant le curé do la paroisse, et qu'il était décidé à une dernière tentative. — « Jai lait écrire, dit-il, à ma-

dame de Vaux. Elle se rendra chez Lamennais ; c'est une femme résolue, vigoureuse, et elle arrivera jusqiCo.u lit du malade. ))

M. Benoît-Ghampy observa que , vu l'état de Lamennais, un acte de cette nature avait des dangers réels et engagerait la responsabilité du prélat. Celui-ci parut le comprendre et dit à un des ecclésiastiques présents à la conférence, M. Bautain , je crois, d'écrire sur-le-champ à madame de Vaux de passer à l'archevêché avant d'aller chez Lamennais, et il ajouta avec quelque inquiétude : (( Pourvu qu'il ne soit pas trop tard ! » Avant de se retirer, ces Messieurs demandèrent ce qu'il y aurait à faire si Lamennais venait à rétractation. Il fut répondu que le curé de la paroisse devait être appelé, s'il y avait urgence; que , dans le cas contraire, on s'adresserait à l'ecclésiastique qui serait désigné par Lamennais. On peut juger par ce récit que les personnes qui approchaient mon oncle, étaient loin d'être disposées à agir sur "son esprit dans un sens opposé aux croyances orthodoxes; elles se tenaient dans une prudente neutralité et c'était leur devoir.

Quand j'appris les détails de cette entrevue, je ne fus nullement alarmé. Il aurait fallu ne pas savoir tout ce qu'il y a d'élévation et de délicatesse dans le caractère de madame la baronne de Vaux, pour supposer qu'elle aurait pu se prêter à la démarche imprudente que l'on avait songea lui confier. Elle connaissait trop bien d'ailleurs Lamennais pour ignorer quel en eût été le résultat. Née du mariage du conventionnel Tallien et de mademoiselle de CaLarus , morte princesse de Ghimay, madame de Vaux, veuve d'un officier supérieur de la garde de Charles X, a occupé dans le monde un rang distingué qu'elle devait moins à sa position personnelle qu'aux brillantes et solides qualités de ^on esprit, à la

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généroKito de son cœur, îi la fi(l(''lit('; de ses arniliés. Jeune encore, elle s'est retirée dans une communauté et a consacré à Dieu une vie toute remplie de bonnes œuvres. Ses rapports avec mon oncle remontaient à une époque déjà ancienne, et elle lui avait conservé un respectueux attachement et un de ces dévouements courageux dont les femmes seules sont capables et qui ne sauraient être ébranlés ni par le temps, ni par la divergence des croyances religieuses et des opinions politiques, ni par ces mille accidents qui troublent si souvent les relations les plus étroites.

Le 1" février, madame de Vaux vint prendre des nouvelles de Lamennais; elle n'insista pas pour le voir, elle pria seulement le docteur Jallat de lui remettre , s'il n'y voyait pas d'inconvénient, un billet dans lequel lui rappelant les bontés et l'affection qu'il avait eues pour elle, elle lui demandait la permission de lui donner des soins. Le lendemain, d'après le désir qu'elle en avait témoigné à M. Barbet, j'eus l'honneur de la voir et de causer longuement avec elle de l'état de mon oncle et de la conversation tenue à l'archevêché. Après l'avoir remerciée du bon souvenir qu'elle avait gardé à Lamennais , et aussi de n'avoir pas accepté le rôle indiscret que M. Sibour avait eu un moment l'idée de lui imposer, je lui fis observer que toute violence, de quelque part qu'elle vînt, trouverait une résistance fondée sur le respect dû à la personne de Lamennais et à la légalité; que la loi ne permettait pas de violer impunément le domicile d'un citoyen, qu'elle punissait au contraire ce fait comme un délit; que la violation de domicile, condamnable en soi, prendrait un caractère beaucoup plus grave si , malgré la volonté formelle du malade, malgré sa famille, malgré ses médecins qui déclaraient qu'une émotion quelconque pouvait avoir

un résultat funeste, on essayait de pénétrer jusque dans sa 11. Z\

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chambre; qu'alors ce n'était plus seulement sa liberté qui était méconnue, que sa vie même était menacée et que, dans ce cas, on n'hésiterait pas àrepousser la force par la force. Je la priai de reporter ces paroles à l'archevêque , de lui faire part d'une détermination parfaitement arrêtée et d'appeler toute son attention sur les suites que pourrait avoir un zèle imprudent. J'ajoutai : a Si Lamennais veut un prêtre, tenez pour certain que j'irai moi-même le chercher. — Eh bien, me dit madame de Vaux , vous me répondez de lui corps et âme ? — Oui. madame, je vous donne ma parole d'honneur qu^on ne tuera pas son corps et qu'on ne lui volera pas son âme. » — Ainsi se termina notre entretien.

Le 3 février , madame de Vaux , avant de retourner dans sa communauté de Juilly, vint de nouveau s'informer de la santé de Lamennais et elle me fit Thonneur de m'écrira la lettre suivante qui résume exactement la situation à ce moment :

Paris, 3 février 1834.

G Je puis vous assurer de nouveau, mon cher Blaize, qu'aucune des démarches trop zélées ne sont parties d'aussi haut que vous le pensiez, et que de plus on n'en laissera plus faire de ce genre. Votre présence connue auprès de notre bien cher malade a suffi pour tranquilliser ses amis qui , dans leur zèle un peu inconsidéré peut-être , croyaient lui donner une preuve de leur dévouement. Je vous remercie, mon cher ami, de vous être assez rappelé de moi pour être sûr que je ne me chargerais d'aucune mission de dévouement mal entendu, et je me réjouis au contraire de mon voyage s'il a pu contribuer à arrêter celles que certaines personnes, par affection , avaient cru devoir s'attribuer. Notre

cher nuiladc , laissé à ses nobles sentiments , n'oubliera jamais , j'en suis sûr, le caractère sacré dont il est revêtu , et Dieu fera le reste en lui.

«Je vous rappelle, mon cher lilaiz»', la promesse que vous m'avez faite de me donnerdes nouvelles de votre cher oncle. Dites-lui bien, lorsqu'il sera tout à fait rétabli, que j'ai un grand désir de le revoir, et qu'aussitôt qu'il partagera ce désir, je viendrai à Paris. J'ai eu aussi , mon cher Blaize , un grand plaisir h vous serrer la main ; il y a vingt-quatre ans que nous nous connaissons , et cela compte dans la vie des gens de cœur.

<iJc n'ai pas trouvé M. de VitroUcs chez lui, mais je pctise qu'il viendra me voir ce soir.

« J'espère avoir de très-bonnes nouvelles du malade ces jours-ci, n'est-ce pas ? »

Ce très-honorable témoignage prouve que si des tentatives de pression ont été faites sur Lamennais, ce n'est pas de la part des prétendus amis qui l'entouraient, et je ne saurais trop insister sur ce point , car il importe que l'on sache que l'illustre écrivain est mort comnie il a voulu mourir.

Le 31 janvier, son frère, le respectable abbé Jean, m'écrivait do Ploërmel :

« Sur-le-champ pars pour Paris , je t'en conjure. Va, <;omme représentant la famille, auprès de ton pauvre oncle mourant, et fais de ton mieux dans cette douloureuse et si cruelle circonstance. Ne manque pas de concerter tes démarches avec mademoiselle Hélène et sa sœur (1), avec M. de Yitrolles et l'abbé Martin de Noirlieu. Hélas! hé-

(1) iMiulcMnoisolIe Ilrlcno do Cloiiuilicv cl irndr.ivc l'o Ciiaiulville, nièces de n:a- Aleiiioisellc Coniulicr cle Luciiiièrc dont il fccra iiailo plus loin.

las! je ne puis te rien dire de plus ; je n'ai que des larmes et des prières. »

Le soir même de la conférence avec l'archevêque, M. d'Ortigues vint prévenir M. Barbet que M. de Vitrolles avait l'intention de se présenter le lendemain matin chez Lamennais et de lui faire lecture d'une pièce conçue à peu près en ces ^ermes : « Les médecins vous disent que vous guérirez; votre état est trop grave pour qu'ils puissent vous donner cette espérance. Un homme comme vous ne doit pas avoir peur de la mort et c'est dans cette prévision que je vous demande de déclarer si vous persistez à mourir hors de la communion catholique. » La réponse de Lamennais devait être consignée , une sorte de procès-verbal dressé , après quoi M. de Yitrolles se serait retiré.

Le 31 janvier, d'accord avec M. Barbet , j'écrivais à M. de A^itrolles qu'il ne serait pas admis à faire cette étrange communication , lorsque M. Forgues entra. Je lui fis part de l'objet de ma lettre, a Elle est inutile , dit M. Forgues, je déjeune chez M. de Yitrolles; je lui ferai part de vos observations, et il ne viendra pas. »

A quel titre cet ancien diplomate prétendait-il agir? Était-ce comme ami de Lamennais et pour faire connaître sa pensée suprême ? Mais après son refus motivé exprimé devant lai et d'autres témoins , deux jours auparavant, de recevoir un prêtre; en présence de l'écrit du 16 janvier remis à MM. Barbet et Benoît-Ghampy, écrit connu de M. de Yitrolles, une nouvelle déclaration à huis-clos de Lamennais n'était d'aucune utilité , car tous ceux qui l'entouraient savaient à quoi s'en tenir sur ses dispositions actuelles. D'un autre côté, la lettre de l'abbé Jean prouve que M. de Yitrolles avait accepté la mission délicate de convertir Lamennais; toutes les dé-

marches faites dans ce but devaient ôtre concertées avec lui. Or, an point de vue religieux, la constatation par lo représentant officieux de l'orthodoxie du refus de Lamennais de se rétracter, était un fait trés-regrettable. Aussi on ne trouve pas d'explication satisfaisante de la conduite de M. de Vitrolles dans cette circonstance. Était-ce un retour in extremis de cet esprit d'intrigue dont il a donné tant de preuves dans sa carrière politique? Agissait-il an nom d'un parti ou pour son propre compte? Voulait-il trouver l'occasion d'une autre I^^ote secrète au profit des cléricaux ou simplement ajouter une page à ses 3fémoires ^Hùrauser, qui jugeait l'homme d'après ses antécédents de la Restauration, nous disait à ce sujet : « 11 s'était fait oublier, il recommence sa réputation. » Il ne faut pas confondre avec les anciens amis quelques personnes qui, bien que catholiques, étaient restées attachées de cœur à Lamennais et parmi lesquelles je citerai MM. Charles de Goux et l'abbé Rohrbacher, ses collaborateurs du journal V Avenir; si elles regrettaient les dispositions si fermes de son esprit, elles respectaient sa conviction qu'elles savaient si sincère. D'autres, bien intentionnées d'ailleurs, se faisaient d'étranges illusions en se supposant capables de le ramener à des croyances qui n'étaient plus les siennes. Si Lamennais, en se séparant de l'Église, avait sacrifié ses convictions à la passion, on conçoit qu'on eut pu espérer un retour à l'heure de la mort. Mais une telle supposition était une injure faite à son caractère ; c'était admettre qu'il avait consacré vingt ans de sa vie à soutenir sciemment des doctrines fausses, à outrager la vérité et à tromper les hommes. Or, il est évident pour quiconque a étudié avec quelque attention sa vie intellectuelle, que son esprit a suivi une marche logique qui exclut toute préoccupation personnelle; que s'il s'est modifié, c'est toujours en vertu du même principe posé par lui à l'en-

trée de sa carrière philosophique et dont sa foi dernière était la rigoureuse conséquence. Que pouvaient donc sur lui des exhortations banales puisées dans les lieux-communs de la théologie? Même au point de vue d'une rétractation possible, et, h cet égard, le plus grande latitude devait être et a été donnée, le seul parti raisonnable était celui indiqué avec autant de bon sens que de délicatesse par madame la baronne de Vaux, laisser Lamennais à lui-même, et n'attendre rien que de sa propre conscience.

Madame de Kertanguy, ma sœur, que Lamennais avait instituée sa légataire universelle, vint me rejoindre à Paris le 4 février. Elle descendit à l'Abbaye-aux-Bois chez mademoiselle Hélène de Gornulier et sa sœur, madame de Grandville, que mon oncle avait connues enfants au pensionnat de l'abbé Garron. Leur tante, mademoiselle de Lucinière, avait été une amie dévouée de Lamennais et de ma famille. Cette respectable femme, d'une humeur vive et enjouée, réunissait à beaucoup d'esprit et d'instruction le cœur le plus aimant. Elle est décédée en 1844, après avoir donné dans sa longue carrière, trop courte pour ceux qui ont eu le bonheur de la connaître, l'exemple de toutes les vertus chrétiennes. Son attachement pour Lamennais était resté le même après sa scission avec Rome, mais elle avait espéré que cette scission ne 'serait pas définitive. L'idée d'être éternellement séparée d'une personne qui lui était si chère avait pour elle quelque chose de navrant, et elle m'avait fait promettre de la prévenir si Lamennais, qui ne la voyait plus que de loin en loin, tombait malade. Sainte amitié qui n'était pas limitée à cette vie fugitive, mais qui voulait se continuer au-delà du temps. Est-ce trop do l'éternité pour la passer avec ceux que Ton aime? Mademoiselle de Lucinière avait en mourant recommandé à ses nièces de faire ce qu'elle aurait fait elle-même pour ré-

concilier Lamennais avec l'Éj^lise; elles ont pieusennent rempli ce devoir. Je citerai encore une des filles du comte O'Mahony, filleule de Lamennais, qui du fond du cloître lui écrivit une lettre fort touchante.

Dans un certain monde, on avait espéré que madame de Kertan^'uy, dont les sentiments catholiques étaient connus, serait un utile auxiliaire du parti clérical, tout au moins un docile instrument. On ne comptait pas sur son initiative, mais on pensait s'en servir comme d'une clef pourouvrirla chambre du malade à ceux qu'il ne voulait pas voir. On la circonvint de toutes les façons, mais sans succès. Si madame de Kertanyuy eut désiré voir son oncle changer de résolution, elle lui portait trop d'affection et de respect pour se prêter à des manœuvres contre lesquelles protestait sa loyauté. Aussitôt que l'état de Lamennais l'avait permis, elle avait pu s'assurer par elle-même que la séquestration dont on avait dit qu'il était l'objet, n'existait que dans l'imagination de têtes folles, ou dans les bi'uits répandus à dessein par ceux qui avaient intérêt à y faire croire. Madame de Grandville était aussi entrée chez Lamennais, et elle avait pu acquérir la même certitude.

Cependant les sourdes menées ne s'arrêtaient pas. Les femmes avaientpris le rôle le plus actif; les couvents fournissaient leur contingent. On multipliait les démarches auprès des personnes que l'on supposait pouvoir exercer quelque influence auprès des amis et des médecins; on écrivit jusqu'à Béranger. Celui-ci, retenu par un mal de jambe, ne pouvait sortir; il faisait prendre des nouvelles quand je n'allais pas lui en porter. Malgré l'empêchement qui le clouait sur son fauteuil, il aurait voulu visiter mon oncle; le docteur Hostan ne le lui permit pas, il le pria, au contraire, de s'abstenir. (( On me harcelle, lui dit-il, pour laisser voir Lamennais, je

ne pais l'accorder, il eit trop affaibli. Rendez-moi le service de ne pas insister. Quand je dirai que je vous ai refusé, on comprendra que toute visite est impossible. « Déranger se résigna; il n'a pas vu Lamennais pendant sa maladie.

Après de longs jours passés dans une mortelle inquiétude, l'espoir vint un moment nous consoler. Une amélioration très-sensible s'était manifestée et les accidents que l'on avait redoutés du côté de la poitrine paraissaient conjurés. Le malade était entré en convalescence, il prenait quelques aliments et on crut que le temps, les soins et de grands ménagements rétabliraient les forces. Les anciens amis avaient disparu. Lamennais revenant à la santé ne leur importait guère. M. Barbet ne jugeant plus ma présence nécessaire et ma sœur restant à Paris, je retournai chez moi où m'appelaient de graves intérêts de famille.

Contre notre attente, la faiblesse persista; Lamennais était épuisé. Une dernière crise se déclara le 26 février. Ne m'étant pas trouvé à sa dernière heure, je me bornerai à reproduire textuellement un procès-verbal dressé peu de jours après sa mort par plusieurs de ses amis qui y avaient assisté.

« Le dimanche, 26 février 1834, Joseph Montanelli et Armand Lévy, qui avaient passé la nuit chez M. Lamennais, et Henri Martin qui était venu le matin de bonne heure, se trouvaient tous les trois dans la chambre près le salon, quand, sur les une heure et demi3 de l'après-midi, Auguste Barbet sortant de la chambre du malade, les appela et les y fit entrer avec lui.

(( M. Lamennais, préoccupé des tentatives qui avaient été faites durant sa maladie pour l'amener à rétractation, et craignant qu'on n'exerçit une pression sur sa légataire universelle en éveillant des scrupules de conscience de nature à

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empAchor l'exécution de sa volont«3, avait voulu écrire quelques lignes ti la suite de son testament. Ne l'ayant pu, il les dicta. Henri Martin les lui relut. Il dit : « Le commencement « est bien, » indiqua une correction de style dans le milieu, puis approuva le tout. Henri Martin les recopia, les lui relut, et il persista. Sur la demande que lui firent Auguste Barbet et Henri Martin, s'il voulait qu'on appelât un officier public pour donner à cette disposition une forme authentique, M. Lamennais dit que c'était inutile, que pour sa nièce une obligation même purement morale suffisait. Il prit la plume, se souleva, pria Henri Martin de tenir le carton et signa (1). En entrant dans la chambre, Auguste Barbet s'était placé debout au pied du lit; Henri Martin s'était assis à la tête, Armand Lévy à côté de Henri Martin près de la porte du salon ouvert, et, derrière Armand Lévy, Joseph Montanelli, de façon à ne point voiler la lumière de la croisée unique qui éclairait la chambre et l'alcôve.

« Nous retournâmes tous les quatre dans la chambre du fond, afin que le malade pût reposer un peu. Vers les trois heures, le docteur Jallat nous dit qu'il trouvait M. Lamennais très-mal. Aussitôt Auguste Barbet envoya chercher la

(l) Cette pièce est ainsi conçue :

« Ayant essayé de porter sur mon testament la disposition présente, et n'ayant pas pu, je prie MM. Auf^usle Barbet et Henri Martin de recevoir ma déclaration pour en faire l'usaj^c opportun qui sera bon; et cette déclaration est que ma volonté est que si ma léy:alaire universelle, sans le consentement de laquelle aucun des livres que je lui ai alloués ne peut ôtre imprimé, venait à refuser ce consentement pour l'impression d'aucun d'eux , mes exécuteurs testamentaires auront droit de la contraindre et je lenr en impose le devoir.

M Paris, ce 26 février 1854.

« l-'.-H. UE La Mknnais. »

Au bas est écrit :

« CertiHcMis d'honneur avoir entendu M. de La Mennais exprimer la volonté cidessus et la dicter à M. Henri Martin qui l'a écrite, et, après lecture, M. de La Mennais a signé.

t Ce 26 février 1854.

« Armand Lkvv, 17, rue de l'Est.

« Joseph Montanelli, 27 rue de l'Arcade. »

nièce de M. Lamennais à l'Abbaye-aux-Bois par M. de Goux. Nous entrâmes dans la chambre du malade ; la respiration était difflcile.Nous étions depuis quelques instants agenouillés près de son lit, quand tout à coup, et attachant sur nous un regard fixe et long, et pressant la main aux deux plus proches, il dit : « Ce sont les bons moments. » L'un de nous lui dit : «Nous serons toujours unis avec vous. » Il répondit, en faisant un signe de tête : «C'est bien, nous nous retrouver...» David d'Angers arriva etresta quelques instants. Puis survint Carnot qui avait passé toute la nuit précédente chez M. Lamennais, et, presque en même temps, la nièce du malade. Sa première parole fut : « Féli, veux-tu un prêtre? Tu veux «un prêtre, n'est-ce pas? » M.Lamennais répondit: « Non. » La nièce reprit : « Je t'en supplie. » Mais il dit d'une voix plus forte : a Non, non, non; qu'on me laisse en paix. » Un peu après, la nièce s'étant approchée du lit, et ayant dit - « N'avez-vous besoin de rien? » il dit d'un ton mécontent : « Je n'ai besoin de rien du tout, sinon qu'on me laisse en « paix. » Ayant dit : « Madame, » sa nièce crut qu'on l'appelait ; il dit : « Non. » Sur sa demande si c'était la garde quïl voulait, il dit : <.< Oui. » Henri Martin et Carnot rentrèrent dans le cabinet de travail. Quand vint madame deGrandville, elle s'approcha du lit et dit : « Je suis Antoinette ; me recon- « naissez-vous? » Il dit : « Parfaitement, je suis bien aise de « vous voir... mais j'ai affaire avec mes amis. » Sa nièce et ses amis ayant promis de ne plus faire aucune tentative, elles restèrent au bout du canapé à prier. M. Lamennais se sentait mourir; il dit à l'un de nous : « Ce sera pour cette « nuit ou pour la prochaine. »

« A cinq heures moins un quart, Armand Lévy étant près du lit, M. Lamennais lui dit : « Il faudra aller trouver « M. ÉmileForgues, rue de Tournon, 2, pour lui dire de venir

ŒUVKKS IN Kl) m: S UK lamF':nn.\is 37î>

« me voir demain matin ou i)lntôt ce soir.» Armand Lévy répéta cette parole à Auguste Barl)et, et Carnet partit pour la rue de Tournon avec Henri Martin, et revint avec Emile Furgues sur les cinq heures et demie. Auguste Barbet ayant prévenu W, malade de l'arrivée de M. Forgues, celui-ci entra, se pencha près du malade. M. Lamennais lui parla de la publication de ses œuvres dont il le chargeait par son testament et codicille, et dit, entre autres choses : « Soyez ferme, « on essayera de vous circonvenir; publiez tout sans changer « ni retrancher. » Forgues dit : « Vos volontés seront exécu- « tées complètement, sans qu'il y soit changé unpoint ni une (( virgule, je vous le jure. » Alors se tournant vers nous et rentrant dans le cabinet de travail de M. Lamennais, près de a cheminée, Forgues répéta : « M. Lamennais m'a dit : (( Soyez ferme, on essayera de vous circonvenir. Je l'ai juré; («je publierai tout ce que je trouverai. »

« Dans la soirée, Armand Lévy s'approcha delà nièce de M. Lamennais et de madame de Grandville, qui étaient au salon. Elles lui dirent : a II est bien triste de voir mourir et (( mourir comme cela. Car enfin, ajouta la nièce, c'est lui qui « m'a faite chrétienne. » Armand Lévy répondit : (( La chose « première c'est que la volonté du mourant soit respectée. » La nièce répondit: « C'est vrai, et sa volonté est malheureu- « sèment trop évidente. » Il ajouta: « Si M. Lamennais eut « voulu un prêtre, nous eussions été le chercher aussi vite (( que nous avons couru chez M. Forgues. » La nièce paraissait touchée de l'empressement qu'avait mis M. Barbet à la faire prévenir, et elle le disait. Cette conversation fut répétée à l'instant aux personnes qui étaient dans l'autre pièce.

«La lucidité de M. Lamennais fut parfaite toute cette journée du dimanche; sa main conserva longtemps de la force : à dix heures du soir, il buvait avec une cuiller sans

renverser, s'impatientant si on voulait soutenir sa main. Le docteur Jallat, qui le matin était venu sur les huit heures et demie et était reparti, revint sur les deux heures et resta jusqu'au soir. La garde malade qui veilla M. Lamennais depuis le jeudi 23 février jusqu'à la fin, l'autre garde étant tombée malade, est madame Yalleton. Elle ne le quitta pas.

(c Tout le dimanche soir, chaque personne qui se présentait put entrer ; il entra même une personne qui n'avait jamais vu M. Lamennais. Entre autres personnes qui vinrent ce soir-là étaient M. Benoît-Ghampy, l'un des exécuteurs testamentaires, le nonce Polonais Garwowski, le général Ulloa. Garnot revint le soir, ainsi que Henri Martin et Jean Reynaud ; ce qui s'était passé en leur absence leur fut redit textuellement alors; ils partirent à dix heures du soir tous trois, et en même temps qu'eux Armand Lé\y; restèrent pendant la nuit : Augaste Barbet, Montanelli, Forgues, madame de Grandville et la nièce de M. Lamennais.

(( Le lendemain matin, M. Lamennais expira à neuf heures trente-trois minutes, peu d'instants après le départ de sa nièce et de Montanelli. On pensait qu'il passerait encore la journée, tant il conserva de force jusqu'au dernier moment. M. Lamennais était en ce moment entouré de quelques-uns de ses anciens amis et de ses nouveaux amis. M. Barbet lui ferma les yeux. Henri Martin était arrivé quelques minutes auparavant; Armand Lévy, quelques instants après.

«Toutes lesquelles choses nous avons cru devoir consigner, maintenant que notre mémoire est encore toute fraîche, pensant utile et nécessaire d'indiquer nettement au milieu de quelles circonstances avait eu lieu l'expression de la volonté de M. Lamennais sur la publication et la réimpression de ses ouvrages, afin qu'on puisse, au besoin, mieux ap-

précier pour quoi il le fit; comme aussi de faire connaître ses derniers moments, pour qu'il soit bien constaté quelle fut jusqu'à la fin son indépendance, sa lucidité, son énergie d'esprit et sa ferme volonté.

• Paris, le 15 mars 18.14.

<( Ont signé : Giuseite Mgntanelli, Armand Llvy, II. Martin, H. Carnot, II. Jallat. »

Ceux qui ont vu cette grande mort en ont gardé une impression profonde. Après quarante-trois jours de souffrances supportées avec résignation et qui n'altérèrent pas un moment sa sérénité, Lamennais s'est éteint dans lïntégrité de son intell:gence et de sa foi démocratique. Aucun doute n'est possible après son refus réitéré à sa dernière heure de recevoir un prêtre catholique, aussi il ne s'est pas élevé une voix pour contester la sincérité de ses sentiments.

Ses traits furentreproduitsparlaphotographie; MM. Bcrtsch et Arnaud se sont acquittés de cette tûche avec leur habileté ordinaire. M. Salomon voulut bien se charger du moulage du masque et de la main.

En contemplant cette pâle figure empreinte de tant de fermeté, de calme et de mélancolie, ma pensée se reporte à la Chênaie. C'était en 1829,1a veille de la fête de tous les saints. Nous étions réunis dans le salon. M. Lorin, aïeul maternel de Lamennais, peint dans son costume de juge, fixait sur nous son regard gra\e et bienveillant. Madame Lorin, vêtue d'une robe de damas jaune, parsemée de petites fleurs, et d'un manleletde velours garni de fourrures, les mains dans son manchon, nous souriait doucement. Mais le temps avait

passé sur ces chères images et y avait laissé une teinte de tristesse. Mon grand'père et ma grand'mère Lamennais, plusieurs deleurs enfants et de leurs petits-enfants, mon grand'oncle Dessaudrais et sa sainte femme avaient habité cette demeure et y avaient goûté un peu de repos et de bonheur. Autrefois, à pareil jour, eux aussi ils avaient pensé à leurs morts et espéré pour eux les joies du ciel. Le vent d'automne emportait dans ses tourbillons les feuilles jaunies des vieux chênes et faisait vibrer les lames harmonieuses des branches des sapins qui, dans l'ombre, se dressaient comme de noirs fantômes. Que de voix aimées se mêlant aux bruits de la nuit, nous criaient de la tombe : u Souvenez-vous ! » Lamennais descendit au salon et nous lut son Hymne des morts :

(( Ils ont passé sur cette terre; ils ont descendu le fleuve du temps; on entendit leurs voix sur ses bords, et puis Ton n'entendit plus rien. Où sont-ils? Qui nous le divd? Heureux les morts qui meurent clans le Seigneur !

« Il y en avait qui disaient : Qu'est-ce que ces flots qui nous emportent? Y a-t-il quelque chose après ce voyage rapide? Nous ne le savons pas, nul ne le sait. Et comme ils disaient €ela, les rives s'évanouissaient. Oii sont-ils? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur !

c( Il y en avait aussi qui semblaient, dans un recueillement profond, écouter une parole secrète; et puis, l'œil fixé sur le couchant, tout à coup ils chantaient une aurore invisible et un jour qui ne finit jamais. Oii sont-ils ? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur! »

Pendant sa maladie, Lamennais avait toute sa pensée concentrée en Dieu. La veille de sa mort, il eut comme une vision de l'éternelle béatitude ; il en parlait à M. Barbet avec efCusion. Cétaient les bons mo))}entsf

ŒUVRES INÉDITKS OK LAMENNAIS oH3

(( Garde-toi, avait-il dil au peuple, d'incarner tes sublimes espérances dans la boue que tu foules aux pieds. Durant ce court passage, tu n'es entouré que d'ombres vaines : les réalités te sont invisibles, l'œil de chair ne peut les saisir; mais Dieu, qui en a donné l'invincible désir à l'homme, en a mis aussi dans son cœur l'infaillible pressentiment. Lève les yeux : ici est le travail, la tâche à remplir; ailleurs est le repos, la vraie joie, la récompense certaine du devoir accompli jusqu'au bout (1). »

Le 21) février, un immense concours de peuple était répandu depuis la rue du Grand-Chantier, demeure de Lamennais, jusqu'au cimetière de l'Est. La foule silencieuse se découvrait avec respect devant le cercueil placé dans le corbillard des pauvres. La police avait fait un grand déploiement de forces. Huit d'entre nous seulement entrèrent dans l'enceinte funèbre; les autres furent dispersés. Déranger nous y rejoignit; il marchait avec peine, appuyé sur le bras de Jean Reynaud. Il avait été reconnu et salué d'ardentes acclamations. Le cercueil fut descendu dans une de ces longues et hideuses tranchées oii l'on enterre le peuple. Lorsqu'il fut recouvert de terre, le fossoyeur demanda: « Faui-il mettre une croix ?o — M. Darbet répondit: ((Non.» Lamennais avait dit : « On ne mettra rien sur ma fosse. » — Pas un mot ne fut prononcé sur la tombe.

Dans un autre temps, Lamennais avait désiré être inhumé à la Chênaie. Il avait marqué l'emplacement de son tombeau sur le bord de l'étang, à l'ombre d'un hôtre où souvent il venait s'asseoir dans ses promenades solitaires. Mais il voulut donner aux prolétaires une dernière et touchante marque

" (1) Livre du Peuple, cli. NVi.

de son amour. Et qu'importe après tout où reposent ses cendres! Son nom \i\ra bien dans la mémoire du peuple, resplendissant de la double auréole du génie et de la vertu. |

A. Blaize.

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