SA VIE ET SES ŒUVRES
Que ces vers où Motin se morfond et nous glace. (BoiLEAU, Art poét., ch. IV.)
SI nous avons choisi cette épigraphe, ce n'est évidemment pas pour donner au lecteur un avant-goût des compositions de notre poète, mais bien pour protester tout d'abord contre une erreur littéraire du grand satirique qui en a déjà commis bien d'autres, à tel point que sa réputation d'infaillibilité, comme critique, commence à en être singulièrement ébranlée.
Je me suis toujours demandé (et cette recherche, si elle se généralisait, ne laisserait pas que d'être piquante) comment Boileau procédait à l'examen des victimes qu'il citait à son tribunal, puis à leur jugement, et enfin à leur exécution. Certes l'affaire ne devait pas traîner en longueur: quelques pièces lui suffisaient pour qu'il se crût amplement éclairé ; et Motin. a
Il MOTIN
bien avant certains magistrats qui lui ont emprunté, sinon le texte, du moins l'esprit de leur formule ordinaire, l'impatient et irascible juge du Parnasse a dû dire aux pauvres diables qui interjetaient appel de son inflexible décision : « Allez vous asseoir ! »
A mon avis, Boileau ne s'est pas départi de cette ligne de conduite envers Motin. Ou il n'a pas daigné lire ses œuvres, ou il n'a pas su les comprendre.
Quand il voulut, le jour où il composa son Art poétique, connaître les contemporains de Malherbe, c'est-à-dire les écrivains de la période littéraire qui commence en 1590 pour s'arrêter en 1640, Boileau, après avoir consulté les livres de Malherbe, de Racan, de Régnier, de Bertaut, de Du Perron, de Des Portes et de Maynard, parcourut les divers recueils, tels que Parnasse des meilleurs poètes^ Muses françaises^ Temple d' A polio n^ Recueil des plus beaux vers de ce temps ^ etc., etc., où se trouvent réunies assez confusément les pièces d'auteurs moins célèbres, que les compilateurs de l'époque ont jugées dignes d'être présentées au lecteur.
Or, dans presque tous ces volumes, d'ordinaire fort compacts , la première pièce qui se trouve portée à l'actif de Motin est peut-être une des pires qu'il ait jamais faites : c'est le P/zœ/î/x, poème
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dédié au Roy, sorte d'imitation indigeste de Claudien, qui contient, à de rares intervalles, des vers bien frappés, mais qui est généralement fort ennuyeuse, d'autant qu'elle est très-longue , ce qui n'est pas un péché d'habitude chez Motin.
Certes, si Boileau a commencé l'étude de Motin par la lecture du Phœnix, il a dû envoyer le livre et l'auteur à tous les diables; peut-être même nV t-il pas voulu en voir davantage.
Mais j'admets qu'il ait poursuivi son examen. La série des pièces qui accompagnent l'assommant poème du Phœnix se compose , à l'exception de quelques morceaux officiels, d'élégies ou de satires fort courtes , vivement troussées et qui ne manquent ni d'esprit ni de grâce. C'est là une partie importante de l'œuvre de Motin ; et s'il lui faut attribuer la réputation de fameux poète que se fit notre auteur parmi ses contemporains, nous devons reconnaître que ceux-ci n'avaient pas précisément tort.
La note dominante du talent de Motin, c'est une sorte de mélancolie pleine d'amertume et féconde en sarcasmes, tristesse âpre, poignante et railleuse dont nous retrouvons dans notre Alfred de Musset, ce génie toujours souffrant, l'expression la plus noble et la plus puissante.
Je ne m'étonne pas, si Boileau a lu complètement les poésies de Motin, qu'il l'ait trouvé sans