‹ Œuvres inédites de Pierre MotinChapitre 44 sur 56 · A MA COUSINE MARGUERITE · texte numérisé non relu

A MA COUSINE MARGUERITE

Je chante les pacquettes, Du renouveau belles prophètes, Qui le plustostfont aux humains Paroistre leurs robes gentilles.

Du Printemps les premières filles Et de l'Aurore aux blanches mains.

Si tost que le Soleil desserre Ses beaux rayons dessus la terre Pour se loger en la maison Du Bellier à la riche laine Qui fust la cause de la peine Et de Medée et de Jason,

Cupidon descouvre ses armes,

Le dieu Mars ses braves gendarmes,

Ses fiâmes la belle Cypris,

Zéphyr ses ailes violettes.

Le Printemps ses riches fleurettes.

Dont la marguerite a le prix.

La marguerite bigarrée, La marguerite peinturée, Naissant, se descouvre à nos yeulx, De couleur cer^t fois plus diverse Que cet arc courbé qui traverse, Quand il pleut, la voulte des cieulx.

Mais celle qui est la plus franche, C'est celle qui est la plus blanche.

Dont le milieu de vert est peint, Qui rend sa couleur plus guée, Marguerite blanche et musquée.

Plaisante d'odeur et de teint.

C'est elle seule que j'admire.

C'est elle que tant je désire, En la cherchant de toutes parts.

Plus que non pas aultre fleurette, Ni mesme que la violette.

Qui desrobe le nom de Mars.

La fleur, la fueille et sa racine Porte une prompte médecine Pour guérir le mal dangereux De nostre poictrine ulcérée

STANCES ET ODES Jl

Et la bouche trop altérée

Qui se gaste au pauvre fiehvreux.

Helas! si tu es tant heureuse, Guéris la poictrine amoureuse {Si jamais ce mal luy survient De Marguerite, ma cousine, Qui de toy la grâce divine.

Le nom et la beauté retient.

Le Ciel jaloux et la Nature Ne veult pas que la fleur nous dure Que pendant le cours du printemps; Son âge plus avant ne passe, Mais de ma cousine la grâce Ne craint pas l'injure du temps.

Toutes deux, constant, je vous ayme.

Je vous ayme plus que moy-mesme ; De l'une et Vaultre la couleur Je chéris d'amitié pareille.

Sinon que j'ay l'une à l'oreille, Et que Vaultre je l'ay au cœur.

ODE

A MA COMMERE JEANNE

Je vouldrois qu'un heureux daimon Te pusse amener au sermon^ Jeanne, ma petite commère, Et que je pusse de ce banc Contempler ton visaige blanc Et ton petit ris de Cithere.

Non, non, je ne le vouldrois pas :

Peut estre en volant tant d'apas, Tant de mignardes gaillardises.

Tant de feux, de grâces, d'aîraitz, Tant de jeux, d'amour et de îraitz, Tant de gaillardes mignardises,

Tant de rais d'un œil flamboyant, Peut-estre, dis-je, en les voyant, Le sermon seroit inutile, Et j'aurois l'œil en autre part Qu'au sermon du père Bernard Qui s'en va prescher lEvangille.

// vault donc bien mieux, mon soucy, Que tu ne vienes point icy Et que ta beauté renfermée Demeure enclose en la maison , Sans venir charmer ma raison De ton œillade accousîumée.

Car je ne me sçaurois garder, Mignonne, de te regarder, Sans escouter celuy qui presche, Et, regardant, te rechercher.

Et, te recherchant, empescher Que tous jour s mon ame ne p esche.

Mon petit tout, ne viens donc point, Afin qu'aulcun ne soit espoint Jusqu'au cœur de tes belles fiâmes.

Et que, cherchant à nos espritz Un repos dont ils soient norris, Nous trouvions la mort de nos âmes.

ODE

Allons voir les deux Marguerites y Ces deux belles jeunes Charités^ Dont l'honneur, la beauté, le teint.

Et le beau nom qui tousjours dure, Ne craint pas de se voir atteint Ny du chaud ny de la froydure.

Baisons leurs belles mains vermeilles, Leurs mains à V Aurore pareilles.

Mais r Aurore ne se fait voir Seulement que la matinée, Et leurs beautez durent au soir Et durent toute la journée.

Vierges chastes, saintes et belles, Dieu vous gard\ fleurettes nouvelles :

Avez-vous point penssé en nous ?

L'on pensse aux personnes absentes; Mais je ne pensse point en vous.

Car tousjours vous m' estes présentes.

Comment vous estes-vous portées Depuis qu'on vous a visitées Il y a trois jours, mais trois mois, Car toutes les heures tournées Où vos beautés je n'aperçois.

Je les appelle des journées.

Les jours au soleil je ne conte, Car de vostre œil la flamme prompte Me faict le mois et la saison.

Puisque le soleil il efface.

Comment n'est-ce pas la raison Qu'il ait une mesme efficace ?

Oui, de vostre œil la belle flame A mesme efficace en mon ame.

Sinon que le soleil des deux Nourrist toute la masse ronde ; Et vous, cruelles, de vos yeux Vous faites mourir tout le monde.

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