LES MÊMES, LES CONSEILLERS
ARLEQ U IN.
Eutrez , Messieurs, entrez j que je vous présente à une jeune princesse ma parente , qui dorénavant siégera au conseil avec nous , car c'est la meilleure comme la plus jolie tête de ma famille. Les conseillers font une grande révérence à Argentine , et vont prendre leur place. Le roi s'assied au milieu d'eux , et Argentine à sa droite.
LE TRÉSORIÊB, (Vun sofi fie voix très aigre.
Sire , les finances de votre majesté...
ARLEQU I\.
Un moment , M. le trésorier : les affaires de mon peuple doivent aller avant les miennes. Commençons par juger les causes, nous parlerons d'argent quand nous l'aurons gagné. Qu'a-
ACTE I, SCÈNE VIF. llS vez-vous dans votre portefeuille . M. le grand-justicier?
LE GRAND-JUSTICIER, d'un ton de VOIX dur et rauque.
Sire, deux citoyens de cette ville, guipassent pour deux fripons, ont été 'ûiez un honnête homme qui n'est pas bien riche , et l'ont supplié de recevoir en dépôt dix mille pièces d'or. L'honnête homme les a reçues, et s'est engagé par éci'it à ne délivrer cette somme que lorsque les deux fripons viendraient ensemble la recevoir. Un des deux fripons est venu tout seul peu de temps après chez l'honnête homme , et a tant fait par ses mensonges, par ses prières, par ses larmes , qu'il s'est fait livrer les dix mille pièces d'or, sous prétexte de les porter à son camarade j et depuis ce moment il a disparu. L'autre fripon a fait un procès à l'honnête homme, et demande qu'il lui paie ses drx mille pièces d'or.
126 ARLEQOIN ROf, CtC.
ARLEQUIN
- Votre avis là-dessus ?
LE GRAND -JUS TIC 1ER
La loi est formelle. L'honnête homme s'est engagé par écrit ; il a manqué à sa parole , il faut qu'il paie.
ARLEQUIN au trésorier.
Et vous ?
LE TRÉSO RIER.
Je suis d'avis qu'il en paie la moitié.
ARLEQUIN au troisième.
Et vous?