A M. GAILLARD
du soupçon de haïr les églogues. Non , Monsieur, ce n'est pas moi qui bâille en lisant des bergeries ; mais des personnes de beaucoup de mérite y dorment; mais des hommes de lettres, célèbres, n'aiment pas ce genre ; et il ne faut pas se fâcher contre eux autant que vous vous fâchez contre moi, qui l'aime et le cultive.
Je vous ai causé une grande colère, en disant qu'on admirait sur parole les églogues de Théocrite et de Virgile. Hélas ! Monsieur , c'est la faute des sociétés où je vis: je puis vous assurer que parmi les jeunes dames avec qui je soupe, il n'y en a pas deux qui lisent les églogues de Virgile \ et parmi les hommes que je vois, fort peu savent assez de grec pour entendre Théocrite. Nous sommes des ignorans , me direz-vousi mais la plus grande partie
du monde est ignorante, et c'est de cette grande portion que j'ai prétendu parler. J'aime Théocrite , j'adore Virgile 3 j'ai dit dans la même préface que leurs églogues sont des chefs-d'œuvre immortels \ je ne connais pas d'expression plus forte de l'admiration. La justice voulait peut-être que tous parlassiez des éloges extrêmes que je leur donne, puisque vous avez relevé un seul mot léger à leur sujet.
Vous avez mis la même ardeur à défendre Fontenelle, que je n'ai point attaqué. J'ai loué même ses églogues , quoiqu'elles me paraissent infiniment au-dessous de celles de Gessner, de ce Gessner dont vous n'avez pas prononcé le nom , et à qui l'on ne rend pas assez de justice ; ce qui vient encore à l'appui de ce que j'ai dit. Il est vrai qu'il y a deux raisons pour que